Gregoire Barbey

22/07/2013

L'Etat est un outil et non une fin en soi

Chronique, 22.07.13

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Frédéric Bastiat. «L'État, c'est la grande fiction à travers laquelle tout le monde
s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde.»


Je les entends murmurer à mon oreille. Les apôtres de l’étatisme sont partout. Ils veulent un Etat fort. Providentiel. Protecteur. Sauveur. Divin, oserais-je. Or, aussi utile fut-il, l’Etat est composé d’êtres humains. Il est fait par des Hommes. Et c’est justement là qu’il y a anguille sous roche. Aucun Etat ne s’est créé dans la paix et l’amour. Il y a eu des guerres, donc des morts, des viols, des vols, des désastres, la barbarie et le désir du pouvoir. Ceux qui prétendent le contraire nient la vérité et l’Histoire. L’Etat, c’est la grande chimère à laquelle s’accrochent les faibles pour vivre au crochet des forts et les forts pour vivre en exploitant les faibles. Les lois sont autant utilisées pour limiter les inégalités que pour les creuser. Certaines restreignent les libertés. D’autres les exacerbent. Il y en a pour tous les goûts. Mais rare est le juste milieu. Trop rare.

 

Pour beaucoup, l’Etat semble être une fin en soi. Il n’est pour moi qu’un outil. Et comme tout instrument, son utilité peut être positive comme négative, selon ce que l’on en fait. A la différence qu’on joue à grande échelle, influençant l’existence de milliers d’individus. Qui du jour au lendemain peuvent être amenés à voir leur vie changer drastiquement. Par une simple décision. L’Etat, c’est la concentration cartellaire du pouvoir. Tous ceux qui aspirent à user de la force, qu’elle soit physique ou symbolique, ont une carrière prédestinée dans le secteur. L’autorégulation est dépeinte comme le mal absolu, et le libéralisme en serait le corollaire. Il a toujours fallu trouver des victimes expiatoires, mais c’est jeter bien rapidement l’héritage qui a permis la fin de l’esclavagisme notamment. Et l’arrivée progressive du républicanisme et de la démocratie.

 

L’Etat, s’il peut servir à rétablir certaines inégalités, ne doit pas pour autant occuper une place trop visible dans nos vies. Il doit être présent, mais pas trop. Utile, pas oppressant. Son expansion est peu recommandée, car là où progresse l’Etat, les libertés individuelles diminuent en conséquence. Plus il grandit, et plus il nécessite de recettes fiscales pour assurer son fonctionnement. Il les tire essentiellement des différents types d’imposition, qui conduisent inévitablement à réduire le pouvoir d’achat des ménages, et donc à limiter la qualité de vie. C’est un équilibre particulièrement difficile à trouver pour que les forces en présence s’annulent. C’est-à-dire que l’aspect négatif de l’Etat, la violence qu’il inflige à certains, symbolique ou physique, est tolérable parce que son apport positif fait oublier qu’il a des mauvais côtés aussi. Ce juste milieu, il existe plus ou moins en Suisse. Nous sommes un pays qui avons la chance d’avoir une démocratie semi-directe, avec les défauts évidents qu’elle comporte.

 

C’est par l’action concertée de citoyens éveillés qu’un équilibre peut être trouvé. C’est par les rapports de force entre les différents courants de pensée qu’il peut y avoir une place pour tous. Au final, nous tirons tous à la même corde. Les extrêmes sont toujours néfastes pour l’ensemble des individus. L’Etat, ce n’est pas le «tout pourri», mais ce n’est pas non plus la Providence faite humaine. Ce n’est qu’un outil, inerte, auquel on donne le pouvoir de faire telle ou telle action. D’en limiter telle ou telle autre. Il est évident que limiter l’ingérence de l’Etat, c’est restreindre corollairement le pouvoir de ses représentants. De ses suppôts. Mais c’est une nécessité impérieuse. L’Etat peut aussi servir, au travers de ceux qui prétendent faire le bien des autres contre leur volonté, à nuire aux libertés. Et c’est justement ce qu’il convient de dénoncer, toujours. D’être à l’affût, continuellement, des multiples tentatives d’en faire un objet de pouvoir, de soumission. Les Hommes méritent de vivre libres. De s’émanciper. Et ils n’ont guère besoin d’un Etat pour le leur rappeler à chaque mouvement.

 

Grégoire Barbey

18:51 Publié dans Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |

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