Gregoire Barbey

07/08/2013

Forfaits fiscaux: un modèle qu'il faut préserver

Chronique, 07.08.13

bundesplatz-101-g.jpg

 Suisse. Il y a environ 5000 bénéficiaires de l'impôt d'après la dépense dans le pays.
Dont 710 à Genève et 1400 dans le canton de Vaud. Et environ 1300 en Valais.


J'ai lu à maintes reprises des individus argumenter comme suit pour justifier leur soutien à la suppression des forfaits fiscaux: «Les forfaitaires font monter les prix de l'immobilier à outrance.» Or pourtant, il y a 710 bénéficiaires de l'impôt d'après la dépense à Genève et 1400 dans le canton de Vaud. Les prix entre Genève et Lausanne (deux villes où la demande en logement est forte) sont à peu près comparables. Genève reste même légèrement plus chère, du fait d'une contraction des logements vacants très élevée. Néanmoins, si l'argumentaire susmentionné devait s'avérer exact, les prix de l'immobilier vaudois devraient crever le plafond à situation plus ou moins comparable. Pourquoi n'est-ce pas le cas?

 

J'ai un élément de réponse: c'est simplement un fantasme. Il y a sûrement une corrélation qui puisse être démontrée, mais elle doit être marginale en proportion de la valeur suscitée par l'offre et la demande. Par ailleurs, il est clairement bienvenu de relativiser les discours alarmistes concernant la valeur actuelle de l'immobilier locatif. En 1970, un individu pouvait louer une surface de location de 2,6m2 avec une heure de travail (pour un salaire moyen). En 2010, le même individu obtenait 3,9m2 de surface de location. En d'autres termes, il fallait travailler 40 heures par mois en 1970 (100/2,5) pour un logement de 100m2 de l'époque. En 2010, il en fallait à peine 25 heures.

 

Sachant qu'aujourd'hui, la plupart des logements proposés ont une technologie plus importante qu'en 1970, donc un confort accru, et qu'avec moins d'heures de travail, on loue une surface de location plus importante, on peut logiquement déduire et sans trop s'avancer que le pouvoir d'achat des ménages s'est considérablement accru en 40 ans. En conclusion, on peut évidemment remettre en question l'assertion qui est régulièrement utilisée pour justifier une suppression des forfaits fiscaux: ceux-ci n’influencent pas les prix de l’immobilier, ou alors marginalement. Quelques chiffres d’après des estimations de la Conférence des directeurs cantonaux des finances: les bénéficiaires de l’impôt d’après la dépense génèrent (directement ou indirectement) environ 32'800 places de travail en Suisse, dont 16'800 dans la construction, 10'000 dans l’artisanat et le commerce et enfin 6'000 dans les services.

 

En valeurs absolues, les forfaitaires contribuent à hauteur d’un milliard de francs par année à l’imposition indirecte, et de 578 millions de francs pour l’imposition directe. Selon la même source, chaque contribuable bénéficiaire de l’impôt d’après la dépense investit en moyenne 7 millions de francs par année en Suisse. Et la suppression de ce modèle fiscal créerait une perte nette d’un milliard de francs pour l’Assurance vieillesse et survivant (AVS), qui est le système de répartition des richesses le plus équitable en Suisse. Au final, il est à constater qu’une certaine frange de la gauche flirte aujourd’hui avec un populisme très dangereux qui tente de remettre en question des systèmes économiques qui ont fait leurs preuves depuis leur instauration, et leur suppression aurait des conséquences dramatiques sur la qualité de vie de l’ensemble des citoyens, particulièrement les individus ayant des revenus bas.

 

Les électrices et les électeurs de la gauche doivent prendre conscience rapidement qu’aujourd’hui, les partis qui prétendent les représenter jouent à une stratégie qui pourrait induire une facture très salée pour tout le monde. La Suisse bénéficie d’un modèle unique au monde, et à part quelques pays scandinaves, il y a peu d’autres Etats qui peuvent se vanter d’une telle égalité dans la répartition des richesses, avec en plus une intervention très minime de l’Etat dans cette redistribution. Un système donc à préserver plutôt qu’à vouloir détruire à tout prix, même s’il ne satisfait pas la jalousie et l’appétit de destruction de certains esprits taquins.

 

Grégoire Barbey

20:34 Publié dans Economie, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook | | | |

Commentaires

Quasiment entièrement d'accord avec vous sur le début, par contre je ne comprends absolument pas pourquoi la suppression des forfaits toucherait l'AVS.

J'ai en effet toujours entendu que ces forfaits sont pour les gens qui n'ont aucune activité lucrative en Suisse, or l'AVS étant ponctionnée sur le salaire, je n'arrive pas à comprendre cette perte ???

Écrit par : Philippe C. | 08/08/2013

C'est tellement évident !
Il y a une autre dimension qu'il ne faut pas minimiser. A vouloir imposer la solidarité on provoque l'évasion fiscale. Les victimes se sentent spoliées par des politiques de redistribution arbitraire des richesses.
La conséquence immédiate que l'on peut observer chez nos voisins, c'est une déprime nationale. Un engrenage dévastateur.
Plutôt que de jalouser la réussite, on devrait s'en inspirer. Le succès des uns devrait générer de l'envie, de l'enthousiasme, du dynamisme.
Mais au minimum il s'agit de vérifier les chiffres dont vous nous donnez un petit extrait et observer ce qui se passe ailleurs.
Merci pour cette contribution constructive.

Écrit par : Pierre Jenni | 08/08/2013

Vous préférez lequel des exiles fiscaux celui qui fait fermer la ferme de Merlinge a Gy parce que décidément les odeurs de ferme ça schlinge et de toutes les façons un cul terreux en moins c'est pas grave, d'autant plus s'il n'est pas normand Ou l'ex directeur de Vinci qui habite a côté de l'église russe et qui s'est fait abusivement attribué 250 millions d'euro de stocks options.

Quand un mec cherche a économiser sur les impôts il n'y a pas de souci a se faire sur sa moralité, aucun autre humain ne mérite ses sous.

Défendre des enfoires n'est pas une politique, ça ne fait qu'attirer les regards et ça finit par coûter plus cher que ça ne rapporte.

Quand au proprio des vins Nicolas, il n'y que les clowns qui vont acheter chez lui et dans ses franchises.

Tout ça me fait penser a ce pauvre vendeur de Lacoste paye 15 dollars de l'heure a New York. Pendant que la fille Lacoste et Nordmann s'en foutent plein les poches en vendant 100 chf des chemises coûtant 10 chf a la production.

Écrit par : Harry Covert | 08/08/2013

Préserver les forfaits fiscaux ne me semble pas être une idée aussi excellente que vous le pensez.

Je ne parle du marché immobilier, mais "simplement" de l'image que donne la Suisse à l'étranger. Bien sûr, nous sommes souverains et nous légiférons comme nous l'entendons. Mais comme nous allons, semble-t-il, à contre-courant de ce qui prévaut en Europe et ailleurs en matière fiscale, nous devons être prêts à livrer les batailles nécessaires pour faire reconnaître nos droits.

Mais gagner une bataille, ce n'est pas encore gagner la guerre !

Écrit par : Michel Sommer | 09/08/2013

Quand on accepte des pourris ou se pourri soit même un peu, dit Harry Covert

Le père IKEA a quitter Ecublens oour aller mourir dans son pays natal dans peu de temps et rejoindre avant cela ses vieux copains nazillons. Évidemment son pognon n'avait pas d'odeur. Mais ça me fait marrer tous ces gens qui ont mange du Daim aux germes fécaux et des boulettes de cheval. Il ne faudrait sans doute pas pousser très loin pour voir dans quels gourbis sont fabriqués les meubles par des mômes des prisonniers politiques et autres personnes payées à coup de pied au cul.

Écrit par : Au beurre | 09/08/2013

Les commentaires sont fermés.