Gregoire Barbey

15/08/2013

La communication trop élitiste et lisse du PLR

Chronique, 15.08.13

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 Laurent Naville. La présidence du PLR lui a reproché
ses critiques envers Pierre Maudet sur Facebook.


Le positionnement du Parti libéral-radical (PLR) manque cruellement de visibilité au sein de la population. S’il est évident qu’il conquiert une partie importante des voix de la droite économique, il n’en reste pas moins largement relégué derrière l’UDC en ce qui concerne les thèmes sécuritaires et sociaux. Le parti ne pèche pas par manque de propositions en la matière. Mais plutôt par absence d’une communication claire et vulgarisée qui se destine à l’ensemble de la population et non pas à une certaine strate de celle-ci. En Suisse occidentale, les sections des cantons du Valais et de Neuchâtel en ont fait les frais: la récente fusion des Libéraux et des Radicaux a créé un flou important dans l’esprit des électeurs. Dans certaines régions, cela s’explique par des oppositions idéologiques beaucoup plus marquées.

 

Tel est le cas particulier de Genève, où les Libéraux étaient majoritaires face aux Radicaux. D’un point de vue des idées, leurs différences étaient et sont de taille: là où les Radicaux veulent un «Etat fort, ni plus, ni moins» pour paraphraser François Longchamp, les Libéraux nourrissent une vision d’une administration publique svelte, permettant aux initiatives privées d’évoluer sans une contrainte réglementaire trop envahissante. Evidemment, lorsque deux partis fusionnent et ne semblent pourtant pas partager certains points essentiels (alors qu’ils se retrouvent foncièrement en accord sur la plupart des sujets), la base est prise entre deux feux. La communication du PLR à Genève tente de minimiser ces tensions internes. Il s’agirait plutôt de les laisser s'exprimer pleinement pour mieux les combattre.

 

C’est qu’à Genève, la tension est spécifique. Les Radicaux étaient minoritaires au gouvernement. Et soudainement, par un coup politique magistral digne d’un roman, en pleine législature, ils récupèrent la majorité. Certains essaient de dire qu’aujourd’hui, Radicaux et Libéraux sont réunis au sein du même parti. Mais lorsque les langues se délient, beaucoup finissent par avouer le contraire. Parce qu’on n’efface pas plus d’un siècle d’Histoire en claquant des doigts, et en communiquant que «tout le monde il est beau tout le monde il est gentil». Bien sûr que non. La politique, c’est autre chose. C’est la confrontation des idées. C’est l’opposition. Les alliances et les stratégies qui laissent parfois une partie de ses pairs sur le carreau. La tension est palpable, et les élections cantonales à Genève n’arrangent rien.

 

La proposition d’installer des caméras de vidéosurveillance par Pierre Maudet a agacé certains Libéraux. Pas tous, soyons précis. Mais il n’en reste pas moins qu’un nombre, même restreint, a tendance à voir d’un mauvais œil cette mesure. Certains l’expriment, comme le Jeune Libéral-Radical (JLR) Laurent Naville, sur les réseaux sociaux. Moins rompu à la communication et aux pressions internes, son désarroi face à une politique qu’il juge «antilibérale» l’a poussé à donner son avis publiquement. Mais dans le parti de Pierre Maudet, ça ne se passe pas comme ça. Surtout si l’on est candidat. Laurent Naville a donc fini par retirer sa publication, qui n’a pourtant pas échappé à l’œil avisé de Marc Moulin, confrère émérite du Temps. En janvier, j’avais fait état en dernière page de L’Agefi du document que les candidats Libéraux-Radicaux au Grand Conseil devaient parapher et respecter.

 

Il s’agissait notamment de ne pas s’exprimer dans les médias sans en avoir référé au secrétariat du parti, pour ensuite faire l’objet d’une éventuelle approbation par le groupe ou la présidence. Toute critique publique envers le parti ou ses colistiers était également proscrite. Le document avait finalement été abandonné, la levée de boucliers ayant suffit à remettre en question son existence et surtout sa pertinence dans un parti prônant la liberté. Toutefois, dans les faits, les prérogatives demeurent. C’est cet aspect-là, trop lisse, trop travaillé, qui va causer du tort au PLR au sein de la population. Cette dernière n’est pas dupe et sent très bien lorsqu’on tente de la manipuler. Le site du parti dédié aux élections cantonales du 6 octobre est une ode à la communication sans aspérité, au langage technocratique et dénué de sentiments. Cette forme d’expression, le peuple ne l’apprécie guère. Elle ne résonne pas dans son oreille. Il manque clairement un élément: la musique des mots. Et le goût des sonorités qui s’entrechoquent, qui s’allient et se délient. L’impression de rêver à une République plus paisible, prospère et adaptée.

 

Tout cela, le PLR semble le mettre de côté. Comme si la présidence du parti se contentait de surfer sur la vague de ses électeurs acquis à sa cause. Les autres, et ceux qui ont quitté les rangs à la suite de la fusion et pour toutes les raisons mentionnées plus haut, on s’en fiche. Ils ne comptent pas. Pourtant, ces gens pourraient faire la différence. Ils pourraient venir étoffer la force d’un parti en difficulté, même s’il reste la première formation politique du canton. Ce qui pourrait changer au terme des élections. Et à ce moment précis, il sera beaucoup trop tard pour une remise en question dont les effets ne seront visibles que 5 ans plus tard pour les échéances suivantes. A Neuchâtel et en Valais, le PLR a perdu des plumes, l’extrême droite représentée par l’Union démocratique du centre (UDC) a progressé de façon inquiétante, obtenant des sièges historiques dans les Exécutifs.

 

Le PLR à Genève doit impérativement contrer la montée des extrêmes, plus marquée avec le Mouvement citoyen genevois (MCG) qu’avec l’UDC. C’est un parti raisonnable, qui défend des positions sécuritaires répressives (qui à titre personnel ne me conviennent pas forcément, mais ce n’est pas le propos de mon billet) en accord avec le trend actuel. Au niveau du social, les Radicaux composant le parti, notamment des Pierre Maudet et des François Longchamp, ne sont pas en reste. La communication du parti nécessite une révision drastique. Qu’elle se rapproche des intérêts des citoyens. L’économie, pour la plupart des individus, est un sujet particulièrement ésotérique. C’est une thématique qui me passionne et que je défends personnellement. Mais je sais combien elle semble lointaine pour de nombreuses personnes qui luttent au quotidien pour nourrir leur famille et subvenir à ses besoins. C’est précisément-là que le PLR doit frapper. Revoir sa stratégie. Repenser son implication. Descendre de son piédestal de premier parti gouvernemental. Et se montrer plus avenant avec les préoccupations de la majorité. Ce n’est que comme ça que les Libéraux-Radicaux conserveront une avance certaine sur leurs adversaires. Et qu’ils pourront continuer à œuvrer pour Genève. Dans le cas contraire, la défaite sera cuisante. Et ce ne sera pas faute de les avoir prévenus.

 

Grégoire Barbey  

12:07 Publié dans Elections du 6 octobre, Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook | | | |

Commentaires

Mieux dire ?
Pas possible!

Écrit par : Charly Schwarz | 14/08/2013

Cher Monsieur,

Je n'ai pas trouvé de modifications entre votre note initiale et cele-ci. Comment vous y êtes-vous pris pour apparaître parmi les notes du 15 août ? Sinon en trichant. Pas très éthique, tout cela !

Écrit par : Pierre Weiss | 15/08/2013

Cher Monsieur,

Je n'ai pas trouvé de modifications entre votre note initiale et cele-ci. Comment vous y êtes-vous pris pour apparaître parmi les notes du 15 août ? Sinon en trichant. Pas très éthique, tout cela !

Écrit par : Pierre Weiss | 15/08/2013

Cher Monsieur,

Ne serait-ce point vous qui émettez des jugements à l'égard de personnalités du seul fait d'événements rapportés sur Wikipédia? En matière d'éthique intellectuelle, je crois qu'il n'y a guère lieu de tergiverser: vous me battez à plate couture.
Mais ne vous inquiétez pas, je ne vous en tiendrez pas rigueur: vous en manquez déjà.

Excellente soirée.

Écrit par : Grégoire Barbey | 15/08/2013

Confondre Wikipédia (dont le taux d'erreur est inférieur à celui de l'encyclopédie Brittanica) avec wikileaks, voilà qui démontre une belle rigueur d'autodidacte prétentieux, et surtout évite de réfléchir sur le fond.

Écrit par : Pierre Weiss | 16/08/2013

La réponse de Pierre Weiss nous laisse sur le doute s’il fait l’idiot ou s’il l’est finalement.

Il n’est pas au courant que dans le dernier billet de son blog, à plusieurs reprises, il fait référence à Wikipédia. ? ? Il ne se rappelle plus ce qu’il écrit ? Comment peut-il lui-même dans ces conditions se concentrer sur le fond comme il le réclame ? ?

Il affirme aussi que « selon wikileaks » Jean Ziegler est disqualifié pour incompétence. Affirmation qui est idiote, fausse et/ou mensongère, car Wikileaks ne se contente que de publier (parmi des milliers d’autres publications) les propos de James T. Morris sur un sujet controversé. C’est donc en quelque sorte la parole de Morris contre celle de Ziegler. Libre à chacun à qui de deux faire plus confiance.

D’autre part Weiss prétend que Wikipédia (bizarre qu’il tienne à le remarquer alors que selon lui il n’a fait référence qu’à Wikileaks) a un taux d’erreur inférieur à celui de l’encyclopédie britannique. Or il appert que selon Wikipédia ( !) c’est le contraire :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Critiques_de_Wikip%C3%A9dia

Écrit par : Amiel | 16/08/2013

Même si elle ne traite pas sur du fond de votre article, il n'en demeure pas moins que la remarque initiale de Pierre Weiss est pertinente avec tout l'excès qui le caractérise. Ce n'est pas la première fois que vous usez de cet artifice pour vous mettre en valeur sur le blog. Tricherie ! Manque d'éthique ! Je définirais cela plutôt comme un manque d'élégance d'autant plus que la qualité de vos écrits ne nécessite pas l'emploi de cet artifice.

Cordiales salutations

Écrit par : Sega | 17/08/2013

Et voilà....

Écrit par : Duval | 17/08/2013

Pierre Weiss perd ses nerfs.

C'est le commentaire que j'ai laissé chez Pierre Weiss, suite à la réponse arrogante de ce dernier dans son blog à Grégoire Barbey:

http://pierreweiss.blog.tdg.ch/archive/2013/08/19/affaire-ziegler-suite-et-pas-fin-les-usa-s-opposent-245721.html

Bien sûr, cela n'a pas été de son goût et comme la liberté d'expression pour lui est une valeur à géométrie variable, il ne l'a pas publié.

Écrit par : Gérard | 19/08/2013

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