Gregoire Barbey

22/08/2013

Là où cesse l'Etat commence l'Homme

Chronique, 22.08.13

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Administrés. L'Etat, le plus froid des monstres froids. Il est froid même lorsqu'il ment.
Et son abominable mensonge, le voici: «moi l’Etat, je suis le peuple».

 

L’Etat, le plus froid des monstres froids. Il est froid même lorsqu’il ment. Et son mensonge, le voici: «moi l’Etat, je suis le peuple». Ces mots sortent de la bouche de Zarathoustra, le personnage prophétique du philosophe Friedrich Nietzsche. Plus d’un siècle avant nous. A cette époque, les Etats ne possédaient pas encore les moyens qu’ont aujourd’hui ceux qui nous gouvernent. Les technologies n’existaient pas. Les possibilités répressives étaient moins développées, parce que moins intrusives. Mais Friedrich Nietzsche savait quelque chose que certains, encore aujourd’hui, veulent ignorer: l’Etat, c’est la mort de l’Homme. L’Histoire le démontre: tout Etat s’est créé dans la violence, la spoliation, la destruction et l’appropriation. Au mépris des principes les plus fondamentaux des droits humains.

 

La propriété privée? Lorsque cela lui chante, l’Etat n’en a cure. Il peut exproprier. Son pouvoir est sans limite. Il est ainsi fait qu’il peut pourvoir à ses besoins sans être véritablement remis en question. Les impôts, les taxes, les prélèvements de toute sorte sont connus dès la naissance. Nous venons au monde et l’Etat le sait avant même que nous n’ayons pu voir la lumière du jour pour la première fois. L’Homme naît enchaîné et il consent à le rester. Il accepte que d’autres – des individus qu’il ne verra probablement jamais – puissent décider à sa place. Se substituer à ses propres choix. Et dès ses premières lueurs, on s’obstine à l’y habituer. C’est mieux ainsi, disent-ils en chœur. Pour le bien commun. Et lui – parce que l’Homme est faillible –, lui il y croit. Dur comme fer. Sans s’interroger: et si mon bien commun n’était pas le leur?

 

Tous, nous naissons dans une même réalité: partout des Etats. Nulle part une quelconque liberté. L’Etat ponctionne l’énergie des individus. Il se nourrit du labeur des Hommes. Pour son propre fonctionnement. Et il a ses subordonnés. Ceux qui non-content d’être soumis à un pouvoir centralisé veulent augmenter ses prérogatives. Lui donner une marge de manœuvre plus importante. Là où progresse l’Etat, l’Homme s’éteint. Enfin, je dis Homme, les suppôts de l’Etat disent administrés. Un mot d’une rare violence. Sa mesure est telle qu’il en devient grotesque, absurde. Administrés, parce qu’incapables de se gérer eux-mêmes. Voilà à quoi sont réduits les êtres humains. Un jugement fatal et péremptoire. Une seule opportunité pour s’émanciper: la solitude. Contre vents et marées. Rares sont ceux qui ont franchi le pas. Et ils l’ont payé très cher.

 

La sécurité prévaut sur les libertés individuelles: ainsi les administrés qui sortent du cadre décidé par l’Etat – tant son imperfection est totale – deviennent les ennemis. Il faut punir. Sévir et montrer du doigt. L’Etat est le plus grand pourvoyeur de criminels. Mais chut, ne le dites pas trop fort, il est mal aisé de le crier à voix haute dans une époque où même vos propres possessions peuvent servir à vous écouter. A vous espionner. Vous n’êtes pas à l’abri chez vous, ni chez vos amis: vous ne l’êtes nulle part. Ce ne sont pas les criminels qui vous menacent. Ne vous y trompez pas. C’est l’Etat, et toutes ses prérogatives pour pénétrer votre sphère privée. Vos données devraient vous appartenir, mais l’Etat se les approprie, que vous soyez d’accord ou non, c’est pour le bien commun. Ah voilà! La divine justification. L’idole sort son atout. Et le manie avec brio. Le bien commun, opposé au chaos.

 

Parce qu’émancipés, les Hommes sont condamnés à la nuit. Ecoutez-les vous le susurrer à l’oreille: vous n’avez pas été fait pour vivre libre. Heureusement, l’Etat est là pour pallier à votre imperfection. Vous n’avez rien à craindre, la transfusion n’est douloureuse qu’une fois. Lorsque l’aiguille est plantée, vous ne sentez plus rien. C’est l’anesthésiant de l’enseignement étatique. Ceux-là même qui vous enchaînent vont vous donner des cours qu’ils auront choisis. Soyez rassurés: c’est pour votre culture. C’est important d’apprendre. Mais n’essayez pas trop par vous-même, vous pourriez devenir dangereux. Une anomalie dans une grande équation particulièrement bien ficelée. Une anomalie récurrente, impossible à éliminer parce qu’il y a trop d’inconnues et de variables. Mais une anomalie quand même.

 

Et les anomalies doivent être éliminées. Pour le bien du système. Pour le bien commun. Ainsi revient toujours la même justification: l’Etat garantit vos droits. Et votre liberté. Vos noms sont dans ses registres. Il sait où vous vivez. Où vous mangez. Et il peut en savoir plus encore s’il le souhaite. N’essayez pas de vous échapper, vous seriez bien malavisé. Ses griffes sont acérées et rien ne saurait l’empêcher de vous réduire à néant. Il peut tout vous prendre. Jusqu’à votre dignité. L’Etat, c’est la création ultime de l’Homme croyant. C’est un pouvoir suprême – suprahumain – qui peut décider pour vous. Et contre vous s’il en ressent la nécessité. L’Etat, c’est Dieu. Inerte, certes, mais pourtant présent partout où vous vous rendez. Vous commencez à vous sentir oppressez? Ne vous inquiétez pas. Je vous prédis qu’en ayant terminé cette lecture, vous oublierez tout ça et retournerez à vos occupations. Celles qui n’ont pas été proscrites par l’Etat. Et vous continuerez tranquillement. Mais d’autres n’oublieront jamais que là où cesse l’Etat commence l’Homme. Et ils lutteront pour garantir vos libertés. Les vraies, celles qui comptent. L’éphémère enfin retrouvera sa place: le néant.

 

Grégoire Barbey

02:16 Publié dans Exercice de style, Humeur | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | | |

Commentaires

Alors ? Qu'est-ce qu'on fait ? On liquide l'Etat ? Et on réfléchit après ?

Écrit par : Michel Sommer | 22/08/2013

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