Gregoire Barbey

28/08/2013

Entre réalité des faits et intérêts supérieurs

Chronique, 29.08.13

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Jean Christophe Schwaab. Le conseiller national socialiste déclarait sur son profil Facebook
que la révision de la loi sur le travail allait obliger des employés à travailler 24 heures sur 24.



Lors de chaque initiative, les partis politiques se mettent en branle pour imposer leurs vues. C’est leur rôle et il n’y a rien à leur reprocher, si ce n’est parfois les méthodes employées. Leur objectif est simple: convaincre le peuple. Les moyens pour y parvenir sont toutefois plus difficiles. Voire sinueux. Il ne suffit pas d’être pour un texte de loi ou de s’y opposer. Il faut apporter au débat des arguments concrets, des explications claires et – malheureusement – simplifiées pour se faire comprendre. Il est évident que chacun utilise des stratagèmes pour marquer les esprits. La recherche d’un slogan provocateur, qui fasse réagir, mais qui interroge aussi. Les partis ne s’arrêtent néanmoins pas à ça: ils manipulent bien souvent la réalité des faits. A dessein ou par méconnaissance du sujet, qu’importe.
 

Le peuple est donc susceptible d’être désinformé s’il s’en tient au discours politique de ses représentants. Il faut bien reconnaître qu’il s’agit-là d’un risque inhérent à l’exercice de la démocratie. Là où les matraques permettent de calmer la population – et de faire «rentrer» les idées dans la tête des gens – au sein des systèmes autoritaires, la démocratie nécessite plus de tact. La propagande est donc l’outil tout indiqué pour parvenir à ses fins. Elle demande une pratique intense et des aptitudes spécifiques. Il n’est pas toujours évident de savoir lorsqu’un politicien dit la vérité ou façonne la réalité dans son intérêt. Les débats le démontrent bien: deux personnes qui ne sont pas d’accord ne finiront probablement pas dans le même camp à la fin.
 

L’intérêt étant plutôt de confronter deux avis contradictoires pour permettre aux gens d’opter pour l’argumentaire qui leur paraît le plus juste. Et encore ici, il s’agit d’une interprétation, puisqu’il y a dans notre perception sensorielle deux obstacles à la compréhension objective: les convictions et les référentiels. Deux individus opposés sur une interprétation des faits peuvent être toutefois de bonne foi. Et c’est justement-là tout le paradoxe d’un débat d’idées. Interpréter n’est pas mentir. Mais cela peut servir à travestir. Il y a également la rétention d’informations dans un but précis.
 

Quand on observe les discours des uns et des autres sur la libéralisation des shop des stations-service, il y a un incroyable fossé. Entre ceux qui, comme Jean Christophe Schwaab, affirment que les employés vont travailler vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et ceux qui disent que cela ne changera rien… On ne peut qu’être frappé par les arguments. Les deux camps noircissent volontairement le trait pour marquer les consciences. Ce qu’il faut bien évidemment, c’est un contre-pouvoir qui permette de rétablir les faits. Ce sont les journalistes qui sont traditionnellement chargés de cette tâche. Mais aujourd’hui, tout semble plus difficile. La Confédération, donc les différents départements rattachés à l’Etat fédéral, possède plus de 400 communicateurs. C’est plus que n’importe quelle rédaction en Suisse. Cela représente même davantage que Le Monde en France.
 

Lorsque le discours des politiciens est passé au peigne fin pour en lisser les contours et le rendre le plus irréprochable possible, il est difficile d’en percevoir les aspérités. Seul un œil averti, et encore, peut en percer les incohérences. Le fact cheking, très répandu dans certains pays, commence à faire son apparition en Suisse. L’objectif est simple: analyser les propos des politiciens et les confronter aux faits. La RTS vient de se doter d’une émission de radio nommée Factuel. La présentation du produit sur internet précise d’ailleurs: «Factuel renoue avec la fonction première du journalisme: la vérification des sources et la recherche de la vérité».
 

C’est bien évidemment une démarche à saluer. Encore faut-il assurer derrière un traitement égal aux politiciens. On connait l’habitude de la RTS à s’en prendre à certains politiciens plus qu’à d’autres – ils tendent souvent le bâton pour se faire battre, c’est un fait – et c’est justement dans le cadre de ce genre d’émissions qu’il faut réussir à passer par-dessus les a priori. En démocratie en tout cas, il est important d’avoir un véritable contre-pouvoir, dont l’établissement des faits au plus proche de la vérité (car l’atteindre est un idéal) doit être le but. Comme je le disais plus haut, c’est un exercice particulièrement difficile puisqu’il y a de plus en plus de personnes chargées de noyer le poisson. De pointer du doigt ce qui n’est en réalité qu’un feu de paille.
 

Face à l’armada de communicateurs payés par les contribuables, comment les journalistes, qui doivent être au service du Peuple et non du pouvoir en place, peuvent exercer correctement leur métier? C’est là toute la question. Et les réponses varieront en fonction des intérêts de chacun. De multiples questions se posent. Est-ce que la transparence du gouvernement profite toujours à l’intérêt de la Nation? Pas nécessairement. Mais la position la plus inconfortable revient probablement au journaliste, qui doit juger s’il fait bien de rétablir les faits sur un point. Parce qu’il peut en mesurer les risques. Et surtout en prévoir les conséquences. Et s’il ne le fait pas, est-ce qu’il ne trahit pas son engagement et sa déontologie? Cela reviendrait à dire qu’il y a des intérêts qui surpassent la transparence. C’est malheureusement bien possible…

 

Grégoire Barbey

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Petit arrangement entre amis au Grand Conseil

A chaud, 28.08.13

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Bertrand Buchs. Le député démocrate-chrétien est l'un des rares à s'être opposé
à l'augmentation des émoluments du Grand Conseil. Il proposait 10% au lieu de 25%.

 

Le Bureau du Grand Conseil a accepté une hausse de 25% des émoluments des députés. Depuis plusieurs mois, des parlementaires m’avaient parlé de ce projet. La raison principale, c’est la refiscalisation de leurs jetons de présence en 2014. A l’heure où l’on a coupé dans le budget de l’Etat pour réduire le déficit et proposer des comptes à l’équilibre, la classe politique s’octroie des privilèges sur le dos des contribuables. Si je comprends bien qu’un engagement politique est chronophage et représente un investissement sur le plan personnel et salarial, il n’empêche qu’il y a quelques règles à respecter. Quand on taille dans les dépenses publiques (j’y étais favorable), on montre l’exemple. Et l’on n’en profite pas pour s’offrir des montants plus élevés à la vue de tous.

 

Cette attitude est tout simplement inadmissible. Quelques semaines avant les élections, c’est véritablement donner l’impression aux citoyens qu’on les prend pour des cons. Des vaches à lait dont on supprime volontiers certaines prestations par souci idéologique lors de la présentation du budget. Mais derrière, on fait tout le contraire, alors qu’on représente les autorités publiques, et qu’il conviendrait de se montrer irréprochable. Et surtout solidaires, bon sang! Seuls les démocrate-chrétiens, et notamment Bertrand Buchs, ont eu la décence de s’opposer à une telle hausse. Ce dernier proposait 10%. Est-ce que les citoyens voient souvent leurs revenus bondir de 25% dans leur vie? Même indexés sur l’inflation, leurs salaires ne progressent jamais autant.

 

Je pensais voir quelques députés PLR s’offusquer d’une telle décision. Ils ont activement participé à la baisse des prestations pour alléger le budget. Par cohérence politique, le parti aurait pu prendre position contre cette augmentation. Et proposer, comme le PDC, qu’elle soit revue à la baisse. Mesdames et Messieurs les politiques, jouer à ce jeu-là à l’approche des élections cantonales, c’est se tirer une balle dans le pied. C’est donner un fort mauvais signal aux citoyens qui, pour la plupart, se saignent aux quatre veines pour nourrir leur famille. Et baisser les prestations qu’ils paient avec leurs impôts tout en augmentant les montants touchés par les députés, c’est une schizophrénie qui ne manquera pas d’en énerver plus d’un. Agir ainsi en pleine période électorale, c’est donner des arguments aux partis non-gouvernementaux. Et du même coup, prendre le risque de ne jamais voir ses émoluments augmentés, faute d’être élu le 6 octobre. Il n’y a pas de quoi féliciter la députation.

 

Grégoire Barbey

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27/08/2013

La nécessaire continuité du libéralisme

Chronique, 27.08.13

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Friedrich Hayek. Le principe fondamental du libéralisme,
c'est d'user le moins possible de la coercition sur les Hommes.


Une société qui œuvre pour la liberté des citoyens façonne nécessairement le progrès. Toute émancipation de l'individu face à des contraintes artificielles est une forme d'avancée pour l'ensemble de la communauté. Une société libérale se doit de donner à ses citoyens les moyens d'être libre. Ou du moins de choisir de l'être. Car on a également le choix de s'enchaîner, et nul ne peut juger de notre décision à vivre libre ou en cage. Le libéralisme, c'est la liberté de conscience, religieuse, d'expression et de pensée. L'Etat ne peut pas pénétrer cette sphère-là.

 


Le plus grand ennemi de la pensée libérale, c'est le socialisme. Parce que le socialisme contraint l'individu par l'omniprésence d'un Etat fort. Un Etat qui, délibérément, intervient dans la société civile contre son gré. Une intervention que ses défenseurs jugent nécessaire, parce qu'elle «corrigerait les imperfections du secteur privé». Ainsi l'Homme, qui naît libre, ne pourrait être destiné à le rester. Il devrait être materné par l'Etat. Lui-même composé par des Hommes, fut-il essentiel de le rappeler. Le socialisme prône l'égalitarisme comme valeur progressiste. Mais l'égalité n'est pas le progrès. L'égalité, c'est la contrainte. Les Hommes naissent tous avec des caractéristiques uniques, qui leurs sont propres. Vouloir interférer, à travers la main courante de l'Etat, dans la vie privée des individus pour les rendre égaux, c'est prendre le parti du nivellement par le bas. Le nivellement par le bas, c'est tout ce qu'une société de progrès, libérale et tournée vers le bien des citoyens, se doit de combattre.

 


En semant les graines du socialisme, les Hommes renoncent à bien des acquis. Des libertés qu'aujourd'hui nous pensons normales, et qui demain pourraient nous être retirées. Ces libertés, nous ne nous sommes point battus pendant des siècles pour les obtenir. La séparation de l'Etat et de l'Eglise, les Constitutions, le droit positif, tout ça est le fait du libéralisme. Non du socialisme, qui veut aplanir les différences de naissance au moyen d'interventions violentes dans l'existence des citoyens. Ce qu'oublient bien des socialistes, en Suisse comme ailleurs, c'est que leur définition du bien commun n'est pas partagée par la majorité. Et cette majorité a le droit de préférer la liberté donnée à l'égalitarisme imposé. Nul ne peut remettre en question le libéralisme sans s'en prendre à ses corollaires: toutes ces libertés dont j'ai parlé précédemment. Des acquis qui, au XVIIe siècle, paraissaient encore illusoires. Des grandes idées qui ont illuminé l'humanité. Qui ont transcendé les âges.



Et aujourd'hui, par trop gâtés que nous sommes, nous nous en prenons à une pensée qui nous a affranchi de l'Eglise. Affranchi de l'Etat, en partie du moins car la lutte perdure. Nous devrions plutôt planter les graines de la liberté. Continuer l'ouvrage de nos ancêtres, profondément tourné vers le progrès. Vers l'émancipation. La liberté s'acquiert, se prend. Elle n'est pas offerte. Et ce n'est qu'au prix de batailles, qu'elles se livrent sur le terrain des idées ou des guerres, qu'on peut l'obtenir. Le libéralisme, plus que jamais, doit se révéler être le pont entre l'Homme et la liberté.

 

Grégoire Barbey

23:48 Publié dans Air du temps, Philosophie, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | | |

26/08/2013

Le fantasme électoral de Christophe Darbellay

Chronique, 26.08.13

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Christophe Darbellay. Le président du PDC aimerait beaucoup être conseiller fédéral.
Il y pense très souvent. De plus en plus. Et pour ça, une stratégie simple: draguer l'UDC.

 

Insécurité partout. A en croire Christophe Darbellay, président du Parti démocrate-chrétien (PDC), les citoyens suisses ne peuvent plus sortir de chez eux en toute tranquillité. Le programme sécuritaire du PDC l’illustre bien. Pourquoi ce revirement soudain dans pareille thématique de société? Nous approchons de la fin de l’année 2013. Dans deux ans, les élections fédérales auront lieu. Et Christophe Darbellay rêve tous les matins en se rasant de devenir conseiller fédéral. Plus que jamais, il se sent appelé à prendre la place d’un des maillons faibles. Qui donc? Probablement Eveline Widmer-Schlumpf. Mais rien n’est joué: elle pourrait se révéler une alliée utile si nécessaire.

 

Alors plutôt que d’attaquer la conseillère fédérale en charge du Département des finances, le PDC charge, sous l’impulsion du Valaisan, le ministre des Affaires étrangères, Didier Burkhalter. On l’accuse (à tort) de brader la Suisse à des juges étrangers. Entre la sécurité et l’Union européenne, le PDC rejoint étrangement les positions de l’Union démocratique du centre (UDC). Ce n’est plus la gauche que drague Christophe Darbellay. Il fut un temps où il essayait. On peut toujours l’apercevoir avec les socialistes dans les salles des pas perdus au Palais fédéral. Il fomente, le vil coquin. Mais son objectif – consécration d’une stratégie de slalomeur hors pair – est autre. Il ne veut plus simplement dicter qui rentre ou non à l’exécutif fédéral. Il veut en être. C’est son vœu le plus cher.

 

Et donc il tire tout son parti à droite. Sur des lignes beaucoup plus strictes. Guerre des tranchées. Il expose un parti traditionnellement centriste à un mouvement inattendu. A l’heure où l’électorat du PDC s’effrite, Christophe Darbellay opère une radicalisation des positions du parti pour son propre intérêt. Il espère qu’en se montrant plus ouvert aux thèmes habituellement réservés à la droite sécuritaire et nationaliste, il récupérera des voix de l’UDC pour son élection au Conseil fédéral. Il ne compte pas sur les Vert’Libéraux, ni sur le PLR. D’ailleurs, ce dernier, il s’en est largement écarté. Notamment sur la Lex USA, sujet pourtant cardinal pour les Libéraux-Radicaux.

 

Les vieilles alliances se défont. D’autres tentent de se conclure. Maladroitement peut-être, tant le jeu du président du PDC est lisible. Comme je le disais plus haut, déstabiliser Didier Burkhalter est un bon moyen de s’attirer la sympathie de l’UDC. En mettant en danger le siège d’un PLR, avec une Eveline Widmer-Schlumpf menacée par l’ensemble de la droite, le PDC et l’UDC pourraient faire d’une pierre deux coups. Christophe Darbellay prend le siège de la ministre PBD, et un UDC se voit octroyer celui du ministre des Affaires étrangères. Surfait, me direz-vous? Pas si sûr. L’UDC frisonne de toute sa base à l’idée de se venger. D’opérer un basculement des majorités au Conseil fédéral. De se réapproprier son deuxième siège. Et d’évincer ceux qui l’ont trahie. Darbellay en fait partie. Mais il s’avère utile. Très utile. Il est possible de passer outre sa trahison si cela peut servir les intérêts supérieurs du parti. Et là, croyez-moi, l’UDC ne se résoudra jamais à laisser passer sa chance. Tout comme Christophe Darbellay, qui pense tous les matins en se rasant à ce fameux couronnement… Quitte à faire fi de toutes ses valeurs.

 

Grégoire Barbey

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25/08/2013

Du divin à la transfiguration de l'existence

Chronique, 25.08.13

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Friedrich Nietzsche. Le philosophe est décédé le 25 août 1900 à Weimar.
Il a laissé derrière lui une œuvre riche qui fut souvent sujet à interprétation.


Le monde se souvient de Friedrich Wilhelm Nietzsche, décédé le 25 août 1900 à Weimar, en Allemagne. Probablement l'un des philosophes les plus controversés de l'histoire récente, il est souvent assimilé à tort à Adolf Hitler. Bien souvent comparé à l'idéologie du nazisme, c'est pourtant mal connaître le personnage.



S'il a bien évidemment théorisé le Surhomme dans son livre d'anthologie Ainsi parlait Zarathoustra, Friedrich Nietzsche n'a jamais voulu insinuer par là qu'il y a une race d'être humain qui soit supérieure aux autres. Pour lui, l'homme est une corde tendue entre le singe et le Surhomme. Si ce dernier est au-dessus des hommes, c'est par son essence divine. Pour son auteur, le Surhomme ne doit pas se soucier des hommes, il est égal au divin, ce divin que Nietzsche a tué de sa plume. Le rôle du Surhomme n'est pas de gouverner mais de transfigurer l'existence. Les aphorismes du philosophe, souvent écrits en marchant sur les cimes du Tessin, ont fait l'objet de multiples interprétations. Mais c'est ce même Nietzsche qui a rompu une amitié d'une rare intensité, mêlant admiration, idolâtrie et amour, avec Richard Wagner, jugeant son antisémitisme décadent et contraire à ses valeurs.



Si Friedrich Nietzsche a produit une généalogie de la morale, ce n'est pas pour justifier la barbarie, mais pour mettre l'humanité devant ses contradictions. Nietzsche était un homme profondément seul, viscéralement hors du monde, et la biographie romancée de Stefan Zweig à son sujet en est la traduction parfaite. Un homme à la santé si fragile que chaque jour fut un calvaire, une véritable épreuve. Un personnage à la fois attachant et unique. Un homme qui a parlé du monde comme personne ne l'avait fait auparavant. Un déconstructiviste de grand chemin. Une œuvre irremplaçable et surtout inoubliable. Nietzsche a bouleversé mon existence. Quand j'ai refermé le premier ouvrage que j'ai lu de lui, à 18 ans, j'ai pris goût à la philosophie. Aux questions de la société. A l'esprit critique. Au désir profondément primaire d'apprendre toujours. Un personnage hors norme qui mérite d'être connu et reconnu pour ce qu'il fut. Et ce qu'il a laissé à une génération profondément meurtrie.

 

Grégoire Barbey

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24/08/2013

Double-visage et allure de suppositoire

Chronique, 24.08.13

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 Parti socialiste. Les affiches pour les candidats au Conseil d'Etat cachent deux visages
et ont la forme d'un suppositoire. Volontairement ou non. Le message est donc ambigu.


La campagne publicitaire du Parti socialiste à Genève fait parler d’elle depuis quelques jours dans les médias. D’abord la Tribune de Genève, puis la RTS. La chaîne de télévision du service public parle d’ailleurs de plagiat, puisqu’une campagne très proche a été menée par Mercedes en 2012. Pour ma part, je ne pense pas qu’il s’agisse véritablement d’une copie conforme. Probablement un hasard. Et puis qu’importe, l’essentiel est le message. Et justement, parlons-en. Les photos sont intéressantes (voir ci-dessus), et leur choix n’est peut-être pas anodin. En y regardant bien, deux visages apparaissent.

 

Serait-ce un message subliminal à l’attention des électeurs et des électrices? Faut-il comprendre par cet habile montage qu’il y a derrière l’apparence des candidats socialistes au Conseil d’Etat une autre face qui n’est pas montrée publiquement? La question se pose. En outre, la forme des visages rappelle également quelque chose de singulier: un suppositoire! Toujours un hasard? Soit les socialistes sont des gaffeurs hors pair – ce qui ne peut être totalement exclu –, soit ils ont un talent certain pour les métaphores politiques. En tout état de cause, le message à interpréter est clair: en votant pour les socialistes, le citoyen ne sait pas ce qui l’attend, puisqu’il y a, dans l’ombre, un aspect volontairement caché aux regards trop insistants. De l’ombre à la lumière, les socialistes feront face à leur destin le 6 octobre prochain. D’ici-là, nous pouvons nous délecter d’une campagne pour le moins particulière!

 

Grégoire Barbey

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22/08/2013

Là où cesse l'Etat commence l'Homme

Chronique, 22.08.13

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Administrés. L'Etat, le plus froid des monstres froids. Il est froid même lorsqu'il ment.
Et son abominable mensonge, le voici: «moi l’Etat, je suis le peuple».

 

L’Etat, le plus froid des monstres froids. Il est froid même lorsqu’il ment. Et son mensonge, le voici: «moi l’Etat, je suis le peuple». Ces mots sortent de la bouche de Zarathoustra, le personnage prophétique du philosophe Friedrich Nietzsche. Plus d’un siècle avant nous. A cette époque, les Etats ne possédaient pas encore les moyens qu’ont aujourd’hui ceux qui nous gouvernent. Les technologies n’existaient pas. Les possibilités répressives étaient moins développées, parce que moins intrusives. Mais Friedrich Nietzsche savait quelque chose que certains, encore aujourd’hui, veulent ignorer: l’Etat, c’est la mort de l’Homme. L’Histoire le démontre: tout Etat s’est créé dans la violence, la spoliation, la destruction et l’appropriation. Au mépris des principes les plus fondamentaux des droits humains.

 

La propriété privée? Lorsque cela lui chante, l’Etat n’en a cure. Il peut exproprier. Son pouvoir est sans limite. Il est ainsi fait qu’il peut pourvoir à ses besoins sans être véritablement remis en question. Les impôts, les taxes, les prélèvements de toute sorte sont connus dès la naissance. Nous venons au monde et l’Etat le sait avant même que nous n’ayons pu voir la lumière du jour pour la première fois. L’Homme naît enchaîné et il consent à le rester. Il accepte que d’autres – des individus qu’il ne verra probablement jamais – puissent décider à sa place. Se substituer à ses propres choix. Et dès ses premières lueurs, on s’obstine à l’y habituer. C’est mieux ainsi, disent-ils en chœur. Pour le bien commun. Et lui – parce que l’Homme est faillible –, lui il y croit. Dur comme fer. Sans s’interroger: et si mon bien commun n’était pas le leur?

 

Tous, nous naissons dans une même réalité: partout des Etats. Nulle part une quelconque liberté. L’Etat ponctionne l’énergie des individus. Il se nourrit du labeur des Hommes. Pour son propre fonctionnement. Et il a ses subordonnés. Ceux qui non-content d’être soumis à un pouvoir centralisé veulent augmenter ses prérogatives. Lui donner une marge de manœuvre plus importante. Là où progresse l’Etat, l’Homme s’éteint. Enfin, je dis Homme, les suppôts de l’Etat disent administrés. Un mot d’une rare violence. Sa mesure est telle qu’il en devient grotesque, absurde. Administrés, parce qu’incapables de se gérer eux-mêmes. Voilà à quoi sont réduits les êtres humains. Un jugement fatal et péremptoire. Une seule opportunité pour s’émanciper: la solitude. Contre vents et marées. Rares sont ceux qui ont franchi le pas. Et ils l’ont payé très cher.

 

La sécurité prévaut sur les libertés individuelles: ainsi les administrés qui sortent du cadre décidé par l’Etat – tant son imperfection est totale – deviennent les ennemis. Il faut punir. Sévir et montrer du doigt. L’Etat est le plus grand pourvoyeur de criminels. Mais chut, ne le dites pas trop fort, il est mal aisé de le crier à voix haute dans une époque où même vos propres possessions peuvent servir à vous écouter. A vous espionner. Vous n’êtes pas à l’abri chez vous, ni chez vos amis: vous ne l’êtes nulle part. Ce ne sont pas les criminels qui vous menacent. Ne vous y trompez pas. C’est l’Etat, et toutes ses prérogatives pour pénétrer votre sphère privée. Vos données devraient vous appartenir, mais l’Etat se les approprie, que vous soyez d’accord ou non, c’est pour le bien commun. Ah voilà! La divine justification. L’idole sort son atout. Et le manie avec brio. Le bien commun, opposé au chaos.

 

Parce qu’émancipés, les Hommes sont condamnés à la nuit. Ecoutez-les vous le susurrer à l’oreille: vous n’avez pas été fait pour vivre libre. Heureusement, l’Etat est là pour pallier à votre imperfection. Vous n’avez rien à craindre, la transfusion n’est douloureuse qu’une fois. Lorsque l’aiguille est plantée, vous ne sentez plus rien. C’est l’anesthésiant de l’enseignement étatique. Ceux-là même qui vous enchaînent vont vous donner des cours qu’ils auront choisis. Soyez rassurés: c’est pour votre culture. C’est important d’apprendre. Mais n’essayez pas trop par vous-même, vous pourriez devenir dangereux. Une anomalie dans une grande équation particulièrement bien ficelée. Une anomalie récurrente, impossible à éliminer parce qu’il y a trop d’inconnues et de variables. Mais une anomalie quand même.

 

Et les anomalies doivent être éliminées. Pour le bien du système. Pour le bien commun. Ainsi revient toujours la même justification: l’Etat garantit vos droits. Et votre liberté. Vos noms sont dans ses registres. Il sait où vous vivez. Où vous mangez. Et il peut en savoir plus encore s’il le souhaite. N’essayez pas de vous échapper, vous seriez bien malavisé. Ses griffes sont acérées et rien ne saurait l’empêcher de vous réduire à néant. Il peut tout vous prendre. Jusqu’à votre dignité. L’Etat, c’est la création ultime de l’Homme croyant. C’est un pouvoir suprême – suprahumain – qui peut décider pour vous. Et contre vous s’il en ressent la nécessité. L’Etat, c’est Dieu. Inerte, certes, mais pourtant présent partout où vous vous rendez. Vous commencez à vous sentir oppressez? Ne vous inquiétez pas. Je vous prédis qu’en ayant terminé cette lecture, vous oublierez tout ça et retournerez à vos occupations. Celles qui n’ont pas été proscrites par l’Etat. Et vous continuerez tranquillement. Mais d’autres n’oublieront jamais que là où cesse l’Etat commence l’Homme. Et ils lutteront pour garantir vos libertés. Les vraies, celles qui comptent. L’éphémère enfin retrouvera sa place: le néant.

 

Grégoire Barbey

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21/08/2013

La jalousie élevée au rang de vertu cardinale

Chronique, 21.08.13

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Christian Levrat. Les socialistes mettent à l'index les dirigeants des entreprises. Ils oublient
qu'ils sont ceux qui créent de la richesse et de la valeur ajoutée pour l'ensemble de la société.

 

L’initiative «1:12 – pour des salaires équitables» propose d’introduire dans la Constitution fédérale un article de Politique salariale qui permettrait à l’Etat, à travers la volonté populaire, d’interférer dans les affaires courantes des entreprises privées. Il ne serait ainsi plus possible d’obtenir une rémunération douze fois supérieure au plus bas de la chaîne salariale d’une société. Pour les initiants, la jeunesse socialiste (qui est plus proche d’un ultra-soviétisme que d’un socialisme pragmatique, soyons honnête), il s’agit d’interdire à un dirigeant de gagner en un mois ce qu’un employé obtient en une année. Si l’idée peut paraître alléchante parce qu’éthiquement compatible et défendable, elle n’en est pas moins dangereuse et fait fi de toutes les réalités les plus élémentaires en matière d’économie.

 

Il convient de rappeler ici qu’habituellement, ce sont les socialistes qui veulent toujours plus de recettes fiscales. Or, par ce projet de loi inique, les initiants ne réalisent pas qu’en nivelant les salaires par le bas, ce sont les caisses de l’Etat qui vont se vider en proportion des baisses effectuées. Mais soyons de bonne foi: aucun manager ne verra son salaire baisser si l’initiative devait être plébiscitée par les urnes. Les méthodes pour contourner cette interdiction sont légion. Il suffit de scinder l’entreprise en plusieurs entités autonomes pour casser la chaîne salariale et permettre aux plus hauts salaires de continuer à toucher leurs rémunérations. La gauche, toujours aussi déconnectée de la réalité humaine, argumente différemment. Pour elle, c’est l’occasion d’augmenter les salaires des employés les moins bien rémunérés. Ce postulat est justifié par la volonté des plus hauts revenus à conserver leurs privilèges. Dès lors, ils décideraient de leur verser des salaires plus élevés pour conserver les leurs à des niveaux très élevés. C’est bien évidemment peu probable et les faits qui précèdent tendent à le démontrer. Le président du Parti socialiste, Christian Levrat, parle d’une «utopie nécessaire». Le mot est bien choisi: étymologiquement, utopie signifie «nulle part». Mais il ne s’agit pas uniquement des rémunérations contractuelles livrées mensuellement. Les primes sont comprises, et les versements en nature également.

 

Les initiants méconnaissent visiblement le fonctionnement des entreprises. La plupart des sociétés où des dirigeants s’octroient des rémunérations douze fois plus élevées que le plus bas salaire de l’entreprise sont cotées en Bourse. Les petites et moyennes entreprises sont rarement touchées par ce type de politique salariale. Parce qu’en général, les dirigeants de PME préfèrent réinvestir une grande part des bénéfices dans l’entreprise elle-même pour en améliorer l’efficacité et la compétitivité. Pour les sociétés cotées au Swiss Stock Exchange, le principe est différent. Si les actionnaires acceptent qu’un manager soit rémunéré de façon démesurée (quoi qu’encore ici, l’appréciation soit totalement subjective et donc soumise à interprétation), c’est leur affaire et ne concerne en rien l’Etat. Et encore moins la population. D’autant plus que l’initiative Minder a été acceptée par le Souverain, et que les rémunérations du board sont désormais votées en assemblée générale.

 

«L’Etat n’a pas à intervenir dans les affaires courantes d’une entreprise»

 

Mettant de côté des principes essentiels de l’économie, comme l’autorégulation et la propriété privée, cette initiative remet en question bon nombre d’acquis fondamentaux. En plus de menacer le fonctionnement d’un modèle ayant fait ses preuves, les initiants élèvent en vertu cardinale la jalousie. Qui donc a le droit de se mêler des affaires privées d’une entreprise? Surtout pas l’Etat, qui n’a strictement rien à faire dans la gestion des affaires courantes. La rémunération en est une, et ne regarde que les individus concernés. L’Etat doit s’occuper de sa propre gestion, ce qui n’est déjà pas une mince affaire. Si en plus de cela, il crée un armada de policiers salariaux (la police rouge) chargés de veiller au respect des contraintes socialisantes, où va-t-on? Oui, il s’agit de jalousie car la plupart des Suisses travaillant dans des entreprises où il existe un important écart salarial sont bien rémunérés. Et qu’ils n’ont généralement pas à se plaindre.

 

Cette tendance s’accroit de plus en plus. Comme si nous avions quelque chose à dire sur ce que nos voisins mettent dans leur assiette pour le déjeuner et le dîner. Comme si, en fin de compte, nous devions tous être soumis à la même fatalité: le nivellement par le bas. L’incapacité de s’extraire de la masse. D’entreprendre librement, de pourvoir aux besoins de dizaines, de centaines voire de milliers d’êtres humains. L’innovation reléguée au rang d’antiquité, c’est le but de cette initiative? Faire de la création d’entreprises un bagne plutôt qu’une volonté de créer de la richesse, qu’elle soit quantifiable en termes de liquidités ou d’innovations sociétales? Oui, c’est de la jalousie. Parce que ceux qui s’en plaignent ne sont généralement pas aux commandes d’une entreprise. Parce que leur téléphone est coupé le week-end et qu’ils n’accourent pas en cas de problème. Eux, ils font leurs heures (pas tous, évidemment, ne caricaturons pas à l’extrême non plus). Les dirigeants, eux, assurent les salaires. Certains, dans les petites et moyennes entreprises, les versent au mépris du leur.

 

Parce que l'entrepreneuriat n’est pas seulement une affaire de rémunérations, ce que beaucoup ont tendance à oublier de nos jours. Les entreprises, ce sont un lien essentiel dans la cohésion sociale. Et s’il y a des dysfonctionnements évidents, ceux-ci ne se règlent pas par des législations soviétiques mettant la jalousie comme arbitre et l’Etat comme juge. Le désir de vouloir aplanir les inégalités sans penser à la liberté, voilà un idéal qui ne me correspond pas. Les hommes ne naissent pas égaux, et l’Etat ne pourra jamais intervenir de façon suffisamment efficace pour réguler ce que le hasard réalise. Son rôle n’est pas de contraindre par la violence ceux qui peuvent se démarquer de la majorité en leur interdisant de faire ce pourquoi ils sont justement doués. En agissant ainsi, c’est une société encore plus malade que nous allons créer. Basée sur la jalousie et un nivellement par le bas des plus infâmes, une telle civilisation ne saurait perdurer dans la durée. Et c’est tout le modèle suisse de l’excellence entrepreneuriale qui s’effondrerait. Avec des conséquences beaucoup plus désastreuses qu’un écart salarial produisant des jalousies disproportionnées aux jeunes socialistes encore en études.

 

Grégoire Barbey

00:24 Publié dans Economie, Humeur, Politique, Votations du 24 novembre | Lien permanent | Commentaires (11) |  Facebook | | | |

19/08/2013

Provocation à outrance et vacuité du message

Chronique, 19.08.13

 

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Initiative du GSsA. Les Jeunes UDC ont multiplié les visuels provocants pour inciter les
citoyens à voter contre l'abrogation de l'obligation de servir. Mais les messages sont critiquables.

 

La campagne des Jeunes UDC contre l’initiative pour l’abrogation de l’obligation de servir est si caricaturale et ridicule qu’elle me donne envie de voter en faveur des initiants. Entre une affiche qui assimile ceux qui y sont favorables à des drogués fumeurs de joint, roux, communistes et pacifistes et une autre qui invite à «gicler» ceux qui sont contre l’armée, les amalgames sont légion. Est-ce qu’il est nécessaire d’en arriver à stigmatiser l’ensemble des opposants à l’obligation de servir en des termes qui sont franchement limites? Il ne faut pas oublier qu’il s’agit également d’un débat idéologique. Beaucoup de libéraux sont favorables à cette abolition. Moi-même, j’hésite encore. Il ne s’agit pas seulement de dire non à l’armée, mais de refuser un système qui force les individus à être enrôlés sans qu’ils ne puissent donner leur avis. Et ça, effectivement, c’est contraire à l’idéologie libérale. L’Etat ne devrait pas pouvoir intervenir aussi férocement dans l’existence d’un citoyen.

 

Il s’agit donc de débattre concrètement, sans réduire son adversaire à un paquet de clichés réducteurs. Parce qu’on peut également caricaturer les tenants absolus d’un système de milice, et d’une armée. Ils ont également leurs côtés pour le moins singuliers. Mais à titre personnel, je ne trouve pas cela pertinent et je ne pense pas qu’un citoyen lambda ait envie de se voir ainsi montré du doigt à travers un visuel de campagne. Chacun a ses raisons de voter pour ou contre. La démocratie, c’est accepter le choix des gens, de s’y plier, et de vivre avec. En se moquant de ses adversaires avant le même le résultat de la votation, on prend un risque considérable. Celui d’énerver tout un pan de l’électorat qui pourrait se sentir insulté alors qu’ils étaient encore hésitant. Comme moi, qui ne vois pas très bien quel est le but de cette affiche, sinon de créer une polémique stérile et d’inciter les gens à envoyer un camouflet à des Jeunes UDC un peu trop sûrs de leurs valeurs patriotiques…

 

Grégoire Barbey

01:17 Publié dans Air du temps, Economie, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook | | | |

17/08/2013

La haine des uns et l'ignorance des autres

Chronique, 17.08.13

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Adolf Hitler. Le dictateur le plus meurtrier de notre histoire récente
l'avait malheureusement compris: il suffit de se servir des émotions du peuple...

 

J’étais hier soir à la vogue de Bardonnex avec mon ami Sébastien Kaech qui distribuait des flyers pour sa campagne au Grand Conseil. Et j’ai été surpris des réactions des gens. Choqué serait même plus adapté. A l’une des personnes à qui il a distribué son tract, il a reçu la réponse: «je ne vote pour lui que s’il veut foutre dehors tous les étrangers». J’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’une blague un peu maladroite. En discutant davantage, j’ai vite compris qu’il était convaincu par ce qu’il venait de dire. Pour lui, les frontaliers et les immigrés volent les emplois des Suisses. Une croyance qui se répand de plus en plus à cause du MCG et de l’UDC qui favorisent volontairement cet amalgame.

 

Comme le disait Talleyrand il y a quelques siècles, «la politique a toujours été et sera toujours une certaine façon d’agiter les hommes avant de s’en servir». C’est exactement la stratégie de ces partis qui jouent aux funambules sur une corde si mince qu’un faux mouvement peut suffire à les faire tomber d’un côté ou de l’autre. Malheureusement cet exercice d’équilibriste est dangereux et a des répercussions particulièrement néfastes sur une certaine frange de la population. Il est facile en situation de crise – ce qui peut d’ailleurs être observé à chaque période de l’Histoire – de flirter avec des discours politiques polarisants. A Genève, ville internationale, le chômage est en comparaison nationale bien plus élevé. Divers facteurs micro et macroéconomiques peuvent en expliquer la cause.

 

Mais tout un chacun comprendra qu’il n’est pas très vendeur en politique de se concentrer sur des explications intellectuelles, concrètes et précises. Ce que le Peuple veut depuis toujours, c’est une victime expiatoire, un bouc émissaire sur lequel passer sa colère liée à son impuissance. Ces partis-là, c’est justement leur fonds de commerce. On prend une catégorie de la population et on l’assimile à tous les maux vécus par la majorité. Adolf Hitler avait très bien compris ce principe en son temps et l’avait même exploité avec un talent cauchemaresque. En s’en prenant à la population juive, qui ne représente même pas 1% de l’humanité, et en l’accusant d’être à la base de toutes les souffrances des citoyens allemands, il a réussi à transformer la raison en émotion.

 

Les gens ne sont pas toujours raisonnables. Ils le sont même plutôt rarement. Surtout lorsqu’il s’agit de politique, chose à laquelle ils ne s’intéressent que très moyennement. Ils ont donc des réponses tout aussi moyennes, qui s’apparentent à une méconnaissance des sujets. Croire que le chômage est uniquement lié aux étrangers – il l’est probablement un peu –, c’est faire montre de bien peu d’érudition dans le domaine. Mais c’est également un danger à prendre très au sérieux. Plus la population est ignorante, plus le risque de manipulation de masse est élevé. Je ne dis pas ça avec une position élitiste. Au contraire. Le but est justement d’éduquer les citoyens. De leur inculquer les notions essentielles à leur bonne compréhension des enjeux sociétaux. Or, ici, nous avons des partis qui attirent leurs adhérents en se servant de leur manque de connaissance. Et font de leur sentiment d’injustice une haine farouche. Il va falloir prendre des mesures, et celles-ci passent peut-être par une réforme de l’enseignement. En proposant notamment des cours où les jeunes citoyens peuvent apprendre à se renseigner sur un sujet. Des possibilités, il y en a plein. Il faut juste les saisir avant qu’il ne soit trop tard. Pour que la gangrène qui ronge une certaine frange des Genevois ne nécessite pas l’amputation.

 

Grégoire Barbey

14:54 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (42) |  Facebook | | | |