Gregoire Barbey

01/09/2013

Du creux des estomacs au vide des idées

Chronique, 01.09.13


Photo: Jérôme Courtesy Rastorfer ©

24328_378824700673_5600453_n.jpg

Elections cantonales à Genève. Les candidats au Grand Conseil sont vraiment partout.
A tel point qu'il est difficile de les voir. Et leur stratégie semble bien dénuée de... stratégie.

 

Ils sont partout. Contrairement à Jésus qui multipliait les pains, eux ne peuvent pas se démultiplier. Ils choisissent donc. Souvent, ils se laissent emportés par le vent. La bise des événements. On les voit surtout courir, parfois sourire – quand il y a une photo à faire. La nervosité est palpable, eux voudraient être papables. Ils rêvent tous du même but, ils ne sont pas faits du même bois, hormis leur langue qui est pleine d'échardes. On les entend. On préférerait qu'ils se taisent. Eux pensent révolutionner la vie des gens qui n'ont comme désir que d'être laissés tranquille. Ils sont partout, vous dis-je. Ils se mêlent de ce qui ne les regarde pas. Ils pensent satisfaire des besoins. Ils satisfont les leurs: l'égocentrisme et le pouvoir. Mais peuvent-ils convaincre? Ils en sont pourtant convaincus. Vaincus, pas encore. Cons, je ne saurais être aussi péremptoire.


Mais force est de constater qu'ils sont vraiment partout. A tous les cocktails. Surtout lorsque ceux-ci sont dînatoires. Ils viennent, ou plutôt s'invitent, munis de leurs grands discours. Le creux des estomacs semble bien rempli par rapport au vide de leurs idées. Qu'importe: il ne faut pas être intelligent. Il suffit d'être convainquant. De faire semblant d'y croire. Et de trouver les bons pigeons. Bon, ces volatiles, il en faut quand même beaucoup pour passer la rampe des vainqueurs et se profiler sur le podium. Alors tout soudain, ces aspirants parlementaires se muent en ornithologues. Et chassent. Chassent chaque jour. Chaque week-end. Nul ne leur dit tout le ridicule qu'ils inspirent. L'absurde dont traite Albert Camus dans son Mythe de Sisyphe paraît encore savoureux, quand le néant profond qui habite toutes ces personnes se transforme en désir d'être au pouvoir.


Ils sont semblables à des passagers d'un bateau qui coule. Tous se précipitent sans réfléchir aux portes qui mènent à la sortie. Mais eux veulent faire leur entrée. Et fracassante, parce qu'il ne suffit pas d'être plébiscité, encore faut-il être adulé! Alors ils crient, scandent et dégueulent leurs slogans – tout droit sortis d'une publicité Ikea – ad nauseam. Eux croient intéresser la population. A chaque stand, à chaque événement festif, ce sont toujours les mêmes. Ils font partie du microcosme. Ils ont leur carte de membre, et tous pensent à peu près la même chose. Cela varie seulement en fonction d'une variable: la couleur de leur logo. Et la grandeur de leur ego. Mais ça, ne le dites pas. Parce qu'ils ne comprendront semble-t-il jamais qu'il y a ici un petit village de quelques milliers de personnes qui s'auto-congratulent. C'est le syndrome bien connu du serpent qui se mord la queue. Eux font ça pour le bien du peuple. Des citoyens.


Certains sont d'ailleurs experts en la matière et parlent volontiers en lieu et place de ladite population. Qui elle, si elle n'acquiesce guère, change de chaîne, ou tourne la page. Ce ne sont finalement pour le commun des mortels que des démagogues et leur prêter un semblant d'intérêt serait déjà leur faire honneur. Ils sont partout, absolument partout. Sur les vitres des transports publics. En photo sur les réseaux sociaux. Dans les boîtes aux lettres. Ils sont tellement sociables qu'ils en deviennent proprement infréquentables. Aux journalistes, ils passent la pommade. Aux citoyens, ils promettent monts et merveilles. Ils jouent au père Noël, et comme si le peuple était fait que d'enfants, ils se dotent d'une hôte pleine de cadeaux. Ils courent, ils courent. Et ils sont tellement partout qu'on en arrive à ne plus les voir. C'est comme ça, et ça va durer jusqu'au 6 octobre. Ils courent, les candidats au Grand Conseil.

 

Grégoire Barbey

22:03 Publié dans Elections du 6 octobre, Exercice de style, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | | |

Commentaires

L'endroit stratégique où d'innombrables candidats souhaiteraient se rendre (mais n'y sont admis que les membres, les sympathisants, les mécènes et les invités, c'est à l'Assemblée générale annuelle de l'Association libertaire des Dissident(e)s de Genève (DDG), mardi 3 septembre dès 18 heures. Après avoir lu ce délicieux morceau d'anthologie, je me permets d'envoyer à son auteur une invitation à ce haut-lieu de la politique parlementaire et extra-parlementaire genevoise.

Les DDG sont une association indépendante politiquement mais non pas "apolitique"...

Des consignes de vote y seront dispensées: quelles listes panacher avec quels candidats, quels candidats latoiser.Pourquoi il faut d'abord choisir une liste de parti avant de choisir des candidats, etc. La parole y est vraiment libre. Je vérifie le bon fonctionnement de ma sono et des microphones HF demain...

Apportez vos loupes et vos stylos car nous allons travailler sur les bulletins électoraux imprimés en caractères semblables à des pattes de mouche.

En espérant que Grégoire Barbey nous fera l'honneur d'assister à notre AG et, s'il le désire, de s'y exprimer, cigare au bec. Oui, on peut fumer en ce lieu entre complices de la comédie humaine...et temple de la démocratie en marche...

Écrit par : jaw | 02/09/2013

Oui ce cirque a un côté pathétique. Mais jusqu'à aujourd'hui on a pu vérifier que les élus sont ceux qui ont été les plus visibles. C'est l'effet pub.
Je ne me sens pas concerné. Et Grégoire se rappellera certainement mes propos lors de notre première et seule rencontre : " Si tu veux en savoir plus, il faudra venir me chercher, car je ne viendrai pas te lécher les basques "
Au risque de passer pour un mec arrogant, je me profile dans une posture de service. Je n'ai aucune ambition personnelle et je ne fais pas carrière en politique. J'ai juste envie qu'on puisse respirer un peu à Genève alors j'ai décidé de me mettre à disposition. Et oui, il faudra venir me chercher, me mériter.

Écrit par : Pierre Jenni | 03/09/2013

Les commentaires sont fermés.