Gregoire Barbey

04/09/2013

L'Occident veut des massacres élégants

Chronique, 04.09.13

Bachar-al-Assad.jpg

Bachar el-Assad. La limite à ne pas franchir quand un dirigeant massacre son peuple:
les armes chimiques. Il faut rester conventionnel. Sinon c'est mauvais pour les affaires...

 

La Syrie est le trend actuel en Suisse et plus largement en Occident en matière de politique internationale. Beaucoup de commentateurs se sont lancés à corps perdu dans la bataille idéologique qui fait rage: faut-il ou non une intervention armée des forces occidentales pour mettre fin au conflit syrien? Si la réponse varie en fonction des sensibilités, la véritable question se situe probablement ailleurs. Que certains pays, notamment la France, jugent opportun de partir en guerre, ce n’est pas très étonnant. L’ampleur de la répression menée par les troupes du président Bachar el-Assad confine à la stupeur pour nous autres occidentaux. La véritable question, disais-je donc et pour y revenir, est en réalité la limite qui a été fixée au dirigeant de la Syrie par les puissances occidentales: pas d’armes chimiques contre le peuple. Pour caricaturer, l’Occident autorise n’importe quel dictateur à torturer son peuple – et le décimer – avec les méthodes qui lui font plaisir. Mais la ligne rouge à ne pas franchir, ce sont les armes chimiques.

 

Pourquoi? Ce n’est pas fair-play, les armes chimiques? Il faut employer des techniques plus old-school, comme le recours à des bombes, ou le tir à vue dans la foule? Peut-être est-ce plus en adéquation avec les valeurs démocratiques de nos pays occidentaux… Rappelons-nous en effet qu’une armée qui fusille le peuple n’est pas de la fiction. C’est même arrivé à Genève, et une pierre commémore ce massacre sur la plaine de Plainpalais. Donc peut-être qu’effectivement, il y a l’art et la manière. Le peuple – ce salopard en surnombre qui veut tout décider à la place des dirigeants éclairés et mus par le bien commun – a bien quelques désavantages. Déjà, dans des pays démocratiques, il est censé avoir le dernier mot. A noter qu’à part en Suisse, la théorie a souvent de la peine à laisser place à la pratique… Ah mais oui, nos têtes pensantes occidentales ont un argument: les armes chimiques ne sont pas conventionnelles.

 

Et si Monsieur el-Assad venait à torturer ses citoyens en demandant par exemple à ses forces armées de leur retirer les yeux avec une cuillère, c’est une méthode plus conventionnelle? En tout cas c’est très traditionnel, l’Occident en sait quelque chose… A trop vouloir interférer dans les affaires d’autres pays, nos dirigeants oublient un principe: nous sommes les garants de certaines valeurs. Et pour justifier une intervention, il faut que ces valeurs soient mises en danger. Mais la Syrie n’est pas le dominion d’un Etat occidental. Pourquoi diable le Conseil de sécurité autoriserait les Américains, les Français, les Allemands ou n’importe quels autres à attaquer frontalement la Syrie? D’autant plus qu’après avoir toléré depuis plus de deux ans un massacre sans commune mesure, les Occidentaux auraient fort peu à s’illustrer en attaquant Bachar el-Assad parce qu’il a franchi la ligne rouge… Si l’on se réfère aux valeurs qui nous tiennent à cœur, ces limites, le président syrien les a dépassées il y a longtemps déjà. Ne l’oublions pas.

 

Grégoire Barbey

20:25 Publié dans Air du temps, Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | | |

Commentaires

Merci. Comme vous avez raison! "mous sommes garants de certaines valeurs". Il "faut que ces valeurs soient mises en danger". La Vie des petites gens est violée, leur dignité humaine, cet espèce de nœud dans lequel les G20 à Saint Petersburg essaient, en vain, d'être conscients de cette valeur: La Vie.
La ligne rouge d'Obama, le niveau comme celui des gosses que nous étions en jouant à la "p'tite guerre" au Jura!
Et le drame de la Syrie est bien à l'agenda, mais la priorité reste des discussions et débats restent : La "Croissance"...Peut-on parler de croissance quand on est repus?

Écrit par : cmj | 05/09/2013

Cher Grégoire,

Tu as oublié d'exprimer L'argument principal qui réfrène peut-être l'enthousiasme de l'occident... Nos sécurités étant en jeu, je ne pense pas qu'il soit sage de se risquer à une intervention militaire qui ne ferait qu'accélérer l'installation du chaos dans ce pays. N'oublions pas les expériences du passé et souvenons-nous que chaque fois que l'occident a aidé un groupe rebelle à se soulever contre un gouvernement, il a fini par se retourner contre nous.

Je ne suis pas certains qu'une dictature islamique soit préférable au régime actuel.

Écrit par : Sasha Edelmann | 06/09/2013

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