Gregoire Barbey

21/09/2013

La très probable stratégie de Pierre Maudet

Chronique, 21.09.13

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Pierre Maudet. Le ministre de la Sécurité a bien des chances d'être désigné président du
Conseil d'Etat pour la nouvelle législature. Petit tour d'horizon d'une stratégie vraisemblable.

 

Les candidats Antonio Hodgers, Thierry Apothéloz et Serge Dal Busco ont cette semaine leur portrait dans L’Hebdo. Ils peuvent être potentiellement élus le 10 novembre, à la fin du second tour pour l’élection au Conseil d’Etat. Hormis cet argument éditorial, ils ont aussi tous trois un ami commun. Je n’irai pas par quatre chemins: il s’agit de Pierre Maudet. Beaucoup d’appelés mais peu d’élus pour le gouvernement. Pourquoi mentionner leur affinité avec le chef du Département de la sécurité? Pour une simple et bonne raison: il y a derrière une stratégie.

 

Tout d’abord, il faut éliminer Luc Barthassat au second tour. Il représente un danger potentiel, à la fois en termes de popularité, et dans une moindre mesure s’agissant de sa capacité à tenir tête à Pierre Maudet. Cette exécution est a priori prévue pour l’assemblée des délégués démocrate-chrétiens qui se tiendra le 7 octobre. Comment l’écarter? Je ne le sais pas encore. J’ai néanmoins une certitude. Depuis le début, le conseiller national dérange. Il suffit de voir que l’appareil de parti du PLR soutient corps et âme Serge Dal Busco, tout en se gardant bien d’en faire autant pour son colistier.

 

Si les trois candidats mentionnés sont élus, à savoir Antonio Hodgers, Serge Dal Busco et Thierry Apothéloz, Pierre Maudet aura une majorité (quatre sur sept) de conseillers d’Etat qui voteront en sa faveur pour la présidence du gouvernement. La nouvelle constitution prévoit en effet la création d’un Département présidentiel, lequel sera dirigé par la même personne durant toute la durée de la législature. Le texte ne précise cependant pas si la désignation du président se fait à la majorité absolue de ses membres ou si une majorité relative suffit. Quoi qu’il en soit, c’est François Longchamp qui est pressenti pour occuper ce poste durant la période 2013-2018.

 

Toutefois, Pierre Maudet ferait d’une pierre deux coups en réussissant à être élu président du Conseil d’Etat. Il tuerait à la fois le père, François Longchamp, et obtiendrait un poste qui lui octroierait une légitimité accrue pour son objectif de toujours: être élu au Conseil fédéral. On se souvient en 2003 l’élection de Micheline Calmy-Rey. Elle avait occupé le Département genevois des finances jusqu’en 2002. De tous temps, les Finances ont toujours été un tremplin pour atteindre un but plus élevé. L’exemple le plus frappant est Valéry Giscard d’Estaing en 1974. Il était alors ministre des Finances de la République française.

 

Mais les finances, ce n’est pas vraiment la tasse de thé de Pierre Maudet. La présidence du Conseil d’Etat, par contre, offre à notre ministre de la Sécurité tous les atouts pour faire de lui l’homme providentiel qui en 2018 pourra peut-être déjà (on ne peut que spéculer à ce stade) lui valoir une élection au Conseil fédéral. Certains me rétorqueront que c’est trop vite. Mais pas tant que ça. A ce moment-là, Pierre Maudet aura 40 ans. Ce n’est pas trop jeune pour être élu au gouvernement fédéral. D’autres y sont arrivés avant. Citons Ruth Metzler, élue à 35 ans, Jakob Stämpfli à 34 ans et Numa Droz à 31 ans. Rien n’arrive jamais trop tôt pour Pierre Maudet.

 

Subsiste néanmoins l’inconnue concernant Luc Barthassat. Nul doute qu’il aura le 6 octobre suffisamment de voix pour passer le cap du second tour, et probablement figurera-t-il devant Serge Dal Busco. Comment donc le PDC, et dans l’ombre le PLR, pourra justifier le retrait d’une locomotive comme Luc Barthassat au profit d’un suiveur? La question se pose et je n’ai malheureusement aucune réponse à fournir. Mais gardons les yeux ouverts, car ce second tour sera jonché de peaux de banane pour certains candidats. La campagne est tranquille actuellement. Le calme avant la tempête.

 

Grégoire Barbey

12:22 Publié dans Elections du 10 novembre, Elections du 6 octobre, Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook | | | |

Commentaires

Luc Barthassat au Conseil d'Etat. Le canton de Genève est déjà bien en bas et ne mériterait pas une telle catastrophe. Le motard en Harley, la moto de ceux qui détestent les gens, vendu aux Français de Rafale, au pouvoir à Genève. Le cauchemar.

Écrit par : Géo | 21/09/2013

Cher confrère,

En matière de prédictologie, politique en particulier, il s'agit d'être prudent.

A moins de trouver de l'excitation à jouer au casino ou aux courses de chevaux.

Il est arrivé dans l'Histoire que des "non papables pur jus" aient bouleversé les analyses "futurologiques" des meilleurs stratèges et prophètes reconnus.

Le livre de Nassim Nicholas Taleb, Le Cygne noir, traite précisément de "l'impact du très improbable".

Qui eût prédit la "chute du Mur" en 1989 ou "les révolutions arabes" ? Où l'avènement du IIe Reich ?

Tu as peut-être raison sur toute la ligne mais il ne faudrait jamais exclure la parcelle du "très improbable" qui vient nous rappeler parfois que la réalité prime le virtuel.

A cet égard, on pourrait imaginer un "effet blondes" ou l'émergence d'une alliance "contre nature" au deuxième tour ou, plus simplement, le décès subit d'un des candidats qui tu donnes comme favoris.

Comme tu le sais, les meilleurs éditos sont pondus après l'événement.

La "fortuité aléatoire dictée par le Hasard" est notre lot.

Apollinaire l'avait exprimé dans sa formule cryptique: "Un coup de dés, jamais n'abolira le Hasard."

D'autres croient que le Hasard n'existe pas.

Que nous vivrions donc dans un univers déterministe.

J'ai la faiblesse de penser qu'il nous reste quelque parcelle de libre-arbitre pour choisir entre les bons et les moins bons candidats pour remplir nos listes électorales.

Et que ce privilège helvétissime est menacé à long terme car il n'est ni euro-compatible ni mondio-compatible. Si nous n'y prenons garde, l'Hydre aura tôt fait de balayer ces pratiques, considérées comme de "vieilles lunes".

La suppression des frontières (filtrantes) au motif qu'une fois les Etat-nations libérés de ce carcan "il n'y aura plus de guerre et nous serons tous frères", relève d'un angélisme coupable.

Si j'en crois les hypothèses et conclusions de Pierre Hillard dans son ouvrage " La marche irrésistible du nouvel ordre mondial : L'Echec de la tour de Babel n'est pas fatal" (Ed. François-XXavier de Guibert), les Etats-nations devraient être capables de résister à l'Anschluss européen et mondial. La Suisse a osé dire: "Je ne mange pas de ce pain-là". Ouf !

La Suisse a résisté en refusant en 1992 de mettre le pied dans l'antichambre de cette Europe imposée aux peuples. Un projet concocté dans les "salles humides" où l'on s'emploie à "tailler la pierre brute..."

La monnaie unique, le gouvernement unique et la religion unique ne sont pas, a priori, helvéto-compatibles.

Exerçons donc avec joie notre devoir civique le 6 octobre et considérons qu'il s'agit là d'un privilège en péril. jaw

Écrit par : jaw | 21/09/2013

Si l'expérience de François Longchamp le prédestine à la présidence, sa lassitude palpable devrait inciter le collège à privilégier le stakhanoviste Maudet qui répond à mes mails à 23.00 et commence ses journées avant tout le monde. Oui il en veut et en redemande. Et alors ? Quelle chance d'avoir un magistrat qui aime ce qu'il fait et, par conséquent, le fait bien. De là à visualiser une stratégie d'alliances... Je suis peut-être un peu naïf, mais je ne pense pas que Monsieur Maudet ait besoin de ça.

Écrit par : Pierre Jenni | 21/09/2013

Pierre Maudet roule à 200% pour son boulot, le reste c'est de la pure spéculation-masturbation-journalistique !

Écrit par : Nolfo | 22/09/2013

Drole de journaliste que ce Mr Barbey,
Il soutient ouvertement Mr Barthasat,et le PDC, mais en crachant au passage sur le camping-car mal garé (sur des places limitées à 4 heures)c'est son droit.
Mais quel objectivité peut t'on avoir alors que l'on à été invité à l'anniversaire du dit candidat...
Ah j'oublie les plaisir n'ont pas d'odeur ni de gout politique, de même lorsque ce monsieur crache tant qu'il peu (souvent avec raison) sur le MCG et ses dirigeants, mais se précipite pour s'afficher lors de l'inauguration du BW boite de nuit du Gominé en chef du MCG et de son clone Medeiros.
Alors Mr Barbey voter qui vous voulez,faite de la politique si vous en avez les cou....s.
Mais arreter de cracher à tout va comme un lama vexé...

Écrit par : Eric | 23/09/2013

Que Monsieur Maudet ait envie d'exercer ses talents au niveau fédéral, je crois que personne n'en doute. De là à le voir élu au Conseil fédéral, il y a un pas que je ne franchirais pas. Non pas qu'il n'en n'ait pas les capacités et les qualités, simplement, les favoris, les prédestinés au Conseil fédéral qui ne sont pas au final élus, sont très nombreux. Le jeu politique au niveau fédéral a d'autres inconnues que l'équation que l'on trouve au niveau cantonal. Donc tout cela est juste de la pure futurologie.
A bon entendeur.

Écrit par : Jérôme Gasser | 24/09/2013

Pierre Maudet, comme d'autres, n'a qu'un seul objectif ; devenir conseillé fédéral, le reste ne l'importe peu, c'est ce que l'on appel un "carriériste", je ne sais pas si en 2013 les électeur serons dupés par ce genre de pratiques révolues et presque monarchiques !

Écrit par : Paul Gaultier | 29/09/2013

Il est pas encore tout à fait cuit le gaillard !

Écrit par : Corto | 01/10/2013

Trier les commentaires c'est le début de la dictature.

Écrit par : norbertmaendly | 02/10/2013

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