Gregoire Barbey

21/09/2013

La très probable stratégie de Pierre Maudet

Chronique, 21.09.13

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Pierre Maudet. Le ministre de la Sécurité a bien des chances d'être désigné président du
Conseil d'Etat pour la nouvelle législature. Petit tour d'horizon d'une stratégie vraisemblable.

 

Les candidats Antonio Hodgers, Thierry Apothéloz et Serge Dal Busco ont cette semaine leur portrait dans L’Hebdo. Ils peuvent être potentiellement élus le 10 novembre, à la fin du second tour pour l’élection au Conseil d’Etat. Hormis cet argument éditorial, ils ont aussi tous trois un ami commun. Je n’irai pas par quatre chemins: il s’agit de Pierre Maudet. Beaucoup d’appelés mais peu d’élus pour le gouvernement. Pourquoi mentionner leur affinité avec le chef du Département de la sécurité? Pour une simple et bonne raison: il y a derrière une stratégie.

 

Tout d’abord, il faut éliminer Luc Barthassat au second tour. Il représente un danger potentiel, à la fois en termes de popularité, et dans une moindre mesure s’agissant de sa capacité à tenir tête à Pierre Maudet. Cette exécution est a priori prévue pour l’assemblée des délégués démocrate-chrétiens qui se tiendra le 7 octobre. Comment l’écarter? Je ne le sais pas encore. J’ai néanmoins une certitude. Depuis le début, le conseiller national dérange. Il suffit de voir que l’appareil de parti du PLR soutient corps et âme Serge Dal Busco, tout en se gardant bien d’en faire autant pour son colistier.

 

Si les trois candidats mentionnés sont élus, à savoir Antonio Hodgers, Serge Dal Busco et Thierry Apothéloz, Pierre Maudet aura une majorité (quatre sur sept) de conseillers d’Etat qui voteront en sa faveur pour la présidence du gouvernement. La nouvelle constitution prévoit en effet la création d’un Département présidentiel, lequel sera dirigé par la même personne durant toute la durée de la législature. Le texte ne précise cependant pas si la désignation du président se fait à la majorité absolue de ses membres ou si une majorité relative suffit. Quoi qu’il en soit, c’est François Longchamp qui est pressenti pour occuper ce poste durant la période 2013-2018.

 

Toutefois, Pierre Maudet ferait d’une pierre deux coups en réussissant à être élu président du Conseil d’Etat. Il tuerait à la fois le père, François Longchamp, et obtiendrait un poste qui lui octroierait une légitimité accrue pour son objectif de toujours: être élu au Conseil fédéral. On se souvient en 2003 l’élection de Micheline Calmy-Rey. Elle avait occupé le Département genevois des finances jusqu’en 2002. De tous temps, les Finances ont toujours été un tremplin pour atteindre un but plus élevé. L’exemple le plus frappant est Valéry Giscard d’Estaing en 1974. Il était alors ministre des Finances de la République française.

 

Mais les finances, ce n’est pas vraiment la tasse de thé de Pierre Maudet. La présidence du Conseil d’Etat, par contre, offre à notre ministre de la Sécurité tous les atouts pour faire de lui l’homme providentiel qui en 2018 pourra peut-être déjà (on ne peut que spéculer à ce stade) lui valoir une élection au Conseil fédéral. Certains me rétorqueront que c’est trop vite. Mais pas tant que ça. A ce moment-là, Pierre Maudet aura 40 ans. Ce n’est pas trop jeune pour être élu au gouvernement fédéral. D’autres y sont arrivés avant. Citons Ruth Metzler, élue à 35 ans, Jakob Stämpfli à 34 ans et Numa Droz à 31 ans. Rien n’arrive jamais trop tôt pour Pierre Maudet.

 

Subsiste néanmoins l’inconnue concernant Luc Barthassat. Nul doute qu’il aura le 6 octobre suffisamment de voix pour passer le cap du second tour, et probablement figurera-t-il devant Serge Dal Busco. Comment donc le PDC, et dans l’ombre le PLR, pourra justifier le retrait d’une locomotive comme Luc Barthassat au profit d’un suiveur? La question se pose et je n’ai malheureusement aucune réponse à fournir. Mais gardons les yeux ouverts, car ce second tour sera jonché de peaux de banane pour certains candidats. La campagne est tranquille actuellement. Le calme avant la tempête.

 

Grégoire Barbey

12:22 Publié dans Elections du 10 novembre, Elections du 6 octobre, Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook | | | |

20/09/2013

L'honneur de participer à la communauté

Chronique, 20.09.13

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Genève. N'oubliez pas d'accomplir votre devoir le 6 octobre et participez à cette grande
aventure qu'est la démocratie. Ensemble, nous pouvons faire avancer notre société. Agissez!


Chers amis genevois, chères amies genevoises,

Comme vous le savez, il reste deux semaines avant les élections cantonales. Le 6 octobre, vos voix compteront. Contrairement aux autres, je ne vais pas vous dire pour qui voter. C'est à vous et à vous seuls d'en décider. Faites-le en votre âme et conscience. Mais de grâce, votez! Si vous ne le faites pas, comment pourrez-vous vous plaindre de la situation? Comment pourrez-vous vous sentir acteur de notre société? N'est-ce pas justement par l'acte de donner sa voix pour tel ou tel candidat qu'un citoyen accomplit à la fois son devoir et veille à ses intérêts?



Voter, ce n'est pas simplement glisser par dépit une enveloppe dans l'urne ou dans la boîte aux lettres la plus proche de chez vous. C'est faire un choix, et ce n'est pas n'importe lequel: la décision que vous prendrez pourra influencer le contexte politique de Genève pendant toute une législature, soit 5 ans selon la nouvelle constitution. Ne renoncez pas à exercer votre droit et votre devoir par ras-le-bol. C'est le meilleur moyen de laisser la place à ceux que vous ne voulez pas voir. Voter, c'est décider qui des citoyens qui se présentent à ces élections sera habilité à représenter vos intérêts. C'est aussi mandater ces personnes pour respecter votre identité, et vos besoins.



La démocratie est un contrat passé entre le peuple et ses représentants. Si vous ne le paraphez pas, comment pouvez-vous être lié contractuellement? Votez donc, mes amis, mes amies. Il s'agit d'un moment crucial, car à chaque nouvelle législature, les cartes peuvent être redistribuées, les majorités peuvent évoluer, voire changer drastiquement. Encore une fois, je ne vous dirai pas pour qui voter. De mon côté, mes choix sont faits. Et qu'importe si ma voix compte pour beurre au final. J'aurai accompli mon devoir, et à défaut de voir élire celles et ceux pour qui j'ai voté, j'aurai la satisfaction de n'être pas resté passif face à mes responsabilités de citoyen.



Alors mes chers amis et mes chères amies, vous qui me lisez, si vous êtes en âge de voter, ne passez pas à côté de cette chance. En regard de bien d'autres pays à travers le monde, vous êtes privilégiés. Par respect pour celles et ceux qui ne peuvent choisir, faites-le. Agissez en véritables acteurs de votre société, et ne laissez pas les autres décider à votre place. Prouvez qu'en Suisse, nous méritons ce luxe dont nous sommes bénéficiaires. Si vous le faites, alors j'aurai accompli bien plus que mon devoir. Peu m'importe quel sera votre choix, pour autant que vous prenez la responsabilité d'en faire. Rien ne me ferait plus plaisir que de voir cette année grimper le taux de participation. Réalisez mon souhait, et protégez vos intérêts.



Le 6 octobre, je vous sais gré de voter, pour votre bien et celui de vos proches et enfants!


Grégoire Barbey

09:44 Publié dans Elections du 6 octobre, Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |

19/09/2013

Débat malheureux mais nécessaire

Chronique, 19.09.13

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Peine de mort. La guillotine était majoritairement utilisée en Suisse pour les condamnés
à mort. Abolie une première fois en 1874, elle a été réintroduite en 1879 par voie de référendum.

 

Il y a très exactement 32 ans et un jour, le 18 septembre 1981, l’Assemblée nationale en France votait l’abolition de la peine de mort sous l’impulsion du garde des Sceaux Robert Badinter. En Suisse, la peine de mort a été abolie une première fois en 1874, puis réintroduite à la suite d’un référendum en 1879, accepté avec 52,5% des voix. Finalement, le peuple adopte un nouveau code pénal en 1938 (entré en vigueur en 1942) qui comprend notamment l’abolition de la peine capitale pour les crimes de droit commun. Subsistera jusqu’en 1992 la peine de mort dans les tribunaux militaires. Durant la Seconde guerre mondiale, 17 membres de l’armée suisse ont été fusillés pour trahison.

 

En 1979, une initiative parlementaire propose de réintroduire la peine capitale pour l’assassinat et la prise d’otages. Le Conseil national la rejette par 131 voix contre 3. En 1985, une initiative populaire pour réintroduire la peine de mort pour les trafiquants de drogue ne réunit pas les signatures requises pour être validée et soumise à votation. En 2010 enfin, une nouvelle initiative populaire proposant de rétablir la peine capitale dans certains cas précis est retirée quelques jours après avoir été validée par la Chancellerie fédérale. On le voit, cette thématique refait ponctuellement surface au sein de la population en Suisse.

 

Elle revient généralement en réaction à un tragique événement. Le meurtre d’Adeline ne fait malheureusement pas exception à cette règle. La peine de mort est présentée aujourd’hui comme la seule solution pour mettre fin à la récidive. Jean-Luc Addor, député valaisan et membre de l’UDC, disait d’ailleurs sur Infrarouge qu’un mort ne peut pas récidiver. Bravo à lui pour cette démonstration logique de haut vol. René Descartes et Emmanuel Kant doivent se retourner dans leur tombe respective… Enfin, les arguments manquent souvent de portée pratique pour justifier une telle réintroduction dans nos dispositions pénales.

 

La justice est faite par des Hommes, elle est donc faillible. Le problème d’un mort, c’est qu’il est… mort. Un retour en arrière est donc tout simplement impossible. Considérer qu’une manière expéditive est forcément la meilleure solution est une drôle de conception de la justice et de son présupposé, l’Etat de droit. De surcroît, octroyer à l’Etat le droit de vie ou de mort est une façon singulière de considérer la liberté. Sachant qu’aucune corrélation directe n’a jamais été établie entre la courbe de la criminalité et la peine de mort comme effet dissuasif, parler de prévention est malhonnête… Je considère néanmoins qu’il est positif de relancer le débat sur le sujet. Et j’accepterai d’en débattre aussi souvent qu’il le faudra, parce que je suis convaincu qu’une telle mesure est totalement contraire à l’intérêt général. Ainsi, je me réjouis de croiser le fer avec celles et ceux qui pensent que c’est une bonne solution. Pour autant qu’ils aient des arguments…

 

Grégoire Barbey

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17/09/2013

Sébastien Desfayes: la doctrine social-libérale

Interview, 17.09.13

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Sébastien Desfayes. L'avocat et juge suppléant au Tribunal civil s'est lancé dans la course
au Grand Conseil sur la liste PDC. Il est vice-président de la section Ville de Genève.

 

Sébastien Desfayes est avocat et associé de l'Etude Perréard de Boccard. Il assume également la fonction de juge suppléant au Tribunal civil de Genève. A 42 ans, il a décidé de prendre part aux élections au Grand Conseil sur la liste du Parti démocrate-chrétien (PDC). Très actif, il gère également la communication pour la campagne de son parti et occupe la fonction de vice-président de la section Ville de Genève. A l'occasion de sa candidature, il a accepté d'en dire un peu plus sur son engagement et sa personnalité. Entretien.

 

Pourquoi le PDC?
Vous devriez reformuler la question: pourquoi pas le PDC? S'il existe un parti dans lequel tout le monde doit se reconnaître, c'est bien celui-là. Les résultats des votations démontrent, tant sur le plan cantonal que fédéral, que 80% des Suisses approuvent les propositions soutenues par le PDC. Par ailleurs, j'avais 20 ans quand Jean-Philippe Maitre était conseiller d'Etat. C'était une personne que j'admirais. Il m'a vraiment donné envie de m'engager en politique et d'être un démocrate-chrétien. Je me reconnaissais et je me reconnais toujours dans ses idées.


Mais qu'est-ce qui vous attire précisément au PDC?
Ce qui m’attire, c'est sa doctrine sociale-libérale qui prend en compte les nécessités économiques, tout en prenant soin de ne pas creuser les inégalités; mieux, de les réduire sans pour autant tomber dans une société égalitariste. Le PDC défend l'intérêt général. Et contrairement à ce que l'on pense, la plupart des partis ne le font pas: certains ne défendent pas le bien commun: beaucoup de partis sont en effet excluants, que ça soit par xénophobie, ou encore par la défense d'intérêts particuliers. Le PDC n'est pas le parti d'un dogme ou de lobbies. C'est un parti qui cherche à défendre les intérêts du plus grand nombre. C’est ce qui fait sa spécificité.



Quand vous dites que le PDC «cherche» à défendre les intérêts du plus grand nombre, c'est qu'il n'y arrive pas toujours?
C'est un parti charnière dans l'échiquier politique suisse et genevois. Il tente de rassembler les partis sur certains projets et il y parvient très souvent. Mais il est vrai qu'en raison de la polarisation croissante de la vie politique suisse, qui est soit dit en passant regrettable, il est de plus en plus difficile de créer le consensus sur des projets qui répondent pourtant à l'intérêt général. C'est malheureusement une vérité.



Qu'est-ce qui vous a amené à vous engager politiquement?
Plutôt que d’être une marionnette, je préfère être un acteur. On entend trop de gens qui se plaignent de la politique sans qu'ils ne prennent la moindre mesure pour remédier aux problèmes qu'ils invoquent. Moi je préfère directement tenter, à un échelon local, d'influer sur le cours des choses. C'est précisément pour cette raison que je me suis porté candidat au Grand Conseil.



Vous êtes avocat, comme beaucoup d'autres. Ne pensez-vous pas qu'il y en a trop en politique? Ne faudrait-il pas une représentativité plus large des corps de métier et des différentes sensibilités?
S’agissant de votre seconde question, oui c'est un fait: le Grand Conseil devrait être représentatif de la société en général, et refléter sa diversité, aussi sur un plan socio-professionnel. En revanche je remarque et déplore que les avocats sont beaucoup moins représentés aujourd'hui au Grand Conseil qu'ils ne l'étaient il y a de cela à peine trente ans. C'est bien dommage parce que les avocats maîtrisent les lois et sont au contact direct de la population et des entreprises. De ce fait, Ils connaissant bien les préoccupations et les besoins de l'ensemble de la société, ce qui est capital quand il s’agit de proposer des projets législatifs pertinents. 


Est-ce qu'il y a un sujet qui vous tient particulièrement à coeur?
La défense du tissu économique genevois, ce qui inclut les grandes entreprises comme les petites et moyennes. On ne peut pas opposer les PME aux multinationales. Les unes dépendent directement des autres. Ces cinq prochaines années seront capitales pour les entreprises du Canton. Par exemple, l'abolition des régimes fiscaux spéciaux nécessitera une refonte totale de la fiscalité genevoise des entreprises. C'est la mère de toutes les batailles. Car tout dépend à Genève de la vigueur de l'économie. L'Etat dépense beaucoup d'argent, il faut bien qu'il ait des ressources. C'est tout le principe du social-libéralisme que j'évoquais au début de notre entretien. 


Qu'est-ce qui vous différencie des autres candidats?
Les 475 candidats sont tous différents. C'est donc difficile pour moi de dire ce qui me différencie d'eux. Mais je pourrais vous parler volontiers de mes qualités: je pense être une personne courageuse: le courage est une vertu que l'on ne retrouve pas à chaque coin de rue. J'ai aussi une véritable passion pour la politique, mais sans qu'elle ne constitue pour moi un gagne-pain ou une raison d'être.


Et votre raison d'être, quelle est-elle?
Essayer dans la mesure du possible d'être heureux et de faire en sorte que les gens autour de moi le soient.

Qui ne serait pas d'accord avec vous sur ce sujet?
Tout le monde serait en accord avec moi à ce propos. Reste à savoir si c'est toujours appliqué dans les actes.

 

Interview: Grégoire Barbey

11:25 Publié dans Elections du 6 octobre, Genève, Journalisme, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |

15/09/2013

Douloureuse faillite d'un système et d'un idéal

Chronique, 15.09.13

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Horreur. Nous sommes tous témoins de la faillite d'un système. A la fois pénal et idéal.
Il convient aujourd'hui de prendre suffisamment de recul pour tirer les conclusions de ce drame.

 

Une tragédie, quelle qu’elle soit, est par nature toujours de trop. Il n’y a pas à tergiverser là-dessus. Le meurtre de cette éducatrice est abominable et inexcusable. Cet événement d’une rare tristesse met en avant certaines faiblesses du droit pénal suisse, régit sur le plan fédéral, et de la justice pénale. Oui, qu’un violeur multirécidiviste puisse se retrouver en liberté quelques années après sa condamnation est tout bonnement inacceptable. Qu’il lui soit permis en plus de sortir en n’étant encadré que d’une femme, c’est tout simplement incompréhensible. L’horreur a soudainement traversé le cœur d’une famille et de centaines de milliers de Suisses unis dans la douleur. Nous sommes tous frappés par un sentiment d’impuissance et d’injustice. Oui, la société et son système ont failli.

 

Peut-être ont-ils pêché par trop de confiance dans l’être humain. Peut-être avons-nous tous le désir, pour certains inavouable, de croire qu’il y a au fond de chacun de nous la possibilité de nous améliorer. D’expier nos fautes et de retourner sur le droit chemin. Celui qui ne nuit pas à la communauté, qui respecte les lois et l’intégrité des citoyennes et citoyens. C’est cet idéal, en partie issu de notre culture judéo-chrétienne, qui nous conduit parfois à l’extrême opposé de nos objectifs. La société porte aujourd’hui le fardeau d’un échec, une terrible erreur que nul n’a souhaité et qui, cruelle fatalité, s’est malgré tout produite. Qui a fauté? Est-ce vraiment la bonne question? Nous portons tous notre part de responsabilité. Nous sommes des humanistes.

 

Par cette grande idée de l’être humain, nous avons permis à une âme égarée, dévorée et malade de perpétrer plusieurs crimes. Des viols et enfin un meurtre. Comment ne pas ressentir à la fois colère et culpabilité? Tous, nous faisons partie intégrante de ce système. Nous votons les lois qui régissent notre communauté. Nous élisons nos représentants chargés de les appliquer. Oui, c’est la triste faillite d’un système volontariste et idéaliste. Le droit pénal et la justice ont échoué. Non par excès de confiance, mais par amour de l’Homme. Je ne crois pas qu’il faille précipiter les mesures à prendre pour corriger cette anomalie. Nous devons déjà commencer par nous recueillir. Toute une population se trouve aujourd’hui réunie dans un même deuil. Nous pleurons une femme et nous déplorons notre système.

 

Comme toutes mes concitoyennes et concitoyens, j’ai mal au cœur. La nausée me traverse et l’incompréhension me submerge. L’impuissance est un sentiment profondément désagréable. J’ai mal qu’une personne paie de sa vie pour mettre le doigt sur la faille de notre droit pénal et notre justice. Mais l’heure n’est pas à la démesure. Il est temps de panser cette plaie et de réfléchir raisonnablement aux conclusions à tirer de ce crime sordide. Je suis tombé par hasard sur une page Facebook appelant à rétablir la peine de mort en Suisse. Près de 10'000 adhérents. Je comprends ce sentiment de colère. Je ne le comprends que trop bien pour être honnête. Est-ce pourtant la bonne solution? Notre société doit-elle reculer d’un pas parce qu’il y a dans l’âme humaine une barbarie qu’il nous est difficile de cerner? Est-il souhaitable de pratiquer nous-mêmes, en mandatant l’Etat, ce que nous condamnons auprès des individus?

 

Donner le droit à la justice de décider de la vie et de la mort des administrés, c’est tenir soi-même un peu le fil de l’épée qui tranche une existence. C’est se salir les mains tout en reprochant cela aux criminels. La justice pénale doit être plus ferme. Les peines doivent être allongées, c’est certain. Et les évaluations devront probablement être revues. En tant que société, nous devons peser le pour et le contre. Certains criminels sont peut-être mieux isolés loin des autres pour la sécurité de tous. Peut-être faut-il effectivement sacrifier un peu de notre idéal, de nos croyances séculaires, pour protéger le plus grand nombre. C’est un geste que j’accepterais, parce qu’il convient de mesurer le prix de chaque décision. Risquer la vie des citoyens, je ne puis l’admettre. Mais autoriser le crime d’Etat légitimé, je ne puis m’y résoudre. Comme pour vous, cette situation m’est insoutenable. J’aimerais pouvoir proposer une solution parfaite, pour régler tout ce problème qui se pose depuis les prémices des sociétés.

 

Je n’ai malheureusement pas la science infuse, ni Dieu pour me chuchoter à l’oreille. J’ai cependant une conviction: certains boulons de notre édifice sociétal doivent être remplacés par d’autres. Il y a un mécanisme qui a failli, et nous savons visiblement lequel. Tous, citoyens et politiques, concertons-nous pour y remédier. J’accepte qu’il y ait des gens favorables au rétablissement de la peine de mort. Mais je ne partage pas leur solution. Elle ne m’apparaît pas suffisamment sévère, et elle octroie un pouvoir trop important pour une justice faite par les hommes, ceux-là même qui faillissent. Oui, une peine de privation de liberté longue, de plusieurs décennies, voire à vie: voilà une véritable sentence. C’est aussi une mesure qui protège la communauté. La répression n’est pas une fin en soi. Il faut également penser à la protection des individus. Punir proportionnellement, certes, mais le faire en ayant à l’idée qu’il faut avant tout réduire les risques de récidive. Et peut-être est-il temps de songer à un internement à vie de certains types de criminels. Parce qu’il y a malheureusement des idéaux qui se heurtent violemment à la réalité. Et que le prix à payer est bien trop élevé.

 

Grégoire Barbey

23:14 Publié dans Air du temps, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (15) |  Facebook | | | |

14/09/2013

Manque total de retenue de Céline Amaudruz

Chronique, 14.09.13

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Céline Amaudruz. La conseillère nationale a manqué hier une occasion de se taire
en accusant Pierre Maudet d'offrir des balades équestres aux multirécidivistes.

 

La colère et la consternation sont aujourd’hui des sentiments partagés par toute la population à Genève. Et comment ne pas les comprendre? Une tragédie s’est déroulée sur notre territoire, ôtant la vie à une jeune femme et suscitant l’émoi de tout le canton et même par-delà les frontières. Oui, ce drame est abominable et des solutions concertées doivent être trouvées pour qu’une telle catastrophe ne se reproduise jamais. Mais lors d’événements aussi dramatiques, il convient, à tout le moins lorsque l’on exerce des fonctions officielles, d’user d’une impérieuse retenue. Cette distance n’a malheureusement pas été respectée par la conseillère nationale et présidente de l’UDC Céline Amaudruz.

 

La candidate au Conseil d’Etat s’est fendue hier d’un communiqué au titre est évocateur: «Violeur multirécidiviste, Maudet lui offre une balade équestre!». L’estocade est portée. Elle manque malheureusement sa cible. Le centre de détention La Pâquerette est rattaché aux Hôpitaux universitaires cantonaux et donc sous la tutelle du conseiller d’Etat Pierre-François Unger. Ignorance crasse ou volonté de manipuler l’opinion publique? Espérons ni l’un ni l’autre. Qu’il s’agisse d’une simple erreur. Céline Amaudruz a néanmoins perdu l’occasion de se taire et prouve une fois de plus qu’en pareille situation, il est impératif de gérer ses émotions et ne pas céder à la facilité. C’est d’ailleurs l’une des règles essentielles à qui veut exercer le pouvoir. C’en est une que la présidente de l’UDC semble méconnaître.

 

Ce communiqué de presse nauséeux n’est pas la seule tentative de récupération politique orchestrée par Mme Amaudruz. Elle a communiqué sur son profil Facebook sa tentative infructueuse d’assister à la conférence de presse du Conseil d’Etat. Elle s’esclaffe: «nous avons été renvoyés… contrairement aux criminels…». Or le responsable de ce sordide crime est de nationalité suisse. La conseillère nationale mélange les thématiques et en vient à perdre véritablement toute crédibilité. Ce manque de tact est parfaitement incompatible avec la fonction qu’elle désire épouser: la magistrature. Etre membre d’un exécutif, c’est faire preuve de mesure et de retenue. Cette attitude arriviste dont elle s’est fait le chantre hier est le fait d’une femme de législatif. De l’opposition. Ses prétentions à entrer au gouvernement sont ici démolies par sa propre imprudence et son impudeur.

 

D’autant qu’en accusant Pierre Maudet de ne pas offrir de surveillance policière aux éducateurs spécialisés actifs dans ces centres de détention, elle démontre encore une fois, si l’on en doutait, sa méconnaissance des sujets dont elle traite. L’ancien procureur général Daniel Zappelli avait proposé des mesures d’encadrement, notamment l’escorte policière, pour les sorties effectuées à La Pâquerette, mais le Tribunal administratif genevois avait jugé ces méthodes «illégales» en 2010. Donc faire porter le chapeau à un ministre qui occupe ce poste depuis juillet 2012 est une attitude un peu cavalière. Et tout simplement indigne d’une représentante du peuple. Se renseigner est la pierre angulaire d’une politique efficace.

 

Utiliser un drame sordide et tragique pour gagner des voix est tout bonnement inacceptable et surtout honteux. Jamais il ne me viendrait à l'esprit de m'approprier la souffrance d'une famille pour porter mes idées sans même lui témoigner une pensée (cf. le communiqué de presse de l'UDC Genève signé par sa présidente). Faire feu de tout bois, y compris la douleur de parents et de proches en deuil, pour marquer les esprits et gagner les voix d'une certaine frange de la population, voilà une attitude totalement indigne d'une personnalité aux prétentions gouvernementales.

 

Les autorités doivent faire preuve de décence et de solidarité dans cette épreuve difficile. Aujourd'hui, ce n'est pas seulement une personne qui est morte. Ce sont des valeurs. Des principes auxquels je tiens, et que tant d'autres respectent autant si ce n'est plus encore. Et mettre sur le dos de Pierre Maudet une tragédie dont il n'est ni responsable de près ou de loin de par sa fonction ni responsable de par sa propre personne me révulse. Oui, cette récupération est à vomir. Et je pèse mes mots. Mme Amaudruz ferait bien de peser les maux d'autrui.

 

Grégoire Barbey

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11/09/2013

La salive vraiment acide de Claudio Marques

Chronique, 11.09.13

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PDC. Le président des Jeunes démocrate-chrétiens Claudio Marques a taclé ses colistiers
sur son profil Facebook parce qu'ils ont eu l'outrecuidance de s'octroyer une affiche en couleur.

 

Les tensions internes au sein du Parti démocrate-chrétien (PDC) à Genève débordent sur les réseaux sociaux. Le président des Jeunes démocrate-chrétiens (JDC) Claudio Marques a lâché son fiel à l’encontre des candidats figurant sur l’affiche du chirurgien Philippe Morel. En effet, ceux-ci sont au nombre de sept et sont en couleur. Crime de lèse-majesté lorsqu’on pense que la charte graphique du PDC en est restée au début du XXe siècle, c’est-à-dire en noir et blanc. Voilà donc, surgissant des ombres épaisses du néant, le chevalier Marques, armé de sa morale et de son mépris pour ceux qui veulent être élus. Et il attaque: certains membres du parti se sont fait incendier par le délirant président des JDC.

 

Ne me demandez pas comment je le sais: Dieu me priverait de sa grâce. Mais c’est un fait: certains au sein du PDC n’apprécient pas qu’il y ait des membres suffisamment ambitieux pour se mettre en avant. Faut-il, comme les autres, rester tapi dans le vide abyssal auquel ceux qui ne se montrent pas nous ont habitués? C’est un choix. Philippe Morel et ceux qui l’accompagnent sur cette affiche en ont fait un autre. Et c’est tout à leur honneur. Qu’il y ait des personnalités agacées par cette mise en scène, je le comprends. Que cet agacement s’étende sur les réseaux sociaux et se transforme en croisade contre ceux qui agissent, cela m’est par contre tout à fait insupportable.

 

Que le templier Marques range sa lame dans son fourreau et lave son linge sale en famille. Après tout, ce n’est pas une stratégie très réfléchie que de répandre sa colère sur les réseaux sociaux. Si Claudio Marques ne veut pas faire cavalier seul, nul ne lui en tiendra rigueur. Que d’autres veulent s’investir pleinement pour leur (ré)élection, il n’y a pas à tergiverser. Et puis ce cher chevalier drapé d’un bonnet blanc ne se plaint pas lorsqu’il apparait également sur une affiche de campagne avec six autres personnes, dont les deux candidats au Conseil d’Etat, Luc Barthassat et Serge Dal Busco. Chacun a le droit de se montrer, de tenter de convaincre les électrices et les électeurs. C’est le défi d’une campagne.

 

Mais qu’un président des JDC se permette de tacler publiquement les membres de son propre parti, alors qu’il exerce une fonction honorable, voilà une attitude bien vile et lâche. Président des JDC, son rôle serait plutôt de prendre contact avec les principaux intéressés, et d’en discuter calmement. Perdre le contrôle de soi-même pour s’illustrer à travers Facebook d’une jalousie mal dissimulée, voilà une erreur politique des plus flagrantes. L’unité du PDC a souvent été remise en cause – et même à travers mon blog –, et l’un de ceux qui devraient préserver une certaine image du parti finit par exposer sans pudeur les dissensions internes qui règnent dans la formation. Un peu dommage, et un coup dans l’eau. L’assemblée des délégués qui aura lieu demain soir risque d’être houleuse. Et si la croisade continue, comptez sur moi pour vous en informer.

 

Grégoire Barbey

14:03 Publié dans Air du temps, Elections du 6 octobre, Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |

09/09/2013

Sébastien Kaech: la passion de Genève

Interview, 09.09.13

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Sébastien Kaech. Le vice-président du PDC Versoix est candidat au Grand Conseil.
Il espère réussir à motiver les jeunes à voter pour lui. Et à s'engager politiquement.

 

Sébastien Kaech est vice-président du PDC Versoix et secrétaire général de la Clinique des Grangettes. Candidat au Grand Conseil sur la liste du PDC, il mène une campagne tambour battant dans tout le canton. A 32 ans, il espère pouvoir rallier à lui, tant les votes des jeunes, qui ne s’impliquent pas suffisamment en politique selon lui, que ceux qui souhaitent soutenir un nouveau candidat. Véritable passionné de Genève, il est le créateur de la page Facebook «Genève/Geneva» qui compte aujourd’hui plus de 26'000 fans. La Tribune de Genève lui avait d’ailleurs consacré un portrait lorsque les 25'000 «j’aime» avaient été atteints. A l’occasion des élections cantonales du 6 octobre, Sébastien Kaech a accepté d’en dire un peu plus sur lui. Entretien.

 

Vous êtes au PDC depuis 3 ans. Pourquoi avoir choisi ce parti plutôt qu’un autre?

Je n’avais pas de famille politique prédisposée. J’ai donc comparé les différents partis représentés à Genève pour voir lequel me correspondait le plus. Si je partage la notion de redistribution des richesses avec les socialistes et celle d’économie forte avec les libéraux-radicaux, ces deux formations me paraissaient trop figées par rapport à mes propres positions. Les démocrate-chrétiens défendent justement ces deux aspects qui me sont chers tout en étant plus consensuels. C’est pour ça qu’en 2010 j’ai adhéré à la section du PDC Versoix. Par la suite, j’ai collaboré à la campagne municipale du PDC Ville de Genève avec son président, qui était à l’époque Alain de Kalbermatten. C’est à ce moment que j’ai eu l’occasion d’apprécier la politique de terrain et de réaliser que le PDC était bien le parti qui me correspondait.

 

Qu’est-ce qui vous amène à vous présenter à ces élections?

Il y a plusieurs raisons. Je désire, tout d’abord, être un acteur pour le bien des citoyens de Genève. Apporter en quelque sorte ma pierre à l’édifice. Et je trouve particulièrement important qu’il y ait des jeunes qui s’engagent en politique. Il y en a actuellement trop peu et c’est véritablement un déficit conséquent pour la collectivité. Les jeunes représentent l’avenir et ce sont eux qui dirigeront demain la société. Mais aussi, être une force de proposition et combattre les clivages gauche-droite qui, actuellement, bloquent le développement de notre canton. C’est essentiellement pour tout cela que je m’implique personnellement.

 

Quand vous dites «pour le bien des citoyens de Genève», ne pensez-vous pas que tous les candidats répondraient la même chose? Qu’est-ce qui fait que vous, Sébastien Kaech, vous vous présentez pour le Parlement cantonal?

Je suis passionné par Genève et j’aime écouter les gens. Je suis une personne de terrain. C’est ce côté humain qui me plait et m’a toujours plu dans la politique. Mais au-delà de cela, je sens un certain nombre de tensions parmi les Genevois. Ceux-ci me semblent déçus de la politique menée actuellement et du manque de parler vrai. Ce qui peut alors me différencier, c’est cette proximité que j’ai vis-à-vis des citoyens et ce besoin de répondre clairement à leurs attentes. Je ne veux pas que Genève devienne un lieu où seuls les hauts revenus comptent pour la collectivité et où la classe moyenne est marginalisée. Tous les citoyens doivent pouvoir vivre confortablement et terminer le mois sans devoir se serrer la ceinture.

 

Qu’est-ce qui vous différencie des autres candidats, à votre avis?

Honnêtement, je ne connais pas tous les profils des candidats. Mais, si je devais utiliser trois adjectifs, je dirais: fédérateur, vrai et travailleur. Mais quoi qu’il arrive – que je sois élu ou non –, je prends énormément de plaisir à mener ma campagne. C’est l’occasion pour moi de faire des rencontres passionnantes, que je ne ferais pas en temps normal. J’en garderai un excellent souvenir.

 

Mais tout ça, c’est de la communication… Qui êtes-vous, au fond? Il y a bien une raison qui vous pousse à vouloir vous engager politiquement!

Parler de mon parcours n'est pas l'exercice le plus aisé pour moi mais cela a contribué à être qui je suis aujourd'hui. Pour être franc, je me suis toujours battu pour m’en sortir. A 15 ans, j’ai quitté le domicile de mes parents. A partir de là, j’ai réalisé qu’il me fallait devenir autonome. J’ai donc commencé à travailler dans la restauration. Et j’ai effectué aussi divers autres petits jobs. Je me suis débrouillé tout seul et j’ai économisé pour effectuer une formation de gestionnaire de commerce dans une école privée. Une fois mon papier en poche, j’ai été engagé dans un cabinet d’avocats comme secrétaire. Je désirais ardemment montrer qu’un jeune dénué d’un cursus traditionnel pouvait s’en sortir et percer.

 

Donc la politique, ce n’est pas par hasard?

Non, bien évidemment. La volonté tient – à mon avis – un rôle important dans l’évolution de chacun, mais c’est aussi une nécessité en politique. C’est cette force qui me pousse à m’engager afin d’être au plus  proche des besoins des gens.

 

Et si vous deviez vous décrire brièvement d’un point de vue politique, que diriez-vous?

Je suis, pour ainsi dire, un vrai centriste. Je partage les valeurs traditionnelles d’une économie forte et d’une juste redistribution. Selon moi, le centre est l’avenir dans la mesure où les clivages gauche-droite perdent leur sens. Mais pour ce faire, il doit aujourd’hui, et j’en suis certain, être plus combattant et novateur dans ses positions.

 

Interview: Grégoire Barbey

 

Vous êtes candidat et n’avez encore jamais été élu au Grand Conseil? Si vous désirez également être interviewé, vous pouvez me contacter sur ma page Facebook en cliquant ici, ou me joindre par courriel à l’adresse gregoire.barbey@gmail.com.

 

11:30 Publié dans Elections du 6 octobre, Journalisme, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |

06/09/2013

Oskar Freysinger: reflet du pouvoir autoritaire

Chronique, 06.09.13

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Oskar Freysinger. Le ministre valaisan n'a pas perdu de temps pour prouver à ses
détracteurs qu'il ne changerait pas les mauvaises habitudes qui lui sont reprochées.

 

Le conseiller d’Etat UDC Oskar Freysinger s’est à nouveau illustré aujourd’hui par ses manières autocratiques. Il a muté le chef de l’enseignement valaisan Jean-François Lovey, qui occupait ce poste depuis 17 ans, parce qu’il n’a pas la même vision que le tribun. Encore et encore, Oskar Freysinger démontre ce que tous déjà soupçonnait: il ne veut pas partager le pouvoir et n’a surtout pas envie d’être amené à se faire critiquer par ses collaborateurs dans ses choix. Le ministre n’aime pas qu’on lui dise ce qu’il doit faire et comment il doit s’y prendre. C’est un fait. Qu’il donne congé aux enseignants qui veulent pratiquer la chasse, ou qu’il limoge l’un des plus fidèles fonctionnaires de son département, Freysinger prend ses décisions lui-même et nul ne peut le contredire.

 

Pour Jean-François Lovey, c’est un coup de butoir six ans avant sa retraite. Le sémillant conseiller d’Etat lui a créé un poste sur mesure pour l’empêcher d’interférer dans ses prises de décision. Une attitude bien peu honorable de la part d’un individu qui aurait au contraire tout à gagner à s’entourer de collaborateurs reconnus et compétents. Et agir avec un peu plus de discernement lui permettrait sûrement de faire les mauvaises langues à son sujet. Si de nombreux romands craignaient de voir en Valais l’élection d’Oskar Freysinger, ce n’est pas seulement parce qu’il s’agit d’un UDC. C’est le personnage lui-même qui se donne l’image d’un ultra-autoritaire qui ne veut pas qu’on vienne empiéter sur la parcelle de son pouvoir.

 

Elu à une nette majorité par les Valaisans, Oskar Freysinger ne changera pas pour autant son naturel. Et à vouloir le chasser, il reviendrait au galop. Ce qui est sûr, c’est que le personnage ne manquera pas de nous surprendre – ou de nous conforter dans nos a priori – lors de sa législature. Et c’est bien malheureux de devoir s’en tenir à penser: ils l’ont voulu, ils l’ont eu. Les Valaisans méritaient probablement mieux qu’un individu imbu de pouvoir et de lui-même à la tête de deux aspects politiques essentiels: la sécurité et l’enseignement. Le canton va devoir assumer la volonté du peuple, et la facture pourra peut-être sembler salée à la fin. Seul le temps nous dira si Oskar Freysinger est capable de changer et de s’adapter à ses fonctions ou si ce sont ses fonctions qui devront s’adapter au personnage.

 

Grégoire Barbey

17:41 Publié dans Humeur, Politique, Suisse, Valais | Lien permanent | Commentaires (13) |  Facebook | | | |

04/09/2013

L'Occident veut des massacres élégants

Chronique, 04.09.13

Bachar-al-Assad.jpg

Bachar el-Assad. La limite à ne pas franchir quand un dirigeant massacre son peuple:
les armes chimiques. Il faut rester conventionnel. Sinon c'est mauvais pour les affaires...

 

La Syrie est le trend actuel en Suisse et plus largement en Occident en matière de politique internationale. Beaucoup de commentateurs se sont lancés à corps perdu dans la bataille idéologique qui fait rage: faut-il ou non une intervention armée des forces occidentales pour mettre fin au conflit syrien? Si la réponse varie en fonction des sensibilités, la véritable question se situe probablement ailleurs. Que certains pays, notamment la France, jugent opportun de partir en guerre, ce n’est pas très étonnant. L’ampleur de la répression menée par les troupes du président Bachar el-Assad confine à la stupeur pour nous autres occidentaux. La véritable question, disais-je donc et pour y revenir, est en réalité la limite qui a été fixée au dirigeant de la Syrie par les puissances occidentales: pas d’armes chimiques contre le peuple. Pour caricaturer, l’Occident autorise n’importe quel dictateur à torturer son peuple – et le décimer – avec les méthodes qui lui font plaisir. Mais la ligne rouge à ne pas franchir, ce sont les armes chimiques.

 

Pourquoi? Ce n’est pas fair-play, les armes chimiques? Il faut employer des techniques plus old-school, comme le recours à des bombes, ou le tir à vue dans la foule? Peut-être est-ce plus en adéquation avec les valeurs démocratiques de nos pays occidentaux… Rappelons-nous en effet qu’une armée qui fusille le peuple n’est pas de la fiction. C’est même arrivé à Genève, et une pierre commémore ce massacre sur la plaine de Plainpalais. Donc peut-être qu’effectivement, il y a l’art et la manière. Le peuple – ce salopard en surnombre qui veut tout décider à la place des dirigeants éclairés et mus par le bien commun – a bien quelques désavantages. Déjà, dans des pays démocratiques, il est censé avoir le dernier mot. A noter qu’à part en Suisse, la théorie a souvent de la peine à laisser place à la pratique… Ah mais oui, nos têtes pensantes occidentales ont un argument: les armes chimiques ne sont pas conventionnelles.

 

Et si Monsieur el-Assad venait à torturer ses citoyens en demandant par exemple à ses forces armées de leur retirer les yeux avec une cuillère, c’est une méthode plus conventionnelle? En tout cas c’est très traditionnel, l’Occident en sait quelque chose… A trop vouloir interférer dans les affaires d’autres pays, nos dirigeants oublient un principe: nous sommes les garants de certaines valeurs. Et pour justifier une intervention, il faut que ces valeurs soient mises en danger. Mais la Syrie n’est pas le dominion d’un Etat occidental. Pourquoi diable le Conseil de sécurité autoriserait les Américains, les Français, les Allemands ou n’importe quels autres à attaquer frontalement la Syrie? D’autant plus qu’après avoir toléré depuis plus de deux ans un massacre sans commune mesure, les Occidentaux auraient fort peu à s’illustrer en attaquant Bachar el-Assad parce qu’il a franchi la ligne rouge… Si l’on se réfère aux valeurs qui nous tiennent à cœur, ces limites, le président syrien les a dépassées il y a longtemps déjà. Ne l’oublions pas.

 

Grégoire Barbey

20:25 Publié dans Air du temps, Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | | |