Gregoire Barbey

12/10/2013

La gauche genevoise face à un grand défi

Chronique, 12.10.13

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Adrien Faure. L'analyse du co-président de la Jeunesse socialiste dimanche dernier ne
manquait pas d'arguments. Mais la gauche doit impérativement rester au gouvernement.

 

La gauche à Genève est-elle sur une pente déclinante? Les résultats du 6 octobre le laissent à penser. Bien que les socialistes ont maintenu leur représentation au Grand Conseil et légèrement progressé en termes de voix, la députation verte a presque rétréci de moitié. Si Ensemble à gauche a fait son grand retour au Parlement, sa force électorale a notoirement reculé, passant d'à peu près 14 sièges il y a 8 ans à 9 sièges aujourd'hui. Des questions doivent se poser dans les états-majors de la gauche pour palier à cette baisse qui, quand bien même la communication socialiste se veut enthousiaste, paraît durable. Les résultats genevois des votations fédérales du 22 septembre laissaient présager une proportion d'un tiers des voix pour la gauche, ce qui s'est traduit par les faits dimanche dernier.



Que se passe-t-il à gauche pour que l'électorat se fragmente ainsi? Le discours de la gauche gouvernementale, à savoir les socialistes et les verts, ne s'est pas toujours rejoint. D'une part, les socialistes ont souvent voté avec le MCG sur les questions sociales, alors que les verts étaient davantage tentés par le centre-droit (PDC-PLR). Cet éclatement idéologique a-t-il pesé sur les résultats des écologistes? C'est possible, mais reste difficile à dire avec certitude. Certains commentateurs y voient une sanction envers la politique de Michèle Künzler.



D'autre part, les socialistes ont majoritairement concentré leurs forces sur des projets de loi va-t-en-guerre contre les hauts revenus, sans nécessairement proposer des solutions réfléchies et concertées pour améliorer le sort des classes défavorisées. Devenu un parti plutôt conservateur, la politique socialiste à Genève est majoritairement dédiée à la protection de privilèges sociaux acquis au fil des dernières décennies. C'est dans la fonction publique, peut-être, que le parti trouve encore un véritable écho. En-dehors, le message ne semble pas porté vers l'électorat historique de la formation de centre-gauche.



La gauche pourrait bien perdre un à deux sièges au gouvernement le 10 novembre. Si les appareils de partis de la gauche traditionnelle n'appellent pas leur base à une importante mobilisation dans les urnes, les résultats pourraient s'avérer hautement défavorable aux socialistes comme aux verts. Du côté de l'Entente et de l'alliance MCG-UDC, les appels à voter ont déjà débuté. Si l'élection au Conseil d'Etat recueille habituellement davantage de participation que l'élection au Grand Conseil, cela ne doit pas conforter les partis de gauche et considérer cette constante comme un oreiller de paresse.



Un gouvernement monocolore, ou à très large majorité de droite (six sur sept, par exemple) ne profiterait probablement pas à l'élaboration de projets concertés et tournés vers l'amélioration des conditions de vie des Genevoises et des Genevois. La gauche, si elle veut continuer à jouer sa partition au sein de l'Exécutif cantonal – et il le faut! –, doit impérativement se remettre en question et élaborer une stratégie différente. Si les enjeux en 2013 ne sont plus les mêmes qu'il y a vingt ans, il convient néanmoins de réfléchir à des solutions qui touchent l'électorat qui s'est toujours senti concerné par les socialistes et plus globalement la gauche.



Certains préconisent, comme Adrien Faure qui a fait une excellente prestation sur Leman Bleu dimanche 6 octobre, le retour à l'opposition, et donc la sortie du gouvernement pour la gauche. Si cette alternative peut paraître séduisante à première vue – le co-président de la Jeunesse socialiste ne manquait pas d'arguments pour la rendre crédible –, elle n'en est pas moins dangereuse. En offrant un boulevard à la droite, et plus particulièrement sa composante souverainiste, la gauche prendrait un risque que son électorat n'accepterait jamais: offrir aux sirènes de l'angoisse les rennes du Canton.



C'est donc un véritable dilemme qui s'impose à la gauche. Sa présence au Conseil d'Etat est nécessaire, car le système politique en Suisse est basé sur la collégialité et le consensus. Laisser en-dehors du gouvernement les représentants d'un tiers des votants ne manquerait pas d'avoir des conséquences sur le long terme (il en va de même pour ceux qui votent à l'extrême opposé). Alors oui, d'ici 10 au novembre, tout reste à faire pour la gauche, qui doit colmater les brèches et récupérer sa base pour la mobiliser et lui offrir au moins deux sièges à l'Exécutif cantonal. Espérons que les caciques des partis de gauche sauront prendre les bonnes décisions. Car sinon, c'est bel et bien un retour de vingt ans en arrière que nous pourrions vivre. Pour le meilleur. Et surtout pour le pire.



Grégoire barbey

14:21 Publié dans Air du temps, Elections du 10 novembre, Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |

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