Gregoire Barbey

19/10/2013

Un paysan au gouvernement? Pourquoi pas!

Chronique, 19.10.13

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Luc Barthassat. Le candidat PDC pour l'élection au Conseil d'Etat le 10 novembre
est souvent critiqué pour son parcours scolaire atypique et ses capacités intellectuelles.

 

Je vais vous confier ce que j’ai entendu tout au long de cette campagne pour le Conseil d’Etat. J’ai suivi au plus près l’ensemble des élections. Chaque week-end, je me suis rendu sur les stands, ai participé à la plupart des événements électoraux. J’ai rencontré des dizaines de candidats et de militants. De toutes les tendances. Mais un détail m’a frappé particulièrement: c’est le mépris de certains pour la candidature au Conseil d’Etat du PDC Luc Barthassat. J’ai eu le droit au même refrain à maintes reprises. «Ce n’est qu’un paysan», chantent-ils en chœur.

 

«Il n’a pas les compétences nécessaires», «il est gentil mais n’a pas l’intelligence requise», «il n’est bon qu’à défendre les chats au Conseil national», etc. Tout ça, je ne l’invente pas. Je l’ai entendu des dizaines de fois. Le point commun entre les différentes personnes qui m’ont tenu ce discours, c’est leur appartenance à la classe politique. Ou aux médias, pour d’autres. Luc Barthassat dérange beaucoup dans le microcosme genevois. Je n’ai, tout au long de cette campagne, jamais caché mon amitié pour l’agriculteur. Je ne prétends pas à l’impartialité, car je donne mon opinion. Certains me le reprochent. Je l’assume.

 

Mais dans le cadre des élections, tout ce mépris qui lui a été adressé, toute cette haine envers ceux qui n’ont pas de titres universitaires, qui n’ont pas un parcours traditionnel, je peux vous le dire sans fard: cela m’a profondément dégoûté. Oui, Luc Barthassat n’a pas le profil d’un licencié en droit ou en sciences politiques. Dyslexique, ses fautes d’orthographe sont nombreuses, notamment sur les réseaux sociaux où il est très actif. Tout ça, on peut bien évidemment le lui reprocher. C’est l’image qu’il renvoie et il en est responsable. S’arrêter cependant à ces seuls critères est bien malhonnête.

 

J’étais hier soir à la fondue qu’il a organisée pour la Saint Luc. Près d’une centaine de personnes de tous horizons. Pas seulement des politiciens. Des gens du peuple qui le suivent. Ses amis. Sa famille. Et surtout les quatre autres candidats sur la liste en compagnie de Luc Barthassat. Pierre Maudet, Isabel Rochat, François Longchamp et Serge Dal Busco: ils sont tous venus. Il n’y a pas eu de grands discours. Luc Barthassat n’en a pas profité pour faire sa publicité. Ceux qui étaient là, pour la majorité, sont déjà acquis à sa cause. Il peut bien n’être qu’un «paysan», il y avait à sa fête plus de personnes qu’à l’événement officiel de l’Entente. C’est dire s’il force le respect.

 

Il a ses défauts, c’est indéniable. Surtout des défauts pour ceux qui veulent avoir des têtes qui ne dépassent pas au gouvernement. Luc Barthassat n’est probablement pas de ceux qui se plient sans lutter. Il n’est pas non plus prévisible: il a cette fougue qui le caractérise. Je n’irai pas jusqu’à dire être convaincu par tous ses combats politiques. Sa volonté d’instaurer un quota de musiques suisses radiodiffusées ne m’a pas spécialement séduite. J’y suis même plutôt opposé. Mais Luc Barthassat a indéniable qualité: sa proximité avec les gens. Accessible, il ne donne pas l’impression d’être membre d’un groupe fermé. D’autres se donnent des airs de grandeur là où le candidat PDC est lui-même, avec tout ce qui le caractérise, des défauts aux qualités.

 

Ce lien qu’il a avec la population, c’est justement ce qui manque indiscutablement au Conseil d’Etat de la législature qui s’achève. Cette impression de n’avoir que des gestionnaires, des dirigeants que l’on n’aperçoit qu’aux événements officiels et lors des campagnes électorales, ce n’est pas un bon point pour notre politique de milice. Je ne sais pas à ce jour si Luc Barthassat fera un bon travail s’il est élu. Je sais néanmoins qu’il donnera le meilleur de lui-même pour améliorer la situation à Genève, quel que soit le département dont il aura la charge. Peut-être me trompé-je et il n’a pas les épaules pour. Ce dont je doute. Mais ce n’est pas en le dénigrant qu’on atteindra le but communiqué par l’Entente: placer les cinq candidats de la liste au Conseil d’Etat.

 

Luc Barthassat s’investit pleinement dans ses engagements politiques. Qu’on ne l’apprécie pas ou qu’on le trouve stupide – chacun est libre de le penser –, il faut tout de même le respecter. Il en va de même pour les autres candidats, toutes tendances confondues. Cracher son venin sur lui parce qu’il n’appartient pas au petit monde bourgeois de la Genève introvertie, c’est proprement indigne. Luc Barthassat échouera peut-être dans ses fonctions. Je ne lis pas l’avenir. Mais je crois qu’il ne faut pas s’arrêter à son parcours scolaire, à ses capacités intellectuelles ou à son apparence folklorique. Qu’il soit paysan ou roturier, la Suisse est composée de politiciens issus du peuple. Il a donc toute sa place au gouvernement, si c’est le choix du peuple. Comme l’a été en son temps Adolf Ogi au Conseil fédéral. Et qui n’a pas non plus démérité malgré son parcours atypique.

 

Grégoire Barbey

16:35 Publié dans Elections du 10 novembre, Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook | | | |

Commentaires

En tout cas bel article. Genève a maintenant besoin des responsables pragmatiques comme Luc Barthassat. Penser à organiser une fête sur sa propriété à l'occasion de la Saint Luc, il fallait y penser. Hier, j'ai découvert qu'il produisait du bon vin. C'est notre chance de l'avoir au Conseil d'Etat afin d'y apporter un peu de la magie de la vie pour le bien-être de Genève et ses résidents.

Écrit par : Alban Kouango | 19/10/2013

Très bonne analyse et entièrement d'accord avec vos conclusions.

Écrit par : A. Piller | 19/10/2013

Merci d'avoir si bien analysé le personnage et de défendre ses compétences qui sont nombreuses.
Ne pas s'arrêter aux apparences.
Le club des cinq a besoin d'un homme du terrain comme lui car un gouvernement formé que d'un clan d'universitaires serait une catastrophe.
Il a en tout cas l'intelligence du coeur et la capacité d'écouter/d'entendre, qualités qui manquent trop souvent à beaucoup de dirigeants.
Superbe article !

Écrit par : Pascale Balestra | 20/10/2013

Vous m'avez ouvert les yeux !
Sur certaines choses fondamentales
Merci.
C. Python

Écrit par : Python | 20/10/2013

Et j'oserai même rajouter que le département de la mobilité a été dirigé durant 4 ans par une universitaire, avec un succès que le peuple a dénoncé avec des crayons bien taillés en octobre dernier.
Place en l'occurrence à un habitué du terrain qui fera certainement mieux.

Écrit par : Pascale Balestra | 20/10/2013

Intéressant, si mr barthassat est pourvu - je ne le connais pas assez - de ce qui manque cruellement aujourd'hui à Genève, c'est-à-dire de cette humilité souvent propre aux hommes de la terre et à ceux qui sont confrontés directement aux réalités de la vie, alors oui, pourquoi pas ?

Car en contrepoint de ce que vous dites il apparaît clairement qu'un des maux de Genève se trouve dans cette suffisance que l'on ne cesse de voir dans la classe politique, où parce que l'on a une petite licence ou un petit doctorat, voir même parce que l'on est un petit professeur, l'on croit déjà tout savoir et avoir tout compris... où l'on pérore et prétend à longueur d'année alors que pas plus les un-es que les autres ne sont capables de changer quoi que ce soit, d'innover et d'apporter des solutions nouvelles et ne sont, comme vous le dites, par conséquent que des "gestionnaires" et donc beaucoup trop payés puisqu'il ne s'agit que de cela...

Alors pourquoi pas barthassat ? Dont lui au moins on peut être sûr que cette terre genevoise il l'a porte vraisemblablement "vraiment" au fond de lui-même, contrairement aux escouades d'opportunistes qui défilent sans cesse et viennent tout nous expliquer alors qu'en réalité ils n'ont rien inventé et n'ont juste rien de nouveau à dire.

Écrit par : quidam | 20/10/2013

Nos élus confondent bien trop souvent intellect avec intelligence et concept avec connaissance, mais c'est justement la preuve de leur étroitesse d'esprit.

La connaissance, elle, ne peut passer que par l'expérience. Ensuite, on peut toujours en tirer un concept basé sur celle-ci, qui sera invalidé par une autre expérience dans les minutes qui suivent.

Le poste d'élu, comme celui de médecin, ou de tout personne ayant une position de décideur, nécessite effectivement de l'humilité, à commencer par savoir qu'il ne sait rien et qu'il a tout à apprendre.

On en est bien loin. Et même si les fautes d'orthographe me font régulièrement dresser les cheveux sur la tête, même les miennes ;) je comprends parfaitement qu'une personne atteinte de dyslexie ne puisse écrire sans faute, par contre, il peut avoir l'humilité aussi, de se faire corriger par une personne qui n'en est pas atteinte, car, à un certain niveau, c'est un exemple mal compris pour nos jeunes.

Ceci dit, nous sommes gouvernés depuis des lustres par une très petite minorité d'intellectuels prétentieux qui régissent les droits d'une grande majorité de pragmatiques et de vrais visionnaires, car pour avoir une vision holistique de la politique, il faut avoir expérimenté la vie, du bon sens et il faut que cet état de faits change !

D'urgence !

Je n'appartiens à aucun parti et je ne sais pas encore pour qui je vais voter. Sans doute pour celui qui aura le plus d'humilité ou qui sera le moins médiatisé, pour lui donner une visibilité.

Écrit par : Jmemêledetout | 20/10/2013

@Grégoire n'habitant pas Genève je ne peux prendre position cependant votre article relève du bon sens .Il est excellent ! ne dit-on pas que l'habit ne fait pas le moine `? .De toutes manières autre qu'à Genève on connait des lumières qui dès les feux de la rampe électorale éteints n'ont que demandes de salaire supplémentaire suite à de fantasmes charges supplémentaires à assumer. Comme si ces brillances intellectuelles n'avaient pas été branchées au courant Communal avant les élections!
très belle soirée pour vous et merci pour votre blog

Écrit par : lovsmeralda | 20/10/2013

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