Gregoire Barbey

25/10/2013

Partis: reprenez goût à la politique!

Chronique, 25.10.13

Geneve, quai du Mont-Blanc.jpg

Genève. Les partis politiques ont perdu toute leur substance en abandonnant l'essentiel:
leur message essentiel. Qui consiste en une vision globale de la société. Un projet commun.

 

Un parti doit proposer une vision globale de la société lorsqu'il a des vues sur le gouvernement. Cela passe par un programme de législature, un manifeste en somme, qui promeut certaines valeurs cohérentes. Cela doit être un projet ambitieux. La volonté de rompre avec la politique des autres. Un parti doit se différencier tant dans son approche des problèmes sociétaux que dans les réponses aux questions que se pose la population. Un parti, ce n'est pas une auberge espagnole. Les individus qui y adhèrent doivent partager ce même objectif, cette même vision commune d'une société idéale.

 

Un programme nécessite de concilier idéalisme et pragmatisme: il faut du réel dans les propositions, du concret dans les idées. Un parti, c'est une aventure. Mais c'est aussi un défi. Il faut réunir des gens aux sensibilités toutes différentes. Chacun projette sur un mouvement politique ses propres souhaits. C'est au parti, à ceux qui le dirigent, de lui donner un cap. De lui offrir une teinte et une saveur. Un parti, ça se vit. Ça doit parler à ceux qui s'y intéressent. Quand on entend son nom, on doit instantanément penser au message essentiel de sa vision de la société. Un parti, c'est un grand bazar auquel il faut donner une structure, une hiérarchie.

 

Aujourd'hui, à Genève, ce message semble s'être dispersé. On n'a plus l'air de négocier des majorités comme il conviendrait de le faire. Plus personne ne semble prêt aux concessions évidemment nécessaires au bon fonctionnement des institutions. La politique en démocratie, ça ne se fait pas seul, chacun dans son coin. Cette désolidarisation des partis, c'est le symptôme d'un mal plus profond: la perte de leur identité. Car oui, les partis politiques à Genève ont perdu tout ce qui faisait leur attrait. Ils n'ont plus, ni dans leur langage, ni dans leur projet, l'ombre d'un projet commun.

 

Ils semblent ne plus être en mesure que de traiter les sujets au cas par cas. Chaque individualité pouvant tirer la barque d'un côté ou de l'autre. L'homogénéité des partis, fondée sur une pluralité de personnalités, a disparu. A Genève, qu'on veuille le reconnaître ou non, les partis ont perdu ce qu'ils avaient de plus important: un capitaine à la barre. Pour maintenir le cap. Leur cap. Et ne pas se disperser de part et d'autre dans des luttes qui ne sont pas les leurs. Ces partis, aujourd'hui, sont confrontés à une véritable crise. Sur leurs côtés respectifs naissent d'autres formations qui capitalisent sur cette absence de vision. Parce qu'elle est là, et il faut la reconnaître.

 

Il n'y a plus d'avenir possible tant qu'il n'y aura pas de vision globale. On veut sentir un projet, on veut qu'il nous fasse vibrer. Un parti, cela doit être une porte ouverte vers un désir commun. Ce n'est plus ainsi désormais. Les partis à Genève sont sur le déclin. Dites-moi le contraire. Voilez-vous la face. Mentez-vous. Je m'en fiche éperdument. La réalité est limpide: les partis sont devenus ennuyants.

 

Et tant qu’ils ne réaliseront pas qu’ils n’ont plus rien à offrir à la population pour convaincre, la déchéance continuera. Tant qu’on aura, au sein de la population, la sensation légitime que les partis traditionnels ne sont plus que des machines à satisfaire les ambitions égoïstes de quelques notables, alors la politique à Genève sera faite de blocs. Et les patriciens des vieux partis pourront pleurer tout ce qu’ils veulent: on ne récupère pas ses membres sans entamer une profonde introspection. Ils sont responsables des résultats du 6 octobre. Et le seront de ceux du 10 novembre. Le nier, c’est courir à sa perte. Partis, reprenez goût à la politique! Pour le bien de notre démocratie.

Grégoire Barbey

11:30 Publié dans Elections du 10 novembre, Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | | |

Commentaires

Le mal, ou la carence que vous décrivez n'est pas inhérent à Genève. Les idéologies partisanes ne portent plus pour diverses raisons qu'il serait vain de vouloir résumer ici, dans un commentaire sur un blog.
La gauche a validé les lois du marché et la droite devient écolo et participe à la stabilité du contrat social par la signature de conventions collectives.

Nous observons deux mouvements antagonistes qui reflètent bien la perte d'identité des partis que vous évoquez :
- Une satellisation pour permettre aux diverses sensibilités de s'y retrouver. Le PBD pour l'UDC, Les Verts' lib pour le PLR.
- Des regroupements pour obtenir des majortiés.

Il n'est plus possible de faire de la politique à l'échelle locale. Tout est lié, le monde est devenu un village. L'information globale est accessible en millisecondes et nous n'avons pas encore pris la mesure de la révolution en cours par les outils numériques. Les spéculations sur les taux de change n'en sont qu'un des aspects voyants ces jours.

De plus en plus la politique va se personnaliser. Les plus ambitieux, mais surtout les plus visibles et donc ceux qui ont les moyens d'atteindre leur but, seront les élus de demain quelles que soient les couleurs sous lesquelles ils se profileront. D'ailleurs ils n'hésitent pas à changer de famille pour pouvoir mieux se profiler.

Et ça ne changera pas grand-chose à nos vies, car la politique reste marginale dans la conduite de nos sociétés. Comme le relève Xavier Contesse dans la tdg de ce jour au sujet du troisième tour de l'élection à Porrentruy, le monde économique considère la politique comme un mal nécessaire annexe. Les vrais décideurs proviennent de ce sérail et s'organisent pour maintenir les conditions cadres les plus stables possibles afin de permettre le développement de leurs affaires.

Il est donc parfaitement illusoire d'attendre des projets de société qui émaneraient de formations presque obsolètes tellement les discours se sont entremêlés et édulcorés dans une monde dirigé par l'économie globale, elle même conditionnée par le paradigme à bout de souffle de la compétitivité et la croissance.

Le changement se fera vraisemblablement dans la douleur, à l'échelle planétaire, lorsque la situation nous obligera d'envisager un développement qualitatif plus que quantitatif, une prospérité plutôt qu'une croissance.

Aucun parti, et encore moins les candidats à l'exécutif n'osent effleurer des chiffres qui en disent long.
- Entre 1800 et 2100, nous serons passés de 1 milliard à 11 milliards d'habitants sur Terre.
- L'espérance de vie augmente de manière conséquente
- La robotisation et l'informatisation remplacent la main d'oeuvre.

Le plein emploi est un mensonge que relaient tous les politiques, une fuite en avant vers plus de consommation-production alors que les ressources sont forcément limitées dans l'espace contraint que représente notre planète. A tel point d'ailleurs que certains envisagent l'exploitation d'astéroïdes, à la recherche de matériaux rares en voie de disparition sur Terre.

Bref, tout ça pour dire que votre tentative de redonner envie me semble bien vaine. Le mal est plus profond et les citoyens le ressentent confusément. Le taux d'abstentionnisme en témoigne. Et ce ne sont pas que les jeunes qui sont concernés. C'est une des leçons que j'ai tirée de ma candidature. J'espérais un peu naïvement qu'un indépendant serait susceptible d'intéresser ces réticents. Le nombre de visites de mon site qui offre pourtant un programme et une vision de société complet, tel que vous le réclamez, confirme ce que je relève plus haut. La politique est un mal nécessaire qui ne fait plus illusion.

Écrit par : Pierre Jenni | 25/10/2013

La brillante mme Christine Lagarde, alors ministre en France, déclara que l'on entre pas en politique pour faire du sentiment, déclaration immédiatement reprise en choeur par d'autres... MLF, jadis, j'imaginai que les femmes humaniserait la politique et crois encore aujourd'hui qu'entre trop ou pas assez faire du sentiment... il y a de quoi nuancer, "doser", c'est-à-dire se mettre é la place du citoyen, de l'habitant, de l'étranger, du requérant, etc. Avant même la vision globale, une question sur soi-même, sur l'importance que l'on se donne considérant les autres toujours comme moyen non comme but: le service (mot alibi que l'on sort juste au moment de se faire élire...) et dont, peu à peu, plus personne n'est dupe. Que valent les "défis" lorsqu'il ne s'agit que de se servir soi-même et ceux de la même appartenance sociale/"barrages d'accès dés l'école dénoncés par Jaccard... Je crois, sachant à quel point on va refuser ce qui suit, qu'il faudrait reprendre l'habitude de faire faire chaque soir son examen de conscience (avec la foi, ou sans) aux enfants avant leur sommeil, le soir: comment ai-je été avec les autres, à par à moi, à qui ai-je pensé le long de la journée, ai-je rendu service, gratuitement? On trouve les listes de l'examen de conscience, de l'enfant, de l'adulte, aux lieux-dits. Les bons plis se prennent dès la plus tendre enfance et méritent régulièrement un bon coup de "repassage"!
comment

Écrit par : myriam belakovsky | 25/10/2013

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