Gregoire Barbey

11/11/2013

L'Entente ne bénéficie en réalité qu'au PDC

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Alain-Dominique Mauris. Le président du Parti libéral-radical n'a pas su empêcher les défaites
successives de son parti. Il n'a pas non plus voulu affronter de face les tensions liées à la fusion.


Lendemain de cuite pour le Parti libéral-radical (PLR) à Genève. Trois sortants se représentaient: François Longchamp, Isabel Rochat et Pierre Maudet (arrivé en cours de législature). Les trois font partie de la plus importante formation politique du canton en termes de suffrages: le PLR. Avec les démocrates-chrétiens forment l’Entente. Ils présentaient au total cinq candidats (Luc Barthassat et Serge Dal Busco pour le PDC). Tout au long des semaines qui ont précédé le second tour des élections, la communication de l’Entente était simple: un appel à voter compact, sans rajouter ni tracer quiconque.

 

Les règles du jeu n’ont clairement pas été respectées par tous et Isabel Rochat a été biffée plus de 7000 fois, se voyant reléguée à la neuvième place, contre les quatre premières pour ses colistiers. Si les militants et les sympathisants avaient joué le jeu, les cinq candidats étaient élus. Dont acte. Nous ne pouvons pas changer ce qui a été fait, mais tout de même: comment Alain-Dominique Mauris, président du PLR, peut-il avoir l’outrecuidance de titrer son communiqué de presse «Une victoire pour l’Entente» quand il s’agit en réalité d’un échec sans équivoque pour la coalition et d’une défaite pour son propre parti?

 

La présidence d’Alain-Dominique Mauris justement: parlons-en! Sous son leadership, qu’a fait le PLR si ce n’est perdre des sièges au sein des parlements et des exécutifs communaux et cantonaux? A Genève, le véritable bénéficiaire de l’Entente est le PDC, et non le PLR. Voyez donc: il a obtenu deux sièges supplémentaires aux exécutifs les plus stratégiques du canton. La place de Pierre Maudet au Conseil administratif de la Ville de Genève et celle d’Isabel Rochat au Conseil d’Etat. Parler de victoire alors qu’au fond le PDC a phagocyté des places stratégiques pour le renouvellement des leaders du PLR? Navré, mais pour moi je n’ai pas l’impression qu’il faille se réjouir.

 

Et puis sept sièges perdus au Grand Conseil. Soyons honnêtes, quand Alain-Dominique Mauris affirme ne pas vouloir trahir ses électeurs sur Genève à Chaud ce soir, il se fourvoie. Les voix perdues du PLR ne sont pas allées au PDC, et encore moins à la gauche. C’est l’UDC et le MCG qui en ont bénéficié. D’ailleurs, au lendemain de l’élection au Grand Conseil, nous étions tous surpris de la progression des Démocrates du centre. Le résultat est sans conteste un recul et une gueule de bois pour le premier parti du canton. Les deux voix qui osent s’opposer à la stratégie de l’appareil de parti (et de la secrétaire générale dont personne n’entend jamais parler contrairement à Sophie Buchs du PDC), celles de Cyril Aellen et Thomas Barth, méritent d’être écoutées. L’intérêt d’une grande Entente ne serait pas négligeable.

 

Et puis d’ailleurs ce soir à Leman Bleu, Alain-Dominique Mauris a pris en otage la discussion des différents membres du PLR présents pour débattre des résultats du second tour. Il a asséné ce qu’il nous dit depuis deux ans. Ce qu’il répète comme un psaume appris par cœur pour la messe du dimanche. Non, Monsieur Mauris, vous avez tort: les résultats parlent d’eux-mêmes. Vous avez failli à deux reprises, et votre place à la présidence du PLR n’a plus d’être. Demain matin à 07h00, vous seriez bien inspiré de remettre votre démission. Et de laisser à celles et ceux qui ont une vision stratégique la latitude pour manœuvrer librement. Pour l’appel à la candidature, il me semble qu’il y a méprise. La présentation des enjeux faite par Alain-Dominique Mauris ne laissait place à aucune autre personne. Ç’aurait été s’afficher en traître voulant ravir la place au maillon faible du trio PLR.

 

Aujourd’hui, la réalité est cruelle et ne pardonne pas: à Genève, la fusion a du mal à passer. Ce n’est pas définitif et il faudra bel et bien une génération pour que chacun y trouve son compte et efface les attaches identitaires issues de 150 ans d’Histoire. Mais Alain-Dominique Mauris ment à ses propres troupes lorsqu’il affirme à l’envie qu’il n’y a aucun problème. C’est faux. La particularité toute genevoise est simple: les Libéraux étaient autrefois majoritaires. La tendance s’inverse. Et certains accusent la fusion d’en être responsable. Je pense pour ma part qu’il y a quelques nuances.

 

Mais ne tergiversons pas. Il faut affronter cette crise en lui faisant face. Monsieur Mauris l’a démontré en fuyant toujours le sujet: il n’est pas l’homme de la situation. C’est pourquoi, je le répète une fois encore, il devrait prendre ses responsabilités et laisser la barre à un autre. Celui qui pourrait assumer cette tâche est cité dans cet article. Aux membres du Comité directeur de décider ce qui est le mieux pour leur parti. Mais cessons toute langue de bois. Cela ne bénéficie ni à la crédibilité du PLR, ni à celle, personnelle, d’Alain-Dominique-Mauris.


Grégoire Barbey

22:41 Publié dans Genève, Politique, Post-élection du 10 novembre | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | | | |

Commentaires

A mon humble avis, il n’y a que les imbéciles et les morts qui ne changent pas ou ne peuvent accepter le changement. Tant qu’on est sur cette terre, et dans divers aspects de la vie il faut savoir accepter les changements et les assumer avec toutes les conséquences (bonnes ou mauvaises) de leurs implications. Car, c’est la loi de la dialectique (implacable et inéluctable) qui veut qu’il en soit ainsi. Etant arrivé au PLR que récemment, il va de soi que n’ayant pas connu les aléas entre Libéraux et Radicaux, je ne peux en parler. La seule chose patente à ma connaissance est que les choix qui ont été faits jusque là l’ont été démocratiquement en toute liberté et responsabilité. Il y a eu la réunion des délégués du Parti au cours de laquelle avaient été validées les options et les décisions prises par le Comité directeur. Moi-même, n’étant à cette époque que simple membre et ayant assisté aux débats (sans possibilité de prendre la parole ni de voter), je n’étais pas enthousiaste quant au choix de ne pas présenter un quatrième candidat, de se limiter qu’au 3 sortants et une alliance avec le PDC. D’ailleurs, curieusement (lire l’article de Bertrand BUCHS) nos amis de l’Entente s’attribuent déjà à eux tout seuls la victoire de leur 2 candidats PDC, alors que le PLR y a joué un rôle déterminant.
A présent, ce qui compte c’est de repartir sur la volonté ferme de relancer notre Parti (qui ne l’oublions pas est toujours en tête en nombre d’électeurs), et cela ne peut se faire que dans la cohésion et la discipline de plus en plus forte. Oser insinuer que c’est la faute du Président (qui a bien joué son rôle) et demander son départ c’est vouloir engendrer le pavé de l’ours. Tous ceux qui critiquent le résultat actuel au Conseil d’Etat auraient mieux faits de se mobiliser plus ardemment pour notre candidate, ils ou elles auraient mieux fait de battre campagne avec les quelques députés, militantes et militants motivés qui étaient sur le terrain, et croyaient à l’élection de nos 3 candidats. Il faut savoir reconnaître que cette campagne n’était pas si facile, et le PLR a tout de même su bien résister aux assauts des autres Partis. En ce moment, le plus important est de mieux se préparer ensemble pour de futurs enjeux, et surtout de veiller à l’application de notre programme au cours de cette nouvelle législature.

Écrit par : ALBAN KOUANGO | 12/11/2013

Votre analyse, Monsieur Barbey est excellente et pertinente.
Il n'y a pas grand chose à rajouter, si ce n'est que le PLR a de la chance d'avoir Messieurs Maudet et Longchamp qui à eux deux ont tiré l'entente à l'élection de quatre candidats, et même de cinq si les membres de ce parti n'avait pas biffés plus de 7000 fois Madame Rochat, soutenue en façade, mais pas en coulisse. Sans les deux Conseillers d'Etat sortants, le PLR serait à l'agonie, tout comme l'est déjà le feu PL complètement à côté de la plaque. Monsieur Mauris applique la tactique des anciens libéraux, stratégie perdante, comme l'a si bien constaté Monsieur Barth. Car, pensez Alain-Dominique Mauris à sa tactique, attendez un peu que je vous l'explique... Allez, non ce serait trop long et inutile, puisque vouée à l'échec.

Écrit par : jacques joray | 12/11/2013

Franchement j'avais sous-estimé votre capacité. Non seulement d'analyse mais aussi de prendre une position, ce qui est peu courant de nos jours. ADM (Arme de destruction de massive du PLR)doit vous détester ce soir car, si le PLR a un peu de suite dans les idées, les jours de ADM sont sur le compte à rebours. De toute façon, lorsque l'on émet un avis, il y a forcément des contrariés.

Écrit par : Denis Menoud | 12/11/2013

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