Gregoire Barbey

22/11/2013

Femmes en politique: Genève a de quoi pâlir

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Anne Emery-Torracinta. Il ne reste plus qu'à espérer qu'on n'assistera pas une fois
de plus à un déferlement de critiques envers la seule femme présente au Conseil d'Etat.


On peut pleinement déplorer qu’il n’y ait pas suffisamment de femmes à des postes à responsabilité. En politique comme dans le secteur privé. A Genève tout particulièrement. Cette année, une seule femme a été élue au Conseil d’Etat pour la législature à venir. Beaucoup s’en sont plaints et à raison. C’est un scandale pur et simple. Mais n’est-ce pas logique? Honnêtement, quand on voit ce qu’ont subi les deux conseillères d’Etat Michèle Künzler et Isabel Rochat en termes de lynchage médiatique et populaire, difficile d’avoir envie d’aspirer à des responsabilités aussi importantes. Sans parler de la chancelière d’Etat Anja Wyden, injustement raillée pour ses erreurs. Certes, elle a commis quelques impairs. Et Robert Hensler, lui non? Parlons-en! J’ai été personnellement stupéfait de cet acharnement systématique contre ces femmes.

 

Pourquoi donc les prendre en grippe avec autant de virulence? J’ai vu mon confrère Pascal Décaillet les démonter une à une dans les pages de GHI. J’ai entendu des propos honteux de la part de politiciens sur le rôle des femmes en politique. Oui, être une femme et porter d’importantes responsabilités n’est pas aisé. Cela implique un cuir plus dur encore. Parce qu’aujourd’hui, Genève, plaque tournante des organisations non-gouvernementales, de valeurs humanistes, n’a toujours pas compris l’importance des femmes à des postes clés. A titre personnel je suis opposé aux quotas. Non pas idéologiquement, car cela ne me dérange pas. Mais je vois déjà le tableau: en cas d’erreur de casting, on prendra la gent féminine en otage. On dira que 40% c’est bien trop. Que les femmes n’ont pas les mêmes capacités que les hommes.

 

Et l’on rentrera inévitablement dans des discours hormonaux. Le bas de l’échelle. Rien d’intéressant. Nothing to say. Mais il faut tout de même le dire. Isabel Rochat, Michèle Künzler et Anja Wyden. Ces trois femmes sont les victimes du conservatisme qui règne encore en matière d’égalité des sexes. Pourquoi les hommes seraient mieux disposés à assumer des postes de dirigeants? Je ne vois pour ma part aucune raison évidente. J’ai un profond respect pour les femmes qui s’engagent. Pour Anne Emery-Torracinta, qui va affronter seule six hommes au quotidien au Conseil d’Etat. Et devra faire face aux inévitables attaques de mes confrères. Ainsi que de politiciens peu délicats. Rien que ça pour ça, elle a tout mon soutien. Genève, capitale internationale des droits de l’homme? Sur le papier, c’est joli. Ça fait bon chic bon genre. Les bobos du XXIe siècle.

 

Il paraît que c’est vendeur. Mais franchement, soyons honnêtes. On n’est même pas capable d’avoir un minimum de respect voire d’admiration pour toutes ces femmes qui osent affronter ces vieux ringards. Ceux-là même qui préfèrent nettement dénigrer un magistrat quand c’est une femme. C’est tellement plus facile. Quand, dans un courrier des lecteurs de la Tribune de Genève, on lisait de Mme Künzler qu’elle allait sûrement finir par empoisonner toute sa famille en faisant la cuisine, comment peut-on encore croire au progressisme? J’ai plutôt l’impression qu’on régresse. Tous ces propos infamants, ces comportements outrageux. Cela m’atterre au plus haut point. Je ne puis qu’inviter les femmes qui veulent s’engager à ne pas hésiter. A se serrer les coudes entre elles. A affronter ces vieux cons – permettez-moi le terme – et à leur montrer qu’ils n’ont pas le monopole des compétences. Je témoigne ici tout mon soutien à Anne Emery-Torracinta pour cette législature. Et j’espère du fond du cœur qu’Anja Wyden sera reconduite en tant que chancelière d’Etat. Tout ça est juste une question de bon sens. Et d’un minimum d’ouverture d’esprit.

 

Grégoire Barbey

00:16 Publié dans Air du temps, Genève, Politique, Post-élection du 10 novembre | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook | | | |

Commentaires

Mme Torracinta a affiché sa fille handicapée durant la campagne. Bof bof sur la méthode.

Si elle devait prendre en charge le DIP, j'espère qu'elle arrivera a raisonner son mari, directeur du college Émilie Gourd. Comment ce monsieur soit disant sensible au handicap peut il ne pas appliquer les consignes concernant la dyslexie de C. Beer.

Un dyslexique est handicapé jusqu'à sa mort en matière d'orthographe alors qu'un ampute peut courrir le 100 mètres des JO. Tenir compte de l'orthographe d'un dyslexique lorsque ce n'est pas ce qui est évalué est criminel de la part de ce monsieur avec son profil familial et politique. J'espère que mme T. Ne fera pas comme son mari, déléguer des responsabilités à des gens qui n'y comprennent pas grand chose.

Quand on voit la liste des engagements de madame Torracinta, prof, élue, ex présidente de la commission des finances du GC du canton, directrice d'un nombre phénoménal d'associations, comment s'organise t-elle en habitant au fin fond du canton. Est ce illégitime de se poser des questions?

Écrit par : Paul de Raemy | 22/11/2013

Mieux vaut avoir qu'une femme valable que les 2 Conseillères D'Etat qui n'ont heureusement pas été réélues....

Écrit par : Deslarzes Béatrice | 22/11/2013

Mieux vaut avoir qu'une femme valable que les 2 Conseillères D'Etat qui n'ont heureusement pas été réélues....
Une femme conseillère Municipale

Écrit par : Deslarzes Béatrice | 22/11/2013

En fustigeant, stigmatisant, les positions de certains sur les questions de genre, vous desservez la cause des femmes.
En les victimisant, vous les placez à part.
Mme Künzler et Mme Rochat ont été sanctionnées sur leur bilan et leur capacité à assumer la charge et non pas parce qu'elles sont femmes.

Écrit par : Pierre Jenni | 22/11/2013

"Il ne reste plus qu'à espérer qu'on n'assistera pas une fois
de plus à un déferlement de critiques envers la seule femme présente au Conseil d'Etat."

Tout dépendra de son travail et sa capacité de communication... Si elle bosse bien et le fait savoir intelligemment. Pas de problème...

Si, à l'inverse, elle échoue dans l'un de ces critères, voir les 2, elle subira le même sort que les autres.

Pourquoi ne devrait-t-on pas critiquer à tout va une élues qui decoit ou ne fait pas ce pour quoi elle a été élue, sous prétexte qu'il s'agit... d'une femme ?

Quand au cas "Anja Wyden", en tant que chancelière d'Etat, c'est normal qu'elle se prenne des volées de bois verts pour la collection de bourdes (parfois monumentale) du service dont elle est responsable...
Devrait deja etre bien contente que personne n'ai exigé sa démission, ce qui aurait été légitime!

Écrit par : Pierre Roche | 22/11/2013

@ Pierre Roche,

Vu comment vous écrivez, on se demande comment vous pouvez être apte à évaluer des politiques publiques.

Écrit par : Mazzoleni | 22/11/2013

@Mazzoleni.

Je ne relis pas mes commentaires avant de les valider. Mea culpa, mais cela reste parfaitement lisible et compréhensible. So what?

Et que dire si ce n'est qu'à part une attaque personelle d'une absolue vacuité, je vous trouve bien court en argumentation sur le sujet en question... Difficile de débattre avec quelqu'un qui n'a rien à dire, à part insulter.

Écrit par : Pierre Roche | 22/11/2013

Les femmes n'ont-elles pas les mêmes capacités que les hommes ou les femmes ont-elles dans la vie, leurs vies, d'autres intérêts que les hommes? Professions, familles, Arts, etc.?
On déplore que l'on s'occupe plus de quotas que de programmes, de projets... Projets non moyen pour se faire élire que projets-promesses réalisables forcément... une fois les élections passées en attendant déjà les futures... et s'y préparant plus qu'à l'avance, n'est-ce pas? Et puis il y a la maternité concernant les femmes qui ont les moyens d'avoir du personnel à la maison et les autres... Vies harrassantes pour salariées non de professions libérales et puis, sans doute, quant à la politique, en général, un sentiment d'incrédulité, or, comment convaincre sans "y" croire soi-même:sans être convaincu/e comment "persuader"?

Écrit par : Myriam Belakowsky | 22/11/2013

Il est parfaitement exact de dire que les deux magistrates que le peuple a remerciées l'ont été en raison de leur incompétence et non en raison de leur sexe. Cette récurrence féministe est lassante.

Haegi et Ramseyer n'étaient pas des femmes et personnes ne s'est apitoyé sur leur sort. Bien pire, tout le monde a applaudi ces sorties pour incompétence.

Le peuple est donc d'une constance remarquable. Il écoute les partis et éli leurs candidats mais lorsqu'il réalise qu'il a été trompé sur la marchandise, il les remercie. Qu'il s'agisse d'hommes ou de femmes est sans intérêt.

La prudence de ce collège voudrait que, précisément, on ne confie pas le DIP à Mme Emery mais à un magistrat moins lié aux arcanes de cette boutique.

EN revanche, il y a du gros travail à accomplir à la santé et cette dame y ferait un excellent travail. Certainement meilleur de M. Poggia qui ne voit ces questions que du point de vue de l'avocat.

Écrit par : simon durant | 24/11/2013

LA GOURDASSE PROSPERE SUR LE TERRAIN DES ILLUSIONS.
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Les femmes en politique, la barque est plus que pleine. Grégoire Barbey n'a pas encore coupé le cordon. Il pense à sa maman n'est-ce pas? Est-ce une raison suffisante pour nous imposer un aéropage de gourdasses.
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C'est la triche avec les quotas. Une gourdasse même si la majorité des femmes votent contre elle, c'est l'alibi parfait pour occuper l'espace qui devrait être dévolu à une personnalité valable. Pensons tout simplement à Matthey qui a fait des contorsions pour faire élire R. Dreifuss à sa place. Et on a vu la fumeuse qui soutient le joint, nous imposer l'assurance maladie obligatoire afin qu'on ne puisse plus pouvoir comptabiliser le coût réel de l'immigration ainsi que le simulacre de concurrence qui nous impose une surcharge administrative et une croissance des primes qui va avec.
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ON voit que la gourdasse prospère sur le terrain de la roublardise. Si vous pensez qu'elles sont loyales, dégonflez les baudruche. Toutes ces femmes médecins qui ont programmé leur grossesse durant leur affectation comme chef de clinique à l'hôpital, avec la complicité du dirlo et des bonnes consciences PDC, et qui s'attribuent le titre alors qu'elle étaient en congé annuel avec les risques à cause de leur grossesse, évidemment, pensez-vous pouvoir leur faire confiance en tant que médecin ?
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En politique c'est du pareil au même, à quelques très très rares exceptions. N'en faisons pas une règle, c'est insuffisant comme résultat.

Écrit par : michtchell | 02/12/2013

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