Gregoire Barbey

25/11/2013

L'alternative au salaire minimal généralisé

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Angela Merkel. La chancelière allemande a accepté de compromettre son programme
et ses convictions en instaurant un salaire minimal généralisé dans son pays.

 

Le salaire minimal généralisé va être introduit en Allemagne par Angela Merkel. L'échec de l'initiative 1:12 «Pour des salaires équitables» a propulsé le débat sur la votation du salaire minimal sur le devant de la scène. Certains prévoient déjà un échec pour la gauche. D'autres invoquent la situation de nos voisins allemands. Mais si le gouvernement introduira effectivement cette mesure, ce n'est pas par conviction: pour les conservateurs allemands, c'est une compromission. La seule et unique raison à l'instauration de ce modèle réglementariste dans la première économie de la zone euro, c'est la nécessité pour la CDU de former un gouvernement de coalition. Et les sociaux-démocrates (SPD) n'acceptent aucune négociation sans la prise en compte d'une série de mesures économiques.



Si en Suisse, nous voterons pour ce système, il ne faut pas pour autant en oublier les évidents désavantages et ses conséquences hautement probables. Les différents secteurs du tissu économique suisse n'ont pas tous les mêmes moyens ni la même résistance face aux évolutions conjoncturelles. L'aspect très négatif d'un salaire minimal qui aligne tout le monde au même point, c'est la hausse salariale relativement importante que cela induira dans certains domaines.



Le vrai problème du salaire minimal généralisé, c'est qu'il peut effectivement améliorer la situation des collaborateurs les plus précarisés, mais il introduit aussi une notion de dumping salarial. Les milieux patronaux pourraient très bien décider de dénoncer les conventions collectives de travail (CCT) dont le plancher salarial est supérieur afin de réduire les charges des rémunérations. Les secteurs économiques les plus durement touchés par cette mesure devront également réduire leurs effectifs. Certaines PME devront songer probablement à outsourcer une partie de leurs tâches. En général, ces mesures ne bénéficient à personne et le chômage augmente clairement.



A titre personnel, je considère comme une évidence la nécessité qu'un individu qui alloue 100% de son temps travail à un emploi puisse vivre décemment et sans se serrer la ceinture tous les mois. C'est une question de salubrité publique. Toutefois, je crois davantage en une autre alternative: dépoussiérer le partenariat social, combler ses lacunes, et instaurer l'obligation de contracter des CCT dans tous les domaines, avec des compensations dans la mesure du possible pour les secteurs où les rapports de force patronat-syndicat sont clairement inégaux.



Je pense qu'il y a clairement quelque chose à faire et qu'on ne peut pas continuer avec un système qui, sous couvert de prendre en compte l'avis de tous, génère des disparités aussi improbables qu'incompréhensibles. La notion de partenariat social est chère aux Suisses. De nombreux intervenants l'ont martelé hier à la suite du non massif contre l'initiative 1:12 «Pour des salaires équitables» des Jeunes socialistes. Oui, c'est une évidence, nos concitoyens y sont très attachés. Mais il serait profondément hypocrite de le hisser sur un piédestal sans lui apporter les nécessaires améliorations dont il a besoin pour être efficient et respectueux des partenaires sociaux.



Grégoire Barbey

08:01 Publié dans Air du temps, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | | |

Commentaires

Exactement !
Vous résumez parfaitement le problème.
S'il est clair qu'un travailleur doive pouvoir vivre décemment, il n'en est pas moins clair que les entreprises ne vivent pas toutes sur le même pied et que pour survivre à un salaire minimum généralisé, certaines devront licencier ou délocaliser une partie de leur production. Résultat : chômage, surcharge des emplois restant qui devront assumer ceux des postes licenciés, utilisation de contrats temporaires. Bref le foutoire que l'on voit en France où les 35 heures viennent compléter la sauce.
Les socialistes ont souvent de bonnes idées pour améliorer la justice sociale, mais hélas, la plupart du temps ils ne se donnent pas la peine de réfléchir aux conséquences néfastes de certaines de leurs idées.
Le salaire comme le temps de travail se négocient et chacun (employeur et employé) est libre d'accepter ou de refuser.

Écrit par : Lambert | 27/11/2013

Tout ce qui est écrit est clair. Question chômage, on ne parle plus guère de la machine qui "exécute" l'homme avec, par le fait, malgré relance/s éventuelles, de plus en plus de chômage... risques de prestations sociales réduites évidents. Or, comment vivre sans argent? V. Giscard-d'Estaaing, in Démocratie française, livre datant de plus de cinquante ans a suggéré une rente versée à chaque individu, ce, de sa naissance à sa mort, rente assurant l'indispensable rente arrondie par le travail de la personne, donc, nécessité d'étudier ferme mais, toujours, en toute sécutité, modeste, il est vrai, mais indiscutable, avec moyens d'existence assurés. Il estimait la mentalité pas prête pour l'accueil de cette suggestion: avons-nous évolué?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 28/11/2013

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