Gregoire Barbey

25/11/2013

L'alternative au salaire minimal généralisé

34337514.jpg

Angela Merkel. La chancelière allemande a accepté de compromettre son programme
et ses convictions en instaurant un salaire minimal généralisé dans son pays.

 

Le salaire minimal généralisé va être introduit en Allemagne par Angela Merkel. L'échec de l'initiative 1:12 «Pour des salaires équitables» a propulsé le débat sur la votation du salaire minimal sur le devant de la scène. Certains prévoient déjà un échec pour la gauche. D'autres invoquent la situation de nos voisins allemands. Mais si le gouvernement introduira effectivement cette mesure, ce n'est pas par conviction: pour les conservateurs allemands, c'est une compromission. La seule et unique raison à l'instauration de ce modèle réglementariste dans la première économie de la zone euro, c'est la nécessité pour la CDU de former un gouvernement de coalition. Et les sociaux-démocrates (SPD) n'acceptent aucune négociation sans la prise en compte d'une série de mesures économiques.



Si en Suisse, nous voterons pour ce système, il ne faut pas pour autant en oublier les évidents désavantages et ses conséquences hautement probables. Les différents secteurs du tissu économique suisse n'ont pas tous les mêmes moyens ni la même résistance face aux évolutions conjoncturelles. L'aspect très négatif d'un salaire minimal qui aligne tout le monde au même point, c'est la hausse salariale relativement importante que cela induira dans certains domaines.



Le vrai problème du salaire minimal généralisé, c'est qu'il peut effectivement améliorer la situation des collaborateurs les plus précarisés, mais il introduit aussi une notion de dumping salarial. Les milieux patronaux pourraient très bien décider de dénoncer les conventions collectives de travail (CCT) dont le plancher salarial est supérieur afin de réduire les charges des rémunérations. Les secteurs économiques les plus durement touchés par cette mesure devront également réduire leurs effectifs. Certaines PME devront songer probablement à outsourcer une partie de leurs tâches. En général, ces mesures ne bénéficient à personne et le chômage augmente clairement.



A titre personnel, je considère comme une évidence la nécessité qu'un individu qui alloue 100% de son temps travail à un emploi puisse vivre décemment et sans se serrer la ceinture tous les mois. C'est une question de salubrité publique. Toutefois, je crois davantage en une autre alternative: dépoussiérer le partenariat social, combler ses lacunes, et instaurer l'obligation de contracter des CCT dans tous les domaines, avec des compensations dans la mesure du possible pour les secteurs où les rapports de force patronat-syndicat sont clairement inégaux.



Je pense qu'il y a clairement quelque chose à faire et qu'on ne peut pas continuer avec un système qui, sous couvert de prendre en compte l'avis de tous, génère des disparités aussi improbables qu'incompréhensibles. La notion de partenariat social est chère aux Suisses. De nombreux intervenants l'ont martelé hier à la suite du non massif contre l'initiative 1:12 «Pour des salaires équitables» des Jeunes socialistes. Oui, c'est une évidence, nos concitoyens y sont très attachés. Mais il serait profondément hypocrite de le hisser sur un piédestal sans lui apporter les nécessaires améliorations dont il a besoin pour être efficient et respectueux des partenaires sociaux.



Grégoire Barbey

08:01 Publié dans Air du temps, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | | |

22/11/2013

Femmes en politique: Genève a de quoi pâlir

 frame-1-171152.jpg

Anne Emery-Torracinta. Il ne reste plus qu'à espérer qu'on n'assistera pas une fois
de plus à un déferlement de critiques envers la seule femme présente au Conseil d'Etat.


On peut pleinement déplorer qu’il n’y ait pas suffisamment de femmes à des postes à responsabilité. En politique comme dans le secteur privé. A Genève tout particulièrement. Cette année, une seule femme a été élue au Conseil d’Etat pour la législature à venir. Beaucoup s’en sont plaints et à raison. C’est un scandale pur et simple. Mais n’est-ce pas logique? Honnêtement, quand on voit ce qu’ont subi les deux conseillères d’Etat Michèle Künzler et Isabel Rochat en termes de lynchage médiatique et populaire, difficile d’avoir envie d’aspirer à des responsabilités aussi importantes. Sans parler de la chancelière d’Etat Anja Wyden, injustement raillée pour ses erreurs. Certes, elle a commis quelques impairs. Et Robert Hensler, lui non? Parlons-en! J’ai été personnellement stupéfait de cet acharnement systématique contre ces femmes.

 

Pourquoi donc les prendre en grippe avec autant de virulence? J’ai vu mon confrère Pascal Décaillet les démonter une à une dans les pages de GHI. J’ai entendu des propos honteux de la part de politiciens sur le rôle des femmes en politique. Oui, être une femme et porter d’importantes responsabilités n’est pas aisé. Cela implique un cuir plus dur encore. Parce qu’aujourd’hui, Genève, plaque tournante des organisations non-gouvernementales, de valeurs humanistes, n’a toujours pas compris l’importance des femmes à des postes clés. A titre personnel je suis opposé aux quotas. Non pas idéologiquement, car cela ne me dérange pas. Mais je vois déjà le tableau: en cas d’erreur de casting, on prendra la gent féminine en otage. On dira que 40% c’est bien trop. Que les femmes n’ont pas les mêmes capacités que les hommes.

 

Et l’on rentrera inévitablement dans des discours hormonaux. Le bas de l’échelle. Rien d’intéressant. Nothing to say. Mais il faut tout de même le dire. Isabel Rochat, Michèle Künzler et Anja Wyden. Ces trois femmes sont les victimes du conservatisme qui règne encore en matière d’égalité des sexes. Pourquoi les hommes seraient mieux disposés à assumer des postes de dirigeants? Je ne vois pour ma part aucune raison évidente. J’ai un profond respect pour les femmes qui s’engagent. Pour Anne Emery-Torracinta, qui va affronter seule six hommes au quotidien au Conseil d’Etat. Et devra faire face aux inévitables attaques de mes confrères. Ainsi que de politiciens peu délicats. Rien que ça pour ça, elle a tout mon soutien. Genève, capitale internationale des droits de l’homme? Sur le papier, c’est joli. Ça fait bon chic bon genre. Les bobos du XXIe siècle.

 

Il paraît que c’est vendeur. Mais franchement, soyons honnêtes. On n’est même pas capable d’avoir un minimum de respect voire d’admiration pour toutes ces femmes qui osent affronter ces vieux ringards. Ceux-là même qui préfèrent nettement dénigrer un magistrat quand c’est une femme. C’est tellement plus facile. Quand, dans un courrier des lecteurs de la Tribune de Genève, on lisait de Mme Künzler qu’elle allait sûrement finir par empoisonner toute sa famille en faisant la cuisine, comment peut-on encore croire au progressisme? J’ai plutôt l’impression qu’on régresse. Tous ces propos infamants, ces comportements outrageux. Cela m’atterre au plus haut point. Je ne puis qu’inviter les femmes qui veulent s’engager à ne pas hésiter. A se serrer les coudes entre elles. A affronter ces vieux cons – permettez-moi le terme – et à leur montrer qu’ils n’ont pas le monopole des compétences. Je témoigne ici tout mon soutien à Anne Emery-Torracinta pour cette législature. Et j’espère du fond du cœur qu’Anja Wyden sera reconduite en tant que chancelière d’Etat. Tout ça est juste une question de bon sens. Et d’un minimum d’ouverture d’esprit.

 

Grégoire Barbey

00:16 Publié dans Air du temps, Genève, Politique, Post-élection du 10 novembre | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook | | | |

17/11/2013

2013-2018: réduire de 10% les dépenses

 SDo_TG_7.9.09_communes.jpg

Serge Dal Busco. Le nouveau conseiller d'Etat pourrait reprendre les Finances.
Il serait probablement le plus adapté pour faire face aux défis de cette législature.

 

Les attentes envers le nouveau gouvernement à Genève sont nombreuses du côté de la population. Le logement, l’emploi, la mobilité et la sécurité seront probablement les quatre axes majeurs auxquels il faudra attacher une importance toute particulière pour orienter la politique cantonale dans le sens souhaité par le peuple. Il est toutefois un enjeu probablement plus obscur aux yeux des électrices et des électeurs et pourtant tout aussi fondamental: la pérennité financière du canton. Cette nouvelle législature possède une échéance qui aura sur les finances publiques un impact plus ou moins négatif selon les décisions qui seront prises ces prochaines années. Il s’agit de l’abolition des régimes fiscaux spéciaux pour les entreprises (prévue pour 2018).

 

Un taux d’imposition unique de 13% a été proposé par le ministre sortant des Finances David Hiler. Cette proposition s’accompagnerait d’une perte de 450 millions de francs (sur un budget d’un peu plus de 8 milliards) pour le canton. Ce ne serait donc pas sans conséquence, et pour l’heure personne ne sait si la Confédération octroiera une compensation aux cantons qui seront les plus durement touchés par l’abolition des statuts fiscaux spéciaux ou non. Il va sans dire que gouverner, c’est prévoir. De ce point de vue-là, et avec une dette publique scandaleusement élevée, le nouveau Conseil d’Etat va devoir prendre ses responsabilités et réduire la voilure des dépenses publiques.

 

Réduire les dépenses de 10% sur 5 ans

 

Cela devrait se faire, par exemple, avec une proposition très concrète: inclure dans le programme de législature auquel les nouveaux ministres réfléchissent (lors de leurs réunions qui précèdent leur prise de fonction le 10 décembre) un objectif de réduction des dépenses de 10% d’ici 2018. Ce qui, sur à peu près 5 ans, représente 2% de réduction par an. Ce n’est pas un défi impossible et les majorités du Conseil d’Etat et du Grand Conseil (marquées à droite sur les thématiques financières et économiques) permettront de faire passer un tel projet sans trop de difficultés. Dix pour cent peut paraître a priori un chiffre très important. Cela représente plus de 800 millions de francs d’économie. Mais sur la totalité de la législature, en concertation avec les différentes tendances représentées au Parlement, c’est une proposition qui peut devenir réalité.

 

Il faut pour en arriver-là bien comprendre la raison d’une petite cure d’austérité. Tout d’abord, le canton de Genève possède un budget particulièrement imposant pour un canton de 490'000 habitants: plus de 8 milliards de francs, cela représente environ 20'000 francs par habitant. C’est une somme conséquente. Les dépenses peuvent donc être réduites pour permettre à la fois d’encaisser une éventuelle perte dans les recettes fiscales (sans augmenter l’imposition des personnes physiques, qui ne bénéficierait pas à la population et encore moins à la popularité du gouvernement) et de commencer à rembourser la dette. La conjoncture actuelle est plutôt favorable et c’est dans pareil contexte qu’il faut envisager les périodes plus sombres.  

 

La qualité des prestations n’en souffrirait pas

 

L’Alternative (composée des Verts et des Socialistes) et Ensemble à Gauche monteront bien évidemment au créneau avec un tel programme de réduction des dépenses. Leur argument est prévisible: mettre un frein aux dépenses générera une baisse de qualité des prestations. C’est faux et pour cause: le nouveau gouvernement devra se montrer courageux et effectuer une réforme en profondeur de l’Etat. Ce qui signifie passer en revue l’ensemble des dépenses, réfléchir à l’utilité de chaque franc utilisé, et proposer des coupes qui n’impactent pas négativement l’offre proposée aux citoyens. Cela reste évidemment très théorique, mais ce n’est pas pour autant irréaliste. En rationalisant les différents services de l’Etat, en élaguant ce qui n’est pas primordial, la réduction des dépenses sera relativement indolore pour la population.

 

Cette réflexion autour des dépenses publiques est entrée en vigueur avec la nouvelle constitution et doit être appliquée sans délai en ce début de législature: à l’article 151, alinéa 1, l’Etat est tenu d’évaluer périodiquement la pertinence, l’efficacité et l’efficience de son action. Il doit en outre à l’alinéa 2 de ce même article s’assurer de maîtriser les conséquences financières de son activité. Le nouveau gouvernement, qui saura sans aucun doute respecter la constitution, devra donc passer en revue l’ensemble de son fonctionnement. Ce qui est bien sûr très important. Comme l’Etat doit également tenir compte de la situation conjoncturelle selon l’article 152 alinéa 4, il doit se doter de réserves anticycliques. Ce ne peut être réalisable qu’en réduisant les dépenses en conséquence. L’exercice 2014 est maîtrisé. Qu’en sera-t-il des autres d’ici l’abolition des régimes fiscaux spéciaux des entreprises? Il faut prévoir l’imprévisible et c’est justement la tâche des dirigeants.

 

Un ministre des Finances courageux

 

Le conseiller d’Etat qui sera chargé du Département des finances devra être courageux et ne pas fléchir devant la difficulté de sa tâche et face à l’adversité. Contrairement à David Hiler, le prochain ministre des Finances devra probablement orienter sa politique par temps de pluie. Les prévisions à moyen terme sont plutôt défavorables (pour les raisons explicitées précédemment) et il faudra tenir la barre d’une main franche et résolue pour affronter l’orage qui se prépare. A priori, le département devrait revenir à Serge Dal Busco, particulièrement pointilleux sur les questions financières (il est l’un des artisans de la réforme de la péréquation financière intercommunale). Qu’il soit désigné pour affronter ces défis paraît tout à fait approprié. Il en a à la fois les compétences et la stature. Mais il ne devra pas être seul: son action nécessitera le soutien de ses collègues qui devront, de leur côté, veiller à rendre leurs choix cohérents en fonction des enjeux financiers de cette législature.

 

Serge Dal Busco (pour autant qu’il en soit ainsi) devra se montrer inflexible et véritablement courageux. Sa personnalité me semble être en adéquation avec ces impératifs. Genève va faire face à des moments difficiles et ce sera au Conseil d’Etat de limiter les dégâts. Le peuple a décidé de donner mandat à une majorité de représentants de la droite sur les questions économiques et financières. Les nouveaux conseillers d’Etat et députés doivent en prendre acte pour fonder leur politique sur une réduction pragmatique des dépenses qui permettent d’éviter d’activer le frein à l’endettement (article 156 de la constitution) et de ne pas trop souffrir de l’abolition des statuts fiscaux spéciaux des entreprises. Si le taux d’imposition unique à 13% devait être retenu comme la proposition la plus adaptée à la situation du canton de Genève, il faudra malgré tout plusieurs années pour compenser les pertes fiscales qu’engendrera l’application de cette mesure. On ne peut donc qu’espérer que le Conseil d’Etat affichera une volonté claire de mener les finances publiques avec détermination et vision à moyen et long termes.

 

Grégoire Barbey

23:35 Publié dans Finances, Genève, Politique, Post-élection du 10 novembre | Lien permanent | Commentaires (12) |  Facebook | | | |

15/11/2013

Une main de fer dans un gant de velours

 DAsd.PNG

Henry Rappaz. La publication du député ayant créé
la polémique ces derniers jours sur les réseaux sociaux.


Ces dernières semaines ont été marquées par un regain de défiance envers la tolérance. Des élus ont tenu des propos tout bonnement inqualifiables. Il y a d’abord eu Denis Menoud invitant ses collègues du Conseil municipal à rendre leur passeport suisse s’ils n’étaient pas satisfaits de leur naturalisation. Puis Henry Rappaz qui a affirmé son soutien au journal de la droite française très radicale Minute en illustrant son propos par l’image d’un singe habillée en être humain. Cette photo traîne sur les réseaux sociaux et est généralement accompagnée d’un portrait de la ministre de la Justice Christiane Taubira.

 

Ces dérapages ne sont pas anodins et doivent être ardemment dénoncés. D’autres cas n’ont pas été relayés par la presse. J’ai notamment lu sur le profil d’une candidate MCG au Grand Conseil – Marie Laure Dupont – le partage d’une photo présentant une femme en burqa avec comme légende: l’islamophobie n’est pas un crime, mais un acte de légitime défiance. Je cite de mémoire. Plus récemment encore, la députée MCG Danièle-Christine Magnin partageait sur son profil Facebook un article de blog intitulé: «La Norvège tape du poing sur la table: pas de mosquée» avec comme description écrite par l’intéressée «bravo la Norvège». Plus loin, elle commente: «Heureusement, ils ont la base légale pour agir ainsi».

 

Il serait toutefois malhonnête de laisser penser qu’il n’y a pas d’autres partis qui ont des membres proférant des propos aussi limites. J’ai vu à plusieurs reprises récemment des phrases concernant la religion de Mauro Poggia. Comme si cet aspect de sa vie privée avait un quelconque rapport avec son action politique. Jusqu’à preuve du contraire, je n’ai jamais vu ni entendu le futur conseiller d’Etat émettre des idées politiques qui impliquaient sa confession. La République dans laquelle nous vivons est laïque, ce qui signifie qu’il faut laisser la religion aux affaires privées. Les différentes allusions vues par-ci par-là à propos de la religion de Mauro Poggia n’ont évidemment rien à faire dans le débat politique. C’est hors sujet.

 

Dès lors, j’en viens à l’action concrète: en cette période trouble (toute crise s’accompagne d’un malaise identitaire, l’Histoire m’en est témoin), il convient de ne pas accepter de tels dérapages. La Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) a bien fait de déposer une plainte pénale contre Henry Rappaz et le MCG. Qu’importe si les plaintes devaient aboutir sur une fin de non-recevoir. Ce dont je doute. Il faut condamner avec intransigeance toute forme de velléités discriminatoires, et redoubler de sévérité avec les élus du peuple. L’intolérance est contraire à nos valeurs et est également une attitude antirépublicaine. Les institutions doivent sanctionner ce type de comportements et se porter garant du respect qui sied à toute société. Les propos de ces élus n’ont strictement rien à faire en politique. Ayons contre ces gens une main de fer dans un gant de velours. L’élégance le commande.

 

Grégoire Barbey

00:12 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | | | |

13/11/2013

La stratégie électorale d'Adrien Genecand

Petit cours de vulgarisation d'une stratégie politique plutôt convaincante.

AdrienGenecand.jpg

Adrien Genecand. Le conseiller municipal et chef de groupe PLR vise le Conseil
administratif de la Ville de Genève en 2015. Et anticipe visiblement déjà l'élection.


Guillaume Barazzone est ouvertement attaqué par les membres du Parti libéral-radical en Ville de Genève. Cela est dû à sa décision d'assumer le mandat de conseiller national de Luc Barthassat (élu au Conseil d'Etat dimanche) tout en étant également conseiller administratif. Le PLR, qui a fait campagne en faveur du PDC, n'est forcément pas très chaud pour ce cumul, qui pourrait impacter négativement son travail de magistrat. Le parti le fait donc savoir. Mais derrière, il y a Adrien Genecand. Lui rêve d'obtenir un siège à l'Exécutif communal de la Ville. Alors plutôt que de tirer à la même corde que ses collègues, il prend le contre-pied... et soutient Guillaume Barazzone dans sa démarche.

 

Bien sûr, Adrien est un politicien particulièrement brillant. Il sait sans aucun doute à quel point la population n'apprécie guère le cumul des mandats exécutifs et parlementaires (elle a d'ailleurs voté pour l'interdiction du cumul conseiller d'Etat et conseiller national). En motivant son allié mais néanmoins adversaire pour 2015 (période des élections communales), il prend le parti de récupérer son siège.  Il sait aussi très bien à quel point la Ville de Genève est à gauche. Voire maintenant proche du MCG si l'on en croit les résultats du 6 octobre et du 10 novembre. Il n'est donc pas sûr, contrairement à la stratégie affichée par son président de parti Alain-Dominique Mauris, que la droite modérée puisse obtenir deux sièges aux prochaines élections.

 

En donnant donc son aval à Guillaume Barazzone (même si cela n'influence pas la décision du magistrat), il est malin: il se profile pour 2015. Ses collègues au PLR devraient en prendre de la graine. Plus mesuré, il ne surréagit pas. Adrien anticipe. Et démontre qu'il a toutes les qualités d'un bon stratège.


Grégoire Barbey

11:33 Publié dans Elections communales de 2015, Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | | |

12/11/2013

Le syndrome de Stockholm des libéraux

 Rochat.jpg

 Isabel Rochat. La non-réélection de la dernière représentante du feu Parti libéral genevois
ravive les tensions identitaires au sein du Parti libéral-radical. Mais la direction nie en bloc.


La fusion du Parti libéral genevois (PLG) et du Parti radical démocratique (PRD) ne fait pas que des heureux sur le territoire de feu Calvin. Les résultats du second tour des élections au Conseil d’Etat ce dimanche l’ont confirmé (lire mon précédent article sur l’Entente). La perte du dernier siège détenu par la libérale canal historique Isabel Rochat a ravivé quelques tensions au sein du Parti libéral-radical (PLR). Quand bien même la stratégie interne de la direction est simple (elle consiste à nier l’existence de quelconques dissensions), les différents messages postés sur les réseaux sociaux laissent planer le doute.

 

Le président du PLR genevois Alain-Dominique Mauris et l’un de ses vice-présidents Murat Alder s’efforcent de communiquer en faveur d’une famille nouvellement crée qui vit plutôt positivement son mariage. A ce sujet, Yvan Zweifel semble plus réservé. Compréhensible sûrement, quand on pense qu’avec l’éviction de Mark Muller en 2012 (et l’obtention de son siège par l’ancien président du PRD Pierre Maudet) et l’échec d’Isabel Rochat ce soir, les Libéraux ont réduit leur représentation gouvernementale de deux à zéro en l’espace de quatre ans. Il en va de même pour le Parlement, puisqu’aujourd’hui si l’on compare les différentes provenances des élus PLR, on constate un net recul des libéraux (9 radicaux et 15 libéraux). Il y a vingt ans, les libéraux comptaient 27 sièges au Grand Conseil.

 

Ce sont les faits. Il y a maintenant la psychologie. L’identité est une notion particulièrement ancrée dans nos êtres. Il suffit de voir la nécessité qu’ont les individus à se rattacher à un drapeau, à des valeurs communes, à un langage. Ce pathos est aussi visible en politique. Un parti n’est pas inerte. Ses membres sont des êtres humains avant tout. Et l’on peut comprendre leur frustration quand ils voient leur famille politique historique se réduire comme peau de chagrin. Oui, le PLR fonctionnera à terme. Il faudra une génération pure souche et les vieilles querelles identitaires seront reléguées à leur place: les archives. Parmi ceux qui ne contestent pas la place prise par les radicaux au sein du PLR, ce sont les libéraux atteints du syndrome de Stockholm.

 

Pris en otage par les radicaux, ils finissent par ressentir de l’affection voire de l’admiration pour ceux qui leur ont ravi la gloire et le pouvoir. Lorsqu’il y a au restaurant VOC tôt le vendredi matin des réunions avec ce que certains membres issus des rangs du PLG appellent ironiquement «la vraie présidence», il n’y a pas un seul ancien libéral. Que des radicaux. Parmi eux, Pierre Maudet, François Longchamp et son éminence grise et secrétaire général Bernard Favre, Hugues Hitpold, Rolin Wavre, et j’en passe quelques-uns. Pas d’identitarisme au PLR, dites-vous? Je n’en suis pour ma part pas absolument certain. Pour proposer une métaphore qui permette d’imager correctement ce qu’il se passe au sein du PLR genevois (et je me borne à ne pas aborder la situation du parti national qui n’a pas du tout la même configuration), c’est exactement comme une fusion-acquisition entre deux entreprises concurrentes. L’une acquiert l’autre et la démantèle peu à peu. Sans oublier d’intégrer tout ce qui a fait son succès, ce qui peut aller jusqu’à l’utilisation de sa raison sociale… Alors, toujours pas convaincu?

 

Grégoire Barbey

23:21 Publié dans Genève, Politique, Post-élection du 10 novembre | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook | | | |

11/11/2013

L'Entente ne bénéficie en réalité qu'au PDC

 ADM.jpg

Alain-Dominique Mauris. Le président du Parti libéral-radical n'a pas su empêcher les défaites
successives de son parti. Il n'a pas non plus voulu affronter de face les tensions liées à la fusion.


Lendemain de cuite pour le Parti libéral-radical (PLR) à Genève. Trois sortants se représentaient: François Longchamp, Isabel Rochat et Pierre Maudet (arrivé en cours de législature). Les trois font partie de la plus importante formation politique du canton en termes de suffrages: le PLR. Avec les démocrates-chrétiens forment l’Entente. Ils présentaient au total cinq candidats (Luc Barthassat et Serge Dal Busco pour le PDC). Tout au long des semaines qui ont précédé le second tour des élections, la communication de l’Entente était simple: un appel à voter compact, sans rajouter ni tracer quiconque.

 

Les règles du jeu n’ont clairement pas été respectées par tous et Isabel Rochat a été biffée plus de 7000 fois, se voyant reléguée à la neuvième place, contre les quatre premières pour ses colistiers. Si les militants et les sympathisants avaient joué le jeu, les cinq candidats étaient élus. Dont acte. Nous ne pouvons pas changer ce qui a été fait, mais tout de même: comment Alain-Dominique Mauris, président du PLR, peut-il avoir l’outrecuidance de titrer son communiqué de presse «Une victoire pour l’Entente» quand il s’agit en réalité d’un échec sans équivoque pour la coalition et d’une défaite pour son propre parti?

 

La présidence d’Alain-Dominique Mauris justement: parlons-en! Sous son leadership, qu’a fait le PLR si ce n’est perdre des sièges au sein des parlements et des exécutifs communaux et cantonaux? A Genève, le véritable bénéficiaire de l’Entente est le PDC, et non le PLR. Voyez donc: il a obtenu deux sièges supplémentaires aux exécutifs les plus stratégiques du canton. La place de Pierre Maudet au Conseil administratif de la Ville de Genève et celle d’Isabel Rochat au Conseil d’Etat. Parler de victoire alors qu’au fond le PDC a phagocyté des places stratégiques pour le renouvellement des leaders du PLR? Navré, mais pour moi je n’ai pas l’impression qu’il faille se réjouir.

 

Et puis sept sièges perdus au Grand Conseil. Soyons honnêtes, quand Alain-Dominique Mauris affirme ne pas vouloir trahir ses électeurs sur Genève à Chaud ce soir, il se fourvoie. Les voix perdues du PLR ne sont pas allées au PDC, et encore moins à la gauche. C’est l’UDC et le MCG qui en ont bénéficié. D’ailleurs, au lendemain de l’élection au Grand Conseil, nous étions tous surpris de la progression des Démocrates du centre. Le résultat est sans conteste un recul et une gueule de bois pour le premier parti du canton. Les deux voix qui osent s’opposer à la stratégie de l’appareil de parti (et de la secrétaire générale dont personne n’entend jamais parler contrairement à Sophie Buchs du PDC), celles de Cyril Aellen et Thomas Barth, méritent d’être écoutées. L’intérêt d’une grande Entente ne serait pas négligeable.

 

Et puis d’ailleurs ce soir à Leman Bleu, Alain-Dominique Mauris a pris en otage la discussion des différents membres du PLR présents pour débattre des résultats du second tour. Il a asséné ce qu’il nous dit depuis deux ans. Ce qu’il répète comme un psaume appris par cœur pour la messe du dimanche. Non, Monsieur Mauris, vous avez tort: les résultats parlent d’eux-mêmes. Vous avez failli à deux reprises, et votre place à la présidence du PLR n’a plus d’être. Demain matin à 07h00, vous seriez bien inspiré de remettre votre démission. Et de laisser à celles et ceux qui ont une vision stratégique la latitude pour manœuvrer librement. Pour l’appel à la candidature, il me semble qu’il y a méprise. La présentation des enjeux faite par Alain-Dominique Mauris ne laissait place à aucune autre personne. Ç’aurait été s’afficher en traître voulant ravir la place au maillon faible du trio PLR.

 

Aujourd’hui, la réalité est cruelle et ne pardonne pas: à Genève, la fusion a du mal à passer. Ce n’est pas définitif et il faudra bel et bien une génération pour que chacun y trouve son compte et efface les attaches identitaires issues de 150 ans d’Histoire. Mais Alain-Dominique Mauris ment à ses propres troupes lorsqu’il affirme à l’envie qu’il n’y a aucun problème. C’est faux. La particularité toute genevoise est simple: les Libéraux étaient autrefois majoritaires. La tendance s’inverse. Et certains accusent la fusion d’en être responsable. Je pense pour ma part qu’il y a quelques nuances.

 

Mais ne tergiversons pas. Il faut affronter cette crise en lui faisant face. Monsieur Mauris l’a démontré en fuyant toujours le sujet: il n’est pas l’homme de la situation. C’est pourquoi, je le répète une fois encore, il devrait prendre ses responsabilités et laisser la barre à un autre. Celui qui pourrait assumer cette tâche est cité dans cet article. Aux membres du Comité directeur de décider ce qui est le mieux pour leur parti. Mais cessons toute langue de bois. Cela ne bénéficie ni à la crédibilité du PLR, ni à celle, personnelle, d’Alain-Dominique-Mauris.


Grégoire Barbey

22:41 Publié dans Genève, Politique, Post-élection du 10 novembre | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | | | |

Editorial: la fin des guerres de tranchées

Editorial paru dans L'Agefi du 11 novembre 2013

Edito10novembre.PNG

Les résultats du second tour de l’élection au Conseil d’Etat à Genève sont sans appel: les citoyens ont élu hier un gouvernement très clairement à droite (cinq sièges sur sept). Le centre sort complètement éclaté de ce remaniement. La composition du Grand Conseil l’avait déjà indiqué il y a cinq semaines. Trois blocs ont émergé: la droite radicale (MCG-UDC), l’Entente (PDC-PLR) et la gauche (Socialistes, Verts et Ensemble à Gauche). De ces trois alliances parlementaires, deux apparaissent naturellement porteuses de majorité: il s’agit des deux blocs de droite. Bien qu’il y ait au sein de l’Entente un certain rejet de la politique défendue par l’alliance MCG-UDC, il semble évident qu’il y aura sur les questions sécuritaires et économiques davantage de possibilités de  construire des avancées notoires en accordant aux formations restées jusqu’ici en marge de la politique cantonale une place plus importante.
A l’aube d’une législature imprégnée de dossiers cruciaux pour Genève (abolition des statuts fiscaux spéciaux, fin du secret bancaire sur la place financière, etc.), cette majorité gouvernementale et parlementaire paraît pleine de promesses: en acceptant de ne plus laisser de côté le MCG et l’UDC – qui pèsent tout de même 31 sièges sur 100 –, l’Entente a l’occasion historique de mener une politique économique pragmatique et proche des attentes des entreprises.
Ce compromis ne sera évidemment pas gratuit: il ne faudra pas songer à réaliser uniquement des alliances de circonstance. Les représentants du PLR et du PDC ont maintenant le devoir d’aller au-delà des guerres de tranchées. Sur la sécurité et l’économie, les deux coalitions de droite peuvent s’entendre. L’inconnue à ce stade, c’est le magistrat qui devrait obtenir les Finances.
Logiquement, on pense au démocrate-chrétien Serge Dal Busco, dont le profil correspond aux défis qui vont de pair avec ce département: il faudra être implacable, déterminé et compétent. Le canton ne doit-il pas faire face à des difficultés persistantes et croissantes? Le centre n’est plus à même de créer tout seul les bonnes dynamiques économiques. L’heure n’est plus aux désaccords de forme. Il faut vraiment se mettre à bâtir l’avenir. Seules des majorités intégrant toutes les composantes de droite le permettent.

 

Grégoire Barbey

11:22 Publié dans Genève, Humeur, Journalisme, Post-élection du 10 novembre | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | | |

10/11/2013

Mme Rochat: vous pouvez garder la tête haute

Chronique, 10.11.13

Rochat.jpg

 Isabel Rochat. La magistrate libérale ne méritait pas d'être ainsi traitée par ses collègues
et la presse. Son bilan tant décrié valait-il tant d'invectives au point d'en faire un bouc émissaire?

 

Isabel Rochat a fait ce soir les frais d’une large campagne de dénigrement à son encontre. Attaquée de toutes parts sur son bilan, tour à tour jugé «mitigé», en «demi-teinte» voire carrément «mauvais», la magistrate issue des rangs du feu Parti libéral n’a pas pu se maintenir au gouvernement. La politique est ainsi faite. Et l’on n’est pas toujours exclu pour de bonnes raisons. C’est le cas, je crois, pour Mme Rochat.

 

A-t-elle démérité? Poser la question, c’est déjà y répondre. Bien sûr que non. Son destin politique était probablement déjà scellé au moment où le Département de la sécurité lui a été remis. C’était il y a quatre ans. Isabel Rochat, nouvellement élue, se voyait prendre le ministère le plus compliqué du canton. Une tâche herculéenne. Et elle n’a pas pour autant fui le défi. La libérale a tenté de redresser la barque. Trop discrètement sans doute. Puisque c’est aujourd’hui Pierre Maudet qui en bénéficie.

 

C’est là qu’on voit qu’il n’y a en réalité qu’une seule véritable compétence requise pour faire de la politique: savoir communiquer. On peut bâtir une carrière sur du vide simplement parce qu’on a la capacité de tout mettre en scène. De créer des discours puissants, qui résonnent dans la tête des électeurs. Mme Rochat a beaucoup de qualités. Elle n’excelle malheureusement pas dans ce domaine. Peut-être est-ce une forme de pudeur de sa part que de ne pas se répandre sur ses actes. C’est possible.

 

En tous les cas, elle a fait preuve ce soir, malgré ce moment difficile, d’une dignité éblouissante. Moins d’une heure après les résultats définitifs, elle s’exprimait sur le plateau de Leman Bleu. Et sans se lamenter sur son sort. Pas une seconde. Pas un mot pour ces médias qui l’ont tant vilipendée, avec bien peu d’arguments pour en justifier les attaques répétées qu’elle a subies. Isabel Rochat ne s’est même pas justifiée. Bien joué. Ce serait accorder trop d’importance à celles et ceux qui en ont fait injustement leur bouc émissaire.

 

Elle doit aussi sa non-réélection à son propre parti (elle a été biffée plus de 7000 fois), qui plutôt que de faire bloc avec les siens, préfère nettement planter des couteaux dans le dos en faisant fi de toute stratégie politique à long terme. Car ce troisième siège perdu par le Parti libéral-radical ne sera pas facilement récupéré au fil des prochaines législatures. Dans quatre ans et demi, il faudra remplacer François Longchamp. Et la tâche est grande. Un troisième candidat qui puisse reprendre le siège perdu? J’ai pour l’heure quelques doutes.

 

Quoi qu’il arrive, le PLR assumera les conséquences de ses actes. Cela ne concerne plus Isabel Rochat. Elle a donné de sa personne. Croisée sur les stands à plusieurs reprises, je l’ai trouvée combattante. Elle croit en l’action politique qu’elle a mené ces quatre années de législature. C’est une femme courageuse et je voulais rendre ici hommage à sa détermination. Elle a montré ce soir par son intervention toute l’amplitude de sa personnalité. Isabel Rochat, permettez-moi de vous dire ceci: vous pourrez quitter vos fonctions début décembre la tête haute. Parce que dans une telle situation, vous avez été une femme d’exception.

 

Grégoire Barbey

 

09/11/2013

L'expérience Blocher: paradoxe d'un homme

Chronique, 09.11.13

l-experience-blocher_c_Frenetic--672x359.jpg

Jean-Stéphane Bron & Christoph Blocher. L'œuvre ne surprend aucunement. Ce n'est
pas là qu'il faut en saisir l'originalité et la réussite. Elles se situent dans le non-verbal.

 

L'expérience Blocher est un film intéressant. Je me demande si c'est le portrait d'un tribun ou le tableau du malaise d'un pays. Une nation qui s'imagine si petite et si fragile face au concert des grandes puissances internationales. Certes, on y voit Christoph Blocher dans toute sa splendeur. Beau parleur, orateur de talent et grand lecteur de l'Art d'avoir toujours raison d'Arthur Schopenhauer.

 

Mais c'est avant tout le porte-parole d'une catégorie de la population suisse. Celle qui se sent impuissante devant la mondialisation. Qui rejette l'immigration. C'est son droit. Et Jean-Stéphane Bron nous transmet dans son œuvre tout ce qui accompagne la vie d'un homme politique. Il y a d'un côté la mise en scène, de l'autre l'authenticité. A chacun de faire la part des choses. Les doutes, les rires, les certitudes et les moments de gloire. Les échecs aussi.

 

La solitude de l'humain face à son destin. C'est ça, L'expérience Blocher. Oui, on y voit un tribun sous un jour plutôt favorable. Le réalisateur se défend dès le début du film de ne pas être en accord avec les idées de l'homme dont il tire le portrait. Soit. Cette justification n'a pas lieu d'être à mon sens et tout l'intérêt de ce film n'est pas dans les commentaires de l'auteur ou dans les paroles de Christoph Blocher. Il se situe largement dans les images, qui sont, elles, muettes. Mais qui nous parlent, toujours.

 

L'expérience Blocher, ce n'est pas une surprise. On ne doit pas l'appréhender comme un portrait qui va nous révéler des informations inconnues jusqu'ici sur le personnage. On le connait trop bien pour l'imaginer se faire avoir par Jean-Stéphane Bron. Cette œuvre est plutôt une photographie d'une époque. D'un moment charnière. Le monde change, et Christoph Blocher porte en lui tout ce qui symbolise ce changement.

 

Comme l'auteur le dit très bien dans son film, le politicien a le corps d'un agriculteur et l'esprit d'un dirigeant d'entreprises. CEO d'EMS-Chemie, il a largement bénéficié de l'ouverture des frontières, du marché unique. Ses acquisitions, restructurations/démantèlements puis cessions de groupes ne portent pas la marque de fabrication de la Suisse. Cela provient d'une culture différente. Anglo-saxonne. Et ça, c'est le paradoxe Blocher, plus que l'expérience.

 

Le scandale de la subvention fédérale pour ce film n'a pas lieu d'être. J'ai lu de nombreuses critiques. D'un côté comme de l'autre. Aucune ne m'est apparue en visionnant le résultat final. Ce n'est ni l'encensement de Christoph Blocher, ni son assassinat cinématographique. Le produit se rapproche de la réalité. Et ce n'est pas tant la part d'ombre du personnage qu'il fallait saisir. Celle-ci se cache. Non, il valait mieux démontrer toute l'antithèse des différents aspects du tribun. Et sur ce point, Jean-Stéphane Bron a réalisé un sans-faute. Chapeau à lui.

 

Grégoire Barbey

20:39 Publié dans Air du temps, Humeur, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |