Gregoire Barbey

16/12/2013

Les élus sont de simples mandataires

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Politiciens. Le peuple confie un mandat aux citoyens qui obtiennent suffisamment de
suffrages sur leur liste. Les conditions du contrat sont connues grâce à l'étiquette partisane.


Le terme «élu» est-il galvaudé en Suisse? Induit-il un acquis alors qu'il n'est qu'éphémère pour les politiciennes et les politiciens qui obtiennent suffisamment de suffrages pour se voir confier un rôle législatif ou exécutif? Ne serait-ce pas l'idée de mandat populaire qui devrait prévaloir? En effet, le mandant (ici le peuple) est en quelque sorte l'employeur du mandataire (le politicien). La formulation «être un élu» a quelque chose de divin, or la démocratie est un système politique très concret, particulièrement tangible et aisément compréhensible. Il n'y a rien d'ésotérique dans une élection. Les citoyens votent selon leur sensibilité et tranchent. Ceux qui sont les mieux situés, en proportion des voix du parti (ou de la liste), remportent un mandat électif pour la durée de la législature.



Peut-être devrait-on davantage parler de mandats lorsqu'on pense au nombre de sièges qu'un parti (ou une liste) a obtenu lors d'une élection. En Ville de Genève, il y a plusieurs indépendants, des personnes qui ont été élues sur la liste d'un parti et qui, pour des raisons qui les regardent, ont fini par le quitter ou s'en faire exclure. Or, le mandat qui lui a été confié, stricto sensu, comportait l'étiquette partisane à laquelle il était rattaché. S'il n'est plus «labellisé» UDC, socialiste, PDC ou qu'importe, le mandataire se voit en réalité retirer son mandat: il n'est plus légitime à exercer une fonction qu'il a obtenue grâce à son appartenance à une formation politique. Si l'on veut s'affranchir des partis, il faut se présenter en indépendant: là seulement, le mandat sera réellement nominatif. Dans le cas contraire, il faut accepter les enjeux. D'ailleurs, les indépendants ne retrouvent souvent (ou ne veulent pas retrouver) un nouveau parti. Ils ne seront donc pas réélus lors des prochaines échéances électorales.



Conserver son mandat en sachant cela, c'est ralentir la démocratie, garder le pouvoir pour soi, le pouvoir d'obstruction, comme cela a été le cas samedi avec un ancien membre du MCG qui a retourné sa veste pour voter avec la gauche et bouleverser les rapports de force jusqu'ici effectifs. La démocratie, c'est justement le contre-pouvoir des élites, le garde-fou pour éviter la concentration du pouvoir, et surtout justement lutter contre sa forme la plus redoutée: le pouvoir personnel. On reçoit un mandat, on n'est pas propriétaire de son élection. On est évincé de son parti, on le quitte, alors il faut être bon prince et rendre son tablier. Les querelles internes doivent être réglées à l'interne. Laisser extérioriser sa frustration lors d'un vote d'importance, c'est fausser les règles. C'est s'approprier un pouvoir qui ne nous appartient pas. En une phrase comme en cent, c'est violer la démocratie sans vergogne. Dès lors, peut-être devrions-nous songer à faire évoluer notre langage et nous réapproprier le pouvoir des mots: un élu n'est rien d'autre qu'un mandataire. Le mandant – qui s'exprime d'une seule voix finale, à la fois plurielle et unique – est le peuple.



Il faut garder cette réalité à l'esprit pour être en mesure de conserver une démocratie pérenne et adaptée. Lorsque je donne mandat à une entreprise, en tant que particulier, pour qu'elle m'apporte un service, comme par exemple la peinture de ma chambre, si l'entreprise change les règles de notre contrat en cours de route, je suis en droit de résilier le mandat. Il devrait en aller de même avec un politicien exclu ou démissionnaire de son parti. Il ne s'agit même pas d'impeachment (principe auquel je suis personnellement favorable sous certaines conditions). Il suffit d'un automatisme. Puisqu'un mandataire exclu de son parti est également sorti des commissions auxquelles il participait, rien n'empêcherait de lui retirer purement et simplement son mandat, l'octroyant, comme la logique le voudrait, au vient-ensuite de sa liste électorale. Il n'y a là rien d'incompréhensible. C'est concret, simple et accessible à tous. On vous mandate selon certaines conditions librement consenties par les candidats et les électeurs. En changeant d'étiquette, on modifie la teneur du mandat qui nous lie à notre fonction (législative ou exécutive). A ce moment-là, le couperet doit s'abattre. Le mandat est automatiquement retiré et rendu au parti qui le détient. Simple et tellement plus efficace. Rappelons-le une dernière fois: les élus sont des mandataires. Le peuple demeure le mandat et l'unique ayant-droit.

 

Grégoire Barbey

11:31 Publié dans Air du temps, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook | | | |

Commentaires

On pourrait donner comme exemple, celui-ci pour se rendre compte de l'absurdité de siéger pour un autre parti que celui pour lequel on a été élu(e).

Je mandate l'entreprise de peinture X, vient dans mon appartement le peintre Y qui fini le travail, bien qu'il ne soit plus salarié de l'entreprise X puis je reçois la facture de l'entreprise Z dans laquelle l'employé travaille depuis

Écrit par : Philippe C. | 16/12/2013

Vous avez parfaitement raison M. Barbey. On pourrait ajouter à votre analyse la responsabilité des actes commis durant le mandat confié par le souverain. Or, à ce jour, ces Messieurs-Dammes quittent leurs fonctions (je pense ici à l'exécutif cantonal) et n'ont absolument aucun compte à rendre au souverain qui les a élus, souvent pour deux voire trois mandats. Ces heureux retraités se contentent de toucher une retraite plus que confortable et de continuer à pérorer en disant : j'ai fait ceci, j'ai fait cela, je suis à l'origine de tel ou tel projet. À aucun moment on leur demande des explications quand aux "couacs" qui sont survenus durant leur mandat. Je ne parle même pas de responsabilités civiles voire pénales. Au final, ça signifie qu'ils n'ont aucun obligation de résultat. C'est grave.

Écrit par : Félix WEBER | 17/12/2013

En suivant la pensée de Félix Werber qui apprécie avec raison votre article... ne devrait-on pas demander à Ruth Dreyfus et à ses amis d'assumer activement ce qui fut leur désormais assurance maladie obligatoire?! A bien retenir que le peuple est en quelque sorte l'employeur des élus (en ce cas comment comprendre que l'"élite* concerne non le peuple mais les élus- employés-salariés? S'affranchir des partis, se présenter en indépendant comme moyen de pouvoir "penser, dire et faire" ce que l'on croit juste en toute liberté non selon les mots d'ordre, pressions et chantages de son parti! On le sait aussi, le peuple, trop souvent, vote comme indique le parti de son choix plus qu'en fonction de l'objet de la votation... De même, nous votons ou ne votons pas selon la volonté de nos élus-employés-salariés, un comble, non?! La démocratie n'est-elle pas appelée à se lever en retirant les lauriers sur lesquels elle se repose pour reprendre le chemin ascendant du progrès ?!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 17/12/2013

Se présenter en indépendant. Mmmmhhh, oui, mais...
Sans aucune chance d'être élu.
Mais quel mandat donne le mandant au mandataire MCG qui se dit ni de gauche ni de droite ?
Il signe un chèque en blanc.
Le coup de théâtre du municipal met en relief le flou du discours MCG qui a ratissé large, notamment à gauche, par son attachement au maintien de prestations sociales. Avec 99 candidats au parlement, comment tracer une ligne claire et définir des mots d'ordre ?
Monsieur Décaillet explore le domaine avec un brin d'idéalisme.
Peu de citoyens sont intéressés par la chose politique malgré un excellent niveau d'éducation. On pourrait même penser que plus on en sait moins on a envie de participer à ce qui apparait comme un cirque.
C'est un luxe qu'on peut se payer chez nous car le mandant est raisonnable. On ne risque pas trop de profondes révolutions. Mais rien n'est jamais acquis...

Écrit par : Pierre Jenni | 17/12/2013

Disons que les élus helvétiques voient leurs sponsors se faire emprisonner un peu partout dans le monde !

La question est : qui voudra se faire élire une fois que ce système ploutocrate se sera effondré ?

Ce qu'il se passe, je l'avais largement décrit depuis 3 ou 4 ans sur ces blogs TdG, je me suis fait censurer quantitées de fois pour avoir annoncé les évidences auxquelles la Suisse se confrontent actuellement, insulté et traité de malade, maintenant il ne vous reste plus qu'à constater et ce n'est que le début, d'ici peu, la moitié des établissements bancaire et assurances vont sombrer dans les 2 prochaines années !

A bon entendeur !!

Écrit par : Corto | 18/12/2013

Cher Monsieur Barbey,
En journaliste averti vous avez soigneusement recopié l'article 3 de la constitution genevoise qui le dit très clairement.

Le problème est que les juges n'acceptent pas les renonciations signées à l'avance qui permettraient aux partis de démettre les élus qui sont débarqués pour des manquements grave à leur mandat. L'exemple de Mess. Menoud et Rappaz illustrent parfaitement cette situation.

Toute autre est la situation des élus qui tergiversent ou se baladent entre la gauche et la droite au gré de leurs humeurs. Idem pour les partis ou les groupes de députés entiers qui jouent à ce jeu-là. C'est notamment le cas du PDC qui faut de n'être ni à gauche ni à droite n'est ni de gauche ni de droite ce qui n'est pas une posture politique plus franche que celle que vous et certains de vos hôtes semblent reprocher au MCG.

Ce reproche ne me paraît pas fondé puisque, si je comprends bien les votes de ce parti, il est assez, voire très à gauche, sur les sujets sociaux ou ceux qui ont un impact social important pour les habitants de Genève. En revanche les députés voire les conseillers municipaux (ceux qui ont quelque chose entre les oreilles), votent à droite sur les sujets de nature économique ou fiscale.

La grande différence qui me semble se faire jour est que le MCG est le seul qui à la fois se préoccupe des petites gens et veille à ce que leurs emplois soient protégés, et s'engage fortement pour défendre l'identité genevoise et ses particularités.

Cela ne me semble pas plus anachronique que le président du gouvernement qui tire à vue sur son électorat par pur opportunisme en proposant une loi qui est à la fois rétroactive, donc contraire à l'ordre juridique et qui constitue une atteinte à la propriété privée, credo du parti qui le maintient au pouvoir depuis 8 ans.

A observer le MCG depuis bientôt dix ans, je constate que ce parti contient deux ailes. Une conservatrice et modérée, l'autre nationaliste et outrancière. A voir les résultats récents, les électeurs genevois plébiscitent les outranciers au Gd Conseil et n'élisent pas les modérés alors qu'au gouvernement c'est l'inverse.

Si on suit votre raisonnement, le peuple sait très bien qu'il élit des mandataires plutôt médiocres au parlement parce que les autres partis n'avancent pas, mais il veut une personnalité stable et modérée au gouvernement, reléguant le médiocre au fond de la classe.

La conclusion est qu'il ne faut surtout pas s'exprimer à la place du Souverain, il sait très bien ce qu'il veut et ses choix, pour contestables qu'ils soient à vos yeux, sont les siens et s'imposent à tous puisque, réuni, il forme le conseil général regrettablement disparu du champ lexical genevois depuis juin 2013.

Voilà ce que, objectivement et sans parti pris, votre billet m'inspire.

Écrit par : Geopolis | 28/12/2013

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