Gregoire Barbey

29/12/2013

Michael Schumacher: entre l'absurde et la vie

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Le plus grand champion du monde de Formule 1 se trouve actuellement dans
un état critique après avoir chuté à ski.


Quand je vois ce qui arrive à Michael Schumacher, qui serait entre la vie et la mort pour un accident à ski alors qu'il est le plus grand champion du monde de Formule 1, je repense à Albert Camus et à son approche de l'absurde. La vie vaut-elle vraiment la peine d'être vécue? Cette interrogation, qui prend tout son sens dans le «Mythe de Sisyphe», me revient régulièrement à l'esprit. N'y voyez point de noires pensées de ma part. Je constate simplement, par moment et c'est le cas ici, que l'existence nous prête à rire.



Elle nous prête aussi à songer à notre propre condition, si frêle et pourtant si importante à nos yeux d'êtres humains. Nous sommes là, mais pour combien de temps encore? Qu'est-ce que la vie, qu'est-ce que la mort? Y-a-t-il un sens à exister en ayant connaissance de son inéluctable finitude? Ne rêvons-nous pas tous, quelque part, d'une vie éternelle, d'un film sans fin; que dis-je, d'une pièce de théâtre qui se rallongerait indéfiniment, pour autant qu'il y ait encore à nos représentations quelque public.



Ce sentiment de puissance qui nous habite, ce désir de contrer l'inévitable, nous l'avons tous partagé à un moment ou à un autre. Il est présent, insidieux. On ne croit qu'à sa propre fin au moment où elle sonne à notre porte. Avant, nous vivons avec la compagnie de l'impunité, cette dangereuse accompagnatrice qui nous souffle à l'oreille qu'il n'y a de malheur que pour les autres, et que nous en sommes exemptés. On se veut tout puissant, on s'imagine éternel.



Michael Schumacher est connu dans le monde pour ses exploits en Formule 1. Sport dangereux, où d'autres avant lui sont morts. Les accidents ne sont pas rares. Et lui, ayant vaincu la fatalité durant toutes ces années à courir dans des circuits internationaux, se retrouve face à elle, comme pour lui rappeler de ne jamais l'oublier, au travers d'une piste de ski. Quel est le plus risqué? Rouler sur des circuits à des vitesses incroyables, ou descendre une piste enneigée monté sur ses skis?



L'existence s'accompagne toujours de ces moments où l'absurde nous surprend. Il nous attend, inlassablement, et surgit sans gêne lorsque rien ne l'y prédestinait. D'autres, des hommes d'Etat comme par exemple Georges Pompidou ou François Mitterrand, ont connu cette fatalité. En plein exercice du pouvoir, ils ont été freinés par ce qu'il y a de pire: la faiblesse du corps, traduite dans la maladie. Une longue déchéance s'en suit toujours. Et nous rappelle Ô combien, qu'importe nos actes, qu'importe nos choix, cette issue nous est tous réservée.


On peut bien se convaincre de l'inverse, s'offrir une vie pleine d'activités, de grandeur et de projets, lorsque le destin nous choisit pour jouer avec lui, on ne peut plus rien faire. C'est en cela, et probablement uniquement dans cette perspective, que réside réellement l'absurdité de la vie. Nos désirs sont des châteaux de sable et l'imprévisible se charge de leur souffler dessus. J'aurai donc une pensée pour Michael Schumacher, et pour tous ceux qui, illustres inconnus, font face aux turpitudes d'un destin joueur; d'un destin qui, tel Cupidon, décoche ses flèches et percent notre cuir comme du beurre. La vie n'est qu'un jeu, ni plus ni moins.


Grégoire Barbey

23:37 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | | | |

Commentaires

Bien que nullement philosophe, je trouve cette description de la vie très réaliste.

Écrit par : Bornatici Guy | 30/12/2013

La vie nous est donnée....Ne dit-on pas que les femmes donnent la vie! On lui doit donc le plus grand respect et beaucoup d'humilité.

Ce n'est plus du tout le cas.

Alors nous sommes étonnés quand dans un contour, elle nous surprend, elle nous agresse. Tout ceci pour nous remettre à notre place, celle que nous avons voulu fuir, ou refuser, ou manipuler...etc...notre vie durant!

La vraie philosophie ou le juste message ne relève pas de l'absurde, il est le Signe du chemin, celui qu'il faut suivre et non rester à côté du rail.

L'épreuve doit faire comprendre. Ca passe et l'on en revient à sa juste place, ou ça casse!

Écrit par : Corélande | 30/12/2013

@M. Barbey:"L'existence s'accompagne toujours de ces moments où l'absurde nous surprend."
La vie n'est absurde que si on la pense absurde. Et dire que la vie est absurde à propos d'un accident lors d'une activité librement choisie, alors que dire lorsque des gens sont frappés par un accident lors d'une activité obligatoire (au hasard l'effondrement d'un atelier de confection au Bengladesh) ou que comme nous l'indique M.Souaille des enfants meurent faute d'eau courante potable? Malheureusement ces enfants n'ont certainement pas l'occasion de philosopher devant un clavier d'ordinateur.
("Mais j’entends assez peu ces mêmes commentaires revanchards petits-bourgeois occidentaux s’indigner de ce que des dizaines de milliers d’enfants meurent chaque année juste parce qu’ils n'ont ni eau courante, ni accès aux soins.")

Écrit par : Fonctionnaire | 30/12/2013

Et vice et versa, Corélandre, n'oubliez pas!

Écrit par : etviceEtversa | 31/12/2013

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