Gregoire Barbey

31/12/2013

Dieudonné: spirale de l'isolement intellectuel

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L'humoriste français fait l'objet d'une enquête préliminaire par le parquet de Paris pour
«incitation à la haine raciale». Son geste – la quenelle – devient un signe de ralliement.


J'ai découvert Dieudonné il y a plusieurs années. A cette époque, il était très apprécié et avait déjà entamé sa carrière solo depuis quelques temps. Je n'avais aucune idée politique bien arrêtée et n'étais pas très aux faits des conflits entre Israël et la Palestine. Ses premiers spectacles m'ont fait beaucoup rire. Je le trouvais piquant, avec un côté poil à gratter qui me plaisait beaucoup. Personne, quelle que soit sa confession, n'était épargné lorsqu'il montait sur scène. Je ne comprenais d'ailleurs pas très bien ces reproches qui lui étaient faits: pourquoi serait-il plus antisémite que raciste, alors qu'il s'en prenait successivement aux Noirs, aux Chinois, aux Juifs, et à tout le monde? Cela me dépassait. Il faut dire que je devais avoir 14 ans quand j'ai commencé à regarder ses représentations.

 

Je ne prenais pas trop en compte les polémiques qui suivaient ses nouvelles productions. Je me disais, naïvement, qu'on en faisait du foin pour pas grand-chose. Qu'au fond, Dieudonné avait la qualité de n'épargner personne et d'équilibrer ses vannes. Il parlait de sionisme, terme que je ne comprenais pas et qui a commencé à se répandre comme une trainée de poudre sur internet. Il y avait d'un côté les méchants, qui étaient «sionnistes», et les gentils, ceux qui se disaient «antisionnistes, mais pas antisémites». J'ai assisté à l'évolution d'un langage, d'une pensée qui est restée la même mais qui s'est parée de mots différents.

 

Je comprenais bien qu’il y avait plus qu’une simple critique de la politique israélienne, même si ma naïveté et mon manque de connaissances ne me permettaient pas de comprendre les tenants et les aboutissants de ce débat. J’ai compris que Dieudonné, en voulant rire de tout, s’était aliéné des ennemis farouches et des alliés fort peu recommandables. D’un côté, les associations qui luttent contre les discriminations se sont élevées contre lui, ce que l’on peut comprendre et/ou remettre en question. De l’autre, Dieudonné a reçu des soutiens d’individus très marqués politiquement, comme Alain Soral, entre autres.

 

Je voyais qu’une frustration l’avait envahi. Toutes ces plaintes dont il a fait l’objet, ça l’a profondément changé. De spectacles en spectacles, j’ai vu un humoriste que j’appréciais beaucoup se transformer en porte-parole d’une pensée politique controversée et largement minoritaire. Le Dieudonné qui s’était opposé à la montée du Front national en 1997 à Dreux lors des législatives n’était plus. A la place, un artiste plein de talent et de répartie a cédé sa raison aux sirènes de la haine et du communautarisme. A tel point qu’un jour, je l’ai vu, comme bien d’autres spectateurs, inviter Robert Faurisson sur scène. Ce qui n’était au départ qu’une provocation avait pris un visage tout à fait différent: une pensée s’est forgée.

 

Face à l’adversité, Dieudonné s’est victimisé, radicalisé et a confondu son rôle d’humoriste avec ses pensées politiques. L’un n’empêche pas l’autre. Mais ses spectacles ont perdu de leur substance, devenant de véritables tribunes d’expression aux blagues les plus viles et les plus stigmatisantes. Ses soutiens ont pris de l’ampleur, se sont affirmés. Dieudonné s’est transformé et s’est affiché avec des personnalités de plus en plus controversées, faisant le bonheur des lecteurs de sites internet comme le Réseau Voltaire et d’autres plateformes conspirationnistes et véritablement antisémites. Ainsi est-il passé de la critique légitime à la propagande politique.

 

Sa quenelle fait aujourd’hui énormément parler d’elle. Certains y voient un «salut nazi inversé». A l’époque, ça ne l’était sûrement pas. Mais ce qui était au départ un signe de provocation à la manière d’un «je t’ai cassé» façon Brice de Nice s’est changé en un signe de ralliement, d’appartenance à une pensée politique, à un mouvement. Une communauté de pensée est ainsi née. Aujourd’hui, il est évidemment raisonnable d’en faire aussi la critique. Ce que Dieudonné a dénoncé à ses débuts est devenu le théâtre d’un combat politique et idéologique.

 

Se drapant de la liberté d’expression, ses fidèles ont pris le glaive des idées et se sont jetés dans l’arène. La question se posait depuis longtemps, le gouvernement français, à travers le ministre de l’Intérieur Manuel Valls, a décidé d’étudier les opportunités pour interdire les spectacles de Dieudonné. Le parquet de Paris a quant à lui ouvert une enquête préliminaire pour «incitation à la haine raciale». On peut bien évidemment débattre de cette décision. La juger inopportune, exagérée ou dangereuse. Je la perçois plutôt comme le signe d’un ras-le-bol. A trop vouloir jouer avec les limites, on est rappelé à l’ordre. L’humour est, comme le disait Friedrich Nietzsche, une façon de dire ce que l’on pense. Et à trop le rabâcher sans cesse, on ne fait que donner sens à cette phrase. Dieudonné est allé trop loin, il doit maintenant affronter la justice. Sortira-t-il vainqueur? Nul ne le sait. Mais s’il perd, il se servira à nouveau de cette défaite pour mettre de l’eau à son moulin. Et tout continuera. La spirale infernale des idéologues.

 

Grégoire Barbey

02:14 Publié dans Air du temps, Politique, Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (16) |  Facebook | | | |

29/12/2013

Michael Schumacher: entre l'absurde et la vie

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Le plus grand champion du monde de Formule 1 se trouve actuellement dans
un état critique après avoir chuté à ski.


Quand je vois ce qui arrive à Michael Schumacher, qui serait entre la vie et la mort pour un accident à ski alors qu'il est le plus grand champion du monde de Formule 1, je repense à Albert Camus et à son approche de l'absurde. La vie vaut-elle vraiment la peine d'être vécue? Cette interrogation, qui prend tout son sens dans le «Mythe de Sisyphe», me revient régulièrement à l'esprit. N'y voyez point de noires pensées de ma part. Je constate simplement, par moment et c'est le cas ici, que l'existence nous prête à rire.



Elle nous prête aussi à songer à notre propre condition, si frêle et pourtant si importante à nos yeux d'êtres humains. Nous sommes là, mais pour combien de temps encore? Qu'est-ce que la vie, qu'est-ce que la mort? Y-a-t-il un sens à exister en ayant connaissance de son inéluctable finitude? Ne rêvons-nous pas tous, quelque part, d'une vie éternelle, d'un film sans fin; que dis-je, d'une pièce de théâtre qui se rallongerait indéfiniment, pour autant qu'il y ait encore à nos représentations quelque public.



Ce sentiment de puissance qui nous habite, ce désir de contrer l'inévitable, nous l'avons tous partagé à un moment ou à un autre. Il est présent, insidieux. On ne croit qu'à sa propre fin au moment où elle sonne à notre porte. Avant, nous vivons avec la compagnie de l'impunité, cette dangereuse accompagnatrice qui nous souffle à l'oreille qu'il n'y a de malheur que pour les autres, et que nous en sommes exemptés. On se veut tout puissant, on s'imagine éternel.



Michael Schumacher est connu dans le monde pour ses exploits en Formule 1. Sport dangereux, où d'autres avant lui sont morts. Les accidents ne sont pas rares. Et lui, ayant vaincu la fatalité durant toutes ces années à courir dans des circuits internationaux, se retrouve face à elle, comme pour lui rappeler de ne jamais l'oublier, au travers d'une piste de ski. Quel est le plus risqué? Rouler sur des circuits à des vitesses incroyables, ou descendre une piste enneigée monté sur ses skis?



L'existence s'accompagne toujours de ces moments où l'absurde nous surprend. Il nous attend, inlassablement, et surgit sans gêne lorsque rien ne l'y prédestinait. D'autres, des hommes d'Etat comme par exemple Georges Pompidou ou François Mitterrand, ont connu cette fatalité. En plein exercice du pouvoir, ils ont été freinés par ce qu'il y a de pire: la faiblesse du corps, traduite dans la maladie. Une longue déchéance s'en suit toujours. Et nous rappelle Ô combien, qu'importe nos actes, qu'importe nos choix, cette issue nous est tous réservée.


On peut bien se convaincre de l'inverse, s'offrir une vie pleine d'activités, de grandeur et de projets, lorsque le destin nous choisit pour jouer avec lui, on ne peut plus rien faire. C'est en cela, et probablement uniquement dans cette perspective, que réside réellement l'absurdité de la vie. Nos désirs sont des châteaux de sable et l'imprévisible se charge de leur souffler dessus. J'aurai donc une pensée pour Michael Schumacher, et pour tous ceux qui, illustres inconnus, font face aux turpitudes d'un destin joueur; d'un destin qui, tel Cupidon, décoche ses flèches et percent notre cuir comme du beurre. La vie n'est qu'un jeu, ni plus ni moins.


Grégoire Barbey

23:37 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | | | |

16/12/2013

Les élus sont de simples mandataires

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Politiciens. Le peuple confie un mandat aux citoyens qui obtiennent suffisamment de
suffrages sur leur liste. Les conditions du contrat sont connues grâce à l'étiquette partisane.


Le terme «élu» est-il galvaudé en Suisse? Induit-il un acquis alors qu'il n'est qu'éphémère pour les politiciennes et les politiciens qui obtiennent suffisamment de suffrages pour se voir confier un rôle législatif ou exécutif? Ne serait-ce pas l'idée de mandat populaire qui devrait prévaloir? En effet, le mandant (ici le peuple) est en quelque sorte l'employeur du mandataire (le politicien). La formulation «être un élu» a quelque chose de divin, or la démocratie est un système politique très concret, particulièrement tangible et aisément compréhensible. Il n'y a rien d'ésotérique dans une élection. Les citoyens votent selon leur sensibilité et tranchent. Ceux qui sont les mieux situés, en proportion des voix du parti (ou de la liste), remportent un mandat électif pour la durée de la législature.



Peut-être devrait-on davantage parler de mandats lorsqu'on pense au nombre de sièges qu'un parti (ou une liste) a obtenu lors d'une élection. En Ville de Genève, il y a plusieurs indépendants, des personnes qui ont été élues sur la liste d'un parti et qui, pour des raisons qui les regardent, ont fini par le quitter ou s'en faire exclure. Or, le mandat qui lui a été confié, stricto sensu, comportait l'étiquette partisane à laquelle il était rattaché. S'il n'est plus «labellisé» UDC, socialiste, PDC ou qu'importe, le mandataire se voit en réalité retirer son mandat: il n'est plus légitime à exercer une fonction qu'il a obtenue grâce à son appartenance à une formation politique. Si l'on veut s'affranchir des partis, il faut se présenter en indépendant: là seulement, le mandat sera réellement nominatif. Dans le cas contraire, il faut accepter les enjeux. D'ailleurs, les indépendants ne retrouvent souvent (ou ne veulent pas retrouver) un nouveau parti. Ils ne seront donc pas réélus lors des prochaines échéances électorales.



Conserver son mandat en sachant cela, c'est ralentir la démocratie, garder le pouvoir pour soi, le pouvoir d'obstruction, comme cela a été le cas samedi avec un ancien membre du MCG qui a retourné sa veste pour voter avec la gauche et bouleverser les rapports de force jusqu'ici effectifs. La démocratie, c'est justement le contre-pouvoir des élites, le garde-fou pour éviter la concentration du pouvoir, et surtout justement lutter contre sa forme la plus redoutée: le pouvoir personnel. On reçoit un mandat, on n'est pas propriétaire de son élection. On est évincé de son parti, on le quitte, alors il faut être bon prince et rendre son tablier. Les querelles internes doivent être réglées à l'interne. Laisser extérioriser sa frustration lors d'un vote d'importance, c'est fausser les règles. C'est s'approprier un pouvoir qui ne nous appartient pas. En une phrase comme en cent, c'est violer la démocratie sans vergogne. Dès lors, peut-être devrions-nous songer à faire évoluer notre langage et nous réapproprier le pouvoir des mots: un élu n'est rien d'autre qu'un mandataire. Le mandant – qui s'exprime d'une seule voix finale, à la fois plurielle et unique – est le peuple.



Il faut garder cette réalité à l'esprit pour être en mesure de conserver une démocratie pérenne et adaptée. Lorsque je donne mandat à une entreprise, en tant que particulier, pour qu'elle m'apporte un service, comme par exemple la peinture de ma chambre, si l'entreprise change les règles de notre contrat en cours de route, je suis en droit de résilier le mandat. Il devrait en aller de même avec un politicien exclu ou démissionnaire de son parti. Il ne s'agit même pas d'impeachment (principe auquel je suis personnellement favorable sous certaines conditions). Il suffit d'un automatisme. Puisqu'un mandataire exclu de son parti est également sorti des commissions auxquelles il participait, rien n'empêcherait de lui retirer purement et simplement son mandat, l'octroyant, comme la logique le voudrait, au vient-ensuite de sa liste électorale. Il n'y a là rien d'incompréhensible. C'est concret, simple et accessible à tous. On vous mandate selon certaines conditions librement consenties par les candidats et les électeurs. En changeant d'étiquette, on modifie la teneur du mandat qui nous lie à notre fonction (législative ou exécutive). A ce moment-là, le couperet doit s'abattre. Le mandat est automatiquement retiré et rendu au parti qui le détient. Simple et tellement plus efficace. Rappelons-le une dernière fois: les élus sont des mandataires. Le peuple demeure le mandat et l'unique ayant-droit.

 

Grégoire Barbey

11:31 Publié dans Air du temps, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook | | | |

12/12/2013

Facebook et les nouveaux conseillers d'Etat

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Conseil d'Etat. La quasi-totalité du collège est présent sur Facebook. Seul le MCG Mauro
Poggia demeure absent. La nouvelle législature va modifier les habitudes de communication.


Les réseaux sociaux ont été très exploités lors de l'élection au Conseil d’Etat. La plupart des candidats y ont mené une campagne active (hormis François Longchamp et Mauro Poggia) lors du second tour. Les résultats tombés, on s’imaginait volontiers les nouveaux élus prendre de la distance avec Facebook. Ce n’est pourtant pas le cas, à l’image de Luc Barthassat et Serge Dal Busco, tous deux PDC, qui ont conservé les mêmes habitudes. Les deux nouveaux ministres démocrates-chrétiens continuent à communiquer ponctuellement sur la plateforme virtuelle. D’autres ont changé leur rapport au réseau social. C’est le cas d’Antonio Hodgers qui continue de poster des publications avec une certaine distance rédactionnelle. Là où l’on a connu l’ancien conseiller national vert se répandre volontiers en longs débats, son habit de conseiller d’Etat semble lui commander retenue et neutralité.

 

La page de la socialiste Anne Emery-Torracinta reste quant à elle relativement peu active. Sa campagne virtuelle n’a d’ailleurs pas été l’une des plus marquantes, bien qu’elle ait au moins fait acte de présence, contrairement à son collègue Mauro Poggia qui lui s’est essayé à Twitter sans grande conviction. Demeurent Pierre Maudet et François Longchamp. Le premier se montre relativement actif, publiant sur sa page dédiée des publications en lien avec ses actions politiques. Il utilise également son propre site internet pour véhiculer de rares prises de position. Le second, maintenant président du Conseil d’Etat, a confié à ses amis avoir créé un compte que pour ne pas voir quelqu’un d’autre subtiliser son identité. Son profil est donc totalement inactif, à part quelques petites apparitions expresses agrémentées d’un commentaire concis.

 

Quand bien même certains élus ont réévalué leur rapport aux réseaux sociaux, la présence de la quasi-totalité du collège (à l’exception du MCG Mauro Poggia) est une première. La précédente législature était moins généreuse en matière d’activité virtuelle: Michèle Künzler et Pierre Maudet ont été longtemps les seuls à posséder un compte Facebook. Jusqu’à la campagne, où Isabel Rochat et François Longchamp s’y sont mis eux aussi. Du coup, il sera d’autant plus intéressant de regarder l’évolution des habitudes des ministres sur leur compte respectif. Vont-ils communiquer différemment, quitter le réseau durant la législature, ou adopter une ligne directrice dans leur façon d’interagir sur le web? Nul ne peut encore le dire. Mais il est certain qu’il s’agit-là d’une nouvelle façon de voir et d’approcher le pouvoir. Sa présence personnelle sur le net est une étape importante et significative des changements induits par l’omniprésence d’internet dans nos vies. A suivre!

 

Grégoire Barbey

22:58 Publié dans Genève, Politique, Post-élection du 10 novembre, Suisse | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook | | | |

11/12/2013

St.-Pierre: dans la continuité et la prudence

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François Longchamp. Le président du Conseil d'Etat a prononcé hier le traditionnel
discours de Saint-Pierre lors de la prestation de serment du nouveau gouvernement.

 

Le discours de Saint-Pierre prononcé hier par François Longchamp, président du Conseil d’Etat, lors de la prestation de serment du nouveau gouvernement était excellent: axé sur la région franco-valdo-genevoise, l’exécutif a marqué son désir de continuer la construction d’un bassin lié par-delà les frontières juridico-politiques. Toutefois, pas de grandes surprises dans la déclamation du doyen du Conseil d’Etat. C’est un discours marquant une certaine continuité. Dès les premiers instants d’ailleurs, François Longchamp le confirme. Il convient de mettre en œuvre ce qui a été entamé par les prédécesseurs du nouveau gouvernement.

 

Le discours était empreint d’un évident consensus. Chaque membre y a apporté ses idées, ses convictions. Notamment la préférence locale pour la fonction publique, que mon confrère Pascal Décaillet s’est empressé de relever sur son profil Facebook. Chacun y verra la patte de l’ineffable Mauro Poggia. Mais le terme «cantonal» (vocabulaire propre au MCG) a été substitué au profit de l’aspect local. Et dans la bouche de François Longchamp, ces mots ne résonnent pas comme une préférence faite aux résidents genevois. Lui voit plus grand, plus loin. Lorsqu’il le dit, il entend la région franco-valdo-genevoise. C’est ça, dans son esprit, ce qui est local. Je le rejoins volontiers sur ce point.  

 

Au-delà des phrases marquantes («Genève a choisi la Suisse», «Genève, ce n’est pas rien», etc.), le nouveau gouvernement s’est montré plus général dans son traditionnel discours. Peut-être l’erreur du précédent collège, qui en voulant être trop précis, a payé le prix d’un bilan inférieur aux attentes qu’il a lui-même créées lors de son entrée en fonction. On reconnait ici la prudence habituelle de Messieurs Maudet et Longchamp. A noter toutefois un engagement du Conseil d’Etat très important: défendre le taux d’imposition unique des entreprises à 13%. En effet, comme je le répète depuis plusieurs mois, l’abolition prochaine des régimes fiscaux spéciaux des sociétés est un enjeu crucial pour cette législature. Serge Dal Busco, ministre des Finances, a la lourde tâche de fixer un cap pour l’avenir des recettes fiscales de Genève.

 

Mais je ne me fais guère de souci: l’ancien maire de Bernex est un homme intelligent et surtout malin. Je l’ai vu, lors de l’apéritif offert par l’Etat, rencontrer Pascal Broulis, son homologue vaudois. Les deux conseillers d’Etat vont devoir travailler main dans la main pour défendre les intérêts de leur canton respectif. Bien d’autres thèmes ont été évoqués, et je ne vais pas faire ici l’énumération de chacun d’entre eux. Je reste pour ma part assez sceptique – même si j’ai beaucoup aimé la forme du discours – sur le manque d’engagement du nouveau Conseil d’Etat. Certes, ils annoncent la couleur. On demeure cependant déçu de ne pas voir une volonté d’aller plus loin encore. De se montrer plus volontariste. On mettra ça sur le compte d’un facteur technique important: cinq des sept ministres du gouvernement sont nouveaux. Il est peut-être plus malin de ne pas les griller dès leurs premiers instants d’exercice du pouvoir exécutif cantonal. Je patienterai donc, et ne manquerai pas de revenir, au fil de la législature, sur les points qui m’auront chiffonné ou au contraire réjouit. Je souhaite à chaque membre de ce Conseil d’Etat un franc succès et beaucoup de courage, car il va leur en falloir. Bon vent!

 

Grégoire Barbey

12:00 Publié dans Elections du 10 novembre, Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | | |