Gregoire Barbey

05/01/2014

Logements: quand les politiciens s'en mêlent

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Immobilier. Le marché genevois est continuellement bloqué. Des citoyens excédés ont créé
une page pour signaler les logements vacants au cas où ceux-ci seraient abusivement non reloués.

 

La page Facebook créée pour dénoncer la pénurie de logements à Genève à travers le signalement des appartements vacants depuis un certain temps fait recette: plus de 1100 membres en quelques jours. Si l'initiative est légitime et compréhensible – le taux de vacance s'est établi à 0,36% pour 2013 dans le canton –, certains politiciens ont déjà investi le groupe pour défendre leurs propres intérêts. D'autres, plus raisonnables, tentent d'établir les faits. S'il est tout à fait louable de tenter de trouver des réponses à des questions qui se posent depuis très longtemps, la démarche de quelques membres ressemble davantage à une croisade qu'à une véritable volonté de régler les défaillances du marché.

 

A titre personnel, je soutiens l'objectif premier de ce groupe de citoyens excédés. Mais ceux qui veulent utiliser ce «collectif» pour mener à bien leurs propres intérêts politiques n'ont rien à y faire. Accabler les propriétaires de tous les maux n'est pas la réponse souhaitée par les Genevoises et les Genevois. Ce qu'ils veulent, c'est une amélioration des conditions du marché. Ces politiciens qui instrumentalisent sans gêne un ras-le-bol citoyen feraient mieux de se poser pour eux-mêmes la question: ont-ils fait tout ce qu'ils pouvaient pour inverser la tendance? La réponse est évidemment non.

 

Non, car s'il y a dérive de la part de certains propriétaires, ils ne sont pas seuls responsables de cette situation catastrophique. La construction de logements est pratiquement impossible pour les communes. La faute à une fiscalité sur le lieu de travail, notamment, plutôt que sur le lieu de résidence. Pourquoi? Parce qu'il y a des communes qui créent beaucoup d'emplois et obtiennent donc davantage de recettes fiscales, leur permettant d'investir plus largement pour des infrastructures attractives et bénéfiques à ceux qui viennent y travailler. Quant aux communes avec peu d’emplois, elles n’obtiennent pas de fonds suffisants pour améliorer leur sort, quand bien même la péréquation financière intercommunale est censée atténuer ce désavantage.

 

On peut bien évidemment approfondir le sujet, chercher les coupables, les vouer à l’anathème. Est-ce que cela changera les choses? C’est fort peu probable. Il est bien plus efficace de cerner les causes et d’en annihiler autant que faire se peut les effets négatifs. Dénoncer les propriétaires, c’est un discours politique. Or cette page vise plutôt à signaler un problème, lui donner une importance médiatique, et tenter d’obtenir des soutiens de tous les milieux. Qu’il y ait des politiciens qui se jettent sur ce groupe tels des charognards n’est guère surprenant. Il convient toutefois de leur rappeler qu’ils ne sont pas non plus tout blanc (ni tout noir) dans la situation inextricable dénoncée par cette page.

 

Grégoire Barbey

14:11 Publié dans Air du temps, Economie, Genève, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |

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