Gregoire Barbey

15/04/2014

La citadelle de Montaigne selon Stefan Zweig

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Je repense ce soir à l'incroyable et marquante biographie de Montaigne par Stefan Zweig. Un ouvrage que j'ai lu il y a déjà plusieurs années et dont pourtant certains passages restent encore gravés dans mon esprit, et ce très clairement. Je me rappelle la couverture rouge, les premières lignes – je découvrais alors Montaigne tout comme je rencontrais la plume de Zweig. En préface, la grandeur de l'artiste, son histoire, son œuvre, mais aussi sa part d'ombre, son inaltérable humanité qui l'a conduit à mettre fin à ses jours dans un monde dévasté par la Seconde Guerre mondiale. Stefan Zweig demeure probablement l'un des auteurs les plus sensibles qu'il m'ait été donné de lire. Sa griffe, la finesse et la profondeur de ses analyses psychologiques...

 

J'admire cet homme. Et cette biographie de Montaigne, le dernier grand ouvrage (grand par l'esprit et non par la taille) qu'il ait rédigé avant son suicide, me transporte encore lorsque je me la remémore. Elle transgresse les barrières du temps pour conter l'histoire d'un homme qui, pendant tant d'années, s'est emmuré loin des hommes pour lire, pour apprendre et pour écrire. Cette intense solitude, ce puissant moteur qu'est la volonté, tout ça me semble si familier. Je songe à cette citadelle intérieure qu'évoque à de nombreuses reprises Stefan Zweig, en référence au portrait qu'il dresse de Montaigne, et je le comprends.

 

Ce monument qui doit nous habiter, être à la fois une citadelle défenderesse pour protéger nos fondations et une citadelle conquérante pour gagner les cœurs de nos contemporains. Ce Montaigne que sculpte Stefan Zweig est l'universalité faite homme. Tous, nous connaissons ces instants où ce qui nous entoure semble dénué de sens profond. Nous faisons tous face, un jour ou l'autre, à l'extrême solitude d'un chagrin, d'un existentialisme qui nous pousse à questionner ce monde dans lequel nous vivons. Et ce que l'auteur écrit rend ces moments si vivants. Comme si nos ténèbres devenaient tout à coup lumière. Je me souviens encore, lorsque je lisais ce livre, m'être précipité dessus à chaque fois qu'il m'a été possible. Relativement court, je l'ai lu en quelques heures saccadées. Mais sa faible épaisseur n'en a pas moins laissé en moi un grand souvenir. Un souvenir qui, aujourd'hui encore, accompagne parfois mes nuits. Quiconque aime lire devrait se procurer ce livre et le dévorer. On ne pourrait passer à côté d'un tel portrait.

 

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