Gregoire Barbey

01/05/2014

Appel à la jeunesse de Suisse

La votation du 9 février a suscité de nombreux commentaires sur le faible taux de participation des moins de 30 ans – et plus particulièrement des 18 à 25 ans. La réaction de l’Union européenne, qui a gelé les projets Erasmus + et Horizon 2020, a créé l’indignation chez les étudiants. Beaucoup d’observateurs ont reproché à ces jeunes de se plaindre alors qu’ils ne se sont pas mobilisés au moment du vote. J’ai fait partie de ces gens, et je reconnais mon erreur. Avec du recul, il m’apparaît clairement qu’il n’est pas intellectuellement honnête de s’en prendre à la catégorie des 18-25 ans pour la simple et bonne raison qu’aucun discours politique n’a tenté de les inclure réellement dans le débat. Peut-être que ça a été le cas de façon marginale, mais dans le concert des médias, et dans le brouhaha général, on s’est bien peu intéressé à l’impact que cette votation aurait sur la jeunesse.

 

Il ne s’agit pas de revenir sur la votation du 9 février. Comme beaucoup de citoyens et de leaders économiques et politiques, nous en prenons acte et nous l’acceptons car tel est le verdict des urnes. Toutefois, cet événement peut contribuer à lancer un mouvement positif de mobilisation des jeunes dans le débat public. Si nous ne pouvons pas revenir en arrière – et même si quelques voix le proposent de part et d’autre –, alors nous avons le devoir de ne pas laisser se reproduire une situation similaire. C’est pourquoi j’appelle de mes vœux la création d’un groupe de réflexion incluant des jeunes de tous les milieux – universitaires, politiques, linguistiques etc. – pour mettre sur papier une interpellation aux générations qui sont aujourd’hui au pouvoir et donc responsables de notre avenir. Il ne s’agit pas de fonder notre message sur des revendications unilatérales, mais de transmettre à nos aînés tout ce que nous pouvons leur apporter, pour construire ensemble une société qui inclue à la fois les générations à venir, les jeunes, les moins jeunes et les plus âgés.

 

Cette société inclusive, nous pouvons en porter le projet. Nous avons pour nous bien des avantages. Nous sommes quasiment nés avec internet, et nous sommes tous connectés de façon quasi permanente. Les barrières de l’espace n’existent plus, du moins virtuellement, et notre capacité à nous réunir et nous organiser s’en trouve décuplée. Cela nécessite toutefois de faire le premier pas, et de lancer une vaste réflexion, sans tabou, sur la place que nous nous devons d’occuper dans la société. Chaque année, l’Université de Saint-Gall organise un symposium des «Leaders of Tomorrow», conséquence de la génération post-68 et des mouvements estudiantins. Les dirigeants d’aujourd’hui y rencontrent ceux de demain après une sélection très précise. Ces jeunes, choisis à travers le monde, bénéficient d’une expérience unique, où ils peuvent rencontrer les plus grands leaders suisses de l’économie, des dirigeants politiques internationaux et parler à bâton rompu des sujets qui les intéressent ou leur créent des inquiétudes pour leur avenir.

 

Il existe de nombreuses initiatives qui permettent de révéler de jeunes talents pour les grands groupes économiques. Les entreprises ont très bien compris que cette génération ultra-connectée possède quelque chose qui leur permet d’ancrer leur stratégie dans le réel comme dans le virtuel. La politique, c’est autre chose. Bien des exemples viennent noircir le tableau, avec une si faible représentation des jeunes dans les parlements que c’en est presque navrant. Des jeunes qui se présentent, il y en a beaucoup, notamment à travers les jeunesses des partis. Mais il y en a beaucoup aussi qui ne sont pas encartés et qui ne veulent pas l’être (du moins dans l’immédiat). Ces jeunes-là ont également un message à porter, au-delà des clivages traditionnels, par-delà les hémicycles. Il ne s’agit pas de pointer du doigt les aspects négatifs. Il est question d’engagement, de ce que nous pouvons apporter pour l’évolution de notre société. Les discours politiques d’aujourd’hui se sont indéniablement détachés de la jeunesse, parce que les jeunes sont moins prompts à voter, et sont donc moins «rémunérateurs» d’un point de vue électoral. Ce qui incite nombre de jeunes à se sentir oublié des autorités, et les fait donc par la force des choses se détacher aussi des sujets politiques. Un véritable cercle vicieux.

 

Pourtant, de mon avis, les jeunes ne manquent pas de ressource ni d’envie de s’impliquer. Et c’est pourquoi je propose la création d’un vaste groupe de réflexion pour établir un plan d’action et lancer des événements – dans toute la Suisse – pour attirer l’attention sur notre génération. Non, nous ne sommes pas désintéressés, et non, internet et les réseaux sociaux ne font pas de nous des jeunes dilettantes et incapables d’agir sur le présent et d’anticiper l’avenir. Nous aussi, les jeunes, nous voulons être entendus. Quand il s’agit d’augmenter l’âge de notre retraite pour financer les rentes de nos aînés, quand il est question de rehausser les cotisations pour ces mêmes assurances sociales, nous sommes d’accord de faire des sacrifices, mais nous voulons avoir notre mot à dire et nous ne sommes pas dupes: une société qui fonctionne est basée sur un contrat social intergénérationnel. C’est que nous pouvons faire et ce sans plus attendre: nous réunir et décider de ce qui, pour nous, est important. Ce que nous souhaitons inclure dans ce contrat social. Pour ensuite le présenter aux dirigeants d’aujourd’hui, et leur faire comprendre que nous sommes prêts à nous impliquer et à bâtir ensemble, plutôt que d’agir sans nous inclure.

 

Si vous aussi, vous vous sentez concernés, que vous souhaitez porter un message haut et fort, alors rejoignez-nous et prenons notre destin en main. C’est aujourd’hui ou jamais. Un premier événement sera créé dans les prochaines semaines pour appliquer les constats qui précèdent et commencer à déblayer le terrain en vue de la création de ce nouveau contrat social. Soyons nombreux, car plus nos voix résonneront, et plus notre message sera audible.

Merci de relayer cet appel.

 

Pour plus d’informations:

Grégoire Barbey – gregoire.barbey@gmail.com

Darius Azarpey – dariusazarpey@hotmail.ch

13:17 Publié dans Air du temps, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | | |

Commentaires

Un point de réflexion: le pouvoir de la Finance n'est-il pas, de nos jours, infiniment plus puissant que politique et politiciens?

Écrit par : Z | 01/05/2014

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