Gregoire Barbey

02/05/2014

Quand la droite faillit à ses devoirs

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Le salaire minimal, c'est surtout une question de choix de société. A gauche comme à droite, on prend les arguments des économistes qui vont dans le sens souhaité. A titre purement personnel, l'idée d'un salaire minimum légal me dérange – s'il est généralisé à l'ensemble des secteurs économiques sans différenciation. Cela génère des effets négatifs et nuit à la flexibilité des activités. Toutefois, c'est un sacrifice auquel l'on peut consentir, si tel est le désir des citoyens. Mais est-ce vraiment une perspective réjouissante? Pas pour moi.

 

Libéral et avant tout humaniste, je comprends entièrement l'argument selon lequel un temps de travail à 100% devrait permettre d'obtenir un salaire suffisant pour vivre. Ce sont sur les moyens que je suis en désaccord avec les syndicats et la gauche. Nier les différences conjoncturelles entre chaque secteur d'activité est une erreur, surtout en l'appliquant aux différences villes/campagnes qui sont très marquées en Suisse. Mais je ne suis pas non plus dogmatique: je reconnais les erreurs de la droite, et plus particulièrement de la droite économique.

 

On ne peut pas rester les bras croisés et s'indigner lorsque le camp adverse soumet une proposition pour faire avancer la situation. Certes, le salaire minimal est une mauvaise réponse. La question demeure cependant pertinente: que fait-on pour les bas salaires? Evidemment, on veut tous un salaire qui permette de survivre, et même si possible de vivre. On aspire tous à cela. Et la droite, en ne tentant pas une approche ciblée des cas où les rémunérations sont très basses, a laissé toute latitude à la gauche et aux syndicats pour lancer une initiative et menacer l'ordre établi.

 

Bien sûr, le modèle actuel fonctionne plutôt bien. Si seuls 10% des salariés sont en-dessous de 4000 francs par mois, on peut estimer que le système n'est pas si mauvais. Il serait malgré tout arrogant de s'en tenir à cette satisfaction sans s'interroger sur les mesures à prendre pour que ce taux se réduise encore, voire disparaisse. La droite, à ce propos, a manqué à ses devoirs. Je l'ai déjà écrit et je le répète. Si l'on assure bien ses arrières, ce type d'initiatives n'existerait probablement pas. Un contre-projet, par exemple, aurait été bienvenu. Le partenariat social, par exemple, pourrait être renforcé. Est-ce que tout est fait en ce sens aujourd'hui? Pas vraiment. Et ça, forcément, ça génère des frustrations.

 

Le rôle du politique n'est pas uniquement de défendre ceux qui l'ont mis sur son siège d'élu. Justement pour éviter que la voix de cette minorité n'obtienne suffisamment d'écho pour renverser la situation. La démocratie est basée sur un contrat social difficile à établir avec précision. Il faut comprendre qu'on ne joue pas uniquement pour son camp et qu'il est nécessaire de regarder au-delà. L'essentiel, c'est d'améliorer le sort de chacun, et surtout ceux qui en ont besoin. Pour autant que les décisions prises ne viennent pas péjorer la situation des autres. C'est un équilibre complexe et si l’on n’y met pas toute son énergie, les écarts prennent de la place et les mécontents grondent toujours plus fort.

 

A ce sujet, et contrairement à beaucoup de personnalités de droite défendant le non à l'initiative, je ne trouve pas que la proposition des syndicats soit indécente ou déplacée. Je la trouve juste inappropriée pour résoudre le problème qu'elle veut régler. Le salaire minimal n'est pas une perspective acceptable pour un pays comme la Suisse, où la liberté économique a une place importante – dans les faits et dans la Constitution. Cette liberté n'est bien sûr pas un absolu et pour la conserver, il faut entretenir le système. Les laissés pour compte finissent toujours par se faire entendre. Dès lors, si l'initiative devait être refusée le 18 mai, la droite serait bien inspirée de mettre un point d'honneur à corriger les quelques problèmes que notre système connait. Après tout, c'est dans son intérêt.

 

Grégoire Barbey

11:02 Publié dans Air du temps, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook | | | |

Commentaires

Dire non au salaire minimal, c'est donner une toute petite chance au RBI.

Écrit par : Pierre Jenni | 02/05/2014

Tout à fait d'accord. Excellent article.
Mais je vais vous faire une suggestion
Il est évident que la Suisse est un peu la vache à lait des grandes entreprises. Tout y est plus cher que dans l'UE. Loyers, médicaments, assurances, et même les impôts.
Alors adhérons à l'UE.
Du coup les suisses seraient rapidement ramenés aux salaires européens, à un SMIC (si accepté) à 1.200€ (et non à 3.330€ comme proposé). Les workingpoor se multiplieraient et le chômage atteindrait enfin des sommets. Et les prix s'effondreraient. Et l'immigration chuterait, voire disparaîtrait, la Suisse n'étant plus l'Eldorado convoité.
Voilà donc la solution, celle dont rêve la gauche depuis la nuit des temps.
L'Eldorado c'est l'UE !

Écrit par : Lambert | 02/05/2014

Votation tordue!
avant d'exiger un seuil salarial si élevé qui ne serait porté que par les employeurs,

que n'a-t-on entendu les concernés et la capacité d'emploi d'entreprises diverses aptes à employer ces centaines de milliers de personnes sans qualification concernées

dont l'absence d'expérience de tout job voire de connaissance de la langue locale rendent leurs performances de travail bien au-dessous du niveau d'un tel salaire horaire.

Cette votation pose un faux problème, détourne le débat et le droit d'initiative,
au détriment des réelles inégalités des plus faibles salariés telles l'accès à l'emploi, discriminations à l'embauche, licenciements abusifs & autres lois de protection des salariés restant non appliquées.

Écrit par : pierre à feu | 02/05/2014

Dorénavant, je ne ferai plus la grâce de mes commentaires à tous les blogueurs qui ne répondent pas et qui laissent les internautes s'exprimer.
C'est un manque de respect que de lancer des idées sans en assurer le suivi.

Écrit par : Pierre Jenni | 02/05/2014

La société ce n'est pas un choix, ça se construit. Ce n'est pas en donnant 4000.-- à tous le monde qu'on l'améliore. C'est en l'améliorant par des résultats économiques qu'on pourra donner des salaires supérieurs à 4000.-- à tout le monde. Le nivellement par le bas coûte plus cher à l'économie sans améliorer ses résultats et c'est l’état une fois de plus qui va devoir compenser une économie faiblissante. Mais l’état n'en n'a plus les moyens alors ?

Écrit par : norbertmaendly | 07/05/2014

Comment pouvez-vous être "humaniste" et ne pas souaiter d'abord, avant tout, que chacun qui travaille à plein temps reçoive de quoi vivre non pas dans le luxe (Frs 4000)! mais de façon décente?!

Ce choix des mots: une proposition "inappropriée"!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 12/05/2014

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