Gregoire Barbey

22/05/2014

Grand Genève: l'Etat est clairement en cause

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La défaite en votation populaire du cofinancement des P+R en zone transfrontalière a réveillé les vieux démons de la région franco-valdo-genevoise, aujourd'hui nommée Grand Genève. De nombreux commentateurs ont certifié qu'il s'agissait-là d'un signal de défiance face aux autorités cantonales. Une analyse somme toute assez réductrice. Si les Genevoises et les Genevois ont dit non à ce projet, c'est avant tout pour des raisons économiques. Le conseiller d'Etat en charge de la Santé et de l'Emploi, Mauro Poggia, le relevait d'ailleurs hier soir lors du débat organisé par la Tribune de Genève sur la question de la région. Même si le constat souffre de nuances, les citoyens n'ont pas jugé pertinent de participer au financement des parkings-relais en France. Il est vrai qu'avec les échéances à venir (réforme de l'imposition des entreprises, suppression éventuelle des forfaits fiscaux, caisse maladie unique, rénovation des infrastructures vieillissantes de l'Etat, réduction de la dette astronomique du canton, etc.), les arguments justifiant cet investissement étaient difficilement audibles. Pourtant, ils avaient du sens, et pour cause.

 

Il faut toutefois noter une réelle absence de volontarisme du côté du gouvernement durant cette campagne, avec une faible présence des autorités pour défendre la votation. Seul Luc Barthassat, à quelques reprises, est monté au front pour défendre le projet. Cela n'a malheureusement pas suffi et cela lui a été reproché lorsque le résultat est tombé. Si les reproches et les déceptions sont en partie fondées, il convient cependant de rappeler que le chef de la Mobilité n'est pas le seul responsable du dossier: la votation comportait en effet un volet régional et celui-ci est dans les mains du président du Conseil d'Etat, François Longchamp. Ce dernier n'a d'ailleurs que peu de prérogatives lisibles aux yeux du public. Il doit s'occuper, entre autres, des affaires transversales – donc le Grand Genève. Et il ne l'a visiblement pas fait correctement. Qui l'a vu défendre le financement des P+R? Pas grand monde. C'est bien dommage.

 

Le Grand Genève n'est pas qu'un dossier économique. Aujourd'hui, l'Etat manque à son devoir et n'organise absolument rien pour consolider l'idée de la région dans l'esprit des citoyens. Pire, il laisse les partis d'opposition se saisir de l'affaire et en faire leur cheval de bataille. Le Conseil d'Etat porte une très lourde responsabilité dans le résultat de dimanche soir, et il serait de bon ton qu'il en prenne conscience. On ne construit pas une région dans les coulisses des salles de conférence. On ne bâtit pas une identité régionale en se contentant de rappeler quels sont les impacts économiques pour les habitants. Une région se fédère sur bien d'autres aspects, à commencer par la culture et le social. L'économie, à travers l'emploi, est évidemment un axe important. Mais les citoyens de la région ont envie de s'intégrer sur ce territoire. Au débat de la Tribune de Genève, le maire de Saint-Julien, Antoine Vielliard – excellent orateur au demeurant – expliquait clairement la situation: les charges transfrontalières doivent être assumées par les rentrées fiscales transfrontalières. Bien sûr, c'est le volet politique. Cela parle aux journalistes, aux experts et à celles et ceux qui siègent dans les différents parlements de la région. Au-delà, il y a la vie quotidienne.

 

Les affaires courantes ne sont pas uniquement liées à l'économie. Lorsque les mêmes événements culturels ont lieu à Gaillard puis à Lausanne, les Genevoises et les Genevois se rendent à... Lausanne! C'est plus loin et... plus cher! Mais peut-on les blâmer? Aucune infrastructure n'a été réellement mise en place par l'Etat de Genève pour communiquer sur la région. Est-ce qu'il existe un agenda événementiel du Grand Genève? A-t-on même eu l'idée d'en mettre un au point? Certes, il en existe un sur le site http://grand-geneve.org/. Mais la promotion de cette plateforme reste assez sommaire. L'Etat conforte la défiance des citoyens en ne se concentrant que sur l'axe technocratique de la région. Cela n'intéresse pas vraiment les résidents, et on ne saurait leur en vouloir. Ce qu'ils veulent, c'est estimer l'impact qu'a la région sur leur quotidien. Ils souhaitent du mesurable pour ensuite décider s'ils sont prêts à ouvrir les vannes pour donner du quantitatif au Grand Genève. On fait les choses à l'envers, et en plus, on le fait mal. L'Etat n'a même pas créé une page Facebook pour la région. Un Forum d'agglomération, c'est bien joli, mais concrètement, cela ramène quel type de population? Le débat de la Tribune de Genève hier était composé majoritairement de personnes de plus de cinquante ans. Et les jeunes, qui hériteront de la région, et des blocages de leurs prédécesseurs, qu'en est-il? Comment les y intéresse-t-on? Il n'y a, pour l'heure, aucune réponse à trouver du côté de l'Etat.

 

Des pans entiers du Grand Genève sont encore inexplorés, inscrits dans aucun agenda politique. Que va faire l'Etat? Les conseillers d'Etat ont pour mission de travailler en faveur de l'intérêt général à long terme. Antoine Vielliard assure que les politiques ont 40 ans de retard sur le plan de la région. Il a raison, et plus le gouvernement genevois tarde à mettre en place une stratégie de développement clair et une communication audible des enjeux du Grand Genève, la situation ne s'améliorera pas. Il suffirait pourtant de peu de choses pour fédérer les résidents des différentes villes du Grand Genève. A commencer par un tant soit peu de volontarisme, et une coordination beaucoup plus forte entre les nombreux responsables exécutifs de la région. Ce ne sont pas les volontaires qui manquent. Appelons donc le gouvernement à prendre ses responsabilités et à amener, pas à pas, une véritable concertation sur l'agglomération. Baser son argumentaire sur la réalité effective du Grand Genève n'a aucun sens si l'on ne lui donne pas de la saveur et du corps.

 

 

Grégoire Barbey

15:43 Publié dans Grand Genève | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | | | |

Commentaires

Excellente analyse!

Écrit par : Gérard Deshusses | 22/05/2014

Fonctionnaire à l'Etat, je m'exprime ici à titre personnel. Pour proposer de renverser le propos. Et suggérer que les citoyen/nes de ce bassin, ceux qui se sentent un peu impliqués, un peu concernés, un peu engagés, se réunissent sur F ou ailleurs pour faire entendre la voix souriante du GG. Et plus si entente: parler c'est bien, créer un agenda culturel du GG c'est mieux, c'est vrai, organiser des Jeux du GG ... ce serait top. Oups: ça, c'est fait (le week-end dernier).

Or qui a besoin de l'Etat pour initier ça?

Aujourd'hui, entre deux invectives électo-votationales, on entendrait une mouche voler... chut! Allô, où sont toutes celles et ceux qui se sentent bien ici, comme des poissons dans le GG, quel est donc ce silence de mort qui ponctue notre vie commune? Il me semble qu'une belle poignée d'entre nous pourrait se réveiller. Sans attendre l'Etat qui, lui, planifie organise négocie appuie et construit (qui fait son job, quoi).

Écrit par : Dorothée Zarjevski | 22/05/2014

On forme nos voeux les plus chaleureux concernant votre profession de journaliste. Puissiez-vous ne jamais oublier en votre travail que les êtres humains qui ne sont pas des automates en même temps qu'ils vous intéressent vivent selon les uns mieux que les autres et qu'il n'est pas dit que les journalistes qui "sont sur le terrain" en même temps qu'ils devraient se sentir interpellés eux-mêmes en tant qu'êtres humains sont sans le savoir qui sait? par des forces ou instances supérieures comme "testés". A cette échelle tests réels imprévisibles non comme ces parents d'élàves à problèmes scolaires préoccupant appelant ainsi la visite "annoncée" de l'instituteur (temps pour la famille de s'y préparer, petite nappe et fleurs sur la table de la salle à manger, repas "en rapport tout sourire" voire "musique d'ambiance" etc., mais visites de ces forces ou instances invisibles pourquoi pas avec le karma, ses lois, inattendues sans préparation possible, mise en scène, etc.

Écrit par : Alix | 26/05/2014

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