Gregoire Barbey

28/05/2014

Trois anciens bâtonniers défendent l'Etat

avocat_3-df5e8.jpg

François Canonica. La nomination de l'ancien bâtonnier de l'Ordre des avocats
à la présidence des HUG doit être suspendue. Le temps d'éclaircir l'affaire.


Trois anciens bâtonniers qui défendent tous l'Etat, c'est quand même surprenant. Personne ne l'a relevé. Pourtant c'est une évidence:
Vincent Spira, défenseur de la directrice de la Pâquerette, a été bâtonnier de l'Ordre des avocats de Genève de 2010-2011;
Benoît Chappuis, auteur du dernier rapport sur la Pâquerette, a été bâtonnier de l'Ordre des avocats de Genève de 1998-2000;
François Canonica, nouveau président des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), a été bâtonnier de l'Ordre des avocats de Genève de 2012-2014.

L'opacité de cette affaire est dérangeante. Le rapport de Benoît Chappuis a créé l'indignation du côté de la famille d'Adeline car la directrice n'a écopé que d'un blâme, alors que sa responsabilité est engagée. Son avocat, l'ancien bâtonnier Vincent Spira, parle même de réhabilitation. Je ne suis pas de ceux qui cherchent à mettre nommément la faute sur quelqu'un. Au contraire. Je m'interroge cependant comme bon nombre de mes concitoyens sur ce dossier. Le rapport de Benoît Chappuis décharge nettement l'Etat, en plaçant la faute dans un large contexte d'erreurs sur une longue période. Certes, il a probablement raison. Mais je note que le rapport de Bernard Ziegler, ancien conseiller d'Etat socialiste, était beaucoup plus dur avec l'Etat et les institutions. Est-ce un hasard si ces anciens bâtonniers défendent les intérêts du Canton? Sûrement pas. Dans ces conditions, la nomination de François Canonica à la présidence des HUG doit être suspendue. Il en va de la crédibilité de nos institutions.

Grégoire Barbey

 

13:13 Publié dans Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | | |

23/05/2014

J'aime la citoyenneté

J'aime quand la République est en émulsion. J'aime parcourir la page des blogs de la Tribune de Genève et y voir fleurir des dizaines d'articles au quotidien, qui tous, d'une manière ou d'une autre, s'intéressent à notre cité, au monde comme il va. J'aime tous ces gens qui s'engagent à leur échelle, qui donnent de leur personne à la communauté, quitte à perdre de leur confort personnel, quitte à essuyer des coups parfois justifiés, souvent déplacés. Toutes ces personnalités contribuent à faire bouger les lignes, à susciter des réactions. Qu'ils soient de gauche, de droite, du centre ou des extrêmes, qu'ils soient sans parti, sans patrie, ces gens apportent une richesse incommensurable à notre canton. J'aime ça, cela me fait vibrer. En un mot comme en cent, j'aime la citoyenneté. Merci à vous tous, ceux qui écrivent comme ceux qui lisent, ceux qui dénoncent comme ceux qui bâtissent. Il n'y a rien de plus beau qu'une cité dynamique et en perpétuelle évolution!

Grégoire Barbey

16:26 Publié dans Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |

22/05/2014

Grand Genève: l'Etat est clairement en cause

logo_GRAND_GENEVE_web.jpg


La défaite en votation populaire du cofinancement des P+R en zone transfrontalière a réveillé les vieux démons de la région franco-valdo-genevoise, aujourd'hui nommée Grand Genève. De nombreux commentateurs ont certifié qu'il s'agissait-là d'un signal de défiance face aux autorités cantonales. Une analyse somme toute assez réductrice. Si les Genevoises et les Genevois ont dit non à ce projet, c'est avant tout pour des raisons économiques. Le conseiller d'Etat en charge de la Santé et de l'Emploi, Mauro Poggia, le relevait d'ailleurs hier soir lors du débat organisé par la Tribune de Genève sur la question de la région. Même si le constat souffre de nuances, les citoyens n'ont pas jugé pertinent de participer au financement des parkings-relais en France. Il est vrai qu'avec les échéances à venir (réforme de l'imposition des entreprises, suppression éventuelle des forfaits fiscaux, caisse maladie unique, rénovation des infrastructures vieillissantes de l'Etat, réduction de la dette astronomique du canton, etc.), les arguments justifiant cet investissement étaient difficilement audibles. Pourtant, ils avaient du sens, et pour cause.

 

Il faut toutefois noter une réelle absence de volontarisme du côté du gouvernement durant cette campagne, avec une faible présence des autorités pour défendre la votation. Seul Luc Barthassat, à quelques reprises, est monté au front pour défendre le projet. Cela n'a malheureusement pas suffi et cela lui a été reproché lorsque le résultat est tombé. Si les reproches et les déceptions sont en partie fondées, il convient cependant de rappeler que le chef de la Mobilité n'est pas le seul responsable du dossier: la votation comportait en effet un volet régional et celui-ci est dans les mains du président du Conseil d'Etat, François Longchamp. Ce dernier n'a d'ailleurs que peu de prérogatives lisibles aux yeux du public. Il doit s'occuper, entre autres, des affaires transversales – donc le Grand Genève. Et il ne l'a visiblement pas fait correctement. Qui l'a vu défendre le financement des P+R? Pas grand monde. C'est bien dommage.

 

Le Grand Genève n'est pas qu'un dossier économique. Aujourd'hui, l'Etat manque à son devoir et n'organise absolument rien pour consolider l'idée de la région dans l'esprit des citoyens. Pire, il laisse les partis d'opposition se saisir de l'affaire et en faire leur cheval de bataille. Le Conseil d'Etat porte une très lourde responsabilité dans le résultat de dimanche soir, et il serait de bon ton qu'il en prenne conscience. On ne construit pas une région dans les coulisses des salles de conférence. On ne bâtit pas une identité régionale en se contentant de rappeler quels sont les impacts économiques pour les habitants. Une région se fédère sur bien d'autres aspects, à commencer par la culture et le social. L'économie, à travers l'emploi, est évidemment un axe important. Mais les citoyens de la région ont envie de s'intégrer sur ce territoire. Au débat de la Tribune de Genève, le maire de Saint-Julien, Antoine Vielliard – excellent orateur au demeurant – expliquait clairement la situation: les charges transfrontalières doivent être assumées par les rentrées fiscales transfrontalières. Bien sûr, c'est le volet politique. Cela parle aux journalistes, aux experts et à celles et ceux qui siègent dans les différents parlements de la région. Au-delà, il y a la vie quotidienne.

 

Les affaires courantes ne sont pas uniquement liées à l'économie. Lorsque les mêmes événements culturels ont lieu à Gaillard puis à Lausanne, les Genevoises et les Genevois se rendent à... Lausanne! C'est plus loin et... plus cher! Mais peut-on les blâmer? Aucune infrastructure n'a été réellement mise en place par l'Etat de Genève pour communiquer sur la région. Est-ce qu'il existe un agenda événementiel du Grand Genève? A-t-on même eu l'idée d'en mettre un au point? Certes, il en existe un sur le site http://grand-geneve.org/. Mais la promotion de cette plateforme reste assez sommaire. L'Etat conforte la défiance des citoyens en ne se concentrant que sur l'axe technocratique de la région. Cela n'intéresse pas vraiment les résidents, et on ne saurait leur en vouloir. Ce qu'ils veulent, c'est estimer l'impact qu'a la région sur leur quotidien. Ils souhaitent du mesurable pour ensuite décider s'ils sont prêts à ouvrir les vannes pour donner du quantitatif au Grand Genève. On fait les choses à l'envers, et en plus, on le fait mal. L'Etat n'a même pas créé une page Facebook pour la région. Un Forum d'agglomération, c'est bien joli, mais concrètement, cela ramène quel type de population? Le débat de la Tribune de Genève hier était composé majoritairement de personnes de plus de cinquante ans. Et les jeunes, qui hériteront de la région, et des blocages de leurs prédécesseurs, qu'en est-il? Comment les y intéresse-t-on? Il n'y a, pour l'heure, aucune réponse à trouver du côté de l'Etat.

 

Des pans entiers du Grand Genève sont encore inexplorés, inscrits dans aucun agenda politique. Que va faire l'Etat? Les conseillers d'Etat ont pour mission de travailler en faveur de l'intérêt général à long terme. Antoine Vielliard assure que les politiques ont 40 ans de retard sur le plan de la région. Il a raison, et plus le gouvernement genevois tarde à mettre en place une stratégie de développement clair et une communication audible des enjeux du Grand Genève, la situation ne s'améliorera pas. Il suffirait pourtant de peu de choses pour fédérer les résidents des différentes villes du Grand Genève. A commencer par un tant soit peu de volontarisme, et une coordination beaucoup plus forte entre les nombreux responsables exécutifs de la région. Ce ne sont pas les volontaires qui manquent. Appelons donc le gouvernement à prendre ses responsabilités et à amener, pas à pas, une véritable concertation sur l'agglomération. Baser son argumentaire sur la réalité effective du Grand Genève n'a aucun sens si l'on ne lui donne pas de la saveur et du corps.

 

 

Grégoire Barbey

15:43 Publié dans Grand Genève | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | | | |

20/05/2014

Sous le règne des divagations

Hotel-Exterior-Lac-Leman.jpg

C’est le temps des déblatérations, des épistémologues de tous bords qui nous chantent déjà la mort du Grand Genève. Projet d’envergure, petit destin, disent-ils la bouche en cœur. Certains vont jusqu’à dire qu’il ne s’agit en réalité que d’un projet «hors sol», «dénué de l’onction démocratique». C’est leur droit de penser ainsi. Mais ce n’est pas le leur que de nous bassiner à longueur de journée avec leurs complexes.

Car c’est bien de cela dont il s’agit. Une peur invétérée du changement. Des autres, aussi. De ces gens qui ne viennent pas de chez nous. Dont le passeport porte un drapeau bleu, blanc et rouge. Une couleur de plus que le nôtre, et c’est déjà l’hystérie. Nos voisins français ont bon dos. Ils sont la cause de tous nos maux. Ce sont tantôt des envahisseurs, tantôt des profiteurs. Une «épidémie», pour reprendre le vocable des petits prêtres de la pensée aseptisée. Ces derniers scandent leurs slogans sans émettre la moindre réserve. Sans honte. Ils en appellent au peuple genevois. Les votations qui vont dans le sens de leurs délires sont autant de signes à interpréter. Les Genevois en ont marre, il faut les écouter. C’est ainsi que ces gens passent de simples vendeurs de néant politique au statut de gourous tout-puissants. Ils se sentent pousser des ailes, alors qu’ils sont plus que jamais loin de toute réalité physique.

Pour se donner quelques airs de grandeurs, ils tentent maladroitement de paraphraser De Gaulle, ce qui, l’un dans l’autre, démontre leur absence de peur pour les contradictions. Ils nous chantent les louanges de la Nation, de l’importance de l’identité dans l’esprit des citoyens. De l’esprit, c’est peut-être bien ce qui leur fait le plus défaut. Mais ils ne manquent pas d’air, eux qui veulent vivre dans leur bulle. Tous les moyens sont bons pour se prêter de bonnes intentions et s’enorgueillir de grands desseins. Que dessinent-ils, si ce n’est l’hiver du cœur? Ils se rêvent descendants de Jean-Jacques Rousseau, mais craignent tout ce qui vient de Ferney-Voltaire. Ils rêvent de hauteur quand ils traînent les pieds dans les égouts. Ils condamnent l’entraide et font leurs courses chez Carrefour ou Leclerc. Comment diantre peut-on les prendre au sérieux, quand la substantifique moelle de leurs discours se résume en trois lettres: non.

L’on pourrait aisément les laisser vivre leur déclination si la déclinaison de ce «non» n’était pas aussi offensive. Ils placardent partout le produit de leurs éructations, comme s’il s’agissait de la plus douce des poésies, quand c’est malheureusement le plus acide des poisons. Leurs cris geignards emplissent nos oreilles et nos visages pâlissent devant tant de lapalissades. Aux grands maux les grands remèdes, dit le proverbe. Mais existe-t-il vraiment une savante mixture pour éloigner à la fois la bêtise et les clichés? Y-a-t-il quoi que ce soit qui puisse, par on ne sait quelle magie blanche, rendre soudain la raison à ces errants du dimanche? Difficile à dire. En tous les cas, il ne faut pas se contenter de les toiser de loin. Il faut les combattre, car ils sont les ennemis du présent, du futur et du vivre ensemble.

Grégoire Barbey

10:58 Publié dans Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook | | | |

19/05/2014

Serge Dal Busco doit apprendre à dire non

Editorial de Politeia.ch

Serge Dal Busco est en charge des Finances genevoises depuis six mois maintenant. Une lourde tâche dans un contexte particulièrement délicat: recapitalisation de la caisse de pension publique, réforme de l’imposition des entreprises exigée par l’Union européenne, initiatives cantonale et fédérale visant la suppression de l’imposition d’après la dépense… Tout ça devrait déjà suffire à la peine du conseiller d’Etat. Mais comme les ennuis ne viennent jamais seuls, Serge Dal Busco a écopé de l’Office des bâtiments, alors qu’il souhaitait dès le départ coupler les Finances à l’Economie. Ce qui, au dernier moment, lui a été refusé. Le service qui gère les bâtiments de l’Etat lui a donc été donné, tel un cadeau empoisonné. Car oui, de nombreuses infrastructures, notamment des écoles publiques, tombent en ruine. D’inévitables investissements sont à prévoir. Mais quand? Comment? Selon des informations obtenues par Politeia de personnes haut placées dans l’administration cantonale, de nombreux départements négocient déjà des dépassements de budget.

Serge Dal Busco devra montrer sa pugnacité et sa fermeté face à ses collègues. A ce titre, le programme de législature, qui devrait être publié en juin, sera révélateur. Il lui faudra aussi s’appuyer sur les compétences éprouvées de son homologue vaudois, Pascal Broulis. Le ministre genevois des Finances doit maintenant apprendre à dire non par réflexe, puis à négocier. Il est le capitaine du navire, et c’est à lui que revient la responsabilité de gérer les besoins des uns et des autres de ses collègues. En plus des siens. Il est trop tôt pour dire s’il aura l’envergure nécessaire pour assurer ce rôle pivot au sein du gouvernement. Serge Dal Busco doit concevoir des équilibres de part et d’autre de la gestion financière de l’Etat. Son objectif, comme il le confiait dans un entretien livré à L’Agefi fin février, est de réduire l’endettement chronique du canton de Genève. Un but louable mais peut-être intenable. Comment, avec tout ce qui précède, pourrait-il être en mesure de rembourser la dette s’il doit déjà lutter tel un forcené pour ne pas dépasser les budgets? Oui, Serge Dal Busco doit apprendre à dire non à ses collègues. Et le plus vite sera le mieux.

Grégoire Barbey

15:59 Publié dans Economie, Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | | |

18/05/2014

La France doit réagir au vote des P+R

 

Réaction à chaud.

Les Genevois ont finalement refusé de cofinancer les parkings relais en France voisine. Une défaite pour la mobilité et une difficulté supplémentaire pour le nouveau conseiller d’Etat Luc Barthassat. Au-delà de cet aspect, il faut revenir sur un argument des opposants: chaque pays doit financer ses propres infrastructures sans compter sur les autres. Je ne referai pas le débat. J’invite simplement les autorités françaises à dénoncer l’accord de redistribution de l’impôt des travailleurs frontaliers. En effet, Genève est le seul canton en Suisse à redistribuer lui-même la manne fiscale des frontaliers aux communes françaises. Tout en gardant deux tiers pour ses propres caisses. Du coup, la France finance indirectement nos infrastructures via l’imposition de ses ressortissants. Pour cette raison, et parce qu’il faut suivre le raisonnement victorieux en ce dimanche 18 mai, l’accord doit être renégocié et la situation réadaptée aux standards en vigueur. Certes, Genève perdra de l’argent. Mais c’est finalement mieux, la France ne participera plus indirectement au financement de nos infrastructures.

Grégoire Barbey

14:19 Publié dans Genève, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook | | | |

15/05/2014

Pâquerette: et si la structure était illégale?

Quelque chose me chiffonne, dans le dossier de la Pâquerette. Des idées, toutes plus saugrenues les unes que les autres, traversent mon esprit quelque peu animé. Alors, je commets une conjecture. Que Dieu me pardonne.

La fermeture précipitée du centre la Pâquerette par Pierre Maudet, qui s'était alors attribué la responsabilité du dossier après le meurtre de la thérapeute Adeline, n'a toujours pas trouvé dans ma tête une raison valable. Certes, un drame des plus odieux s'y est produit. Une tragédie innommable pour la famille, une douleur partagée par Genève et même au-delà. Mais dans un esprit aussi cartésien que celui de Pierre Maudet, on sait, malheureusement, que le risque zéro n'existe pas. C'est cynique, c'est abominable, mais c'est la triste vérité. Prétendre le contraire, c'est se fourvoyer.

Dès lors, pourquoi Pierre Maudet a-t-il décidé de mettre la clé sous la porte de cet institut qui, nonobstant l'épisode susmentionné, avait toujours eu fonctionné sans grand fracas? Un geste électoral, juste après les élections? Je n'y crois pas. Une tentative de se protéger? Pas impossible, mais peu probable de la part de l'intéressé. Il doit y avoir une raison. Sans aucun doute. Quelque chose de plus fort, difficilement justifiable, nécessitant une réaction immédiate. Un nœud gordien dont la seule possibilité d'en limiter les dégâts est de le brûler. Nettoyer les écuries d'Augias, sans toutefois en révéler tout le contenu...

Et si, par hasard, la Pâquerette avait été construite à l'encontre de la législation fédérale en vigueur? Rappelons que ce centre permettait la détention de détenus nécessitant des soins particuliers. Alors qu'on sait toutes et tous que Champ-Dollon est une prison qui ne permet légalement que la détention provisoire. Si, malgré le droit fédéral, on avait décidé à l'époque (il y a plus de 27 ans) de mettre en place la Pâquerette, porté par les grandes idées des Deleuze et consorts, pour qui la réhabilitation des criminels ne faisait aucun doute? Et si, justement, la Pâquerette n'avait aucune légitimité légale? Cela expliquerait beaucoup de choses. Dont des événements très récents.

A moins qu'on puisse me démontrer le contraire d'un point de vue légal, la question se pose. Peut-être me trompé-je, et alors je m'en excuse sans plus de bavardage. Tout cela n'est, finalement, que crasses réflexions d'un illuminé. Amen.

Grégoire Barbey

10:19 Publié dans Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | | |

02/05/2014

Quand la droite faillit à ses devoirs

 4000.jpg

Le salaire minimal, c'est surtout une question de choix de société. A gauche comme à droite, on prend les arguments des économistes qui vont dans le sens souhaité. A titre purement personnel, l'idée d'un salaire minimum légal me dérange – s'il est généralisé à l'ensemble des secteurs économiques sans différenciation. Cela génère des effets négatifs et nuit à la flexibilité des activités. Toutefois, c'est un sacrifice auquel l'on peut consentir, si tel est le désir des citoyens. Mais est-ce vraiment une perspective réjouissante? Pas pour moi.

 

Libéral et avant tout humaniste, je comprends entièrement l'argument selon lequel un temps de travail à 100% devrait permettre d'obtenir un salaire suffisant pour vivre. Ce sont sur les moyens que je suis en désaccord avec les syndicats et la gauche. Nier les différences conjoncturelles entre chaque secteur d'activité est une erreur, surtout en l'appliquant aux différences villes/campagnes qui sont très marquées en Suisse. Mais je ne suis pas non plus dogmatique: je reconnais les erreurs de la droite, et plus particulièrement de la droite économique.

 

On ne peut pas rester les bras croisés et s'indigner lorsque le camp adverse soumet une proposition pour faire avancer la situation. Certes, le salaire minimal est une mauvaise réponse. La question demeure cependant pertinente: que fait-on pour les bas salaires? Evidemment, on veut tous un salaire qui permette de survivre, et même si possible de vivre. On aspire tous à cela. Et la droite, en ne tentant pas une approche ciblée des cas où les rémunérations sont très basses, a laissé toute latitude à la gauche et aux syndicats pour lancer une initiative et menacer l'ordre établi.

 

Bien sûr, le modèle actuel fonctionne plutôt bien. Si seuls 10% des salariés sont en-dessous de 4000 francs par mois, on peut estimer que le système n'est pas si mauvais. Il serait malgré tout arrogant de s'en tenir à cette satisfaction sans s'interroger sur les mesures à prendre pour que ce taux se réduise encore, voire disparaisse. La droite, à ce propos, a manqué à ses devoirs. Je l'ai déjà écrit et je le répète. Si l'on assure bien ses arrières, ce type d'initiatives n'existerait probablement pas. Un contre-projet, par exemple, aurait été bienvenu. Le partenariat social, par exemple, pourrait être renforcé. Est-ce que tout est fait en ce sens aujourd'hui? Pas vraiment. Et ça, forcément, ça génère des frustrations.

 

Le rôle du politique n'est pas uniquement de défendre ceux qui l'ont mis sur son siège d'élu. Justement pour éviter que la voix de cette minorité n'obtienne suffisamment d'écho pour renverser la situation. La démocratie est basée sur un contrat social difficile à établir avec précision. Il faut comprendre qu'on ne joue pas uniquement pour son camp et qu'il est nécessaire de regarder au-delà. L'essentiel, c'est d'améliorer le sort de chacun, et surtout ceux qui en ont besoin. Pour autant que les décisions prises ne viennent pas péjorer la situation des autres. C'est un équilibre complexe et si l’on n’y met pas toute son énergie, les écarts prennent de la place et les mécontents grondent toujours plus fort.

 

A ce sujet, et contrairement à beaucoup de personnalités de droite défendant le non à l'initiative, je ne trouve pas que la proposition des syndicats soit indécente ou déplacée. Je la trouve juste inappropriée pour résoudre le problème qu'elle veut régler. Le salaire minimal n'est pas une perspective acceptable pour un pays comme la Suisse, où la liberté économique a une place importante – dans les faits et dans la Constitution. Cette liberté n'est bien sûr pas un absolu et pour la conserver, il faut entretenir le système. Les laissés pour compte finissent toujours par se faire entendre. Dès lors, si l'initiative devait être refusée le 18 mai, la droite serait bien inspirée de mettre un point d'honneur à corriger les quelques problèmes que notre système connait. Après tout, c'est dans son intérêt.

 

Grégoire Barbey

11:02 Publié dans Air du temps, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook | | | |

01/05/2014

Appel à la jeunesse de Suisse

La votation du 9 février a suscité de nombreux commentaires sur le faible taux de participation des moins de 30 ans – et plus particulièrement des 18 à 25 ans. La réaction de l’Union européenne, qui a gelé les projets Erasmus + et Horizon 2020, a créé l’indignation chez les étudiants. Beaucoup d’observateurs ont reproché à ces jeunes de se plaindre alors qu’ils ne se sont pas mobilisés au moment du vote. J’ai fait partie de ces gens, et je reconnais mon erreur. Avec du recul, il m’apparaît clairement qu’il n’est pas intellectuellement honnête de s’en prendre à la catégorie des 18-25 ans pour la simple et bonne raison qu’aucun discours politique n’a tenté de les inclure réellement dans le débat. Peut-être que ça a été le cas de façon marginale, mais dans le concert des médias, et dans le brouhaha général, on s’est bien peu intéressé à l’impact que cette votation aurait sur la jeunesse.

 

Il ne s’agit pas de revenir sur la votation du 9 février. Comme beaucoup de citoyens et de leaders économiques et politiques, nous en prenons acte et nous l’acceptons car tel est le verdict des urnes. Toutefois, cet événement peut contribuer à lancer un mouvement positif de mobilisation des jeunes dans le débat public. Si nous ne pouvons pas revenir en arrière – et même si quelques voix le proposent de part et d’autre –, alors nous avons le devoir de ne pas laisser se reproduire une situation similaire. C’est pourquoi j’appelle de mes vœux la création d’un groupe de réflexion incluant des jeunes de tous les milieux – universitaires, politiques, linguistiques etc. – pour mettre sur papier une interpellation aux générations qui sont aujourd’hui au pouvoir et donc responsables de notre avenir. Il ne s’agit pas de fonder notre message sur des revendications unilatérales, mais de transmettre à nos aînés tout ce que nous pouvons leur apporter, pour construire ensemble une société qui inclue à la fois les générations à venir, les jeunes, les moins jeunes et les plus âgés.

 

Cette société inclusive, nous pouvons en porter le projet. Nous avons pour nous bien des avantages. Nous sommes quasiment nés avec internet, et nous sommes tous connectés de façon quasi permanente. Les barrières de l’espace n’existent plus, du moins virtuellement, et notre capacité à nous réunir et nous organiser s’en trouve décuplée. Cela nécessite toutefois de faire le premier pas, et de lancer une vaste réflexion, sans tabou, sur la place que nous nous devons d’occuper dans la société. Chaque année, l’Université de Saint-Gall organise un symposium des «Leaders of Tomorrow», conséquence de la génération post-68 et des mouvements estudiantins. Les dirigeants d’aujourd’hui y rencontrent ceux de demain après une sélection très précise. Ces jeunes, choisis à travers le monde, bénéficient d’une expérience unique, où ils peuvent rencontrer les plus grands leaders suisses de l’économie, des dirigeants politiques internationaux et parler à bâton rompu des sujets qui les intéressent ou leur créent des inquiétudes pour leur avenir.

 

Il existe de nombreuses initiatives qui permettent de révéler de jeunes talents pour les grands groupes économiques. Les entreprises ont très bien compris que cette génération ultra-connectée possède quelque chose qui leur permet d’ancrer leur stratégie dans le réel comme dans le virtuel. La politique, c’est autre chose. Bien des exemples viennent noircir le tableau, avec une si faible représentation des jeunes dans les parlements que c’en est presque navrant. Des jeunes qui se présentent, il y en a beaucoup, notamment à travers les jeunesses des partis. Mais il y en a beaucoup aussi qui ne sont pas encartés et qui ne veulent pas l’être (du moins dans l’immédiat). Ces jeunes-là ont également un message à porter, au-delà des clivages traditionnels, par-delà les hémicycles. Il ne s’agit pas de pointer du doigt les aspects négatifs. Il est question d’engagement, de ce que nous pouvons apporter pour l’évolution de notre société. Les discours politiques d’aujourd’hui se sont indéniablement détachés de la jeunesse, parce que les jeunes sont moins prompts à voter, et sont donc moins «rémunérateurs» d’un point de vue électoral. Ce qui incite nombre de jeunes à se sentir oublié des autorités, et les fait donc par la force des choses se détacher aussi des sujets politiques. Un véritable cercle vicieux.

 

Pourtant, de mon avis, les jeunes ne manquent pas de ressource ni d’envie de s’impliquer. Et c’est pourquoi je propose la création d’un vaste groupe de réflexion pour établir un plan d’action et lancer des événements – dans toute la Suisse – pour attirer l’attention sur notre génération. Non, nous ne sommes pas désintéressés, et non, internet et les réseaux sociaux ne font pas de nous des jeunes dilettantes et incapables d’agir sur le présent et d’anticiper l’avenir. Nous aussi, les jeunes, nous voulons être entendus. Quand il s’agit d’augmenter l’âge de notre retraite pour financer les rentes de nos aînés, quand il est question de rehausser les cotisations pour ces mêmes assurances sociales, nous sommes d’accord de faire des sacrifices, mais nous voulons avoir notre mot à dire et nous ne sommes pas dupes: une société qui fonctionne est basée sur un contrat social intergénérationnel. C’est que nous pouvons faire et ce sans plus attendre: nous réunir et décider de ce qui, pour nous, est important. Ce que nous souhaitons inclure dans ce contrat social. Pour ensuite le présenter aux dirigeants d’aujourd’hui, et leur faire comprendre que nous sommes prêts à nous impliquer et à bâtir ensemble, plutôt que d’agir sans nous inclure.

 

Si vous aussi, vous vous sentez concernés, que vous souhaitez porter un message haut et fort, alors rejoignez-nous et prenons notre destin en main. C’est aujourd’hui ou jamais. Un premier événement sera créé dans les prochaines semaines pour appliquer les constats qui précèdent et commencer à déblayer le terrain en vue de la création de ce nouveau contrat social. Soyons nombreux, car plus nos voix résonneront, et plus notre message sera audible.

Merci de relayer cet appel.

 

Pour plus d’informations:

Grégoire Barbey – gregoire.barbey@gmail.com

Darius Azarpey – dariusazarpey@hotmail.ch

13:17 Publié dans Air du temps, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | | |