Gregoire Barbey

12/06/2014

Médias: politiques, mêlez-vous de vos affaires!

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Ainsi donc les jeunes libéraux-radicaux et les jeunes démocrates du centre ont lancé une initiative pour interdire le subventionnement des médias audiovisuels. En cause, la redevance jugée inacceptable. Si l’on peut souscrire à l’argumentaire – l’Etat n’a pas à financer des médias –, on s’étonne volontiers de voir tous ces politiciens soudainement pétris de bonnes intentions à l’égard du secteur journalistique. Ils nous parlent qualité, ils nous parlent concurrence, ils nous parlent indépendance – ah, la bonne affaire! Derrière les grands principes, il y a de nombreux élus qui s’engouffrent déjà dans la brèche pour critiquer à demi-mots un métier qui souvent les dérange.

 

Ces politiciens qui sont toujours très contents d’être invités dans les émissions des chaînes de télévision dites «de service public» (SSR SRG) veulent maintenant supprimer l’unique moyen de financer pareil mammouth. Se rendent-ils compte qu’ils se tirent une balle dans le pied? Qu’une partie de leur visibilité en pâtira inévitablement? Oui, l’un de leur argument est d’affirmer qu’un média financé par l’Etat n’est pas indépendant. La bonne blague. Il faut entendre ici qu’il ne donne pas assez la parole à ceux qui voudraient l’avoir. Mais tout ce que j’écris est évidemment faux: les initiants le disent eux-mêmes, il ne s’agit pas d’attaquer les médias, mais de mettre fin à un mode de financement qui n’est plus adapté à son époque.

 

En clair, nombreux sont ceux qui ne consommeraient jamais une seule information de la RTS, ni par télévision, ni par internet, ni par la radio. Alors que la consommation des émissions des chaînes de service public évolue et augmente toujours plus en différé (donc via notamment internet), les initiants veulent nous faire croire que le grand média public n’a pas rendu captif la plupart des citoyens. Certes, on peut critiquer l’aspect monopolistique de la SSR SRG, avec sa redevance gigantesque et la faible redistribution aux autres médias offrant une information «de service public» (liée à la vie locale, politique, culturelle, etc.). Mais il faut être honnête: en quoi la suppression du subventionnement des médias audiovisuels au moyen de la redevance libérera le secteur de la tutelle de l’Etat? Les concessions seront toujours octroyées par la Confédération.

 

Evidemment, l’on peut être investi de grands idéaux – je suis moi-même libéral et ai de la peine avec tout ce qui s’apparente à de la contrainte. La redevance est un moyen on ne peut plus discutable. Personne n’a jamais remis en cause cet aspect désagréable du financement des médias audiovisuels. Mais à nouveau, quel est le but final d’une telle initiative? Est-ce vraiment un projet louable, avec un but explicable et défendable, ou est-ce une attaque cachée envers la liberté des médias? La Suisse est un marché particulier, car une chaîne de télévision ou de radio privée peut difficilement attendre une taille critique acceptable, du fait des particularités linguistiques et régionales de notre pays. Peut-on vraiment dire que la SSR SRG n’a pas un quelconque intérêt public? Il faudrait développer l’argumentaire. L’impôt (ici sous forme de redevance) est toujours douloureux. Un libéral a cette méthode en horreur. Il ne faut toutefois pas sombrer dans l’idéologie la plus totale et se poser les bonnes questions. Faut-il mettre un terme à l’existence des médias audiovisuels publics? Pourquoi pas. Alors parlons franchement des conséquences.

 

C’est tout de même remarquable que les politiques veuillent tout d’un coup sauver le marché des médias. Eux qui les attaquent quotidiennement quand l’information publiée ne leur convient pas. Eux qui, dès qu’ils le peuvent, tentent de connaître les sources des journalistes. Ils veulent sauver le métier, soudainement, mais à nouveau sans s’être intéressé à ce que pensent celles et ceux qui évoluent tous les jours dans cette profession. Une belle initiative, remplie de bonnes intentions, avec pour finalité le chômage de milliers de personnes – car si la Confédération ne subventionne plus les chaînes audiovisuelles publiques, bonjour les dégâts! La redevance, c’est plus de trois quart des recettes de la SSR SRG. Si les initiants estiment – peut-être à raison – que le système de financement est dépassé, qu’ils se mettent autour de la table avec les principaux intéressés et qu’ils mettent sur pied un nouveau modèle. Sinon, politiques de tous bords, occupez-vous de vos affaires!

 

Grégoire Barbey

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10/06/2014

Le rapport accablant sur l'établissement Villars

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A la suite de l’évasion d’un détenu du centre de détention ouvert Villars, Politeia a obtenu le rapport de l’Inspection cantonale des finances (ICF) datant de 2010 relatif à l’établissement. Le document pointe de nombreux dysfonctionnements, notamment liés à un manque important de ressources humaines pour gérer les affaires courantes. Un député proche du dossier a confié à Politeia que peu de mesures spécifiques à Villars ont été prises, en raison de la planification pénitentiaire qui prévoit à terme la fermeture des petites structures comme Villars. Le Département de la sécurité et de l’économie (DSE), en main du conseiller d’Etat Pierre Maudet, n’a pas souhaité commenter le rapport de l’ICF. Emmanuelle Lo Verso, secrétaire générale adjointe au DES, a quand même précisé «qu’une série de mesures a déjà été prise pour améliorer la situation de l’établissement de Villars. L’une de ces mesures consiste à ne placer à Villars que des courtes peines et des cas évalués non dangereux». Politeia n’a pas pu en apprendre davantage du côté du département «pour des raisons de sécurité».

L’audit s’attarde longuement sur les activités de contrôle de l’établissement Villars. Selon le document, l’audité a informé l’ICF de son incapacité (en termes de personnel) à «effectuer les contrôles pertinents pour s’assurer que les détenus en régime de semi-détention bénéficient toujours d’un emploi, sont présents sur leur lieu de travail et ont un comportement adéquat». Le rapport précise que les mesures prises par Villars ne couvrent pas le risque que des détenus bénéficient à tort du régime de la semi-détention. Par ailleurs, l’établissement n’a également pas les moyens nécessaires pour fouiller tous les détenus en régime de semi-détention lorsqu’ils rentrent de leur journée de travail ou de formation à l’extérieur. Les visiteurs du week-end ne sont pas non plus fouillés de façon approfondie (seules des fouilles sommaires des sacs sont effectuées, selon le document). Les colis reçus ne sont pas non plus contrôlés systématiquement.

L’audit s’inquiète du niveau de sécurité insatisfaisant du bâtiment. «Il ressort des constats (…) que la sécurité et la santé des détenus ne peuvent pas être assurées. Cette situation favorise notamment le maintien d’un trafic de stupéfiants au sein de l’établissement (trafic avéré selon les propos de l’audité).» Ce qui expose les agents de détention à des risques d’agression (puisqu’il n’est pas impossible que les détenus soient en possession d’objets dangereux, en conséquence des contrôles lacunaires), détaille le document. Les responsables de l’établissement précisent toutefois dans le document que d’autres structures comme Champ-Dollon connaissent aussi des trafics de stupéfiants. Selon eux, la sécurité du bâtiment serait grandement améliorée si une fouille systématique des détenus était effectuée à leur retour d’activités externes.

Politeia s’est renseigné sur la situation du personnel de l’établissement de Villars. Une source interne affirme qu’aucune augmentation des ressources humaines n’a été effectuée. Elle confirme également que les fouilles des détenus ne sont pas systématiques en conséquence d’une insuffisance de personnel. Le rapport mettait également en cause l’approvisionnement des médicaments, effectué par un collaborateur de l’établissement. L’acheminement des médicaments prescrits aux détenus comportait des risques pour la sécurité du collaborateur, notamment en termes «de vol avec agression» en raison du transport de méthadone. La source interne de Politeia a toutefois confirmé que cette situation a été corrigée et qu’un service s’occupe maintenant de l’approvisionnement de l’établissement en médicaments.

Grégoire Barbey

15:23 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | | |

02/06/2014

Le 1er juin, les autorités et les gueux

 

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Bicentenaire du rattachement de Genève à la Confédération. Scène incroyable
ce week-end lors de la célébration du débarquement des confédérés à Genève en 1814.


J’annonce immédiatement la couleur: j’ai été convié, vendredi et samedi, aux événements réservés aux autorités. Dès lors, chacun jugera de la pertinence de mon propos. Je désire toutefois m’associer à tous les citoyens qui, d’une manière ou d’une autre, ont été déçus par l’organisation des célébrations du bicentenaire du rattachement de Genève à la Confédération. Il y a de quoi. Je n’étais pas présent dimanche pour la commémoration du débarquement. J’ai cependant reçu des photos qui valent toutes les paroles les plus sages. Tout au long de ce week-end de festivités, il y avait d’un côté les privilégiés et de l’autre le bas peuple, celui qu’on laisse s’agglutiner tout autour du carré saint où siègent les grands esprits du canton et du pays.

 

Evidemment, il me faut être honnête: j’ai moi-même passé un excellent moment samedi. Je serais malhonnête d’affirmer le contraire. Je ne veux en aucun cas donner l’impression que je crache dans la soupe, ce n’est pas ma démarche. Je m’interroge, et je pense qu’il est nécessaire de le faire, sur la pertinence d’organiser une commémoration publique si les infrastructures mises en place ne servent pas à faire profiter à l’ensemble de nos concitoyens les petits plaisirs de la minorité au pouvoir. Ayant été invité, je n’ai pas pu me promener sur les quais pour constater moi-même qu’il était impossible de suivre les festivités réservées aux autorités. Ce n’est qu’après le témoignage, notamment dans le courrier des lecteurs de la Tribune de Genève, de quelques citoyens mécontents, que j’ai compris l’ampleur du problème.

 

D’un côté, les privilégiés, les «élites», comme les qualifieraient certains partis, et de l’autre, les gueux, le peuple, celui qu’on ne veut pas avoir à ses côtés, mais qui nous a quand même placé dans ce rôle tout à fait agréable. On voudrait donner des armes au MCG et à l’UDC qu’on ne s’y prendrait pas mieux! Ces formations politiques auront tout le loisir de dénoncer le comportement des autorités, de crier au loup et d’enfoncer le clou. Ils auraient tort de se priver quand on leur tend la perche. C’est quand même dommage qu’il faille à nouveau mettre en exergue une certaine déconnexion entre les élus et les citoyens. Ces derniers auraient sûrement souhaité faire partie des festivités dans leur ensemble, et on ne peut leur en vouloir. Après tout, c’était une commémoration patriote, et probablement que bon nombre de nos concitoyens souhaitaient pour l’occasion se mêler aux élus pour communiquer leur fierté d’être Genevois, et plus largement d’être Suisses.

 

D’une certaine façon, ce week-end, on leur a retiré leur nationalité l’espace de quelques heures. Ils n’étaient pas des citoyens suffisamment bien mis pour faire partie des spectateurs des véritables festivités. Cela rappelle à la fois l’Ancien Régime et la Rome antique. Du coup, on ne peut qu’inviter les organisateurs à remettre en question leurs décisions pour les prochaines dates de la commémoration (qui s’étend jusqu’en 2015) et éviter de commettre la même erreur. Ce serait déjà une bonne chose. Mais peut-être que c’était volontaire et que les gueux n’ont rien à y faire.

 

Grégoire Barbey

 

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01/06/2014

Stauffer: Genève d'abord... sauf le week-end!

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LA BRÈVE DU BICENTENAIRE – La célébration du rattachement de Genève à la Confédération suisse était très vive en ce week-end de fin mai/début juin avec de nombreux événements. Les autorités ont eu également tout loisir de profiter des festivités avec plusieurs événements qui leur étaient réservés. C’était le cas vendredi soir pour l’avant-première du spectacle 1814 ou la cuisine de l’Histoire au Port noir et de la réception hier des autorités confédérales sur le bateau Lausanne avec la présence du président de la Confédération. Nombreux étaient les participants, des élus communaux aux élus cantonaux, avec des membres également de l’Assemblée fédérale et des autorités judiciaires fédérales. Mais le plus surprenant, dans tout cet attroupement, était l’absence du plus Genevois des Genevois (selon ses propres estimations), le bien/mal aimé Eric Stauffer, président ad aeternam du Mouvement citoyens genevois (MCG). Le tribun était effectivement en vacances. Ce qui a surpris le député vert François Lefort et qui a confié à Politeia: «C’est quand même étonnant que le plus Genevois autoproclamé des politiciens, créateur du parti des plus que Genevois et bateleur en chef de ce parti soit ostensiblement absent d’une célébration aussi emblématique pour le Canton de Genève, peut-être aurait-il fallu le prévenir que le bicentenaire cela ne se produit qu’une fois?»

La question reste ouverte. En tous les cas, cette absence n’a pas l’air d’avoir suscité l’ombre d’un regret, puisqu’aucun journal ni politicien ne l’a relevé ces dernières heures. En tous les cas, cela n’a pas empêché le soleil de briller solennellement.

13:40 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | | | |