Gregoire Barbey

02/10/2014

Taxis: l'arrogance typique du cartel

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Les taxis genevois s’opposent à l’arrivée de la société Uber en Suisse et le font savoir. Cette entreprise californienne propose des chauffeurs particuliers à prix bas (Uber X). Dans certains pays, et notamment en France, ce service a été considéré comme illégal, parce qu’il exercerait une concurrence déloyale avec les taxis. En outre, le montage financier d’Uber a fait l’objet de nombreuses critiques, ainsi que la rémunération des chauffeurs, le stockage de données personnelles sur l’application dédiée. Si l’entreprise ne fait pas l’unanimité, son arrivée en Suisse (et en France, avec au final une décision rendant Uber X illégal sur le territoire) permet de constater qu’il existe encore aujourd’hui des secteurs d’activités fortement protégés par l’Etat. Les taxis ont-ils droit à un statut particulier? Est-ce un marché subventionné par les pouvoirs publics? Toute concurrence est-elle déloyale a priori? Quand on voit l’incroyable mobilisation des chauffeurs de taxi contre la nouvelle loi à Genève, on peut s’interroger sur la puissance de ce secteur. Un véritable lobby. Ce qui en soit n’est pas dérangeant. Là où le bât blesse, c’est quand un secteur d’activité se montre réfractaire à toute évolution, et que l’Etat s’en mêle en le protégeant d’une concurrence qui sera automatiquement jugée déloyale.

Selon l’avocat et député PDC Vincent Maitre, certains taxis auraient à l’égard des chauffeurs d’Uber une attitude peu acceptable (menaces, injures, pressions etc.). Si cela se vérifiait, que doit-on penser d’un tel comportement? Les taxis sont-ils les rois du transport particulier dans la République? Et pense-t-on aux clients, qui peut-être trouveront Uber plus adapté à leurs besoins? La concurrence semble exister que lorsqu’on y trouve un avantage personnel. Dans le cas contraire, l’Etat crée des secteurs monopolistiques, où la concurrence est très restreinte et inscrite dans la loi. Si les clients veulent autre chose, tant pis pour eux. Les taxis font aujourd’hui figure d’atelier protégé, comme s’ils avaient une utilité essentielle dans le quotidien des gens. Certes, il nous arrive à tous de prendre une fois un taxi, et il existe de nombreuses raisons de le faire. Mais si une société a innové dans le secteur, proposant des services haut de gamme à des prix jamais vus, est-ce que cela n’a pas non plus une certaine utilité pour tout le monde? Si Uber viole la protection des données ou rémunère abusivement ses collaborateurs, la justice doit bien évidemment intervenir. Mais si ces raisons sont avancées pour justifier la protection d’un secteur d’activité en danger, dans une société libérale, ce n’est tout simplement pas acceptable.

Tous ceux qui ont pris un jour le taxi à Genève savent à quel point le service est cher. Et le trajet n’est pas toujours agréable. Je me rappelle d’une fois où, pour nous rendre dans un village mal desservi par les transports publics, une amie et moi-même avions décidé de prendre un taxi. Durant tout le trajet (environ vingt minutes), le chauffeur n’a pas arrêté de faire des remarques à mon amie, de celles qu’on qualifie généralement de déplacées, voire de carrément lourdes. Au final, le trajet a coûté plus de 50 francs. Tous les chauffeurs ne se comportent évidemment pas comme celui précédemment décrit. Mais c’est un exemple parmi d’autres qui pourrait justifier qu’un client décide de se rabattre sur les services d’Uber, moins onéreux. Quelle est la plus-value des taxis genevois, aujourd’hui? Si ce n’est qu’ils sont chers, pas toujours très agréable avec leurs clients, et surtout possèdent une puissance politique qui semble démesurée par rapport à leur véritable importance.

S’ils servent à bien des personnages âgées à mobilité réduite, d’autres entreprises proposant des services de chauffeur particulier peuvent aussi répondre à ce besoin. Et si ces entreprises ont trouvé la méthode pour réduire les prix, c’est évidemment mieux, surtout pour les clients. L’attitude arrogante des taxis genevois est tout-à-fait choquante. En aucun cas, les taxis ne doivent profiter d’une protection qui viole la concurrence et permet de jouir d’un marché qui gagnerait à s’ouvrir à d’autres prestataires de services. Ce que font les taxis, c’est simplement abuser de la démocratie pour maintenir une position dominante sur toute autre forme de concurrence. Et c’est très grave. Uber, qui a sûrement bien des défauts, a au moins le mérite de démontrer que même en Suisse, les corps intermédiaires ont encore un peu trop de pouvoir. Tout en bénéficiant d’un soutien politique discutable. Les taxis genevois peuvent bien se fâcher, vitupérer, s’exaspérer, hurler, menacer, pavoiser, et j’en passe. Ils n’exercent pas à ma connaissance une activité justifiant un soutien excessif de l’Etat. C’est au législateur de se faire une raison et de ne pas accorder un pouvoir démesuré à une profession qui se croit un peu trop au-dessus des autres.

09:55 Publié dans Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook | | | |

Commentaires

Curieux de connaître la prise de position de notre libertarien taximan...

Écrit par : Johann | 02/10/2014

Juste pour ma gouverne, connaissez vous le prix de la plaque d'un véhicule appelé à devenir un outil de travail, pour les possesseurs du permis de conduire professionnel ?

J'avais connaissance d'une valeur autour de 200'000,- francs suisses.
Est-ce raisonnable de laisser opérer sur un marché déjà saturé, une telle société ?

Non, votre exemple cité, n'est en rien révélateur d'une attitude globale des chauffeurs de taxis genevois.

Je peux vous donner des exemples mille (1'000) fois pires.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 02/10/2014

Bon, je suis bien obligé de réagir... mais vous ne le méritez pas.
Vous surfez sur la vague de la mauvaise réputation mondiale des taxis sans avoir pris le temps de faire vos devoir. C'est indigne de la part d'un journaliste.
Et puis j'ai pris la décision de boycotter les blogueurs qui lancent des pavés dans la mare sans assurer le suivi. Je ne reviendrai donc pas alimenter la discussion.

Non, les taxis ne sont pas soutenus par l'Etat. C'est juste l'inverse. Ils subissent une nouvelle loi tous les 6 ans, toujours plus restrictive et jamais appliquée. Les députés votent ces lois sans même écouter les milieux concernés. Elles échouent systématiquement car elles sont parfaitement inapplicables.

Non, l'Etat ne protège pas l'activité du taxi, c'est aussi le contraire. Elle enserre l'industrie dans un dispositif stalinien d'un autre âge en imposant un monopole d'Etat pour une centrale unique qui enlève toute possibilité aux clients de choisir son prestataire. L'ensemble de la corporation se bat contre cette loi inepte et dénonce l'incurie de nos élus qui ne prennent même pas le temps d'écouter les milieux professionnels.

Non, Uber ne propose pas une alternative qualitative et moins cher, c'est un leurre. Je vous encourage à le vérifier en quelques clics sur les moteurs de recherches. Uber est un intermédiaire qui n'offre aucune valeur ajoutée et essaie de phagocyter des pans entier de l'économie pour engraisser ses actionnaires. Derrière Uber se trouve notamment Google qui vient de dégager plus d'un milliard pour tuer l'industrie du taxi en subventionnant les chauffeurs qui gagnent, dans un premier temps, plus que les taxis. Tous ces candidats naïfs deviendront à terme des working poors à moins qu'Uber, devenu leader monopolistique ne remonte les prix au niveau de ce qu'offrent actuellement les taxis qui peinent à dégager un revenu décent.

Non, Uber n'est pas une alternative intéressante pour les clients. Au contraire, les risques sont énormes. C'est la principale raison pour laquelle les gouvernements européens refusent cette concurrence déloyale. Les clients s'exposent à des accidents non-couverts, des transferts dans des véhicules non contrôlés, des chauffeurs non administrés qui ont fait l'objet de plaintes graves pour harcèlement sexuel et autres méconduite impossible à sanctionner. La plupart des parents responsables interdisent à leurs enfants d'utiliser cette alternative.

Non, Uber ne pratique pas l'économie de partage. Bien au contraire, cette société en

Écrit par : Pierre Jenni | 03/10/2014

Bon, je suis bien obligé de réagir... mais vous ne le méritez pas.
Vous surfez sur la vague de la mauvaise réputation mondiale des taxis sans avoir pris le temps de faire vos devoirs. C'est indigne de la part d'un journaliste.
Et puis j'ai pris la décision de boycotter les blogueurs qui lancent des pavés dans la mare sans assurer le suivi. Je ne reviendrai donc pas alimenter la discussion.

Non, les taxis ne sont pas soutenus par l'Etat. C'est juste l'inverse. Ils subissent une nouvelle loi tous les 6 ans, toujours plus restrictive et jamais appliquée. Les députés votent ces lois sans même écouter les milieux concernés. Elles échouent systématiquement car elles sont soit inapplicables soit inappliquées en raison du manque de ressources dédiées aux contrôles.

Non, l'Etat ne protège pas l'activité du taxi, c'est aussi le contraire. Elle enserre l'industrie dans un dispositif stalinien d'un autre âge en imposant un monopole d'Etat pour une centrale unique qui enlève toute possibilité aux clients de choisir son prestataire. L'ensemble de la corporation se bat contre cette loi inepte et dénonce l'incurie de nos élus qui ne prennent même pas le temps d'écouter les milieux professionnels.

Non, Uber ne propose pas une alternative qualitative et moins chère, c'est un leurre. Je vous encourage à le vérifier en quelques clics sur les moteurs de recherches. Uber est un intermédiaire qui n'offre aucune valeur ajoutée et essaie de phagocyter des pans entier de l'économie pour engraisser ses actionnaires. Derrière Uber se trouve notamment Google qui vient de dégager plus d'un milliard pour tuer l'industrie du taxi en subventionnant les chauffeurs qui gagnent, dans un premier temps, plus que les taxis. Tous ces candidats naïfs deviendront à terme des working poors à moins qu'Uber, devenu leader monopolistique ne remonte les prix au niveau de ce qu'offrent actuellement les taxis qui peinent à dégager un revenu décent.
Le prix ne peut être compétitif puisque les particuliers ne sont pas autorisés à utiliser les couloirs de bus. Je vous encourage à tenter l'expérience, vous serez surpris de la facture finale.

Non, Uber n'est pas une alternative intéressante pour les clients. Au contraire, les risques sont énormes. C'est la principale raison pour laquelle les gouvernements européens refusent cette concurrence déloyale. Les clients s'exposent à des accidents non-couverts, des transferts dans des véhicules non contrôlés, des chauffeurs non administrés qui ont fait l'objet de plaintes graves pour harcèlement sexuel et autres méconduite impossible à sanctionner. La plupart des parents responsables interdisent à leurs enfants d'utiliser cette alternative.

Non, Uber ne pratique pas l'économie de partage. Bien au contraire, cette société entend se sucrer un max sans rien offrir et surtout sans assumer aucune responsabilité. Il est pratiquement impossible de trouver une personne répondante. Les plaintes d'Allemagne sont dirigées contre le siège aux Pays bas.

Non, Uber n'apporte pas de nouvelle technologie. Les centrales modernes telles que les trois qui pratiquent à Genève, offrent déjà des applications qui permettent de commander et suivre le taxi depuis un smartphone. Nous offrons ce service depuis plus d'un an et notre application à Taxiphone est plus performante que celle d'Uber. www.taxi-phone.ch

Je pourrais vous en parler pendant des heures. Si le sujet vous intéresse, n'hésitez pas à me contacter. En attendant, je vous recommande les liens suivants :
www.swissinfo.ch/eng/multimedia/uber-in-zurich--a-case-of-unfair-competition-/40587666

http://www.rts.ch/la-1ere/programmes/en-ligne-directe/5825607-en-ligne-directe-du-13-05-2014.html

Ma contribution au forum de l'IRU qui explique pourquoi il n'y a pas de réelle concurrence dans ce marché et pourquoi, après une vague de libéralisation, la plupart des pays sont revenus à une régulation de l'activité (bas de page).
http://www.iru.org/index/en_event_2ndTaxiForum

Bon travail et à bientôt.
P. Jenni

Écrit par : Pierre Jenni | 03/10/2014

J'oubliais...
siliconvalley.blog.lemonde.fr/2014/07/04/face-aux-taxis-uber-opere-desormais-a-perte/

Écrit par : Pierre Jenni | 03/10/2014

Bonjour Gréfoire,

Merci de bien vouloir publier l'entier de mon commentaire corrigé.

Écrit par : Pierre Jenni | 03/10/2014

Les politiques qui font nos lois n'ont jamais "écouté les milieux concernés" et ce, dans n'importe quel domaine. Ils sont persuadés d'être l'unique détenteur de la vérité, qui, évidemment, est conforme à leurs idéaux politiques. Peu importe que cela soit applicable ou pas, seule leur vision importe et si, par malheur, un de leur opposant a une bonne idée sur le sujet, ils la combattent farouchement ! Non mais !

Et si les milieux concernés osent remettre en cause le fruit de leur cogitation, ils les vouent aux gémonies ! Comment osent-ils ! Le vote démocratique leur a donné le pouvoir de légiférer sur tous les sujets, peu importe leur niveau de connaissances ...

Le plus pitoyable se sont les petits arrangements : un projet de loi n'est pas discuté, en échange de la réciprocité sur un autre sujet présenté par les opposants ... Et voilà, comment on se retrouve avec deux lois bancales.

Écrit par : Gérard GAUDET | 04/10/2014

Alors Grégoire, vous avez fait vos devoirs à domicile ?
Histoire de revisiter un peu votre billet...

Écrit par : Pierre Jenni | 04/10/2014

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