Gregoire Barbey

20/11/2014

Des jeunes réinventent la lutte des classes

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Des jeunes libéraux-radicaux ont envoyé au procureur général une dénonciation pénale des grévistes «ayant empêché les non grévistes de travailler» mercredi lors du mouvement syndical des collaborateurs des Transports publics. Les délateurs se défendent de le faire à titre privé (tellement privé qu'ils sont tous du même parti et que l'information est directement sortie dans la presse). L'objet de leur courroux? Des citoyens ont été empêchés d'accès aux transports publics parce que des grévistes ont fait pression sur des chauffeurs pour qu'ils ne puissent pas travailler. Selon eux, les photos publiées dans la presse suffisent à étayer leurs propos. J'ai regardé avec attention ces photos et je ne vois aucun collaborateur des TPG s'en prendre à des grévistes. Visiblement, aucune altercation n'a eu lieu. Si des chauffeurs ont abandonné l'idée de travailler, c'est uniquement de leur fait, car s'ils avaient voulu s'opposer à leurs collègues, vu la couverture presse déployée pour l'événement, ils auraient pu le faire savoir. Et comment.


Bien sûr, je ne veux pas défendre les grévistes. J'ai moi-même ironisé sur l'ampleur de la situation. Ce qui m'interpelle dans l'action concertée de ces quelques jeunes libéraux-radicaux, c'est l'absence de recul. Cette dénonciation, qui n'aura probablement aucun suivi pour d'évidentes raisons politiques, donne l'opportunité aux grévistes et aux syndicats qui les défendent de se positionner en victime. De plus, les auteurs semblent totalement minimiser le poids de la symbolique qui se cache derrière leur démarche. Ambiance lutte des classes. Des jeunes de droite qui dénoncent des grévistes, pour des motifs justes ou pas, la question n'est pas là, c'est tout un panel d'images qui nous vient en tête. La gauche et ses satellites n'en demandaient pas tant. Le manque de recul paraît tellement évident qu'on se demande si des libéraux-radicaux n'ont pas agi dans l'ombre pour lancer ces jeunes à la dérive. Vu le communiqué du PLR publié lors de la journée de grève, qualifiant cette action syndicale d'anti-démocratique, on s'avancerait assez peu en s'imaginant que ces jeunes, pleins de bonne volonté, ont été manipulés. Mais ce ne sont que des suppositions.


Quand on fait de la politique, il faut peser les avantages et les inconvénients potentiels de ses actes. L'action aurait peut-être eu du sens si elle n'avait pas été directement communiquée à la presse. On aurait pu se bercer d'illusion quelques instants et se dire que la démarche était désintéressée, sans objectif politique. Une manière de faire parler de soi qui pourrait avoir des conséquences plus fâcheuses pour ces personnes, et sur la durée. Ont-ils vraiment réfléchi avant d'agir? La dénonciation intervient moins de 24 heures après les faits. On est tenté de se dire que non, il n'y a eu aucune réflexion sur l'utilité de cette action.


Et c'est bien dommage, car ça donne des jeunes une image d'impulsifs. Au fond, on ne s'étonnera pas si une fois encore, pour les élections fédérales, les jeunes libéraux-radicaux ne seront rien de plus que des faire-valoir visant à asseoir la sagesse des anciens du parti. Bien joué, les d'jeuns!

22:16 Publié dans Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | | | |