Gregoire Barbey

07/12/2014

Gouvernement: la collégialité, c'est du passé

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Luc Barthassat. Le ministre des Transports est marginalisé par ses collègues.
La campagne pour les prochaines élections cantonales a déjà commencé.

 

La collégialité au Conseil d’État est un lointain souvenir. L'entretien qu'a accordé le super-chancelier François Longchamp au Matin Dimanche le démontre. «Je n'ai jamais accepté de dire (…) à une radio la musique que j'écoutais», affirme-t-il. Pour la petite histoire, son collègue Luc Barthassat s'est prêté au jeu dans l'émission MP3 de la RTS en 2012. François Longchamp estime que le drame de la politique aujourd'hui, c'est «l'absence de limite entre la fonction et la peopolisation». Pour masquer ses cartes, le chef du Département présidentiel exemplifie ses propos en parlant d'un ancien président de l'Assemblée nationale en France qui s'est prêté au jeu d'une émission de télé-réalité. Difficile pourtant de ne pas y voir non plus une attaque envers son collègue Barthassat, omniprésent dans la presse et sur les réseaux sociaux. Le super-chancelier ne s'arrête pas là et affirme que les gens n'attendent pas du gouvernement des crises de nerfs. Allusion à l'intervention de Luc Barthassat jeudi soir au Grand Conseil, lorsqu'il a répondu aux propos du rapporteur de majorité sur le contrat de prestations des Transports publics genevois (TPG), Eric Stauffer? Sans doute.

Des propos qui restent malgré tout destinés à un public restreint, à savoir le petit microcosme politique genevois. Cet entretien n'est finalement que la pointe de l'iceberg. Dans toute la gestion du conflit social des TPG, François Longchamp a tenté de marginaliser son collègue en charge des Transports. En se mettant du côté d'une syndicaliste, il a demandé à Luc Barthassat de se tenir en retrait des négociations. Ce qu'il se garde bien d'avouer dans la presse. Cet épisode est on ne peut plus édifiant et mérite une analyse circonstanciée.

La grève du 19 novembre a surpris le gouvernement. Celui-ci a laissé Luc Barthassat s'exprimer dans la presse, sans lui témoigner un quelconque soutien. Pierre Maudet, avec son sens politique très aiguisé, a permis à son collègue des Transports d'annoncer que la police pourrait intervenir auprès des grévistes si des débordements devaient se produire. Mais le ministre de la Police n'a bien sûr jamais confirmé cet accord. Au contraire, le gouvernement a laissé Luc Barthassat annoncer ce qu'ils ont convenu, pour ensuite le recadrer à demi-mots. Pourquoi? La réponse est assez simple: les ministres préparent déjà la succession de 2018. C'est de la basse politique, mais c'est assez habituel. Il doit y avoir un maillon faible dans le gouvernement, un siège doit être menacé. Les libéraux-radicaux aimeraient bien récupérer le troisième siège qu'ils ont perdu l'an dernier. Il y a un démocrate-chrétien de trop, et c'est évidemment Luc Barthassat, puisque Serge Dal Busco est fait du même moule que ses deux collègues radicaux.

Il faut dire que Luc Barthassat n'est pas très facile à vivre. Il ne se laisse pas faire, il gueule et il le fait savoir. Omniprésent dans la presse et sur les réseaux sociaux, le ministre agrarien est populaire. Le problème, c'est qu'il ne se laisse pas facilement maîtriser. Et ça agace profondément ses collègues. Pour la petite histoire, lorsque le ministre des Transports s'est exprimé jeudi soir au Grand Conseil, s'énervant contre Eric Stauffer, Mauro Poggia, Antonio Hodgers et François Longchamp se sont réunis devant la tribune de l'Exécutif. L'image était cinglante. D'un côté, trois ministres, debout, qui parlent vraisemblablement de la prestation de leur collègue qui lui est seul et assis. On ne fait pas mieux en termes d'image. C'est puissant et ça en dit beaucoup.

Bref, le conflit social aux TPG était un excellent prétexte pour que les hostilités sortent au grand jour (car elles ont commencé bien avant). Une fois encore, c'est le responsable des Transports qui va morfler (la précédente législature, c'était la Verte Michèle Künzler). Un département compliqué, et surtout surexposé au sein de la population. La cible est toute trouvée. Pour terminer, on envoie le chien fou Eric Stauffer régler son compte à Barthassat. Une première fois en tant que rapporteur de majorité. Une deuxième dans un débat dans l'émission Forum de la RTS contre le président du PDC genevois Sébastien Desfayes. Eric Stauffer croit-il qu'on ne l'a pas vu discuter, à plusieurs reprises, avec François Longchamp ces derniers jours? La ficelle est un peu grosse. Toutefois, il faut un bouc émissaire, et force est de constater que le gouvernement s'est mis en ordre de marche pour marginaliser l'un de ses membres. Mais ça reste un jeu dangereux, Luc Barthassat est sanguin et lui tendre des pièges pourrait l'énerver. Les règlements de compte que l'on souhaiterait discrets pourraient rapidement émerger sur la place publique.

 

Grégoire Barbey


12:30 Publié dans Genève, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | | | |

Commentaires

Les personnes qui agissent font peur à ceux qui restent dans l'ombre... Et puis, Luc Barthassat ne "colle" pas dans le paysage ultra calviniste et (non moins ultra) libéral de Genève. On n'aime pas les têtes qui dépassent, on n'aime pas les politiciens populaires et encore moins ceux qui font ce pour quoi on les a élus : s'occuper du bien être de la population genevoise et faire avancer le"schmilblick" de la République.

M. Barthassat n'est pas parfait, loin de là. Mais j'aime bien cet homme qui est resté les deux pieds bien par terre et qui assume pleinement son côté peuple et son côté "people". Il a aussi pour lui cette façon de rebondir lorsqu'il trébuche, voir lorsqu'il se casse la figure. Il se relève et continue, tout simplement.

Écrit par : Félix WEBER | 07/12/2014

Très bonne analyse Grégoire et les coups bas vont se multiplier. Cela promet pour la suite , alors que l'on va subir des situations plus que difficiles avec un Etat qui n'arrive pas à maîtriser ses dépenses, quoi qu'il en dise! Tu peux te réjouir pour ta profession, la matière ne manquera pas!

Écrit par : Leyvraz Eric | 07/12/2014

Très bon blog, merci. Il est juste de faire remarquer que le matraquage contre M Barthassat a commencé et ceci depuis longtemps. Il est vrai qu'il n'est pas parfait et on sait aussi qu'il ne sera jamais un homme de dossiers. On sait aussi qu'il est un patron et qu'il sait donner les impulsions, les dossiers même important sont pour les haut fonctionnaires.

Le problème avec M Barthassat c'est que le reste du Conseil d Etat ne comprend toujours pas comment il a pu gagner les elections, c'est une enigme pour l' élite.

ça a déjà commencé, on parle de tutelle, accroc a facebook, pas competant,il ne parle pas comme il devrait et j'en passe et des meilleurs. Mais bon 10 jours et la grève est réglée ! ah oui ce n'est pas lui mais alors pourquoi n'a ton pas régler les 9 mois de grève avec la Police avant.

la rade ? a zut il a réussi ah oui le dossier etait facile.......

Écrit par : Ives | 08/12/2014

A chacun sa Kunzler!

Écrit par : Galileo | 08/12/2014

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