Gregoire Barbey

07/01/2015

La liberté d'expression ne sera pas assassinée

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Tous les matins, je suis aussi en séance de rédaction. Je ne travaille pas dans un journal satirique. Celui pour lequel j’écris n’est pas aussi visible. J’ai fait mes premières armes chez Vigousse, le petit journal satirique de Suisse romande. Aujourd’hui, j’ai le cœur lourd. Une dizaine de personnes ont été tuées au siège du journal Charlie Hebdo. On s’en est pris à la liberté de pensée et à la liberté d’expression. Qu’importe si ce sont des musulmans fanatiques, des Français perdus qui voulaient semer la confusion en faisant porter le chapeau aux islamistes. Tout cela n’a pas d’importance. Nous ne pouvons que compter les morts et affronter ce gâchi, celui d’une société où l’on abat celles et ceux qui pensent différemment, celles et ceux qui luttent quotidiennement pour s’exprimer en toute liberté. Je n’ai pu retenir ma colère et mes larmes en apprenant la nouvelle. En découvrant, comme des millions d’autres personnes, les images du massacre dans les journaux télévisés. Je n’étais pas un lecteur de Charlie Hebdo. Je les trouvais parfois grossiers, souvent excessifs. Mais jamais je ne pourrais me résoudre à penser que ces journalistes l’avaient cherché. Ils étaient décalé, ils provoquaient. C’était leur rôle. Et d’autres continueront de le faire à leur place.

Nous découvrons avec effroi que même dans une république libre, la liberté n’est jamais acquise. Nous devons lutter pour la conserver, pour asseoir sa légitimité. La liberté de la presse, la liberté de pensée, la liberté d’expression, ce sont des valeurs qu’un journaliste doit être fier de porter. Aujourd’hui plus que jamais, je me sens proche du métier que j’exerce, je me sens fier d’être dans cette noble profession. Je n’aurai probablement jamais à souffrir ce qu’ont vécu les journalistes de Charlie Hebdo. Je ne travaille pas sur le même segment. Mais même à mon niveau, on subit aussi des pressions, on reçoit des menaces. Et on continue, persuadé que l’on doit se battre pour ce que l’on pense. Plus que jamais, je crois à l’engagement en tant que journaliste. Je crois qu’il y a des valeurs qu’il nous faut défendre, et parmi elles, celle de s’exprimer. Le dialogue doit être la seule solution aux désaccords. La violence est le fait des faibles et des lâches. J’ai mal aujourd’hui, mal au cœur pour Charb, pour Cabu, pour Wolinski et pour Tignous, que je n’ai jamais connus. Ils seront je l’espère le flambeau de la liberté de s’exprimer. N’oublions pas qu’ils sont morts en faisant ce en quoi ils croyaient. On n’avilit pas la République en tuant ses membres, en tuant ceux qui la font vivre, même indirectement. On la renforce.

Je ne saurais dire toute la tristesse qui s’empare de moi. Je ne peux expliquer ce sentiment. Mais j’ai l’impression physique, profondément physique, qu’on est tous aujourd’hui un peu Charlie. Sinon à quoi bon se lever tous les matins l’esprit plein de valeurs et de convictions?

Hommage et condoléances à ces personnalités qui ont succombé face à la terreur.

Grégoire Barbey

15:05 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | | | |

Commentaires

Vous n'allez tout de même pas devenir un salaud d'islamophobe comme moi, Barbey !?!

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 07/01/2015

Bravo Grégoire pour votre billet. Vous avez mis les bons mots sur ce que je ressens aussi.

Écrit par : Michael Dupertuis | 07/01/2015

Ces barbares du moyen-âge

ont éxécuté des dessinateurs de talent, dotés d'esprits brillants maniant nos connaissances universelles

les seuls qui, sur le terrain de l'humour et de la caricature, pouvaient encore exprimer un champ de liberté réclamé par l'esprit du citoyen démocrate,

que l'ensemble des dites démocraties représentées à l'ONU, confrontées aux marchés mondiaux, ne sont plus en mesure de gérer depuis que ni l'ONU ni l'UNESCO n'ont réussi à faire appliquer leurs propres résolutions.

Ceci est un exemple des amalgames que tous citoyens sont en train de faire, enfants y compris

Écrit par : genevois déshérité | 07/01/2015

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