Gregoire Barbey

24/02/2015

MCG: n'ayons pas peur des mots

 11012238_763447607078294_1875287743_n.jpg

«On ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment», écrivit un jour le Cardinal de Retz. Une phrase souvent attribuée à tort à l’ancien président socialiste de la République française François Mitterrand. Il faut dire qu’elle lui convenait bien. C’est aussi le credo du Mouvement citoyen genevois (MCG) qui use et abuse de l’ambiguïté dans sa communication politique. Le parti n’hésite pas à employer des méthodes franchement discutables pour choquer l’opinion et s’attirer la sympathie de l’électorat qu’il convoite. Sur le plan du marketing, il faudrait reconnaître à Eric Stauffer un certain talent alors qu’il n’a fait qu’actualiser des stratégies usées mises au point en d’autres temps ciblant une certaine frange de la population. Le but  recherché, c’est toucher aux tripes, plutôt que de parler au cœur ou à la  tête de ses potentiels électeurs, et pour cela le MCG provoque et surtout flirte avec les limites de la législation et de la décence. En clair, son message n’a pas vocation à émettre une vérité démontrable. Il a pour but de créer un climat, de l’autoalimenter pour se présenter comme la seule alternative crédible à la situation dénoncée. C’est ce que le parti fait depuis dix ans avec les frontaliers, son fonds de commerce, le fonds de commerce de boutiquiers de la politique.

 

Certes, les membres du parti ont toujours des exemples particuliers à prétention de vérité générale. On a tous quelqu’un dans son entourage qui connaît quelqu’un qui lorgnait sur un poste finalement attribué à un frontalier. Si quelques employeurs n’ont aucun scrupule et se comportent de façon franchement indécente, c’est qu’il y a bien un problème avec cette catégorie de travailleurs, affirme le MCG pour démontrer son argumentaire. Le discours n’est pas plus compliqué, et force est de constater que cela fonctionne. Principe de la victime expiatoire. Le public cible du MCG ne veut pas savoir si les frontaliers font partie du problème et à quel degré ils sont responsables des difficultés à trouver un emploi à Genève. Ils ne veulent pas de débat à ce sujet. En personnifiant et en identifiant la prétendue cause de leurs problèmes sociaux, les électeurs du MCG pensent que le MCG leur donnera la solution à leur mal-être. La force du MCG est de ne proposer qu’une seule chose (et Eric Stauffer l’a admis dans un article du Temps), régler le problème de l’invasion des frontaliers, c’est à dire mettre les frontaliers dehors, comme l’affiche dont il est très fier le proclame à Onex. La boucle est bouclée. Ceux qu’ils pointent du doigt sont aussi ceux qui peuvent servir malgré eux à inverser la tendance et rendre aux Genevois les emplois qui seraient les leurs, parce que des centaines de sociétés étrangères ont choisi de les créer à Genève et pas ailleurs. Basé sur de fausses prémisses, ce discours est cohérent mais nécessite le recours à la surenchère permanente.

 

Là où le bât blesse, c’est lorsque le discours devient franchement ordurier. Lorsque la communication flirte délibérément avec des références historiques de mauvaise mémoire. La dernière trouvaille du MCG, ce sont ces affiches à Onex (voir photo ci-dessus) qui proclament faussement qu’il s’agit d’une commune «zéro frontalier». Un gage de pédigrée. D’ailleurs Eric Stauffer reconnaît qu’il y a bien un titulaire de permis G au sein de l’administration, mais il s’en fiche: le but c’est que le message atteigne sa cible, qu’importe s’il prend des libertés avec la vérité. Pareil lorsqu’il est question de l’initiative qu’Eric Stauffer promet de déposer pour introduire des autocollants labélisant un commerce. Cela permettra aux commerçants d’annoncer à leur clientèle la proportion de frontaliers travaillant pour eux. L’idée pas nouvelle a déjà été appliquée dans la commune de Claro au Tessin. On comprend assez rapidement les dérapages qu’une telle communication peut engendrer. On sait bien à Genève qu’il y a aujourd’hui un climat délétère à l’égard des frontaliers. Jusqu’au jour où l’un des admirateurs du MCG perde son sang-froid et s’en prenne physiquement à un frontalier. Il sera trop tard pour dénoncer l’ambiguïté et la dangerosité du message populiste. Le mal sera fait. Et les responsables n’auront aucune sorte de responsabilité pénale. Ce ne sera qu’un désaxé et bien sûr le parti ne pourra pas être accusé d’avoir favorisé son passage à l’acte.

 

C’est un double discours dangereux dont il faut se méfier. N’ayons pas peur des mots. Le principe de coller des autocollants informant la clientèle du pourcentage de frontaliers travaillant dans une entreprise ressemble à s’y méprendre aux «Judenfrei» et autres «commerces aryens» de l’Allemagne des années 1930. Les Juifs étaient accusés à l’époque de prendre le travail des bons Allemands. Entre autres maux fantasmagoriques. Oui, le parallèle choque. Mais comme l’écrivit Talleyrand: «Si cela va sans dire, cela ira encore mieux en le disant». C’est toute l’ambiguïté du MCG. Le parti joue d’une communication aux relents d’une époque que nous savons toutes et tous terrible. Une période de l’histoire humaine qui fait froid dans le dos. Pourtant les codes utilisés par cette communication ont d’indéniables effets sur les émotions des citoyens. Le MCG condamnera toujours celles et ceux qui auront l’outrecuidance de décrire en mots simples sa communication de manipulation des émotions. S’il venait à ne pas le faire, il donnerait un mauvais signal à son électorat, qui se désolidariserait assez rapidement du message, réalisant ainsi que la limite a été franchie (car les électeurs du MCG aimerait croire de bonne foi que le message véhiculé par le mouvement n’est pas comparable à la propagande d’anciens partis populistes). C’est en cela que si le MCG sortait de l’ambiguïté, il perdrait de son pouvoir. Et sans doute ses propres membres ne réalisent pas vraiment qu’ils flirtent avec cette communication. Tout cela relève du domaine de l’inconscient. Le MCG cherche un résultat (le pouvoir) et il a trouvé le moyen d’y parvenir (en ciblant un électorat avec une communication sur mesure).

 

Tant qu’il pourra repousser les limites de la décence dans le message qu’il véhicule, le MCG ne s’arrêtera pas. Tel un enfant infernal testant la résistance de ses proches, le parti va toujours plus loin. Se rêvant maître de sa destinée, Eric Stauffer est en réalité dépendant d’un jeu malsain: il ne peut pas continuer de progresser politiquement s’il cesse de surenchérir. Et il en est malheureusement conscient. C’est là qu’entrent en jeu les autres partis, et même tous ceux qui pensent que le message véhiculé par le MCG devient de plus en plus dangereux. Seules ces personnes ont le pouvoir de mettre une limite claire à cette avalanche de slogans nauséabonds. Le MCG a toujours menacé celles et ceux qui disent de lui que c’est un parti à la communication fasciste de poursuites judiciaires. Est-il passé de la parole aux actes? Pas à ma connaissance. Sans doute les caciques du MCG craignent-ils qu’en permettant à la justice de se déterminer sur la légalité de tels qualificatifs à l’égard du parti, la décision puisse leur échapper et leur coûter le confort de l’ambiguïté.

 

Le MCG peut se lâcher à tous les niveaux (et il ne se gêne pas de le faire, comme en témoigne encore le douteux parallèle qu’a fait Eric Stauffer entre une publicité pour des prostituées et des députées d’un autre groupe politique…). Pourquoi donc celles et ceux qui combattent le discours de ce parti ne pourraient pas dire ce qu’ils pensent de son message à haute voix? Il ne faut surtout pas hésiter. Et personnellement, je ne vais pas me gêner de le faire: la communication politique du MCG flirte vraiment avec les méthodes employées par la propagande nazie. Ce qui ne signifie pas que les membres du MCG sont des nazis. Non. Cela signifie seulement que cette communication a un objectif non avoué: identifier et personnaliser un problème pour en proposer une solution toute simple: chasser la cause de ces troubles hors des frontières genevoises. Et c’est ce message qu’il faut combattre. Il n’y a pas de nazis ou de fascistes au MCG. Il y a juste des individus qui emploient des méthodes dangereuses, des méthodes employées par des partis fascistes et nazis, qu’on disait populistes. Des méthodes dangereuses qui détruiront la cohésion sociale, et qu’il convient de  dénoncer. Georges Clemenceau disait que «Toute tolérance devient à la longue un droit acquis», dans le cas qui nous occupe le temps de la tolérance est terminé et les républicains doivent le faire savoir.

Grégoire Barbey

20:29 Publié dans Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook | | | |

Commentaires

'Le fond de commerce des boutiquiers' du MCG....
Et si pour une fois les médias évoquaient le fonds de commerce de la gauche, soit la crise du logement, le chômage, etc., ainsi que celui des verts...
Ou alors celui de certains journalistes qui, à part de taper sur le MCG n'auraient pas grand chose à rajouter, même s'il faut également leur reconnaître un certain talent.
Le cardinal untel à dit, Clémenceau a dit...
C'est bien la parabole de Jésus qu'il convient de rappeler:
« Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et n'aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil ?

Écrit par : Ronald ZACHARIAS | 25/02/2015

Heureusement qu'il y a des frontaliers et des étrangers pour nous apprendre à redevenir tolérants

Écrit par : Bourquin | 25/02/2015

Cher Grégoire,

Un grand merci pour ce brillant plaidoyer qui, semble-t-il, permet de vérifier par l'exemple grâce au commentaire du député Zacharias, que le MCG n'a d'autre réponse à y donner qu'en rejetant la faute sur d'autres. Cela prouve s'il était encore besoin de le faire, toute la vacuité du discours des ténors de ce mouvement qui ne va pas très loin...

Il serait temps que leurs supporters se rendent compte qu'ils sont au mieux manipulés, et au pire très naïfs.

J'apprécie aussi grandement la manière très correcte de comparer les grosses ficelles de la communication de ce parti avec celles utilisées en Allemagne dans les années 30, avec les conséquences que l'on sait. Non, les membres du MCG ne sont pas des nazis, mais oui, ils utilisent les mêmes méthodes pour se faire porter par une population crédule et manipulée. Cela devait être dit, et tu l'as très bien dit.

Bravo et merci!

Écrit par : Eric Cornuz | 25/02/2015

Après l'attaque contre le MCG j'attends la même attaque contre le PS car ce parti a quelques casseroles comme, par exemple, le soutient sans conditions de l'invasion, en 1956, de la Hongrie par l'armée rouge ou les messages entousiastes adressés à Ceaucescu dont le dernier 15 jours avant que le peuple roumain le liquide avec sa femme. Il serait aussi intéressant de connaître les liens entre le PS et la RDA puisque Helmut Hubacher, président du PS, passait ses vacances en RDA chez son ami le président Erich Honecker ! Quelles belles relations !

Écrit par : Octave Vairgebel | 25/02/2015

Merci de citer Clémenceau. Il est effectivement temps d'agir contre ce parti "d'emmerdeurs" (Je reprends ce terme chez votre confrère Décaillet) qui assoient leur popularité par des procédés plutôt glauques.

Ce qui me remet - une fois de plus - cette citation d'Helvétius en mémoire :"Les hommes sont si bêtes qu'une violence répétée finit par leur paraître un droit."

Écrit par : Michel Sommer | 25/02/2015

Il y a des nazis au MCG et ce parti fonctionne, à l'image du NSDAP, comme une mafia. Moins de 10 personnes à sa tête décident et captent l'entier du pouvoir (et une grosse partie des revenus générés par le parti) autour d'un parrain.

Menaces, cris, violences verbale et psychologique, manipulations, mensonges. Le plus triste est que la plupart de ses militants ou de ses élus sont de bonne foi. Et le dernier parallèle n'est pas le plus rassurant: comme le NSDAP, une fois qu'il dispose d'un part de pouvoir, le MCG montre qu'il ne fait pas mieux que les autres, voire pire, tout en prétendant le contraire. Ca promet.

Écrit par : olivier | 26/02/2015

Je ne suis pas de ce parti, ni d'aucun. Toutefois il y a absolument un très gros problème autant avec les frontaliers qu'avec l'immigration dans ce pays, dans cette République.

Les 100'000 frontaliers dépassés, les 50% de la population d'origine étrangère, tout ça, c'est pour bientôt. Alors même si les textes, si les mots, si les affiches des gens qui soulèvent ces problèmes ne sont peut-être pas des plus élégants, je ne leur tirerai en tout cas pas la pierre.

Et concernant celui ou ceux qui s'en prendraient à des frontaliers, ce ne sera en tout cas pas à cause du MCG. L'horreur absolue des recherches désespérées d'emploi, je sais ce que sais. Et regardez le Temps Présent sur le sujet, si jamais. Mais les Suisses ne sont pas si violents avec les autres, ça finit généralement avec une balle avec l'arme de service, ou sous les trains.

Écrit par : JDJ | 02/03/2015

Bonjour à tous,
j'habite Douvaine en France, presque tous mes voisins sont Suisses et nous ne sommes pas racistes avec eux comme l'est Eric Stauffer avec les étrangers.
Il est complètement normal de limiter le territoire Suisse à l'immigration tout comme la France devrait aussi le faire. J'ai travaillé plus de 20 ans en Allemagne et jamais de tels panneaux ont été affichés. Mr Stauffer ne comprend rien aux conséquences qu'il pourrait entrainer. J'ai été dans les forces spéciales déléguées de la Légion étrangère et je m'inquiète pour la sécurité des 100 000 Suisses habitant en France et qui sont de bons citoyens que nous apprécions et respectons.

Écrit par : Colagel | 12/03/2015

Colagel, puisque vous êtes un patriote authentique, vous devriez vous mettre en contact avec le Général Tauzin, qui souhaiterait mettre un point d'honneur à ne plus laisser le gouvernement néo-communiste en place à Matignon et à l'Elysée, détruire votre pays. Je vous joins le lien lors de son passage dans l'emission de Pierre Jovanovic en février. https://www.youtube.com/watch?v=20ooHvwqK4g

Pour le sujet, je me suis déjà exprimé là-dessus. Le problème ne vient pas des frontaliers en eux même. C'est le nombre qui a fait explosé le sentiment de rejet. Il y a 20 ans, nous avoisinions les 30'000; 75'000 aujourd'hui. Il est vrai également que Stauffer est le dernier à pouvoir l'ouvrir, puisqu'il a trois passeports et qu'il traîne peut-être autant de casseroles que Cahuzac. Selon vous, quel sentiment peut animer le Suisse qui en est à sa xième postulation, et qui même dans sa propre administration, se retrouve à devoir se "vendre" à une Française. Imaginez une seule seconde la situation inverse. La défénestration ne serait pas loin.

Bien à vous.

Écrit par : Laurent Lefort | 12/03/2015

Les commentaires sont fermés.