Gregoire Barbey

05/03/2015

Les chiens aboient et la Caravane passe

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Le retrait un peu tardif d'un dossier où le ministre Luc Barthassat aurait pu être juge et partie a fait grand bruit récemment dans la Tribune de Genève. Conflit d'intérêt. Le mot tombe comme un couperet. A grand renfort d'intervenants externes, l'article qui révèle la faute du conseiller d’Etat va jusqu'à s'appuyer sur le procès-verbal d'une commission du Grand Conseil. Ces réunions sont protégées des regards indiscrets de la presse. Le procès-verbal d'une séance de commission n'arrive donc pas systématiquement dans les mains d'un journaliste, fut-il de bonne volonté et au bénéfice d'un solide réseau. Celui qui a donné ce document à la Tribune de Genève avait donc un intérêt. Il voulait nuire au ministre. On s'imagine assez bien qu'un membre du cabinet d'un autre conseiller d’Etat puisse l'obtenir et le transmettre, l'air de rien, à un journaliste.


Ce qui surprend plus encore, c'est que cette tempête dans un verre d'eau s'accompagne d'un éditorial visant à faire la leçon à l'intéressé. Outre le fait que la Tribune de Genève n'a toujours pas compris que l'électorat de Luc Barthassat aime sa «bonhomie» et son franc parler (qui semble être aux yeux du journal incompatible avec la fonction de ministre à Genève) et renforce donc son assise à chaque fois qu'elle l'attaque sur cet aspect, on s'étonne de n'avoir pas lu une seule ligne sur des conflits d'intérêt évidents entre d'autres politiciens.


Prenons, par le plus grand des hasards, l'exemple de ce projet nommé la Caravane passe (mais là, les chiens sont au garde-à-vous) visant à réaliser des concerts et autres animations à proximité des travaux du CEVA pour soulager les riverains des nuisances sonores générées par le chantier. Le projet, dont la société Nepsa du député PLR Frédéric Hohl devait coordonner la réalisation, avait reçu une subvention de la Loterie romande à hauteur de 420'000 francs (article détaillé à consulter sur Politeia.ch). Etonnamment, les projets qui obtiennent de tels montants de la part de l'organisme de redistribution n'ont rien à voir avec celui de la Caravane passe. Plus surprenant encore, c'est qu'à la tête de l'organe genevois de répartition se trouve Bernard Favre, également secrétaire général adjoint du président du Conseil d’Etat François Longchamp. Les trois hommes sont membres du PLR et se connaissent de longue date.


C'est quand même curieux qu'un tel projet, préalablement accepté par le Conseil d’Etat sans en avoir averti Luc Barthassat, pourtant en charge du dossier du CEVA, obtienne une telle subvention. Et soit soutenu très rapidement sans réserve par le gouvernement. Finalement, le projet n'a pas été accepté par le Département des transports et ne verra donc pas le jour. Mais quand même. Tout cela paraît au moins aussi étrange que les quelques propos un peu maladroits de Barthassat concernant cette ligne de bus qui doit à terme empiéter sur son terrain à Landecy. Et pourtant ça n'a jamais fait l'objet d'une ligne dans la Tribune de Genève. A aucun moment, le vénérable journal n'a fait état dans ses colonnes d'une interrogation concernant ce projet de Caravane passe. Il y a quand même des questions d'intérêt public dans cette affaire également. Tout ça fait évidemment jaser dans le Landerneau politique genevois. Tout le monde connaît ces liens et personne ne les mentionne, ne serait-ce que pour permettre aux intéressés de s'expliquer et de mettre fin à d'éventuelles rumeurs infondées.


Certes, attaquer Luc Barthassat demande moins de courage que de s'en prendre à l'illustre président du Conseil d’Etat qui siège depuis maintenant dix ans au gouvernement. Et le ministre PDC est une cible facile: il est loin du profil type qu'on adore à Genève. Ce caractère très protestant, réservé, discret, maître de sa parole, qui ne fait pas de vague, ne décrit effectivement pas tout-à-fait Barthassat. La Tribune de Genève réagit donc à la manière des anticorps qui s'agglutinent contre le corps étranger pour limiter sa propagation. Il n'y a rien de méprisable à cela. On serait quand même tenté d'espérer qu'un jour, la Julie traite du dossier de la Caravane passe. Il y a une information qui n'a pas encore été publiée dans un journal: le projet ne verra pas le jour. Ca aurait au moins le mérite de donner l'impression que le traitement des sujets est moins partial.

Grégoire Barbey

 

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Commentaires

Je fais partie de ceux qui apprécient les qualités rugueuses de Luc Barthassat. Malheureusement cela ne fait pas de lui un magistrat compétent.
J'espérais beaucoup de lui pour remuer un peu la république. Las, il m'a fallut me résigner. Après avoir largement médiatisé ses "états des lieux du transport" auxquels j'ai participé en passant deux heures avec lui dans mon taxi pour lui démontrer quelques aberrations de circulation, rien, mais absolument rien n'a été fait ! Je lui ai fourni une liste d'une cinquantaine de propositions concrètes pour désengorger Genève. Il a dû l'égarer et ses services doivent bien se garder de lui en rappeler la teneur.

Écrit par : PIerre Jenni | 05/03/2015

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