Gregoire Barbey

08/03/2015

Victoire dans la douleur, victoire quand même

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La Loi sur la police a été acceptée par 42 voix supplémentaires en sa faveur. C’est évidemment un score particulièrement serré. Cela n’enlève pas pour autant au résultat sa légitimité. Le sujet était particulièrement complexe (et le débat n’a pas vraiment porté sur des éléments techniques) et l’opposition s’est cristallisé sur des thèmes émotionnels. On pense notamment à l’argument selon la législation soumise au vote populaire permettrait d’engager des policiers d’origine étrangère. En cette période de repli identitaire à Genève, le slogan est porteur, cela va sans dire.


Cela démontre aussi qui se bat pour faire évoluer le canton et qui lutte contre le changement. Même si la réforme aboutit dans la douleur et dans un climat malsain, Genève fait un nouveau pas en avant. C’est une bonne nouvelle. Les partis devront bien sûr tirer les enseignements de cette victoire à l’arrachée. La coalition PLR-PDC-PS-Verts n’a pas eu l’impact espéré. En partie sans doute parce que la gauche était tiraillée par une certaine défiance vis-à-vis du PLR et de son ralliement à l’UDC et au MCG pour le budget 2015. Et aussi par la crainte de la réforme salariale des employés de l’Etat. D’où l’absence de campagne de la part du Parti socialiste et des Verts (sauf à titre individuel).


Cette attitude n’a pas favorisé la lisibilité politique des rapports de force contre cette loi. Les appels à refuser cette législation étaient deux fois plus nombreux dans la brochure de vote. Cela n’a pas été suffisamment relevé (et ça a pourtant une conséquence directe sur la campagne d’affichage, notamment). Les partis qui se sont engagés en faveur de cette loi ne doivent pas communiquer à propos du MCG et de ses alliés de circonstance. Le MCG a échoué, et même si ses membres vont maintenant affirmer le contraire, sa politique de la terre brûlée qui consiste à s’opposer systématiquement aux changements et à réduire à néant ce qui a été précédemment réalisé n’a pas trouvé grâce dans les urnes. Quand bien même ce sont 42 voix qui ont fait la différence.


Le canton de Genève doit empoigner son avenir et cela passe par la concrétisation de réformes attendues. Pierre Maudet n’a pas échoué aujourd’hui. Il a remporté une victoire difficile, et à bout de souffle, il peut être satisfait de son tour de force. Sa campagne lui a permis de convaincre ces quelques citoyens supplémentaires qui lui ont donné la victoire. C’est ça la politique. Celui qui gagne, c’est celui qui se croit vainqueur quinze minutes de plus que son adversaire. Raison pour laquelle les attaques incessantes de certains contre «les partis traditionnels» ne doivent pas prendre racine. Braire et laisser braire. L’essentiel, c’est le résultat.


Quant aux perdants, seule l’application de la loi permettra de mettre un terme définitif à leurs gesticulations. D’ici-là, les forces raisonnables devront prendre leur mal en patience et laisser ces grandes gueules expliquer à qui veut les entendre que cette loi va pénaliser la sécurité publique. Aujourd’hui, réjouissons-nous de l’acceptation de cette réforme. Genève a besoin d’aller de l’avant. Pour le reste, attendons demain, personne n’échappe à l’heure des comptes. 


Grégoire Barbey

17:48 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook | | | |

Commentaires

Il faudrait changer votre devise "Oser penser par soi-même" en "Oser penser par Maudet...."

Écrit par : Pierre Meier | 08/03/2015

Quelle mauvaise foi. Il m'est plus souvent arrivé de m'opposer à ses projets que l'inverse.

Écrit par : Grégoire Barbey | 08/03/2015

Quel gâchis ! Voilà le résultat de clivages profonds qui devaient laisser la place à un esprit fédérateur, unificateur pour le bien des citoyens.
La division est profonde, mais certainement pas définitive ou encore moins immuable.
Il n'y a ni vainqueur, ni gagnant mais Genève ressort une nouvelle fois diminuée par ce manque flagrant de capacité à fédérer et à se projeter vers le futur.
Ramener la sérénité ne sera pas la chose la plus simple à faire, puisse les deux conseillers d'Etat en conférence de presse en prendre bonne note et faire profil bas tout comme les référendaires.
Comment imaginer une seconde, avec un recours pendant au TF, que l'on puisse avec ce résultat perdant-perdant fanfaronner !
Merci aux acteurs de la Police de poursuivre le travail de qualité de tous les jours afin de préserver Genève et ses citoyens de turpitudes néfastes.

Écrit par : tempestlulu | 08/03/2015

Grégoire, votre billet me laisse perplexe.
Franchement, vous pensez que ce scrutin est une victoire pour Monsieur Maudet ?
J'y lis un formidable fiasco et une fuite en avant confirmée par l'intéressé lors de Forum ce soir.
Il est impossible d'imposer à une corporation un code de conduite dont il ne veut pas. Monsieur Maudet a pensé surfer sur la vague autoritaire qui répondait bien à un besoin populaire de sécurité. Mais la façon laisse à désirer.
Je suis très étonné par ce résultat. Je pensais sincèrement que Monsieur Maudet ratisserait large. Je suis agréablement surpris par cette résistance, même si les conséquences semblent suggérer que l'ascension du MCG n'est pas terminée.
Le prochain feuilleton dans le département de Monsieur Maudet concernera les taxis qui subissent une nouvelle loi tous les 6 ans, qui n'est jamais appliquée et qui ne fonctionne pas puisque, là aussi, les autorités n'écoutent pas et n'entendent pas les remarques des gens du terrains, des professionnels directement concernés.
Mais ce qui me gêne encore plus dans votre billet, c'est une certaine condescendance, presque de la lèche, pour un homme de pouvoir qui, quoiqu'il arrive, restera une figure importante de la république.
Ceci suggèrerait-il que vous avez des visées, des intentions politiques ?
Dans ce cas, vous avez bien appris, mais vous décevrez forcément les purs, ceux qui rêvent d'une relève un peu différente.

Écrit par : PIerre Jenni | 08/03/2015

Pour moi, Pierre Maudet a pris des risques en s'opposant ainsi à ses propres subordonnés, sachant le pouvoir du syndicat. Je trouve que c'est bien, et je l'avais pressenti plus prudent. Donc je lui reconnais ce courage. Il n'en reste pas moins que je suis totalement en désaccord avec lui sur les chevaux de troie, sur la vidéosurveillance (abusivement appelée vidéoprotection), et sur d'autres thèmes encore.
Sur la police néanmoins, je pense qu'il fallait le suivre, effectivement. Je ne crois pas qu'une corporation, encore moins un corps armé ayant le pouvoir de la défense légitime de l'Etat, puisse dicter ce qu'elle veut au politique (et donc à la population). C'est comme les taxis, les enseignants, etc. Au bout d'un moment, le peuple tranche, et il fait autorité. Les autres s'adaptent. Point.

Écrit par : Grégoire Barbey | 08/03/2015

Je serais ravi de vous faire la démonstration inverse par l'exemple des 6 lois que nous avons subies dans le domaine du taxi depuis Fontanet en 1979.
Vous comprendrez alors l'aberration de voter des textes qui n'obtiennent pas l'aval de la majorité des concernés.
Il n'est pas question pour la police ou les taxis d'imposer leurs vues au législateur, mais en revanche il semble que le minimum requis d'un député qui siège en commission est de se renseigner, de consulter les documents qui lui sont communiqués. Or, dans notre domaine, AUCUN député ne connait le sujet et oserait venir en débattre avec moi chez Décaillet. Et pourtant ils ont "travaillé" 3 ans sur le projet qui vient d'être annulé par la cour constitutionelle !
Une autre erreur que vous et d'autres faites est de penser que la police ou les taxis défendent leurs intérêts au détriment de ceux de la population. C'est une hérésie à plus d'un titre. Tout d'abord pour des question bassement économiques. Les taxis ont intérêt à séduire les usagers et donc leur offrir les meilleurs services possibles. De même, la police cherche à limiter les dégâts et optimiser son action. Elle demande à pouvoir se recentrer sur sa mission sur le terrain et non pas dans les bureaux pour établir des rapports.
Comment peut-on penser une seconde que la police ne cherche pas le bien des citoyens ?
Monsieur Maudet a peut-être essayé, mais il a finit par pencher pour l'autorité en détruisant le pouvoir du syndicat qui lui faisait si peur alors que ce dernier a bien rarement fait usage de ses prérogatives. Ce n'est pas du courage, c'est un coup de poker qui a failli lui coûter très cher.
Quoi qu'il en soit, il a perdu le respect de ses troupes qui deviendront évidemment ingérables. Il n'aura que ce qu'il mérite et je doute qu'il ne sache faire le moindre mea culpa.
A défaut de corriger ce travers, sa course au CF est compromise.

Écrit par : PIerre Jenni | 08/03/2015

Ma remarque est valable autant pour les policiers que pour les taxis :

Discuter avec les représentants d'une profession, c'est très bien. Mais à un moment donné, quand la décision est prise, elle se respecte.

Et si on n'est pas d'accord - c'est donc toujours valable autant pour les policiers que pour les taxis -, on change de profession de soi-même ou alors on se fait remercier.

Il y a assez d'éléments perturbateurs dans cette République.

Écrit par : JDJ | 09/03/2015

"Je ne crois pas qu'une corporation, encore moins un corps armé ayant le pouvoir de la défense légitime de l'Etat, puisse dicter ce qu'elle veut au politique (et donc à la population). C'est comme les taxis, les enseignants, etc."

Je ne crois pas qu'un magistrat peut diriger son département contre ses employés. C'est le principe même de la démocratie économique. En outre un magistrat n'est là que pour un temps donné, pour les employés il s'agit de leur vie, de leur métier. Il ne s'agit pas de "dicter", mais d'être écouté. En cas de mécontentement, de mauvaise ambiance, il y a mille et une manières de saboter son travail, et personne ne sera gagnant. Un consensus est nécessaire. Il faut parfois mettre son ego dans sa poche.

Écrit par : Johann | 09/03/2015

Pathétique .. "Braire et laisser braire" en parlant des opposants puis "attendons demain, personne n'échappe à l'heure des comptes" en parlant du pouvoir .. J'y devine une attitude soumise, une analyse sans prise de position, sclérosée dans le simple constat, en attendant que la branche cède, comme pour s'assurer d'être là aujourd'hui pour voir les pots cassés et surtout demain pour la chute annoncée d'une Loi inapplicable sur le théâtre des opérations !

Penser par soi-même qu'il disait !!!

Écrit par : Schlechten | 09/03/2015

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