Gregoire Barbey

10/03/2015

Roger Golay, l'électoralisme trop visible

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Campagne électorale oblige, le conseiller national et président du MCG Roger Golay se profile sur la seule thématique de son parti: la préférence nationale. A défaut d'avoir des propositions concrètes pour sa commune, il capitalise sur sa visibilité d'élu fédéral pour capter des voix à Lancy avec une proposition qui ne répond pourtant à aucun besoin prépondérant. Et sa position est largement diffusée dans la presse. Il est nécessaire de pondérer ses propos. Roger Golay affirme dans un article publié dans la Tribune de Genève qu'il y a en Suisse un «afflux massif de frontaliers». Selon lui, il «n'est pas tolérable» que des frontaliers travaillent dans les entreprises subventionnées par la Confédération. Il exige donc que soit appliquée une préférence à l'embauche pour les résidents suisses. Evidemment, le président du MCG chiffre le nombre de chômeurs en Suisse: 150'946. Et 206'138 demandeurs d'emploi au total. Il omet toutefois volontairement d'y joindre le pourcentage que cela représente au sein de la population active: le chômage a légèrement augmenté en janvier de 0,1 point de pourcentage pour atteindre 3,5%. Une situation de quasi plein emploi. Ce qui ne signifie pas qu'il faut s'en frotter les mains et faire comme si tout allait bien.

La récente abolition du taux plancher de 1,20 franc pour 1 euro pourrait avoir des conséquences sur l'emploi à moyen terme et il en va de la responsabilité du Gouvernement et du Parlement de veiller à limiter les dégâts. On constate cependant qu'une stabilisation de la devise suisse s'est opérée aux alentours de 1,07 franc pour 1 euro. Un niveau plus élevé qu'attendu après l'annonce surprise de la suppression du taux plancher. On peut donc espérer une situation moins catastrophique que prévu. Mais Roger Golay n'aborde pas la question de la crise du franc. Ce n'est pas son segment. Evoquer les effets conjoncturels sur l'emploi nuirait à son argumentaire émotionnel: il faut désigner un coupable et il faut proposer une solution. En somme, c'est une excellente communication marketing. Pour tous ceux qui sont plongés dans une situation de détresse sociale, cette proposition a le mérite de donner un cap et de proposer une victime expiatoire sur laquelle décharger sa colère. Roger Golay ne manque d'ailleurs pas d'employer des termes forts pour s'adresser à son électorat: «fléau», «drames humains», «profonde précarité», etc.

Ces mots sont habilement disséminés au travers de son texte et peuvent sembler anodins si l'on n'y prend pas garde. C'est justement dans cette ambiguïté que réside le message subliminal du MCG. L'ennemi, c'est le frontalier, c'est l'autre. Le vocabulaire est essentiel pour rendre cette assertion crédible. Si le lecteur est lui-même dans une situation délicate sur le plan professionnel ou social, ce discours trouvera sans doute grâce à ses yeux. Parce qu'il a le mérite de promettre une embellie. De donner une perspective nouvelle à quelqu'un qui n'en a peut-être plus. Et c'est sans doute ce que la communication du MCG a de plus indécente: elle donne de faux espoirs à des gens qui probablement ne retrouveront pas d'emploi à moins d'une meilleure formation – avec ou sans frontaliers – ou d'une réadaptation professionnelle. Cette réalité, Roger Golay préfère la cacher. Plutôt que de chercher la cause de ces situations inacceptables, il désigne un coupable et se propose de le chasser du territoire. Roger Golay sait bien qu'aucune entreprise privée n'acceptera jamais d'appliquer cette logique si elle implique des coûts supplémentaires ou des risques exagérés. A compétence égale, il en va de la responsabilité de l'employeur qui seul décide s'il préfère un collaborateur qui habite plus près (ça a des avantages indéniables) ou loin, avec de potentielles conséquences inattendues. Roger Golay et son parti veulent pourtant laisser croire qu'à terme, le secteur privé se pliera à l'évidence de sa proposition, même si les employeurs ont déjà la capacité de décider par eux-mêmes.

Or, ça n'arrivera jamais. Il y a des secteurs où l'absence de frontaliers créerait une pénurie durable de compétences. Et notamment dans celui de la santé. D'ailleurs, Mauro Poggia s'est récemment réjouit de la décision du Tribunal cantonal qui permet à des frontaliers de réintégrer l'assurance-maladie obligatoire en Suisse (ce qui financera un peu plus les Hôpitaux universitaires dont il a la responsabilité). Tout ce double discours est bien joli, mais il n'apporte aucune réponse concrète à une population effectivement déshéritée à qui il faudrait parler avec honnêteté. Mais ça, bien sûr, ça demande du courage. Et Roger Golay veut être élu au Conseil administratif de sa commune, il ne souhaite pas jouer le rôle d'assistant social.

Grégoire Barbey

09:27 Publié dans Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook | | | |

Commentaires

Bravo Grégoire, tu vois claire sauf que tu oublies de dire que le MCG surfe sans vergogne sur une vague anti-frontalière bien réelle à Genève, en particuliers chez les jeunes.

Il est en effet de plus en plus difficile pour toute une génération de se faire une place au soleil et lorsqu'ils constatent que de nombreux postes prestigieux sont occupés par des frontaliers, ils ont tendance à mettre leurs frustrations sur le dos de ces travailleurs frontaliers qui, il est vrai, ont parfois une certaine propension à se comporter avec une arrogance… bien gauloise.

Gageons toutefois que ce rejet des frontaliers serait nettement moins marqué si le MCG ne jetait pas régulièrement de l'huile sur le feu afin d’attiser les ressentiments. Mais voilà, lorsqu'on a rien d'autre à proposer, tout est bon pour se bâtir un capital politique sur les peurs et autres rancunes des genevois les plus naïfs et/ou frustrés.

Quoi qu'il en soit, je ne te suis pas lorsque tu supposes que les discours de R. Golay pourraient avoir un aspect subliminal. Pour un homme qui maitrise tout juste le premier degré (et encore) c'est, en effet, lui prêter des qualités qu'il n'a visiblement pas.

Écrit par : Vincent | 10/03/2015

SVP, arrêtez de penser que ce chiffre du chômage a quoi que ce soit de réel.

Toutes les personnes qui en sont sorties ne sont pas comptabilisées dedans ! Que ce soit pour l'Hospice, pour les tentatives désespérées de mises à son compte, pour les départs à l'étranger ou sous les trains.

Vous pouvez le doubler sans hésitation, à Genève cela donne donc 10%, au minimum.

Écrit par : JDJ | 12/03/2015

C'est vrai ça, aucun problème avec l'emploi frontalier. Jetez un oeil sur les parking de la zone industrielle de PLO, au bas mot, c'est 80% de plaques françaises. Ce ne serait pas un problème si tout cela ne générait pas dumping salarial massif ni problème de circulation.

Écrit par : El Captain | 12/03/2015

"Le chômage a légèrement augmenté en janvier de 0,1 point de pourcentage pour atteindre 3,5%. Une situation de quasi plein emploi"....

Tous ceux qui sont actuellement à la recherche d'un emploi apprécieront !!!

Grégoire, vous devriez avoir honte de vos lignes.

Ne vous rendez-vous pas compte de la difficulté pour certains (plus âgés, avec moins de formation, trop de charges, avec des accidents de la vie) de retrouver du travail ? Ils doivent faire face à la déferlante de main-d'oeuvre étrangère (13'500 permis de frontaliers en 2014 à GE, par ailleurs champion suisse en matière de chômage)...

N'y a-t-il pas de l'abus de la part de patrons tout contents de bénéficier de cette main-d'oeuvre "bon marché" qui, même sous-payée par rapport au salaire nécessaire à un résident suisse pour faire face à ses charges, gagnera toujours 2 à 4 x plus que pour un travail équivalent dans son pays ?

Et le politique laisse faire : la gauche se tait et M. Longchamp plaide pour une nouvelle votation ou des quotas illimités !!!!

Grégoire, ouvrez les yeux : vous êtes complétement dans cette dérive bobo de journalistes de gauche, de fonctionnaires, d'écolos et d'enseignants surprotégés qui ont totalement perdu le sens de la réalité du monde du travail et ainsi font le lit du MCG.

Vous avez abandonné la défense du plus faible, du travailleur, de l'ouvrier qui, faute d'espoir, se détourne d'une telle gauche et tombe dans les bras du MCG et de l'UDC.

Bravo !!!!!!!

.... Et continuez à fumer vos gros cigares, ils vous vont si bien....

Écrit par : A. Piller | 13/03/2015

Les vrais fachistes aujourd'hui sont ceux qui affirment que les chômeurs le sont principalement par manque de formation !

Il y en a surement une certaine proportion, mais allez sérieusement voir qui sont les "clients" des stages de reclassement pour cadre genre "apec" (tenu à 90% par des frontaliers arrogants): Des universitaires, des ingénieurs, même des juristes, avec un parcoure impeccable, de bonnes références et souvent trilingue contrairement a leur "coach" payé par le contribuable... mais plus de 45 ans, et voilà.

Et quand je dis ça, je ne minimise pas pour autant les difficultés des jeunes diplômés a trouver un 1er emploi et surtout une rémunération permettant de simplement de survivre à Genève en étant en compétition avec des millions d'européens de la génération 1000€ pour toute perspective.

Ceci dit le MCG ne propose pas vraiment de solution, mais le déni de réalité de l'ensemble des autres partis suffit a lui donner une forte légitimité auprès de la population.

Écrit par : Eastwood | 14/03/2015

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