Gregoire Barbey

15/03/2015

Genève, canton zéro réaction crédible?

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Ainsi le Mouvement citoyen genevois (MCG) peut transgresser les règles et dénaturer les institutions à Genève sans jamais n’être inquiété. Il y a quelques semaines, les Genevoises et les Genevois découvraient les nouvelles affiches du MCG à Onex, «ville de progrès, commune zéro frontalier». Le président d’honneur du parti (une fonction qui s’apparente à un culte de la personnalité) Eric Stauffer profitait de cette nouvelle pour annoncer une provocation supplémentaire: la création d’autocollants pour les commerçants pour informer sur la proportion de frontaliers engagés dans l’enseigne. Les réactions ne se sont pas faites attendre et ont été vives. Certains (dont je fais partie) allant jusqu’à comparer ces affiches et ces autocollants avec la communication des partis nazi et fasciste du siècle dernier.

 

Malheureusement, rien ne va changer. Du moins si les politiciens restent ainsi paralysés dans une inaction qui en dit long sur leur prise de conscience du danger réel d’une telle communication. Les mots ont leur importance, les symboles aussi. Le MCG a franchi une ligne rouge. Il en va de la responsabilité des élus de le signaler avec fermeté et d’en tirer les évidentes conséquences. Lorsqu’Eric Stauffer a dû être expulsé du Parlement par la police, les politiciens opposés au MCG ont fait savoir qu’ils ne pouvaient pas tolérer un tel comportement. Lorsqu’il a toutefois fallu décider de la sanction à infliger au président d’honneur du MCG, les paroles ne se sont pas transformées en actes. Rien. Et pourtant il y avait de quoi. La scène de l’expulsion restera gravée dans les mémoires, et surtout dans le marbre de l’Histoire du canton. Ce fameux soir-là, où l’on a vu des policiers hésiter face à la figure de proue du parti qui a noyauté les forces de l’ordre et où des députés se sont dressés contre des gendarmes, ce fameux soir-là a bien mis en évidence le caractère fasciste du MCG. On notera aussi les signes ostentatoires de menaces de mort à l’encontre de députés durant ce sombre événement.

 

Les députés ont finalement sanctionné Eric Stauffer en ne lui donnant pas accès à la présidence du Grand Conseil. Cet épisode a malgré tout permis de constater la fracture politique qui règne au Parlement. Le groupe des libéraux-radicaux avait fait savoir qu’il ne voterait pas pour le président d’honneur du MCG. Lors du vote toutefois, Eric Stauffer a pu compter sur une petite dizaine de voix PLR. Non pas que ces élus libéraux-radicaux soient pro-MCG. Mais parce qu’une vieille croyance persiste encore dans les rangs politiques à Genève: s’opposer au MCG, c’est lui donner une caisse de résonnance, c’est lui offrir un boulevard aux élections communales. Et pour certains élus, le MCG peut s’avérer un allié utile pour obtenir des voix pour accéder à l’Exécutif communal. On peut faire le même procès d’intention à la gauche. Le référendum contre la Loi sur la police a permis de le confirmer: socialistes et verts jouent à un jeu dangereux, celui de l’ambiguïté. Les deux partis ont accepté de soutenir la loi, mais sans faire campagne. Seuls quelques députés responsables ont fait leur job et ont fait connaître leur position. Ce comportement était clairement irresponsable. Cela n’a pas été assez dit depuis le 8 mars.

 

Idem en ce qui concerne le dumping salarial. Le cas Firmenich (des employés roumains étaient payés 800 euros par mois) a donné l’occasion aux socialistes de sortir le bazooka et de se pavaner dans le rôle de défenseur des travailleurs. Mais à quel prix? Cette attitude tout aussi irresponsable parce qu’exagérée face à la réalité des faits donne crédit aux allégations du MCG. Il est évident que le dumping salarial doit être absolument combattu. La législation existe et elle semble être correctement appliquée. La gauche doit à son tour quitter l’ambiguïté face à la menace MCG et tenir un discours limpide sur les questions qui l’occupent.

 

Qu’a fait le MCG depuis dix ans au Parlement? Ses victoires ont toujours eu pour conséquence de détruire des acquis, ou de bloquer des projets. La seule initiative que le MCG a lancé depuis sa création a échoué (sur la préférence cantonale), même si elle semble aujourd’hui appliquée en partie par Mauro Poggia. Le MCG n’a rien apporté à Genève en termes de plus-value. Ce parti n’a servi qu’à diffamer les institutions, à les décrédibiliser, à en faire son terrain de jeu favori. Le MCG ne parlemente pas, il vocifère, il vomit. Lorsqu’un élu dit sa vérité sur ce parti en séance plénière, les députés du MCG hurlent, crient, scandent, injurient. Ils craignent qu’on utilise à leur égard des mots justes. Ils ont peur que le débat ait lieu.

 

Aujourd’hui, les députés doivent choisir leur camp, car il est bien question de cela. Soit la passivité face à la montée d’une communication toujours plus inadmissible et irrespectueuse, soit l’activité pour mettre un terme aux turpitudes politiques du canton de Genève. Libéraux-radicaux, démocrates-chrétiens, socialistes et verts doivent désormais se mettre d’accord sur un programme commun jusqu’en 2018 et négocier ensemble sur des sujets plus controversés. Sur l’emploi, cette coalition que j’appelle de mes vœux doit reprendre l’initiative. La préférence cantonale est une ineptie et j’ai déjà eu l’occasion de le dire. Ce qu’il faut, pour tous ces résidents genevois qui souhaitent effectivement retrouver un travail, ce sont des mesures réelles et efficaces. Je pense par exemple à des formations continues, à des programmes de réinsertion, ou comme l’a soutenu à sa manière Grégoire Carasso en Ville de Genève pour les apprentis, une politique incitative pour les employeurs qui choisissent d’engager des travailleurs locaux (et par locaux, j’entends un périmètre défini par exemple d’après la commune, et non le canton, car il s’agit aussi de défendre des actes responsables en matière d’environnement).

 

L’objectif d’une telle coalition? Retirer au MCG son rôle d’arbitre incontesté des débats parlementaires (qui le conduisent notamment à appeler à guillotiner les écologistes dans un rapport de majorité, on rêve). En jouant cette carte, les partis auront déjà le luxe de se prouver qu’ils sont capables de reprendre la main sur la politique genevoise. Mais ils feront plus: ils prouveront à leurs électeurs et à ceux qui en doutent qu’il y a des solutions et qu’en y travaillant ensemble, on peut donner à Genève le visage d’un canton de progrès, plutôt que celui d’un canton où la haine des uns devient la colère des autres.  Le MCG a récemment franchi la limite de l’acceptable. Les partis ne doivent plus seulement le faire savoir, ils doivent transposer leurs paroles en actes. Sinon, on s’imagine assez bien une affiche qui décrive la situation: Genève, canton zéro réaction crédible.


Grégoire Barbey

13:01 Publié dans Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook | | | |

Commentaires

Entièrement d'accord. Il faut que le PLR et les Socialistes se ressaisissent.
Il faut aussi que le CE arrête de penser qu'il faut préserver Stauffer.
Exemple, vendredi au GC : négociation entre Maudet, Hiltpold et Stauffer pendant les débats sur l'initiative ne touche pas a mes dimanches.
Stauffer prend la parole et a le culot de dire aux députés. Attendez 5 minutes je suis entrain de trouver une solution pour le contre-projet avec Maudet. Je vais vous en parler dans3 minutes.
Surréaliste.
Il faut le renvoyer à sa placement ne rien faire avec lui.
Comment Maudet peut encore négocier avec lùi après la loi sur la police ???

Écrit par : Bertrand Buchs | 15/03/2015

A mon avis c'est une erreur. Que font d'ailleurs tous les pays qui sont confrontés à la montée en puissance des conservateurs nationalistes. En Suède, ils ont même finit par bafouer la démocratie.
http://www.contrepoints.org/2015/01/27/195862-coup-detat-en-suede

Je pensais sincèrement que le mouvement s'essoufflerait comme Vigilance à l'époque de Schwarzenbach. Force est de constater que la conjoncture permettra encore au MCG de croitre un peu.

De là à renier ses bases fondatrices par des alliances aussi improbables que contre-nature, c'est faire courir un grand risque aux formations gouvernementales qui n'ont déjà plus beaucoup de crédit auprès de la population.

C'est vrai, le message plus lucide et constructif des partis conventionnels ne pèse pas lourd devant les slogans réducteurs, mais c'est notre responsabilité à tous de rendre le discours audible. Il ne suffit pas de dire que le MCG n'a rien fait en 10 ans, il faut le démontrer. Et ce n'est certainement pas en évoquant leur seule initiative qui a depuis été reprise en coeur par tous et en premier par l'exécutif (et non M. Poggia seul, vous oubliez la collégialité) pour la préférence nationale ou cantonale que même notre ministre de la Confédération défend timidement.

Écrit par : PIerre Jenni | 15/03/2015

Cette stratégie politique a vécu – celle du silence. Je ne dis pas que les partis gouvernementaux doivent faire une alliance contre-nature.
Ce que je dis, c'est que sur des points majeurs des débats à Genève, on pense notamment au logement, à la mobilité, à l'emploi, ils doivent se réunir et tenter de dégager un programme commun, une ligne qu'ils sont prêts à défendre ensemble face à la dérive du populisme.
De toute manière, la plupart des lois sont issues de compromis acquis péniblement, grâce à la sagesse du système suisse. Les passages en force sont rarement appréciés (et appréciables).
Il n'est donc pas contre-nature de s'interroger sur une ligne commune, des valeurs et des objectifs partagés.
Ce qui est par contre contre-nature, c'est de s'entre-déchirer selon les volontés d'un parti extrémiste qui se plaît à éloigner les partis du centre et à leur faire revêtir des positions qu'ils n'auraient jamais défendues en l'absence d'énergumènes énervées qui tirent à la corde.

Écrit par : Grégoire Barbey | 15/03/2015

Bon ben si le MCG n'aura eu que cette fonction là ce sera déjà très bien !
Il faut parfois un bon coup de pied au cul.

Écrit par : PIerre Jenni | 15/03/2015

Il paraît que plus on agite la mer.. plus elle pue. D'abord on n'est pas obligé de l'agiter ni de marcher dedans. Il faut savoir ensuite qu'elle séchera toute seule et qu'elle s'en ira dans le caniveau avec les eaux de pluie. Ce qui ne veut pas dire que les services de nettoiement doivent se croiser les bras. Un coup de balai de temps en temps et il ne reste que le souvenir.

Cela dit, je vous félicite d'appeler un chat un chat et le MCG le MCG

Écrit par : Michel Sommer | 16/03/2015

Plutôt d'accord. Je pense que l'inefficacité législative du MCG n'est pas assez soulignée : en place depuis 10 ans, le parti n'a pour ainsi dire aucun bilan !

Et personne n'en parle !

Écrit par : John | 16/03/2015

John, le MCG n'est pas de bilan tandis que les autres partis ont un bilan fantastique : 14 milliards de dettes !!! Impressionnant !

Écrit par : Octave Vairgebel | 16/03/2015

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