Gregoire Barbey

13/02/2017

La loi, la révolte et le regard triste des enfants

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La RTS a diffusé dimanche 12 février dans son émission Mise au point un poignant reportage sur la famille Krasniqi, issue du Kosovo, qui vivait à Avully et était établie en Suisse depuis six ans, à la suite de son expulsion hors du pays en décembre dernier après le refus de sa demande d’asile. Je ne chercherai pas à pointer les responsabilités, mais il est difficile de regarder pareil reportage sans ressentir un profond sentiment d’injustice, de révolte, de colère. Cela pose d’évidentes questions humaines, particulièrement au regard des droits de l’enfant. Comment peut-on envisager qu’une brigade d’intervention d’une quinzaine de policiers puisse débarquer un beau matin dans une famille composée de trois enfants en bas âge afin de les placer dans un vol spécial à destination du pays duquel ces gens se sont enfuis? L’image est forcément bouleversante et révoltante.

On voit dans cette émission d’une quinzaine de minutes les camarades de classe des enfants Krasniqi qui s’interrogent sur les raisons de cette expulsion, sur la violence symbolique qu’elle représente. On voit surtout leurs visages qui laissent entrevoir tristesse et impuissance, colère et incompréhension. Et puis il y a les premiers concernés, les jeunes enfants Krasniqi, qui témoignent du sentiment d’injustice qui les envahit, eux qui sont désormais au Kosovo. L’école leur manque, disent-ils. Parce que là où ils sont, ils ne peuvent aller à l’école. Leurs parents ont peur, parce qu’ils sont issus de la minorité Rom, et qu’ils subissent donc une violente discrimination.

Tout cela montre les limites de l’application froide de la législation en matière d’asile. Parce qu’elle ne protège en rien la Suisse, dans ce cas particulier. Elle ne fait que créer des traumatismes, et briser le cœur d’enfants qui n’ont comme seule responsabilité celle d’être tout simplement là, au hasard d’une naissance qui leur a incombé de quitter leur pays. Cette situation est tout simplement inhumaine, indigne. On pense évidemment à entrer en résistance contre de pareilles décisions administratives. On regarde ce reportage, l’émotion des habitants d’Avully, des enfants, du maire de la commune. Et l’on se prend à espérer que tout cela ne peut être qu’une triste erreur. Que ces gens retourneront bientôt en Suisse, où leurs anciens voisins les y attendent, pour pouvoir mener une vie loin des tourments de la discrimination à laquelle ils sont confrontés dans leur pays d’origine.

Oui, ce reportage pose des questions fondamentales. Pourquoi les autorités n’ont pas tenté de s’interposer contre ce renvoi? Est-ce qu’il y avait un intérêt public majeur pour le bien-être de la Suisse au point de traumatiser des enfants? Combien de cas comme celui-là existent et demeurent tapis dans l’ombre? La loi c’est la loi. Mais parfois, son application laisse comme un goût amer… d’injustice. Espérons que le temps nous donnera des réponses et que cette histoire mobilisera suffisamment de personnes pour que de telles situations ne se reproduisent pas à l'avenir sans qu'il y ait une pesée d'intérêts réelle.

Grégoire Barbey

14:13 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook | | | |

Commentaires

Excellent reportage de Myriam Gazut ce dimanche en effet.

Le seul reproche qu'on pourrait lui faire, c'est d'arriver comme grêle après vendange ! Ce cas sandaleux était connu depuis longtemps...Qu'ont fait les media ? Ils ont attendu la commission de l'abus pour le dénoncer ! Position bien confortable et courageuse... Sommaruga (cons. féd. PS) obéit à la loi et transmet la patate chaude à Maudet (Cons d'Etat PLR) qui obéit à son tour. Comme Eichmann :-) ?

J'avais cru comprendre qu'il existe des "permis humanitaires" pour ce genre de cas...J'ai dû me tromper.

A l'avenir, dans ce genre de cas, il serait très simple pour les media d'installer des caméras au domcile de personnes abusivement frappées par de telles mesures policières et de difffuser la scène en direct sur Périscope.

Il y a eut pire jadis, il est vrai: vers 1968-1969, Henri Schmitt, Chef du Dpt de Justice et Police (Parti radical) avait fait expulser un bébé de six mois !

PS: Sur quel compte puis-je verser mon obole pour soutenir cette famille Rom, elle-même victime de ségrégation dans son propre pays ?

Écrit par : jaw | 13/02/2017

"famille kosovarde"

?

"sur la violence symbolique qu’elle représente. "

Ce n'est pas de la violence symbolique, c'est de la violence tout court.

Écrit par : Patatra | 13/02/2017

En cas de guerre comme de misère à ne pas oublier que le problème premier, cause, ne se situe pas dans les pays d'accueil mais bien dans les pays d'origine.. et que s'il y a ceux qui ont les moyens de quitter ces pays il y a les autres qui demeurent en souffrant chaque jour chez eux.
Il faut trouver solution là où se posent ces problèmes plus scandaleux les uns les autres

sans pour autant nier la cruauté de la loi bafouant des personnes en leur dignité humaine comme concernant la famille Krajniki.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 13/02/2017

Un "exemple" facile d'expulsion pour occulter la crainte de procès pour discrimination ..... Je partage le même sentiment que jaw.

Écrit par : Patoucha | 13/02/2017

En dessus de la loi, il y a le bon sens; appliquer un renvoi à une famille avec des enfants scolarisés qui est en Suisse depuis 6 ans, il y a effectivement de quoi se poser des questions.
Mme Somaruga et M. Maudet ne souhaitent pas y répondre et préfèrent se cacher derrière des lois. Ce ne sont pas des politiciens mais de petits fonctionnaires zélés.
En attendant on préfère des "réfugiés" érythréens qui rentrent chez eux en vacances, c'est plus simple, ça pose moins de problèmes et surtout c'est tellement plus logique.

Écrit par : Boccard | 14/02/2017

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