Gregoire Barbey

15/02/2017

Serge Dal Busco, cible de toutes les ambitions

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«Les ratés ne vous rateront pas», écrivit en son temps Georges Bernanos. Cette phrase pourrait très bien obséder Serge Dal Busco, conseiller d’Etat en charge des Finances, depuis la défaite dimanche de la troisième réforme de l’imposition des entreprises (RIE 3). En effet, puisque les Genevois ont refusé l’objet fédéral (52,27%), certains politiciens aux dents longues n’hésitent pas à accabler – l’écume aux  lèvres – le grand argentier. Cette défaite serait forcément de sa faute, lui qui n’a pas hésité à utiliser la déclaration d’impôts pour inciter les contribuables à accepter la réforme. Pourtant, l’analyse des résultats démontre que le refus genevois n’est pas aussi cinglant qu’il n’y paraît. Certes, une majorité du corps électoral s’y est opposé à Genève. Dont acte. Mais sur les 45 communes, seules 19 se sont prononcées contre l’objet soumis à votation. Faire de ce résultat le symbole de l’incompétence de Serge Dal Busco est à tout le moins malvenu, pour ne pas dire malhonnête.

Certes, l’action du ministre des Finances peut prêter le flanc à la critique. Il semble en effet que Serge Dal Busco peine à imprimer sa marque, à s’imposer. Douce ironie pour un élu en charge d’un département qui impose les Genevois sur le plan fiscal. Mais quand même: il conviendrait de pousser la réflexion un peu plus loin pour ne pas se contenter des apparences, lesquelles donnent souvent une image déformée d’une réalité bien plus complexe. Tout au long de sa législature, la place de Serge Dal Busco a suscité bien des envies, parfois chez ses amis les plus proches. Je me rappelle qu’après son élection triomphale au Conseil d’Etat en 2013, le nouveau ministre m’avait fait part de son désir de réunir les Finances et l’Economie sous un même département. C’était sans compter les ambitions de son collègue libéral-radical Pierre Maudet, lequel ne pouvait abandonner la sécurité, et devait donc bien trouver un moyen de briller au-delà de cette politique pour le moins sinistrée.

Serge Dal Busco voulait un département des Finances et de l’Economie. Il a hérité du seul département des Finances auquel s’est ajouté le lourd Office des bâtiments. Par la suite, le ministre a très vite fait les frais de la volonté de puissance de ses deux collègues libéraux-radicaux, François Longchamp et Pierre Maudet. Le premier, président du Gouvernement, n’a eu de cesse de s’imposer dans le sillage de Serge Dal Busco, comme pour montrer que ce dernier n’était pas tout à fait livré à lui-même. Je me rappelle très bien la conférence de presse du budget 2016, seule conférence de presse du Conseil d’Etat à laquelle j’ai participé. J’avais eu l’occasion de témoigner de mon étonnement dans un éditorial paru dans L’Agefi. J’avais assisté alors, médusé, à un président qui ne se contentait pas d’arbitrer le point presse. Non, il distillait soigneusement la parole, répondant lui-même aux questions qui l’intéressaient, et laissant le soin à Serge Dal Busco de répondre aux autres. Le symbole était clair: le ministre des Finances est sous la tutelle de la présidence. Je ne vais pas refaire le débat sur les prérogatives de ce nouveau département présidentiel, je pense en avoir déjà dit tout ce que je pense. Il n’y a rien de bien surprenant à ce que le ministre soit entouré de ses collègues lors de la présentation du budget, pour montrer que le collège fait corps avec ces choix politiques, les plus importants sans doute dans l’exercice de leurs fonctions.

Il est toutefois beaucoup plus étonnant de voir le chef des Finances demander à François Longchamp l’autorisation de répondre. Comme si sa politique entière lui échappait, et qu’il n’était finalement qu’un ministre parmi d’autres, sous la direction d’un meneur d’orchestre, d’un premier ministre seul responsable des choix du gouvernement. Et qui serait donc détenteur de la réalisation du budget. Mais en Suisse, cela ne se passe pas ainsi. Côté vaudois, l’image est bien différente. J’avais également assisté à la conférence de presse du Conseil d’Etat vaudois. Seul Pascal Broulis, en charge des Finances, était présent pour détailler les choix budgétaires du gouvernement dont il est membre. L’image est quand même parlante. L’ego du président du gouvernement genevois n’est pourtant pas le seul auquel s’est heurté Serge Dal Busco. Il a dû composer avec les ambitions affichées de Pierre Maudet, lequel a tenté de lui retirer la conduite des négociations sur la RIE 3 (ce n’est pas un mystère).  

Tout cela ne signifie pas pour autant que l’action du ministre des Finances soit exempte de tout reproche. Mais cela pose d’intéressantes questions. Quelle est vraiment sa marge de manœuvre pour assumer pleinement sa politique? Quel agenda se cache derrière ces volontés de contrôler sa parole? Le gouvernement est-il vraiment uni ou chacun tire-t-il sur la corde pour récupérer les lauriers éventuels des réussites du Conseil d’Etat? Les élections cantonales se rapprochent à grande vitesse. L’an prochain, les Genevois désigneront les membres du prochain gouvernement. Et il ne fait aucun doute que certaines têtes pensantes sont à l’œuvre depuis des mois, pour ne pas dire des années, afin de placer les bonnes personnes à la Tour Baudet. Cela fait déjà longtemps que l’on voit se dessiner la fragilité de la position de Serge Dal Busco. Par moment, il endosse le rôle peu flatteur d’homme à abattre, quand ce n’est pas son collègue de parti et de gouvernement Luc Barthassat qui en est la cible.

Les forces politiques en présence savent que la composition actuelle du Conseil d’Etat est fragile, puisque deux ministres sont issus du Parti démocrate-chrétien alors que ce dernier ne compte qu’onze députés sur cent. Cette forte représentation est peut être appelée à disparaître lors de la prochaine législature, et il est évident qu’il y a actuellement des tractations pour que cela se fasse. Alors oui, Serge Dal Busco n’a peut-être pas toutes les qualités d’un excellent ministre des Finances. Mais à qui profite pareille situation? Là est la seule question qui vaille. Pour ma part, je crois qu’une partie de la réponse se trouve chez ses amis, ses alliés, qui certes le défendent en public, mais sont les premiers à lui casser du sucre sur le dos quand les projecteurs sont éteints. Il faut dire que le Département des finances conviendrait parfaitement aux ambitions fédérales de son collègue Pierre Maudet. Je dis ça comme ça…

Grégoire Barbey

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