Gregoire Barbey

26/04/2018

Mauro Poggia, futur président du Conseil d'Etat?

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Le conseiller d’Etat Mauro Poggia déclare dans la Tribune de Genève du jour être en faveur d’un équilibre de trois membres de l’Entente et de trois membres de l’Alternative au gouvernement, lui permettant de jouer le rôle de médiateur. Cette perspective supposerait que Luc Barthassat ne soit pas réélu au second tour le 6 mai prochain. Mais ce ne serait pas la seule conséquence d’une telle configuration.

Quid de la présidence du gouvernement? Si les Genevois devaient donner un troisième siège à l’Alternative dans moins de dix jours, je suis d’avis que cette fonction devrait dès lors revenir à Mauro Poggia. Ce serait finalement logique, puisqu’en plébiscitant dans les urnes une configuration 3-3-1 au gouvernement, les électeurs donneraient à Mauro Poggia un pouvoir non-négligeable: celui de faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre dans certaines situations.

Bien sûr, un collège ne fonctionne pas uniquement avec des majorités de rupture. C’est dans l’intérêt du gouvernement de se mettre d’accord sur les politiques à conduire. Toutefois, il est tout à fait possible que sur des dossiers qui divisent, Mauro Poggia puisse en effet jouer le rôle de médiateur. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard qu’il s’y montre favorable.

Tout le monde s’accorde à dire que Pierre Maudet est le président naturel du futur gouvernement. Son score canon qui lui a permis d’être élu au premier tour et son ancienneté au Conseil d’Etat plaident en sa faveur. Mais cette réflexion tient la route si l’Entente conserve sa majorité. Dans le cas contraire, cela poserait des questions.

Le président, qui n’a pas plus de pouvoir que ses collègues, a malgré tout un rôle naturel de médiateur, d’arbitre. Qui serait alors mieux placé que Mauro Poggia pour revêtir cette fonction, lui qui se retrouverait soudain en position d’arbitrer des dossiers qui ne font pas l’unanimité à l’interne du Conseil d’Etat? De plus, le représentant du MCG n'a pas démérité sur le plan électoral: son score au premier tour était très élevé, le plaçant deuxième derrière Pierre Maudet...

Il n’y a pas de règles écrites concernant la désignation du président du Conseil d’Etat. A ce jour, il semble que ce soit l’ancienneté et le score personnel qui servent de boussole. Mais cette logique pourrait-elle être appliquée dans le cadre d’un gouvernement aussi singulier? Pas sûr.

On pourrait interpréter une telle configuration comme la volonté du corps électoral de donner à Mauro Poggia le rôle d’arbitre. Ce ne serait donc que justice de lui octroyer la présidence. La laisser à Pierre Maudet, sans que son camp ne soit majoritaire, ne serait-ce pas au final faire de lui un président alibi, avec un Mauro Poggia dans l’ombre qui est seul véritable arbitre des dossiers qui ne font pas l’unanimité?

Le débat mérite d’être lancé, car la présidence du gouvernement n’est pas qu’une fonction honorifique. Elle doit incarner le Conseil d’Etat, et être utile à son fonctionnement. Présider sans pouvoir trancher, est-ce vraiment souhaitable? Nous aurons bientôt la réponse.

Grégoire Barbey

Photo: Patrick Gilliéron Lopreno ©

12:59 Publié dans Elections cantonales 2018, Genève | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | | |