Gregoire Barbey

02/11/2013

La R'vue: place à la génération suivante!

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La R'vue. Il y a dans cette dernière édition un message fort dès les premiers instants du
spectacle: place aux jeunes. Cette ambition est clairement assumée et mérite d'être saluée.


J'ai assisté hier soir à la R'vue, et j'ai beaucoup aimé cette édition. Bien sûr, j'entends également les habituelles contrariétés: «ce n'est plus comme avant», «je préférais les dernières éditions», etc.



Quoi qu'on fasse, on ne peut pas plaire à tout le monde, et c'est justement l'intérêt. Mais au-delà des différences, des évolutions, des changements, si l'on regarde véritablement le contenu, c'est excellent. Evidemment, tous les sketchs ne m'ont pas plus. Justement parce qu'il y en a pour tous les goûts. Mais quand même, les «faiseurs de chier le monde», l'entrée avec les enfants qui figureront au Conseil d'Etat en 2028, c'est excellent!

 


Et c'est peut-être quelque chose qu'on a oublié à Genève: il faut préparer la relève. Pierre Maudet en est l'exemple. François Longchamp également, pur produit de Guy-Olivier Segond. Les Radicaux ont toujours su former la génération suivante. Mais qui le fait encore vraiment aujourd'hui? J'ai plutôt l'impression que c'est le contraire. Beaucoup de jeunes se démarquent, tentent de faire leur place. Et l'arrière-garde les en empêche.



Et justement, ce petit sketch, très agréable à regarder au demeurant, fait prendre conscience aux Genevois de cette réalité. Oui, 2013, c'est bien. Mais la vie continue après. Il y en aura d'autres. Il faudra faire émerger des leaders. Des gens de conviction, de charisme, de possibilités. De ceux qui mènent la barque et qui conduisent le canton d'un pas sûr. Ce sketch nous rappelle à toutes et à tous qu'il y a un après. Que nous ne sommes pas éternels et qu'en politique, tout se renouvèle.



En mettant cette réalité de côté, quel en sera le résultat? Veut-on vraiment des candidats qui se présentent «faute de mieux»? Je ne crois pas. Et c'est bel et bien sur cet aspect-là de la vie politique qu'il faut se pencher. Les jeunes sont l'avenir. Ils sont déjà là. Dans quelques années, je serai le vieux con d'un jeune qui, je l'espère, viendra me chercher des poux en me mettant les yeux bien en face des trous pour me faire descendre de mes grands chevaux. Il sera le futur et je ne serai que son passé. A la rigueur aurais-je le privilège de demeurer quelques temps son présent. Et encore.



Cette jeunesse, dont je fais aujourd'hui partie, il faut la valoriser. La R'vue, en faisant jouer des enfants en début de spectacle, tente cet ambitieux pari. C'est ambitieux parce que les jeunes sont fougueux. Mais ça paie, parce qu'en leur octroyant la place qu'ils méritent, ils le rendent bien. Genève doit penser à son futur, et ne pas avoir en matière de relève politique ce qu'elle fait pour ses grands dossiers: prendre la solution qui s'impose lorsque la situation est à l'extrême urgence. Sinon, bonjour les dégâts.



Enfin de compte, merci à Philippe Cohen pour ce spectacle. Qu'on aime ou non, il y a du travail. Du contenu. De nombreux clins d'œil à l'actualité. Et je trouve cela fabuleux. Tout ce dynamisme, c'est finalement ce qui manque à Genève. Donc oui, merci à M. Cohen et à toute son équipe de nous véhiculer, l'histoire de quelques heures, l'image d'un canton moins froid et empêtré dans ses problèmes politiques. Bon sang ce que ça fait du bien!



Grégoire Barbey

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14/10/2013

Les maladresses de Mauro Poggia

Chronique, 14.10.13

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Mauro Poggia. Le candidat du MCG a présenté les excuses de son parti dans la presse dominicale. Pendant que son secrétaire général employait à la télé les mots de Maurras sur le régime de Vichy.

 

Mauro Poggia présentait hier ses excuses aux frontaliers qui auraient pu se sentir heurtés par les slogans du Mouvement citoyen genevois (MCG) dans Le Matin Dimanche. Et ce au nom de son parti. Eric Stauffer a de son côté qualifié de maladresse la communication de son colistier. Je pense qu’effectivement, la tentative de l’avocat pour se distancer des affiches ordurières de sa formation politique était malvenue. Cela fait quatre ans qu’il est au MCG et il n’a jamais donné l’impression d’être gêné d’une quelconque façon par cette communication excessive. Jouer, à quelques semaines du deuxième tour à l’élection au Conseil d’Etat, au sentimental pour s’attirer des voix extérieures est un jeu dangereux et témoigne d’une certaine faiblesse de la part de Mauro Poggia.

 

Quand le soir même où ses propos sont sortis dans la presse, le secrétaire général du MCG François Baertschi qualifie de «divine surprise» l’éventuelle élection d’Eric Stauffer et de Mauro Poggia sur le Grand Genève à Chaud, il y a comme un malaise dans l’air. Oui, cette formulation (divine surprise) a été utilisée par Maurras pour s’émerveiller face au régime de Vichy. Est-ce un véritable hasard de la part d’un ancien journaliste de la trempe de François Baertschi? Les doutes sont permis. Alors quand Mauro Poggia tente de prendre de la distance vis-à-vis de son parti pour sembler plus consensuel, les apparences ne sauraient tromper. On ne peut pas du jour au lendemain se donner une image d’homme modéré quand on a sciemment toléré cette communication outrageuse pendant tant d’années.

 

Comme en témoignent les commentaires sur les articles de la Tribune de Genève, la réaction des gens face à ce retournement de veste n’est pas positive. Evidemment, une partie des électeurs ayant voté par ras-le-bol contre les frontaliers se sentent trahis. On les a manipulés émotionnellement pendant des mois et on vient ensuite calmer les esprits. C’est trop facile. A tel point que Mauro Poggia a laissé un commentaire pour s’expliquer. Aveu de faiblesse qui démontre qu’il a perdu le contrôle des événements. Si l’avocat a perdu une occasion de se taire, c’est peut-être cette erreur qui lui coûtera son élection le 10 novembre prochain. Et Eric Stauffer doit s’en réjouir, parce qu’il obtiendra peut-être des voix qu’il n’aurait pas eu autrement.

 

Grégoire Barbey

12:39 Publié dans Air du temps, Elections du 10 novembre, Politique | Lien permanent | Commentaires (25) |  Facebook | | | |

12/10/2013

Le MCG doit devenir une force de proposition

Chronique, 12.10.13

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Delphine Perrella. Elle a montré – comme d'autres membres du MCG – que son parti
pouvait apporter des idées. Mais il faudra lutter contre tant qu'il ne se sera pas transformé.

 

Je me suis profondément interrogé depuis les résultats des élections de dimanche dernier. Faut-il continuer à s'opposer au MCG lorsqu'il réalise un score aussi important? J'ai longuement réfléchi. J'ai ressassé ces derniers mois, ces dernières années. Et l'attitude des élus de ce parti pendant ce laps de temps. Et ma réponse m'est apparue clairement, avec le recul: oui, il faut donner toute notre énergie pour lutter contre la ligne politique du MCG. Si je lui reconnais volontiers la qualité de mettre le doigt où ça fait mal, je lui en veux par contre, dans son ensemble, de mettre à mal les institutions de notre Canton. De cracher dans la soupe, alors qu'il s'en nourrit tout autant.



Ce dont Genève a besoin, véritablement, c'est d'une cohésion renforcée entre les différents acteurs de notre région. Notre république n'est pas bananière, comme le MCG – et marginalement l'UDC – tente de nous le faire croire. S'il y a des dysfonctionnements à Genève, ceux-ci ne sont pas irrémédiables. Ce n'est pas en insultant nos institutions qu'un changement durable s'installera. Ce n'est qu'en travaillant ensemble, partis gouvernementaux et partis d'opposition, qu'il sera possible de régler les problèmes majeurs que connait notre Canton.


S'opposer est nécessaire. Tout ne peut être fait dans l'impunité totale. Il convient de dénoncer, de ne pas laisser le pouvoir nous échapper des mains, à nous peuple genevois. Mais l'opposition n'est pas une fin en soi: à trop heurter les institutions, comment proposer des options viables à l'opinion publique? Comment travailler main dans la main pour redresser un canton en proie aux difficultés conjoncturelles? Ce n'est tout simplement pas possible. Ce qu'il faut, au-delà de la délation, de l'opposition constante et de l'injure faite à nos institutions, c'est une force de proposition. Des idées. Et je ne dis pas que le MCG n'en a pas, loin de là.


Des membres, comme Delphine Perrella ou Ronald Zacharias, ont prouvé qu'ils pouvaient apporter des projets intéressants et pouvant contribuer à améliorer le quotidien des Genevois. C'est là-dessus qu'il faut maintenant se concentrer. Et tant que le MCG n'aura pas effectuer sa mue, passant de l'opposition institutionnelle à l'opposition politique, deux notions que je distingue particulièrement, il conviendra de lutter contre son discours. Tant que le MCG n'aura pas, de son propre chef, changé son fusil d'épaule pour devenir l'un des bâtisseurs de ce canton – et donc être amené à perdurer au sein de l'hémicycle –, les partis traditionnels devront eux-mêmes s'opposer à sa ligne.



Non par la parole. Mais par les actes. Il est essentiel de démontrer à la population qu'il n'est pas tout de verser dans le verbiage politique: il faut prouver. Agir. Et force est de constater qu'à l'heure actuelle, les partis gouvernementaux n'ont pas encore subi l'électrochoc suffisant pour les ramener à la réalité. Ils ont fait Genève, ils doivent continuer à veiller sur notre république. Mais pour cela, il est impératif de s'investir. Et de ne pas prêter le flanc aux critiques acerbes d'un mouvement qui fait son beurre électoral sur l'opposition et l'injure aux institutions.



Quand bien même je reste convaincu qu'un jour, les partis du centre pourront travailler avec le MCG, j'invite chacun à prendre ses responsabilités et à réfléchir à ce qu'il pourrait faire pour s'améliorer et redonner confiance au peuple genevois qui, malheureusement, semble lassé de cette politique qui dure depuis trop longtemps. Autant le MCG doit être combattu dans sa forme actuelle, autant le message qu'il délivre à travers le vote-sanction des électeurs doit être entendu par la classe politique. Ce n'est que comme ça que nous arriverons, tous ensemble, à conserver un canton de qualité, et à œuvrer pour le bien du plus grand nombre.



Grégoire Barbey

17:01 Publié dans Air du temps, Elections du 10 novembre, Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | | |

La gauche genevoise face à un grand défi

Chronique, 12.10.13

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Adrien Faure. L'analyse du co-président de la Jeunesse socialiste dimanche dernier ne
manquait pas d'arguments. Mais la gauche doit impérativement rester au gouvernement.

 

La gauche à Genève est-elle sur une pente déclinante? Les résultats du 6 octobre le laissent à penser. Bien que les socialistes ont maintenu leur représentation au Grand Conseil et légèrement progressé en termes de voix, la députation verte a presque rétréci de moitié. Si Ensemble à gauche a fait son grand retour au Parlement, sa force électorale a notoirement reculé, passant d'à peu près 14 sièges il y a 8 ans à 9 sièges aujourd'hui. Des questions doivent se poser dans les états-majors de la gauche pour palier à cette baisse qui, quand bien même la communication socialiste se veut enthousiaste, paraît durable. Les résultats genevois des votations fédérales du 22 septembre laissaient présager une proportion d'un tiers des voix pour la gauche, ce qui s'est traduit par les faits dimanche dernier.



Que se passe-t-il à gauche pour que l'électorat se fragmente ainsi? Le discours de la gauche gouvernementale, à savoir les socialistes et les verts, ne s'est pas toujours rejoint. D'une part, les socialistes ont souvent voté avec le MCG sur les questions sociales, alors que les verts étaient davantage tentés par le centre-droit (PDC-PLR). Cet éclatement idéologique a-t-il pesé sur les résultats des écologistes? C'est possible, mais reste difficile à dire avec certitude. Certains commentateurs y voient une sanction envers la politique de Michèle Künzler.



D'autre part, les socialistes ont majoritairement concentré leurs forces sur des projets de loi va-t-en-guerre contre les hauts revenus, sans nécessairement proposer des solutions réfléchies et concertées pour améliorer le sort des classes défavorisées. Devenu un parti plutôt conservateur, la politique socialiste à Genève est majoritairement dédiée à la protection de privilèges sociaux acquis au fil des dernières décennies. C'est dans la fonction publique, peut-être, que le parti trouve encore un véritable écho. En-dehors, le message ne semble pas porté vers l'électorat historique de la formation de centre-gauche.



La gauche pourrait bien perdre un à deux sièges au gouvernement le 10 novembre. Si les appareils de partis de la gauche traditionnelle n'appellent pas leur base à une importante mobilisation dans les urnes, les résultats pourraient s'avérer hautement défavorable aux socialistes comme aux verts. Du côté de l'Entente et de l'alliance MCG-UDC, les appels à voter ont déjà débuté. Si l'élection au Conseil d'Etat recueille habituellement davantage de participation que l'élection au Grand Conseil, cela ne doit pas conforter les partis de gauche et considérer cette constante comme un oreiller de paresse.



Un gouvernement monocolore, ou à très large majorité de droite (six sur sept, par exemple) ne profiterait probablement pas à l'élaboration de projets concertés et tournés vers l'amélioration des conditions de vie des Genevoises et des Genevois. La gauche, si elle veut continuer à jouer sa partition au sein de l'Exécutif cantonal – et il le faut! –, doit impérativement se remettre en question et élaborer une stratégie différente. Si les enjeux en 2013 ne sont plus les mêmes qu'il y a vingt ans, il convient néanmoins de réfléchir à des solutions qui touchent l'électorat qui s'est toujours senti concerné par les socialistes et plus globalement la gauche.



Certains préconisent, comme Adrien Faure qui a fait une excellente prestation sur Leman Bleu dimanche 6 octobre, le retour à l'opposition, et donc la sortie du gouvernement pour la gauche. Si cette alternative peut paraître séduisante à première vue – le co-président de la Jeunesse socialiste ne manquait pas d'arguments pour la rendre crédible –, elle n'en est pas moins dangereuse. En offrant un boulevard à la droite, et plus particulièrement sa composante souverainiste, la gauche prendrait un risque que son électorat n'accepterait jamais: offrir aux sirènes de l'angoisse les rennes du Canton.



C'est donc un véritable dilemme qui s'impose à la gauche. Sa présence au Conseil d'Etat est nécessaire, car le système politique en Suisse est basé sur la collégialité et le consensus. Laisser en-dehors du gouvernement les représentants d'un tiers des votants ne manquerait pas d'avoir des conséquences sur le long terme (il en va de même pour ceux qui votent à l'extrême opposé). Alors oui, d'ici 10 au novembre, tout reste à faire pour la gauche, qui doit colmater les brèches et récupérer sa base pour la mobiliser et lui offrir au moins deux sièges à l'Exécutif cantonal. Espérons que les caciques des partis de gauche sauront prendre les bonnes décisions. Car sinon, c'est bel et bien un retour de vingt ans en arrière que nous pourrions vivre. Pour le meilleur. Et surtout pour le pire.



Grégoire barbey

14:21 Publié dans Air du temps, Elections du 10 novembre, Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |

19/09/2013

Débat malheureux mais nécessaire

Chronique, 19.09.13

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Peine de mort. La guillotine était majoritairement utilisée en Suisse pour les condamnés
à mort. Abolie une première fois en 1874, elle a été réintroduite en 1879 par voie de référendum.

 

Il y a très exactement 32 ans et un jour, le 18 septembre 1981, l’Assemblée nationale en France votait l’abolition de la peine de mort sous l’impulsion du garde des Sceaux Robert Badinter. En Suisse, la peine de mort a été abolie une première fois en 1874, puis réintroduite à la suite d’un référendum en 1879, accepté avec 52,5% des voix. Finalement, le peuple adopte un nouveau code pénal en 1938 (entré en vigueur en 1942) qui comprend notamment l’abolition de la peine capitale pour les crimes de droit commun. Subsistera jusqu’en 1992 la peine de mort dans les tribunaux militaires. Durant la Seconde guerre mondiale, 17 membres de l’armée suisse ont été fusillés pour trahison.

 

En 1979, une initiative parlementaire propose de réintroduire la peine capitale pour l’assassinat et la prise d’otages. Le Conseil national la rejette par 131 voix contre 3. En 1985, une initiative populaire pour réintroduire la peine de mort pour les trafiquants de drogue ne réunit pas les signatures requises pour être validée et soumise à votation. En 2010 enfin, une nouvelle initiative populaire proposant de rétablir la peine capitale dans certains cas précis est retirée quelques jours après avoir été validée par la Chancellerie fédérale. On le voit, cette thématique refait ponctuellement surface au sein de la population en Suisse.

 

Elle revient généralement en réaction à un tragique événement. Le meurtre d’Adeline ne fait malheureusement pas exception à cette règle. La peine de mort est présentée aujourd’hui comme la seule solution pour mettre fin à la récidive. Jean-Luc Addor, député valaisan et membre de l’UDC, disait d’ailleurs sur Infrarouge qu’un mort ne peut pas récidiver. Bravo à lui pour cette démonstration logique de haut vol. René Descartes et Emmanuel Kant doivent se retourner dans leur tombe respective… Enfin, les arguments manquent souvent de portée pratique pour justifier une telle réintroduction dans nos dispositions pénales.

 

La justice est faite par des Hommes, elle est donc faillible. Le problème d’un mort, c’est qu’il est… mort. Un retour en arrière est donc tout simplement impossible. Considérer qu’une manière expéditive est forcément la meilleure solution est une drôle de conception de la justice et de son présupposé, l’Etat de droit. De surcroît, octroyer à l’Etat le droit de vie ou de mort est une façon singulière de considérer la liberté. Sachant qu’aucune corrélation directe n’a jamais été établie entre la courbe de la criminalité et la peine de mort comme effet dissuasif, parler de prévention est malhonnête… Je considère néanmoins qu’il est positif de relancer le débat sur le sujet. Et j’accepterai d’en débattre aussi souvent qu’il le faudra, parce que je suis convaincu qu’une telle mesure est totalement contraire à l’intérêt général. Ainsi, je me réjouis de croiser le fer avec celles et ceux qui pensent que c’est une bonne solution. Pour autant qu’ils aient des arguments…

 

Grégoire Barbey

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15/09/2013

Douloureuse faillite d'un système et d'un idéal

Chronique, 15.09.13

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Horreur. Nous sommes tous témoins de la faillite d'un système. A la fois pénal et idéal.
Il convient aujourd'hui de prendre suffisamment de recul pour tirer les conclusions de ce drame.

 

Une tragédie, quelle qu’elle soit, est par nature toujours de trop. Il n’y a pas à tergiverser là-dessus. Le meurtre de cette éducatrice est abominable et inexcusable. Cet événement d’une rare tristesse met en avant certaines faiblesses du droit pénal suisse, régit sur le plan fédéral, et de la justice pénale. Oui, qu’un violeur multirécidiviste puisse se retrouver en liberté quelques années après sa condamnation est tout bonnement inacceptable. Qu’il lui soit permis en plus de sortir en n’étant encadré que d’une femme, c’est tout simplement incompréhensible. L’horreur a soudainement traversé le cœur d’une famille et de centaines de milliers de Suisses unis dans la douleur. Nous sommes tous frappés par un sentiment d’impuissance et d’injustice. Oui, la société et son système ont failli.

 

Peut-être ont-ils pêché par trop de confiance dans l’être humain. Peut-être avons-nous tous le désir, pour certains inavouable, de croire qu’il y a au fond de chacun de nous la possibilité de nous améliorer. D’expier nos fautes et de retourner sur le droit chemin. Celui qui ne nuit pas à la communauté, qui respecte les lois et l’intégrité des citoyennes et citoyens. C’est cet idéal, en partie issu de notre culture judéo-chrétienne, qui nous conduit parfois à l’extrême opposé de nos objectifs. La société porte aujourd’hui le fardeau d’un échec, une terrible erreur que nul n’a souhaité et qui, cruelle fatalité, s’est malgré tout produite. Qui a fauté? Est-ce vraiment la bonne question? Nous portons tous notre part de responsabilité. Nous sommes des humanistes.

 

Par cette grande idée de l’être humain, nous avons permis à une âme égarée, dévorée et malade de perpétrer plusieurs crimes. Des viols et enfin un meurtre. Comment ne pas ressentir à la fois colère et culpabilité? Tous, nous faisons partie intégrante de ce système. Nous votons les lois qui régissent notre communauté. Nous élisons nos représentants chargés de les appliquer. Oui, c’est la triste faillite d’un système volontariste et idéaliste. Le droit pénal et la justice ont échoué. Non par excès de confiance, mais par amour de l’Homme. Je ne crois pas qu’il faille précipiter les mesures à prendre pour corriger cette anomalie. Nous devons déjà commencer par nous recueillir. Toute une population se trouve aujourd’hui réunie dans un même deuil. Nous pleurons une femme et nous déplorons notre système.

 

Comme toutes mes concitoyennes et concitoyens, j’ai mal au cœur. La nausée me traverse et l’incompréhension me submerge. L’impuissance est un sentiment profondément désagréable. J’ai mal qu’une personne paie de sa vie pour mettre le doigt sur la faille de notre droit pénal et notre justice. Mais l’heure n’est pas à la démesure. Il est temps de panser cette plaie et de réfléchir raisonnablement aux conclusions à tirer de ce crime sordide. Je suis tombé par hasard sur une page Facebook appelant à rétablir la peine de mort en Suisse. Près de 10'000 adhérents. Je comprends ce sentiment de colère. Je ne le comprends que trop bien pour être honnête. Est-ce pourtant la bonne solution? Notre société doit-elle reculer d’un pas parce qu’il y a dans l’âme humaine une barbarie qu’il nous est difficile de cerner? Est-il souhaitable de pratiquer nous-mêmes, en mandatant l’Etat, ce que nous condamnons auprès des individus?

 

Donner le droit à la justice de décider de la vie et de la mort des administrés, c’est tenir soi-même un peu le fil de l’épée qui tranche une existence. C’est se salir les mains tout en reprochant cela aux criminels. La justice pénale doit être plus ferme. Les peines doivent être allongées, c’est certain. Et les évaluations devront probablement être revues. En tant que société, nous devons peser le pour et le contre. Certains criminels sont peut-être mieux isolés loin des autres pour la sécurité de tous. Peut-être faut-il effectivement sacrifier un peu de notre idéal, de nos croyances séculaires, pour protéger le plus grand nombre. C’est un geste que j’accepterais, parce qu’il convient de mesurer le prix de chaque décision. Risquer la vie des citoyens, je ne puis l’admettre. Mais autoriser le crime d’Etat légitimé, je ne puis m’y résoudre. Comme pour vous, cette situation m’est insoutenable. J’aimerais pouvoir proposer une solution parfaite, pour régler tout ce problème qui se pose depuis les prémices des sociétés.

 

Je n’ai malheureusement pas la science infuse, ni Dieu pour me chuchoter à l’oreille. J’ai cependant une conviction: certains boulons de notre édifice sociétal doivent être remplacés par d’autres. Il y a un mécanisme qui a failli, et nous savons visiblement lequel. Tous, citoyens et politiques, concertons-nous pour y remédier. J’accepte qu’il y ait des gens favorables au rétablissement de la peine de mort. Mais je ne partage pas leur solution. Elle ne m’apparaît pas suffisamment sévère, et elle octroie un pouvoir trop important pour une justice faite par les hommes, ceux-là même qui faillissent. Oui, une peine de privation de liberté longue, de plusieurs décennies, voire à vie: voilà une véritable sentence. C’est aussi une mesure qui protège la communauté. La répression n’est pas une fin en soi. Il faut également penser à la protection des individus. Punir proportionnellement, certes, mais le faire en ayant à l’idée qu’il faut avant tout réduire les risques de récidive. Et peut-être est-il temps de songer à un internement à vie de certains types de criminels. Parce qu’il y a malheureusement des idéaux qui se heurtent violemment à la réalité. Et que le prix à payer est bien trop élevé.

 

Grégoire Barbey

23:14 Publié dans Air du temps, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (15) |  Facebook | | | |

11/09/2013

La salive vraiment acide de Claudio Marques

Chronique, 11.09.13

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PDC. Le président des Jeunes démocrate-chrétiens Claudio Marques a taclé ses colistiers
sur son profil Facebook parce qu'ils ont eu l'outrecuidance de s'octroyer une affiche en couleur.

 

Les tensions internes au sein du Parti démocrate-chrétien (PDC) à Genève débordent sur les réseaux sociaux. Le président des Jeunes démocrate-chrétiens (JDC) Claudio Marques a lâché son fiel à l’encontre des candidats figurant sur l’affiche du chirurgien Philippe Morel. En effet, ceux-ci sont au nombre de sept et sont en couleur. Crime de lèse-majesté lorsqu’on pense que la charte graphique du PDC en est restée au début du XXe siècle, c’est-à-dire en noir et blanc. Voilà donc, surgissant des ombres épaisses du néant, le chevalier Marques, armé de sa morale et de son mépris pour ceux qui veulent être élus. Et il attaque: certains membres du parti se sont fait incendier par le délirant président des JDC.

 

Ne me demandez pas comment je le sais: Dieu me priverait de sa grâce. Mais c’est un fait: certains au sein du PDC n’apprécient pas qu’il y ait des membres suffisamment ambitieux pour se mettre en avant. Faut-il, comme les autres, rester tapi dans le vide abyssal auquel ceux qui ne se montrent pas nous ont habitués? C’est un choix. Philippe Morel et ceux qui l’accompagnent sur cette affiche en ont fait un autre. Et c’est tout à leur honneur. Qu’il y ait des personnalités agacées par cette mise en scène, je le comprends. Que cet agacement s’étende sur les réseaux sociaux et se transforme en croisade contre ceux qui agissent, cela m’est par contre tout à fait insupportable.

 

Que le templier Marques range sa lame dans son fourreau et lave son linge sale en famille. Après tout, ce n’est pas une stratégie très réfléchie que de répandre sa colère sur les réseaux sociaux. Si Claudio Marques ne veut pas faire cavalier seul, nul ne lui en tiendra rigueur. Que d’autres veulent s’investir pleinement pour leur (ré)élection, il n’y a pas à tergiverser. Et puis ce cher chevalier drapé d’un bonnet blanc ne se plaint pas lorsqu’il apparait également sur une affiche de campagne avec six autres personnes, dont les deux candidats au Conseil d’Etat, Luc Barthassat et Serge Dal Busco. Chacun a le droit de se montrer, de tenter de convaincre les électrices et les électeurs. C’est le défi d’une campagne.

 

Mais qu’un président des JDC se permette de tacler publiquement les membres de son propre parti, alors qu’il exerce une fonction honorable, voilà une attitude bien vile et lâche. Président des JDC, son rôle serait plutôt de prendre contact avec les principaux intéressés, et d’en discuter calmement. Perdre le contrôle de soi-même pour s’illustrer à travers Facebook d’une jalousie mal dissimulée, voilà une erreur politique des plus flagrantes. L’unité du PDC a souvent été remise en cause – et même à travers mon blog –, et l’un de ceux qui devraient préserver une certaine image du parti finit par exposer sans pudeur les dissensions internes qui règnent dans la formation. Un peu dommage, et un coup dans l’eau. L’assemblée des délégués qui aura lieu demain soir risque d’être houleuse. Et si la croisade continue, comptez sur moi pour vous en informer.

 

Grégoire Barbey

14:03 Publié dans Air du temps, Elections du 6 octobre, Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |

04/09/2013

L'Occident veut des massacres élégants

Chronique, 04.09.13

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Bachar el-Assad. La limite à ne pas franchir quand un dirigeant massacre son peuple:
les armes chimiques. Il faut rester conventionnel. Sinon c'est mauvais pour les affaires...

 

La Syrie est le trend actuel en Suisse et plus largement en Occident en matière de politique internationale. Beaucoup de commentateurs se sont lancés à corps perdu dans la bataille idéologique qui fait rage: faut-il ou non une intervention armée des forces occidentales pour mettre fin au conflit syrien? Si la réponse varie en fonction des sensibilités, la véritable question se situe probablement ailleurs. Que certains pays, notamment la France, jugent opportun de partir en guerre, ce n’est pas très étonnant. L’ampleur de la répression menée par les troupes du président Bachar el-Assad confine à la stupeur pour nous autres occidentaux. La véritable question, disais-je donc et pour y revenir, est en réalité la limite qui a été fixée au dirigeant de la Syrie par les puissances occidentales: pas d’armes chimiques contre le peuple. Pour caricaturer, l’Occident autorise n’importe quel dictateur à torturer son peuple – et le décimer – avec les méthodes qui lui font plaisir. Mais la ligne rouge à ne pas franchir, ce sont les armes chimiques.

 

Pourquoi? Ce n’est pas fair-play, les armes chimiques? Il faut employer des techniques plus old-school, comme le recours à des bombes, ou le tir à vue dans la foule? Peut-être est-ce plus en adéquation avec les valeurs démocratiques de nos pays occidentaux… Rappelons-nous en effet qu’une armée qui fusille le peuple n’est pas de la fiction. C’est même arrivé à Genève, et une pierre commémore ce massacre sur la plaine de Plainpalais. Donc peut-être qu’effectivement, il y a l’art et la manière. Le peuple – ce salopard en surnombre qui veut tout décider à la place des dirigeants éclairés et mus par le bien commun – a bien quelques désavantages. Déjà, dans des pays démocratiques, il est censé avoir le dernier mot. A noter qu’à part en Suisse, la théorie a souvent de la peine à laisser place à la pratique… Ah mais oui, nos têtes pensantes occidentales ont un argument: les armes chimiques ne sont pas conventionnelles.

 

Et si Monsieur el-Assad venait à torturer ses citoyens en demandant par exemple à ses forces armées de leur retirer les yeux avec une cuillère, c’est une méthode plus conventionnelle? En tout cas c’est très traditionnel, l’Occident en sait quelque chose… A trop vouloir interférer dans les affaires d’autres pays, nos dirigeants oublient un principe: nous sommes les garants de certaines valeurs. Et pour justifier une intervention, il faut que ces valeurs soient mises en danger. Mais la Syrie n’est pas le dominion d’un Etat occidental. Pourquoi diable le Conseil de sécurité autoriserait les Américains, les Français, les Allemands ou n’importe quels autres à attaquer frontalement la Syrie? D’autant plus qu’après avoir toléré depuis plus de deux ans un massacre sans commune mesure, les Occidentaux auraient fort peu à s’illustrer en attaquant Bachar el-Assad parce qu’il a franchi la ligne rouge… Si l’on se réfère aux valeurs qui nous tiennent à cœur, ces limites, le président syrien les a dépassées il y a longtemps déjà. Ne l’oublions pas.

 

Grégoire Barbey

20:25 Publié dans Air du temps, Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | | |

28/08/2013

Entre réalité des faits et intérêts supérieurs

Chronique, 29.08.13

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Jean Christophe Schwaab. Le conseiller national socialiste déclarait sur son profil Facebook
que la révision de la loi sur le travail allait obliger des employés à travailler 24 heures sur 24.



Lors de chaque initiative, les partis politiques se mettent en branle pour imposer leurs vues. C’est leur rôle et il n’y a rien à leur reprocher, si ce n’est parfois les méthodes employées. Leur objectif est simple: convaincre le peuple. Les moyens pour y parvenir sont toutefois plus difficiles. Voire sinueux. Il ne suffit pas d’être pour un texte de loi ou de s’y opposer. Il faut apporter au débat des arguments concrets, des explications claires et – malheureusement – simplifiées pour se faire comprendre. Il est évident que chacun utilise des stratagèmes pour marquer les esprits. La recherche d’un slogan provocateur, qui fasse réagir, mais qui interroge aussi. Les partis ne s’arrêtent néanmoins pas à ça: ils manipulent bien souvent la réalité des faits. A dessein ou par méconnaissance du sujet, qu’importe.
 

Le peuple est donc susceptible d’être désinformé s’il s’en tient au discours politique de ses représentants. Il faut bien reconnaître qu’il s’agit-là d’un risque inhérent à l’exercice de la démocratie. Là où les matraques permettent de calmer la population – et de faire «rentrer» les idées dans la tête des gens – au sein des systèmes autoritaires, la démocratie nécessite plus de tact. La propagande est donc l’outil tout indiqué pour parvenir à ses fins. Elle demande une pratique intense et des aptitudes spécifiques. Il n’est pas toujours évident de savoir lorsqu’un politicien dit la vérité ou façonne la réalité dans son intérêt. Les débats le démontrent bien: deux personnes qui ne sont pas d’accord ne finiront probablement pas dans le même camp à la fin.
 

L’intérêt étant plutôt de confronter deux avis contradictoires pour permettre aux gens d’opter pour l’argumentaire qui leur paraît le plus juste. Et encore ici, il s’agit d’une interprétation, puisqu’il y a dans notre perception sensorielle deux obstacles à la compréhension objective: les convictions et les référentiels. Deux individus opposés sur une interprétation des faits peuvent être toutefois de bonne foi. Et c’est justement-là tout le paradoxe d’un débat d’idées. Interpréter n’est pas mentir. Mais cela peut servir à travestir. Il y a également la rétention d’informations dans un but précis.
 

Quand on observe les discours des uns et des autres sur la libéralisation des shop des stations-service, il y a un incroyable fossé. Entre ceux qui, comme Jean Christophe Schwaab, affirment que les employés vont travailler vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et ceux qui disent que cela ne changera rien… On ne peut qu’être frappé par les arguments. Les deux camps noircissent volontairement le trait pour marquer les consciences. Ce qu’il faut bien évidemment, c’est un contre-pouvoir qui permette de rétablir les faits. Ce sont les journalistes qui sont traditionnellement chargés de cette tâche. Mais aujourd’hui, tout semble plus difficile. La Confédération, donc les différents départements rattachés à l’Etat fédéral, possède plus de 400 communicateurs. C’est plus que n’importe quelle rédaction en Suisse. Cela représente même davantage que Le Monde en France.
 

Lorsque le discours des politiciens est passé au peigne fin pour en lisser les contours et le rendre le plus irréprochable possible, il est difficile d’en percevoir les aspérités. Seul un œil averti, et encore, peut en percer les incohérences. Le fact cheking, très répandu dans certains pays, commence à faire son apparition en Suisse. L’objectif est simple: analyser les propos des politiciens et les confronter aux faits. La RTS vient de se doter d’une émission de radio nommée Factuel. La présentation du produit sur internet précise d’ailleurs: «Factuel renoue avec la fonction première du journalisme: la vérification des sources et la recherche de la vérité».
 

C’est bien évidemment une démarche à saluer. Encore faut-il assurer derrière un traitement égal aux politiciens. On connait l’habitude de la RTS à s’en prendre à certains politiciens plus qu’à d’autres – ils tendent souvent le bâton pour se faire battre, c’est un fait – et c’est justement dans le cadre de ce genre d’émissions qu’il faut réussir à passer par-dessus les a priori. En démocratie en tout cas, il est important d’avoir un véritable contre-pouvoir, dont l’établissement des faits au plus proche de la vérité (car l’atteindre est un idéal) doit être le but. Comme je le disais plus haut, c’est un exercice particulièrement difficile puisqu’il y a de plus en plus de personnes chargées de noyer le poisson. De pointer du doigt ce qui n’est en réalité qu’un feu de paille.
 

Face à l’armada de communicateurs payés par les contribuables, comment les journalistes, qui doivent être au service du Peuple et non du pouvoir en place, peuvent exercer correctement leur métier? C’est là toute la question. Et les réponses varieront en fonction des intérêts de chacun. De multiples questions se posent. Est-ce que la transparence du gouvernement profite toujours à l’intérêt de la Nation? Pas nécessairement. Mais la position la plus inconfortable revient probablement au journaliste, qui doit juger s’il fait bien de rétablir les faits sur un point. Parce qu’il peut en mesurer les risques. Et surtout en prévoir les conséquences. Et s’il ne le fait pas, est-ce qu’il ne trahit pas son engagement et sa déontologie? Cela reviendrait à dire qu’il y a des intérêts qui surpassent la transparence. C’est malheureusement bien possible…

 

Grégoire Barbey

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27/08/2013

La nécessaire continuité du libéralisme

Chronique, 27.08.13

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Friedrich Hayek. Le principe fondamental du libéralisme,
c'est d'user le moins possible de la coercition sur les Hommes.


Une société qui œuvre pour la liberté des citoyens façonne nécessairement le progrès. Toute émancipation de l'individu face à des contraintes artificielles est une forme d'avancée pour l'ensemble de la communauté. Une société libérale se doit de donner à ses citoyens les moyens d'être libre. Ou du moins de choisir de l'être. Car on a également le choix de s'enchaîner, et nul ne peut juger de notre décision à vivre libre ou en cage. Le libéralisme, c'est la liberté de conscience, religieuse, d'expression et de pensée. L'Etat ne peut pas pénétrer cette sphère-là.

 


Le plus grand ennemi de la pensée libérale, c'est le socialisme. Parce que le socialisme contraint l'individu par l'omniprésence d'un Etat fort. Un Etat qui, délibérément, intervient dans la société civile contre son gré. Une intervention que ses défenseurs jugent nécessaire, parce qu'elle «corrigerait les imperfections du secteur privé». Ainsi l'Homme, qui naît libre, ne pourrait être destiné à le rester. Il devrait être materné par l'Etat. Lui-même composé par des Hommes, fut-il essentiel de le rappeler. Le socialisme prône l'égalitarisme comme valeur progressiste. Mais l'égalité n'est pas le progrès. L'égalité, c'est la contrainte. Les Hommes naissent tous avec des caractéristiques uniques, qui leurs sont propres. Vouloir interférer, à travers la main courante de l'Etat, dans la vie privée des individus pour les rendre égaux, c'est prendre le parti du nivellement par le bas. Le nivellement par le bas, c'est tout ce qu'une société de progrès, libérale et tournée vers le bien des citoyens, se doit de combattre.

 


En semant les graines du socialisme, les Hommes renoncent à bien des acquis. Des libertés qu'aujourd'hui nous pensons normales, et qui demain pourraient nous être retirées. Ces libertés, nous ne nous sommes point battus pendant des siècles pour les obtenir. La séparation de l'Etat et de l'Eglise, les Constitutions, le droit positif, tout ça est le fait du libéralisme. Non du socialisme, qui veut aplanir les différences de naissance au moyen d'interventions violentes dans l'existence des citoyens. Ce qu'oublient bien des socialistes, en Suisse comme ailleurs, c'est que leur définition du bien commun n'est pas partagée par la majorité. Et cette majorité a le droit de préférer la liberté donnée à l'égalitarisme imposé. Nul ne peut remettre en question le libéralisme sans s'en prendre à ses corollaires: toutes ces libertés dont j'ai parlé précédemment. Des acquis qui, au XVIIe siècle, paraissaient encore illusoires. Des grandes idées qui ont illuminé l'humanité. Qui ont transcendé les âges.



Et aujourd'hui, par trop gâtés que nous sommes, nous nous en prenons à une pensée qui nous a affranchi de l'Eglise. Affranchi de l'Etat, en partie du moins car la lutte perdure. Nous devrions plutôt planter les graines de la liberté. Continuer l'ouvrage de nos ancêtres, profondément tourné vers le progrès. Vers l'émancipation. La liberté s'acquiert, se prend. Elle n'est pas offerte. Et ce n'est qu'au prix de batailles, qu'elles se livrent sur le terrain des idées ou des guerres, qu'on peut l'obtenir. Le libéralisme, plus que jamais, doit se révéler être le pont entre l'Homme et la liberté.

 

Grégoire Barbey

23:48 Publié dans Air du temps, Philosophie, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | | |