Gregoire Barbey

04/09/2013

L'Occident veut des massacres élégants

Chronique, 04.09.13

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Bachar el-Assad. La limite à ne pas franchir quand un dirigeant massacre son peuple:
les armes chimiques. Il faut rester conventionnel. Sinon c'est mauvais pour les affaires...

 

La Syrie est le trend actuel en Suisse et plus largement en Occident en matière de politique internationale. Beaucoup de commentateurs se sont lancés à corps perdu dans la bataille idéologique qui fait rage: faut-il ou non une intervention armée des forces occidentales pour mettre fin au conflit syrien? Si la réponse varie en fonction des sensibilités, la véritable question se situe probablement ailleurs. Que certains pays, notamment la France, jugent opportun de partir en guerre, ce n’est pas très étonnant. L’ampleur de la répression menée par les troupes du président Bachar el-Assad confine à la stupeur pour nous autres occidentaux. La véritable question, disais-je donc et pour y revenir, est en réalité la limite qui a été fixée au dirigeant de la Syrie par les puissances occidentales: pas d’armes chimiques contre le peuple. Pour caricaturer, l’Occident autorise n’importe quel dictateur à torturer son peuple – et le décimer – avec les méthodes qui lui font plaisir. Mais la ligne rouge à ne pas franchir, ce sont les armes chimiques.

 

Pourquoi? Ce n’est pas fair-play, les armes chimiques? Il faut employer des techniques plus old-school, comme le recours à des bombes, ou le tir à vue dans la foule? Peut-être est-ce plus en adéquation avec les valeurs démocratiques de nos pays occidentaux… Rappelons-nous en effet qu’une armée qui fusille le peuple n’est pas de la fiction. C’est même arrivé à Genève, et une pierre commémore ce massacre sur la plaine de Plainpalais. Donc peut-être qu’effectivement, il y a l’art et la manière. Le peuple – ce salopard en surnombre qui veut tout décider à la place des dirigeants éclairés et mus par le bien commun – a bien quelques désavantages. Déjà, dans des pays démocratiques, il est censé avoir le dernier mot. A noter qu’à part en Suisse, la théorie a souvent de la peine à laisser place à la pratique… Ah mais oui, nos têtes pensantes occidentales ont un argument: les armes chimiques ne sont pas conventionnelles.

 

Et si Monsieur el-Assad venait à torturer ses citoyens en demandant par exemple à ses forces armées de leur retirer les yeux avec une cuillère, c’est une méthode plus conventionnelle? En tout cas c’est très traditionnel, l’Occident en sait quelque chose… A trop vouloir interférer dans les affaires d’autres pays, nos dirigeants oublient un principe: nous sommes les garants de certaines valeurs. Et pour justifier une intervention, il faut que ces valeurs soient mises en danger. Mais la Syrie n’est pas le dominion d’un Etat occidental. Pourquoi diable le Conseil de sécurité autoriserait les Américains, les Français, les Allemands ou n’importe quels autres à attaquer frontalement la Syrie? D’autant plus qu’après avoir toléré depuis plus de deux ans un massacre sans commune mesure, les Occidentaux auraient fort peu à s’illustrer en attaquant Bachar el-Assad parce qu’il a franchi la ligne rouge… Si l’on se réfère aux valeurs qui nous tiennent à cœur, ces limites, le président syrien les a dépassées il y a longtemps déjà. Ne l’oublions pas.

 

Grégoire Barbey

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28/08/2013

Entre réalité des faits et intérêts supérieurs

Chronique, 29.08.13

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Jean Christophe Schwaab. Le conseiller national socialiste déclarait sur son profil Facebook
que la révision de la loi sur le travail allait obliger des employés à travailler 24 heures sur 24.



Lors de chaque initiative, les partis politiques se mettent en branle pour imposer leurs vues. C’est leur rôle et il n’y a rien à leur reprocher, si ce n’est parfois les méthodes employées. Leur objectif est simple: convaincre le peuple. Les moyens pour y parvenir sont toutefois plus difficiles. Voire sinueux. Il ne suffit pas d’être pour un texte de loi ou de s’y opposer. Il faut apporter au débat des arguments concrets, des explications claires et – malheureusement – simplifiées pour se faire comprendre. Il est évident que chacun utilise des stratagèmes pour marquer les esprits. La recherche d’un slogan provocateur, qui fasse réagir, mais qui interroge aussi. Les partis ne s’arrêtent néanmoins pas à ça: ils manipulent bien souvent la réalité des faits. A dessein ou par méconnaissance du sujet, qu’importe.
 

Le peuple est donc susceptible d’être désinformé s’il s’en tient au discours politique de ses représentants. Il faut bien reconnaître qu’il s’agit-là d’un risque inhérent à l’exercice de la démocratie. Là où les matraques permettent de calmer la population – et de faire «rentrer» les idées dans la tête des gens – au sein des systèmes autoritaires, la démocratie nécessite plus de tact. La propagande est donc l’outil tout indiqué pour parvenir à ses fins. Elle demande une pratique intense et des aptitudes spécifiques. Il n’est pas toujours évident de savoir lorsqu’un politicien dit la vérité ou façonne la réalité dans son intérêt. Les débats le démontrent bien: deux personnes qui ne sont pas d’accord ne finiront probablement pas dans le même camp à la fin.
 

L’intérêt étant plutôt de confronter deux avis contradictoires pour permettre aux gens d’opter pour l’argumentaire qui leur paraît le plus juste. Et encore ici, il s’agit d’une interprétation, puisqu’il y a dans notre perception sensorielle deux obstacles à la compréhension objective: les convictions et les référentiels. Deux individus opposés sur une interprétation des faits peuvent être toutefois de bonne foi. Et c’est justement-là tout le paradoxe d’un débat d’idées. Interpréter n’est pas mentir. Mais cela peut servir à travestir. Il y a également la rétention d’informations dans un but précis.
 

Quand on observe les discours des uns et des autres sur la libéralisation des shop des stations-service, il y a un incroyable fossé. Entre ceux qui, comme Jean Christophe Schwaab, affirment que les employés vont travailler vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et ceux qui disent que cela ne changera rien… On ne peut qu’être frappé par les arguments. Les deux camps noircissent volontairement le trait pour marquer les consciences. Ce qu’il faut bien évidemment, c’est un contre-pouvoir qui permette de rétablir les faits. Ce sont les journalistes qui sont traditionnellement chargés de cette tâche. Mais aujourd’hui, tout semble plus difficile. La Confédération, donc les différents départements rattachés à l’Etat fédéral, possède plus de 400 communicateurs. C’est plus que n’importe quelle rédaction en Suisse. Cela représente même davantage que Le Monde en France.
 

Lorsque le discours des politiciens est passé au peigne fin pour en lisser les contours et le rendre le plus irréprochable possible, il est difficile d’en percevoir les aspérités. Seul un œil averti, et encore, peut en percer les incohérences. Le fact cheking, très répandu dans certains pays, commence à faire son apparition en Suisse. L’objectif est simple: analyser les propos des politiciens et les confronter aux faits. La RTS vient de se doter d’une émission de radio nommée Factuel. La présentation du produit sur internet précise d’ailleurs: «Factuel renoue avec la fonction première du journalisme: la vérification des sources et la recherche de la vérité».
 

C’est bien évidemment une démarche à saluer. Encore faut-il assurer derrière un traitement égal aux politiciens. On connait l’habitude de la RTS à s’en prendre à certains politiciens plus qu’à d’autres – ils tendent souvent le bâton pour se faire battre, c’est un fait – et c’est justement dans le cadre de ce genre d’émissions qu’il faut réussir à passer par-dessus les a priori. En démocratie en tout cas, il est important d’avoir un véritable contre-pouvoir, dont l’établissement des faits au plus proche de la vérité (car l’atteindre est un idéal) doit être le but. Comme je le disais plus haut, c’est un exercice particulièrement difficile puisqu’il y a de plus en plus de personnes chargées de noyer le poisson. De pointer du doigt ce qui n’est en réalité qu’un feu de paille.
 

Face à l’armada de communicateurs payés par les contribuables, comment les journalistes, qui doivent être au service du Peuple et non du pouvoir en place, peuvent exercer correctement leur métier? C’est là toute la question. Et les réponses varieront en fonction des intérêts de chacun. De multiples questions se posent. Est-ce que la transparence du gouvernement profite toujours à l’intérêt de la Nation? Pas nécessairement. Mais la position la plus inconfortable revient probablement au journaliste, qui doit juger s’il fait bien de rétablir les faits sur un point. Parce qu’il peut en mesurer les risques. Et surtout en prévoir les conséquences. Et s’il ne le fait pas, est-ce qu’il ne trahit pas son engagement et sa déontologie? Cela reviendrait à dire qu’il y a des intérêts qui surpassent la transparence. C’est malheureusement bien possible…

 

Grégoire Barbey

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27/08/2013

La nécessaire continuité du libéralisme

Chronique, 27.08.13

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Friedrich Hayek. Le principe fondamental du libéralisme,
c'est d'user le moins possible de la coercition sur les Hommes.


Une société qui œuvre pour la liberté des citoyens façonne nécessairement le progrès. Toute émancipation de l'individu face à des contraintes artificielles est une forme d'avancée pour l'ensemble de la communauté. Une société libérale se doit de donner à ses citoyens les moyens d'être libre. Ou du moins de choisir de l'être. Car on a également le choix de s'enchaîner, et nul ne peut juger de notre décision à vivre libre ou en cage. Le libéralisme, c'est la liberté de conscience, religieuse, d'expression et de pensée. L'Etat ne peut pas pénétrer cette sphère-là.

 


Le plus grand ennemi de la pensée libérale, c'est le socialisme. Parce que le socialisme contraint l'individu par l'omniprésence d'un Etat fort. Un Etat qui, délibérément, intervient dans la société civile contre son gré. Une intervention que ses défenseurs jugent nécessaire, parce qu'elle «corrigerait les imperfections du secteur privé». Ainsi l'Homme, qui naît libre, ne pourrait être destiné à le rester. Il devrait être materné par l'Etat. Lui-même composé par des Hommes, fut-il essentiel de le rappeler. Le socialisme prône l'égalitarisme comme valeur progressiste. Mais l'égalité n'est pas le progrès. L'égalité, c'est la contrainte. Les Hommes naissent tous avec des caractéristiques uniques, qui leurs sont propres. Vouloir interférer, à travers la main courante de l'Etat, dans la vie privée des individus pour les rendre égaux, c'est prendre le parti du nivellement par le bas. Le nivellement par le bas, c'est tout ce qu'une société de progrès, libérale et tournée vers le bien des citoyens, se doit de combattre.

 


En semant les graines du socialisme, les Hommes renoncent à bien des acquis. Des libertés qu'aujourd'hui nous pensons normales, et qui demain pourraient nous être retirées. Ces libertés, nous ne nous sommes point battus pendant des siècles pour les obtenir. La séparation de l'Etat et de l'Eglise, les Constitutions, le droit positif, tout ça est le fait du libéralisme. Non du socialisme, qui veut aplanir les différences de naissance au moyen d'interventions violentes dans l'existence des citoyens. Ce qu'oublient bien des socialistes, en Suisse comme ailleurs, c'est que leur définition du bien commun n'est pas partagée par la majorité. Et cette majorité a le droit de préférer la liberté donnée à l'égalitarisme imposé. Nul ne peut remettre en question le libéralisme sans s'en prendre à ses corollaires: toutes ces libertés dont j'ai parlé précédemment. Des acquis qui, au XVIIe siècle, paraissaient encore illusoires. Des grandes idées qui ont illuminé l'humanité. Qui ont transcendé les âges.



Et aujourd'hui, par trop gâtés que nous sommes, nous nous en prenons à une pensée qui nous a affranchi de l'Eglise. Affranchi de l'Etat, en partie du moins car la lutte perdure. Nous devrions plutôt planter les graines de la liberté. Continuer l'ouvrage de nos ancêtres, profondément tourné vers le progrès. Vers l'émancipation. La liberté s'acquiert, se prend. Elle n'est pas offerte. Et ce n'est qu'au prix de batailles, qu'elles se livrent sur le terrain des idées ou des guerres, qu'on peut l'obtenir. Le libéralisme, plus que jamais, doit se révéler être le pont entre l'Homme et la liberté.

 

Grégoire Barbey

23:48 Publié dans Air du temps, Philosophie, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | | |

26/08/2013

Le fantasme électoral de Christophe Darbellay

Chronique, 26.08.13

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Christophe Darbellay. Le président du PDC aimerait beaucoup être conseiller fédéral.
Il y pense très souvent. De plus en plus. Et pour ça, une stratégie simple: draguer l'UDC.

 

Insécurité partout. A en croire Christophe Darbellay, président du Parti démocrate-chrétien (PDC), les citoyens suisses ne peuvent plus sortir de chez eux en toute tranquillité. Le programme sécuritaire du PDC l’illustre bien. Pourquoi ce revirement soudain dans pareille thématique de société? Nous approchons de la fin de l’année 2013. Dans deux ans, les élections fédérales auront lieu. Et Christophe Darbellay rêve tous les matins en se rasant de devenir conseiller fédéral. Plus que jamais, il se sent appelé à prendre la place d’un des maillons faibles. Qui donc? Probablement Eveline Widmer-Schlumpf. Mais rien n’est joué: elle pourrait se révéler une alliée utile si nécessaire.

 

Alors plutôt que d’attaquer la conseillère fédérale en charge du Département des finances, le PDC charge, sous l’impulsion du Valaisan, le ministre des Affaires étrangères, Didier Burkhalter. On l’accuse (à tort) de brader la Suisse à des juges étrangers. Entre la sécurité et l’Union européenne, le PDC rejoint étrangement les positions de l’Union démocratique du centre (UDC). Ce n’est plus la gauche que drague Christophe Darbellay. Il fut un temps où il essayait. On peut toujours l’apercevoir avec les socialistes dans les salles des pas perdus au Palais fédéral. Il fomente, le vil coquin. Mais son objectif – consécration d’une stratégie de slalomeur hors pair – est autre. Il ne veut plus simplement dicter qui rentre ou non à l’exécutif fédéral. Il veut en être. C’est son vœu le plus cher.

 

Et donc il tire tout son parti à droite. Sur des lignes beaucoup plus strictes. Guerre des tranchées. Il expose un parti traditionnellement centriste à un mouvement inattendu. A l’heure où l’électorat du PDC s’effrite, Christophe Darbellay opère une radicalisation des positions du parti pour son propre intérêt. Il espère qu’en se montrant plus ouvert aux thèmes habituellement réservés à la droite sécuritaire et nationaliste, il récupérera des voix de l’UDC pour son élection au Conseil fédéral. Il ne compte pas sur les Vert’Libéraux, ni sur le PLR. D’ailleurs, ce dernier, il s’en est largement écarté. Notamment sur la Lex USA, sujet pourtant cardinal pour les Libéraux-Radicaux.

 

Les vieilles alliances se défont. D’autres tentent de se conclure. Maladroitement peut-être, tant le jeu du président du PDC est lisible. Comme je le disais plus haut, déstabiliser Didier Burkhalter est un bon moyen de s’attirer la sympathie de l’UDC. En mettant en danger le siège d’un PLR, avec une Eveline Widmer-Schlumpf menacée par l’ensemble de la droite, le PDC et l’UDC pourraient faire d’une pierre deux coups. Christophe Darbellay prend le siège de la ministre PBD, et un UDC se voit octroyer celui du ministre des Affaires étrangères. Surfait, me direz-vous? Pas si sûr. L’UDC frisonne de toute sa base à l’idée de se venger. D’opérer un basculement des majorités au Conseil fédéral. De se réapproprier son deuxième siège. Et d’évincer ceux qui l’ont trahie. Darbellay en fait partie. Mais il s’avère utile. Très utile. Il est possible de passer outre sa trahison si cela peut servir les intérêts supérieurs du parti. Et là, croyez-moi, l’UDC ne se résoudra jamais à laisser passer sa chance. Tout comme Christophe Darbellay, qui pense tous les matins en se rasant à ce fameux couronnement… Quitte à faire fi de toutes ses valeurs.

 

Grégoire Barbey

13:27 Publié dans Air du temps, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | | | |

25/08/2013

Du divin à la transfiguration de l'existence

Chronique, 25.08.13

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Friedrich Nietzsche. Le philosophe est décédé le 25 août 1900 à Weimar.
Il a laissé derrière lui une œuvre riche qui fut souvent sujet à interprétation.


Le monde se souvient de Friedrich Wilhelm Nietzsche, décédé le 25 août 1900 à Weimar, en Allemagne. Probablement l'un des philosophes les plus controversés de l'histoire récente, il est souvent assimilé à tort à Adolf Hitler. Bien souvent comparé à l'idéologie du nazisme, c'est pourtant mal connaître le personnage.



S'il a bien évidemment théorisé le Surhomme dans son livre d'anthologie Ainsi parlait Zarathoustra, Friedrich Nietzsche n'a jamais voulu insinuer par là qu'il y a une race d'être humain qui soit supérieure aux autres. Pour lui, l'homme est une corde tendue entre le singe et le Surhomme. Si ce dernier est au-dessus des hommes, c'est par son essence divine. Pour son auteur, le Surhomme ne doit pas se soucier des hommes, il est égal au divin, ce divin que Nietzsche a tué de sa plume. Le rôle du Surhomme n'est pas de gouverner mais de transfigurer l'existence. Les aphorismes du philosophe, souvent écrits en marchant sur les cimes du Tessin, ont fait l'objet de multiples interprétations. Mais c'est ce même Nietzsche qui a rompu une amitié d'une rare intensité, mêlant admiration, idolâtrie et amour, avec Richard Wagner, jugeant son antisémitisme décadent et contraire à ses valeurs.



Si Friedrich Nietzsche a produit une généalogie de la morale, ce n'est pas pour justifier la barbarie, mais pour mettre l'humanité devant ses contradictions. Nietzsche était un homme profondément seul, viscéralement hors du monde, et la biographie romancée de Stefan Zweig à son sujet en est la traduction parfaite. Un homme à la santé si fragile que chaque jour fut un calvaire, une véritable épreuve. Un personnage à la fois attachant et unique. Un homme qui a parlé du monde comme personne ne l'avait fait auparavant. Un déconstructiviste de grand chemin. Une œuvre irremplaçable et surtout inoubliable. Nietzsche a bouleversé mon existence. Quand j'ai refermé le premier ouvrage que j'ai lu de lui, à 18 ans, j'ai pris goût à la philosophie. Aux questions de la société. A l'esprit critique. Au désir profondément primaire d'apprendre toujours. Un personnage hors norme qui mérite d'être connu et reconnu pour ce qu'il fut. Et ce qu'il a laissé à une génération profondément meurtrie.

 

Grégoire Barbey

13:47 Publié dans Air du temps, Philosophie | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | | |

19/08/2013

Provocation à outrance et vacuité du message

Chronique, 19.08.13

 

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Initiative du GSsA. Les Jeunes UDC ont multiplié les visuels provocants pour inciter les
citoyens à voter contre l'abrogation de l'obligation de servir. Mais les messages sont critiquables.

 

La campagne des Jeunes UDC contre l’initiative pour l’abrogation de l’obligation de servir est si caricaturale et ridicule qu’elle me donne envie de voter en faveur des initiants. Entre une affiche qui assimile ceux qui y sont favorables à des drogués fumeurs de joint, roux, communistes et pacifistes et une autre qui invite à «gicler» ceux qui sont contre l’armée, les amalgames sont légion. Est-ce qu’il est nécessaire d’en arriver à stigmatiser l’ensemble des opposants à l’obligation de servir en des termes qui sont franchement limites? Il ne faut pas oublier qu’il s’agit également d’un débat idéologique. Beaucoup de libéraux sont favorables à cette abolition. Moi-même, j’hésite encore. Il ne s’agit pas seulement de dire non à l’armée, mais de refuser un système qui force les individus à être enrôlés sans qu’ils ne puissent donner leur avis. Et ça, effectivement, c’est contraire à l’idéologie libérale. L’Etat ne devrait pas pouvoir intervenir aussi férocement dans l’existence d’un citoyen.

 

Il s’agit donc de débattre concrètement, sans réduire son adversaire à un paquet de clichés réducteurs. Parce qu’on peut également caricaturer les tenants absolus d’un système de milice, et d’une armée. Ils ont également leurs côtés pour le moins singuliers. Mais à titre personnel, je ne trouve pas cela pertinent et je ne pense pas qu’un citoyen lambda ait envie de se voir ainsi montré du doigt à travers un visuel de campagne. Chacun a ses raisons de voter pour ou contre. La démocratie, c’est accepter le choix des gens, de s’y plier, et de vivre avec. En se moquant de ses adversaires avant le même le résultat de la votation, on prend un risque considérable. Celui d’énerver tout un pan de l’électorat qui pourrait se sentir insulté alors qu’ils étaient encore hésitant. Comme moi, qui ne vois pas très bien quel est le but de cette affiche, sinon de créer une polémique stérile et d’inciter les gens à envoyer un camouflet à des Jeunes UDC un peu trop sûrs de leurs valeurs patriotiques…

 

Grégoire Barbey

01:17 Publié dans Air du temps, Economie, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook | | | |

17/08/2013

La haine des uns et l'ignorance des autres

Chronique, 17.08.13

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Adolf Hitler. Le dictateur le plus meurtrier de notre histoire récente
l'avait malheureusement compris: il suffit de se servir des émotions du peuple...

 

J’étais hier soir à la vogue de Bardonnex avec mon ami Sébastien Kaech qui distribuait des flyers pour sa campagne au Grand Conseil. Et j’ai été surpris des réactions des gens. Choqué serait même plus adapté. A l’une des personnes à qui il a distribué son tract, il a reçu la réponse: «je ne vote pour lui que s’il veut foutre dehors tous les étrangers». J’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’une blague un peu maladroite. En discutant davantage, j’ai vite compris qu’il était convaincu par ce qu’il venait de dire. Pour lui, les frontaliers et les immigrés volent les emplois des Suisses. Une croyance qui se répand de plus en plus à cause du MCG et de l’UDC qui favorisent volontairement cet amalgame.

 

Comme le disait Talleyrand il y a quelques siècles, «la politique a toujours été et sera toujours une certaine façon d’agiter les hommes avant de s’en servir». C’est exactement la stratégie de ces partis qui jouent aux funambules sur une corde si mince qu’un faux mouvement peut suffire à les faire tomber d’un côté ou de l’autre. Malheureusement cet exercice d’équilibriste est dangereux et a des répercussions particulièrement néfastes sur une certaine frange de la population. Il est facile en situation de crise – ce qui peut d’ailleurs être observé à chaque période de l’Histoire – de flirter avec des discours politiques polarisants. A Genève, ville internationale, le chômage est en comparaison nationale bien plus élevé. Divers facteurs micro et macroéconomiques peuvent en expliquer la cause.

 

Mais tout un chacun comprendra qu’il n’est pas très vendeur en politique de se concentrer sur des explications intellectuelles, concrètes et précises. Ce que le Peuple veut depuis toujours, c’est une victime expiatoire, un bouc émissaire sur lequel passer sa colère liée à son impuissance. Ces partis-là, c’est justement leur fonds de commerce. On prend une catégorie de la population et on l’assimile à tous les maux vécus par la majorité. Adolf Hitler avait très bien compris ce principe en son temps et l’avait même exploité avec un talent cauchemaresque. En s’en prenant à la population juive, qui ne représente même pas 1% de l’humanité, et en l’accusant d’être à la base de toutes les souffrances des citoyens allemands, il a réussi à transformer la raison en émotion.

 

Les gens ne sont pas toujours raisonnables. Ils le sont même plutôt rarement. Surtout lorsqu’il s’agit de politique, chose à laquelle ils ne s’intéressent que très moyennement. Ils ont donc des réponses tout aussi moyennes, qui s’apparentent à une méconnaissance des sujets. Croire que le chômage est uniquement lié aux étrangers – il l’est probablement un peu –, c’est faire montre de bien peu d’érudition dans le domaine. Mais c’est également un danger à prendre très au sérieux. Plus la population est ignorante, plus le risque de manipulation de masse est élevé. Je ne dis pas ça avec une position élitiste. Au contraire. Le but est justement d’éduquer les citoyens. De leur inculquer les notions essentielles à leur bonne compréhension des enjeux sociétaux. Or, ici, nous avons des partis qui attirent leurs adhérents en se servant de leur manque de connaissance. Et font de leur sentiment d’injustice une haine farouche. Il va falloir prendre des mesures, et celles-ci passent peut-être par une réforme de l’enseignement. En proposant notamment des cours où les jeunes citoyens peuvent apprendre à se renseigner sur un sujet. Des possibilités, il y en a plein. Il faut juste les saisir avant qu’il ne soit trop tard. Pour que la gangrène qui ronge une certaine frange des Genevois ne nécessite pas l’amputation.

 

Grégoire Barbey

14:54 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (42) |  Facebook | | | |

11/08/2013

Politique et xénophobie: dangereux cocktail

Chronique, 11.08.13

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 Simonetta Sommaruga. La conseillère fédérale donne des explications relativement
peu convaincantes concernant les restrictions faites aux requérants d'asile en Suisse.


Totalement scandaleuses, les restrictions faites aux requérants d’asile à Bremgarten et à Vallorbe. Les communes font savoir à ces gens qu’ils ne sont pas «souhaités» dans certaines zones dites «sensibles». L’accès ne leur est pas formellement interdit pour des raisons de légalité et de respect des droits fondamentaux, selon les propos de la ministre socialiste Simonetta Sommaruga en page 6 du Matin Dimanche. Il convient tout de même de s’interroger sur une telle attitude. Comme le dit très justement la rédactrice en chef du même journal, Ariane Dayer, ces requérants d’asile sont dans ces centres parce qu’ils ne sont justement pas suspectés de délinquance. Or, justifie la conseillère fédérale en charge du dossier, les gens ont peur.

 

Et c’est justement là toute la problématique récurrente dans ce débat. La crainte. Viscérale, selon certains. Le rejet de l’autre, parce qu’on capitalise électoralement sur ce sentiment répugnant. Les citoyennes et les citoyens sont au pied du mur. Leurs représentants les inondent de statistiques tronquées pour qu’ils voient chez les étrangers le danger incarné. Le mal fait Homme. C’est tout bonnement inacceptable de distiller ainsi la peur dans l’esprit des individus. Et c’est surtout un pari risqué, qui peut conduire à des mesures extrêmes. Ces requérants d’asile en font déjà les frais. La vérité, c’est que le discours de ces communes traduit une réalité: les gens venus d’ailleurs, on n’en veut pas en Suisse. On préfère qu’ils se cachent.

 

Pourtant, notre pays a toujours été une terre d’accueil. Et ce n’est pas parce qu’aujourd’hui, certains politiciens en mal d’idées font de la lutte contre l’immigration et les requérants d’asile leur fonds de commerce, qu’il faut commencer à inverser la tendance. Qu’une ministre socialiste puisse défendre de telles mesures est proprement ahurissant. C’est le comble de l’opportunisme politique. Nul n’ose se lever contre ce qui est en train de passer, parce que de plus en plus, les politiciens commencent à voir un ras-le-bol au sein de la population.

 

Mais ce sentiment, n’est-ce pas justement ces représentants qui jouent à manipuler les statistiques qui l’ont insidieusement répandu dans la tête des citoyens? C’est un véritable cercle vicieux, duquel on ne sortira jamais, à moins que des politiques courageux s’élèvent vertement contre un climat de haine qui tend à gagner l’ensemble de la population et de la classe dirigeante. Fatalement, lorsqu’il sera trop tard pour revenir en arrière, quand ces mesures auront conduit au désastre, l’adage qui dit que la victoire a de nombreux parents mais la défaite est orpheline prendra tout son sens. Parce qu’au fond, nul n’osera assumer un échec en la matière. Les chaises musicales pourront recommencer.

 

Grégoire Barbey

13:49 Publié dans Air du temps, Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : asile, xénophobie, politique, simonetta sommaruga |  Facebook | | | |

07/08/2013

Pierre Maudet et les administrés surveillés

Chronique, 06.08.13

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 Pierre Maudet. Le ministre de la Sécurité avait déclaré sur
la radio One FM: «les voix n'ont pas d'odeur». Il le prouve.

 

Des caméras permettant de détecter les comportements suspects. C’est une possibilité envisagée par Pierre Maudet, ministre de la Sécurité à Genève. Qu’est-ce qui est suspect? C’est l’Etat qui le déterminera. Pour vous. Pour votre liberté et votre bien-être. Parce qu’on ne peut pas jouir de la vie sans une sécurité excessive, omnipotente, omnisciente. C’est la philosophie, en filigrane, de notre conseiller d’Etat. On peut néanmoins constater des divisions auprès de son propre camp, au PLR. De nombreux (anciens) Libéraux font part de leur scepticisme sur les réseaux sociaux. Ou en parlent volontiers en privé.

 

La sécurité en politique, c’est un peu le saint Graal. Tout le monde est conscient qu’il s’agit d’une des thématiques les plus sensibles pour la population. Celle qui la travaille le plus. Et électoralement, pour celui qui sait y faire, c’est une véritable mine d’or. Une machine à capter des voix. Au Diable les principes, «les voix n’ont pas d’odeur» rappelait Pierre Maudet sur One FM avant son élection au Conseil d’Etat en 2012. Moi je n’oublie pas. Non je n’oublie pas qu’un ministre censé avoir un projet de société nous laisse entendre qu’à dessein purement électoraliste, il est capable de distordre ses idéaux. De se compromettre pour atteindre son objectif: le pouvoir.

 

Les caméras de surveillance – ils veulent appeler ça vidéoprotection, c’est plus rassurant et moins oppressant – ne font pas l’unanimité dans les pays où elles ont été installées. Elles sont même très controversées. Londres en est le parfait exemple. Et en réalité, ce n’est guère étonnant. Face à une nouvelle contrainte, les comportements des individus changent. S’adaptent. Les méthodes employées deviennent plus sophistiquées. Plus difficiles à cerner. Une spirale sans fin, puisque la délinquance n’est que le symptôme d’un mal plus profond au sein d’une société. Vouloir punir sans avoir travaillé en amont, c’est clairement un manque de clairvoyance. Une absence de lucidité. Nos ministres sont-ils contraints de nous contenter de mettre des sparadraps là où saigne notre société? La pommade, celle qui fonctionne vraiment, a une odeur désagréable. Elle ne plait pas aux électrices et aux électeurs, parce qu’ils ne la voient pas comme une mesure efficace.

 

Et le Souverain se fait un avis sur ce qui lui semble visible. Donc pour Pierre Maudet, le constat est simple: les caméras se voient. Les gens se sentent rassurés. Mais de quoi? D’être filmés dans leurs faits et gestes quotidiens, sachant que ces outils peuvent «détecter des comportements suspects»? En suivant la logique du «si vous n’avez rien à cacher, vous n’avez rien à craindre», on en arrivera à devoir se justifier sur nos habitudes pour lever la suspicion qui pèse sur nous. Parce qu’au fond, poser des caméras partout, c’est suspecter tout le monde. Et ce choix n’est pas anodin. Nous serons tous, demain, de potentielles anomalies. Et pour notre liberté, il nous faut être cadré. Qui s’en chargera? L’Etat. Parce qu’il a pour lui l’éthique. La morale. Le bon sens et la Loi. C’est l’Etat et lui seul qui peut être garant de ce qui est bien pour la liberté. Les individus, le privé en somme, ne peut pas être suffisamment efficace pour se gérer. Il est imparfait, et seul un gouvernement, seul une administration publique peut combler cette imperfection. Les administrés, eux, doivent se contenter d’être ce qu’ils sont: des administrés.

 

Des noms sur des listes. Sur des registres. Une société de la surveillance et de la suspicion. Nous ne sommes plus rien d’autres que ce que l’Etat veut bien nous laisser être. Et ça, c’est inacceptable. Une fois encore, la droite sécuritaire et nationaliste se fourvoie. Elle croit répondre à un problème, elle en crée de nombreux autres sans le résoudre. Des Nathalie Fontanet, Jérémy Seydoux, William Rappard et d’autres se revendiquent du libéralisme. Ils semblent néanmoins oublier que, comme le disait si bien Benjamin Franklin, «un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’un ni l’autre, et finira par perdre les deux». Et parlons avec sincérité, ce terme de vidéoprotection est un leurre, de la novlangue. En relisant 1984, on réalise qu’aujourd’hui, nous sommes à un tournant d’un choix de société. Personnellement, je fais le mien. Faites le vôtre.

 

Grégoire Barbey

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03/08/2013

Les faiseurs de bien (malgré vous)

Jet d’encre, 03.08.13

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Julien Cart. Le conseiller municipal en Ville de Genève est le parfait exemple
des parangons de justice qui veulent faire le bien malgré les libertés individuelles.


Les faiseurs de bien (malgré vous) sont partout: cela peut être votre femme, votre voisin, votre meilleur ami ou votre patron. Bref, vous n’êtes pas à l’abri de l’un de ces parangons de justice, véritables incarnations du bien sur Terre. Ils n’ont aucun scrupule à renier vos libertés. Ils ont des théories, et il faut croire qu’elles sont justes, car ils se battent quotidiennement contre vos mauvaises habitudes, les faiseurs de bien (malgré vous). Vous fumez? C’est dangereux pour votre santé. Et surtout celle des autres. Alors on vous interdit de fumer dans les lieux publics fermés. Bien sûr, pourquoi s’arrêter en si bon chemin? Proposons d’interdire la cigarette dans les espaces publics extérieurs également!

 

Vous ne triez pas suffisamment vos déchets? Taxons les sacs poubelles. Vous verrez, vous finirez par trier… Ces émanations de la bienpensance vous regardent avec un air hautain et scandalisé lorsque vous enfreignez les règles qui sont les leurs (mais rarement les vôtres). Les faiseurs de bien (malgré vous) ont la fâcheuse tendance à penser qu’ils ont raison et ce même s’ils sont minoritaires, ou qu’ils proposent des mesures totalisantes et totalitaires. La fin justifie les moyens. A Genève, nous en avons l’exemple parfait avec Julien Cart, conseiller municipal, qui juge nécessaire d’interdire la fumée dans les espaces publics extérieurs. Ce n’est pas son seul combat. Il veut également interdire les automobilistes et supprimer l’armée, parmi bien d’autres idées grandiloquentes.

 

Les faiseurs de bien (malgré vous) n’ont que faire de votre sentiment d’oppression. Vous vous sentez atteint dans votre liberté? Ne soyez pas égoïstes: il ne s’agit pas de vous mais du bien commun. Et vous comprendrez rapidement que vous n’avez pas voix au chapitre. Si vous n’êtes pas suffisamment illuminé pour comprendre que vos libertés s’opposent à l’intérêt général, les faiseurs de bien (malgré vous) ne vous feront aucun cadeau. Etrangement, ce sont souvent les mêmes qui plaident pour la libéralisation des drogues, arguant qu’une interdiction ne fait qu’empirer la problématique. Et soudain, on comprend que ces faiseurs de bien (malgré vous) agissent d’abord pour leur propre intérêt. Et qu’au fond, ils font exactement ce qu’ils vous reprochent. Alors une seule solution: raus!

 

Grégoire Barbey

13:29 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook | | | |