Gregoire Barbey

28/07/2013

De Marcel Chombier à Stéphane Guex-Pierre

Le profil Facebook de Marcel Chombier n’est pas inconnu aux habitués de la politique genevoise sur les réseaux sociaux. Marcel Chombier est un personnage qui commente l’actualité politique en mêlant son quotidien de retraité nonagénaire vivant dans un EMS. Ayant mis au point diverses séries, dont la plus récente ayant trait à sa famille originaire des Etats-Unis et la plus célèbre «les grandes citations de l’histoire», Marcel Chombier suscite de nombreuses réactions sur ses publications. Très actif sur la toile, de nombreuses personnes s’interrogent sur son identité réelle. Le créateur de ce personnage a accepté de se dévoiler davantage. Portrait.

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 Marcel Chombier. La photo de profil du personnage
est un mélange de Stéphane Guex-Pierre et Samuel Beckett.


Stéphane Guex-Pierre arrive sur ses 51 ans. Né en août 1962, il se décrit volontiers comme un autodicate. «Je ne suis pas arrivé au bout de ma maturité» explique-t-il. «Avec des profs intéressants, il en aurait été autrement sans doute.» Metteur en scène de profession depuis 1992, il compte plus d’une trentaine de mises en scène à son actif dans la plupart des théâtres genevois. Le personnage de Marcel Chombier est né en 1987, au conservatoire d’art dramatique. «Les élèves n’avaient pas beaucoup de respect», lance Stéphane Guex-Pierre. «Ils laissaient des traces sur la cuvette des toilettes, ne rangeaient pas la vaisselle, c’était vraiment n’importe quoi.» Indigné par ce manque d’éducation, il dépose des petits mots recommandant aux élèves de veiller à bien ranger leurs affaires. Ils sont signés «Marcel Chombier, concierge du conservatoire». Marcel était le prénom préféré de Stéphane Guex-Pierre lorsqu’il était enfant. Chombier est le nom que porte une partie de sa famille en France.

 

Le personnage ressurgit en 1993 sur Couleur 3. «A cette époque, ils engageaient des gens pour les plages horaires moins écoutées. J’ai créé «La semaine de Marcel Chombier», très similaire à ce que je fais aujourd’hui sur Facebook», détaille Stéphane Guex-Pierre. «J’y ai d’ailleurs reçu des lettres d’insultes lorsque j’ai dit une fois «Ne dites pas "tous des PD à La Poste" mais dites "les téléphones sans fil".» L’émission était programmée le dimanche de 14 à 15 heures. Elle a duré une année. Et Marcel Chombier a à nouveau disparu de la circulation. Jusqu’en mai 2010, où son créateur décide d’ouvrir un compte Facebook. «Je ne vois pas bien l’intérêt d’en avoir un à mon nom. Ça ne m’intéresserait pas», déclare-t-il enthousiaste. Marcel Chombier est né officiellement le 19 juin 1920. «En fait, il n’y a pas grand-chose que je pourrais renier de lui. La plupart des choses que je dis à travers lui, je le défends aussi», confie-t-il. Sauf le côté religieux de Marcel Chombier. «Je ne suis même pas baptisé. Mais en créant Chombier, j’ai tout de suite rajouté tous les profils de Benoit XVI que je trouvais. Je ne peux donc pas dénoncer des sujets liés à religion. C’est ma seule concession dans ce rôle», plaisante Stéphane Guex-Pierre.

 

Stéphane Guex-Pierre a révélé son identité à un politicien pour la première fois lorsque Christian Lüscher a lancé un concours sur son profil Facebook. Il avait publié une photo du livre «Chambre à part» dédicacé par Liliane Maury-Pasquier et Maria Roth-Bernasconi. Il s’agissait de découvrir qui étaient les auteures de la dédicace. Ayant remporté la victoire, Marcel Chombier a dû révéler son identité pour que Christian Lüscher puisse lui envoyer son cadeau: un exemplaire du livre. «J’ai toutefois prié Christian Lüscher de garder le secret. J’avais prévu de la révéler publiquement quelques mois plus tard», explique-t-il. Et si l’avocat PLR ne tenait pas sa langue, Stéphane Guex-Pierre lui a gentiment fait comprendre qu’il ne se gênerait pas de dire que Maître Lüscher ne sait pas tenir sa langue.

 

Marcel Chombier reçoit de nombreux messages via Facebook. Notamment une assistante sexuelle de France voisine qui lui a proposé ses services «pour le soulager». «A ce moment-là j’ai regretté de ne pas être un véritable nonagénaire», dit-il en rigolant. «J’ai donc décliné l’offre. Mais c’était proposé très poliment.» Stéphane Guex-Pierre assure qu’à travers ce personnage, il a pu rencontrer de nombreuses personnes très intéressantes. Et discuter avec des politiciens dont il ne partage absolument pas les idées. «Facebook est un véritable outil démocratique, surtout en Suisse», affirme-t-il. Peu de personnes prennent vraiment mal ses publications, même lorsqu’il n’est pas toujours très tendre. Sauf lorsque Stéphane Guex-Pierre a eu le malheur de s’en prendre au Valais. «Un ami comparait le canton à la Corse», raconte-t-il. «J’en ai rajouté en signifiant mon accord. J’ai dit qu’il fallait plastifier le Valais et le laisser voguer sur la Méditerranée.» Des Valaisans l’ont menacé à la suite de ces messages. «Certains ont dit qu’ils allaient trouver le Chombier et le tuer.» Ce n’est heureusement jamais arrivé.

 

Stéphane Guex-Pierre compte exporter son concept dans les médias. Il est actuellement en discussion avec certains d’entre eux. «J’aimerais bien aussi créer une série pour la télévision», confie-t-il. Mais Marcel Chombier ne lui prend pas beaucoup de temps. «J’écris très vite. Ce qui m’a pris le plus de temps, paradoxalement, c’est ma photo de profil.» Un mélange de son propre visage et de celui de Samuel Beckett (écrivain et dramaturge irlandais). «J’ai fait comme le stagiaire du Montreux Jazz», ironise Stéphane Guex-Pierre. «J’ai tapé "vieux" sur Google et je suis tombé sur lui.» Enfin, il raconte le sourire aux lèvres une anecdote «à la fois agréable et désagréable». Invité par un couple d’amis à manger, ceux-ci lui ont parlé de ce fameux Marcel Chombier. «Tu le connais?» lui ont-ils demandé. Et Stéphane Guex-Pierre a dit non. «C’était étrange. Ils m’ont parlé de tout ce que j’avais écrit pendant deux heures. Ça m’a fait bizarre. Parfois je rigolais de bonne foi car j’avais moi-même oublié ce que j’avais écrit sur mon profil», lance-t-il amusé. Le vieux Marcel Chombier et ses flans indigestes séviront encore longtemps sur Facebook, et ils ont de beau jour devant eux.

 

Grégoire Barbey

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20/07/2013

Mobilité: la responsabilité du Parlement

Chronique, 20.07.13

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 Grand Conseil. La responsabilité du parlement dans la gabegie de la politique de mobilité
à Genève est évidente. Affirmer le contraire est totalement hypocrite.

 

A la suite de mon article «Du Künzler-bashing à la vacuité des idées», l’on m’a tenu un faux procès. Certains m’ont accusé de n’avoir aucun argument pour défendre le bilan de la conseillère d’Etat Michèle Künzler. C’est mal comprendre ma démarche. Je ne cherche aucunement à dresser un bilan positif de son mandat. Comme beaucoup, je ne suis pas convaincu par sa politique qui vise à réduire drastiquement l’usage des automobiles dans le canton, et plus particulièrement en centre-ville. Lorsque je dénonce la majorité de droite qui s’en prend obsessionnellement à Madame Künzler, c’est pour une bonne raison: un ministre est en partie subordonné au parlement pour mener à bien sa politique. En l’occurrence, la conseillère d’Etat verte a fait ce pourquoi les électeurs l’ont élue. Elle a proposé un projet de société qui a convaincu une majorité de citoyens, au moins sur le papier.

 

Une fois dans les habits de sa fonction, le législatif lui a toutefois régulièrement barré la route. Elle a été l’objet d’oppositions quasi-systématiques. La majorité élargie de la droite au parlement (UDC-MCG-PLR-PDC) n’était pas en phase avec son projet de société. C’est le risque en politique. Michèle Künzler a par ailleurs péché par absence de communication positive. Elle n’a pas su fédérer les partis représentés dans l’hémicycle et cela lui a coûté cher en termes d’image. Mais il n’est pas acceptable que ceux-là même qui ont participé à sa chute se permettent de lui faire porter l’ensemble de la responsabilité. Certes, elle n’a pas nécessairement brillé par sa capacité à convaincre. Elle n’a pas non plus démontré une compétence hors du commun en matière de stratégie. Quand bien même. Le pouvoir de destruction du parlement est conséquent.

 

Et c’est donc à la fois la majorité élargie de droite, pour son refus constant des projets du Département de l’intérieur, de la mobilité et de l’environnement (DIME), et Michèle Künzler en charge dudit ministère, pour son manque de clairvoyance et son inaptitude à s’adapter, qui portent ensemble la responsabilité des blocages qui péjorent actuellement la vie des Genevois. Ces problèmes sont éminemment politiques, parce qu’ils procèdent de la volonté d’une partie du législatif à ne pas laisser à la cheffe du DIME la possibilité d’appliquer les réformes qu’elle souhaitait. Et qui lui ont valu son élection au poste de conseillère d’Etat. Vouloir rejeter la totalité de la faute à Madame Künzler est totalement hypocrite. Et ne convient pas au principe de responsabilité individuelle, pourtant si chère à la droite, et duquel je suis également très attaché. La situation actuelle n’est pas du seul fait du DIME. C’est une stratégie politique, et il convient d’appeler un chat un chat. Le parlement ne me fera pas croire qu’il n’y est pour rien. A d’autres.

 

Grégoire Barbey

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17/07/2013

Nicolas Sarkozy: le très probable retour

Chronique littéraire, 17.07.13

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Nicolas Sarkozy, chronique d'un retour impossible?
Paru aux éditions First en juin 2013. 231 pages.


Nicolas Sarkozy a récemment fait parler de lui involontairement à la suite du refus par le Conseil constitutionnel de rembourser les 11 millions d’euros de sa campagne présidentielle en 2012. Mais ces apparitions épisodiques dans les médias français sont-elles de véritables hasards? Pas selon Thomas Guénolé, qui explique dans son livre Nicolas Sarkozy, chronique d’un retour impossible? paru aux éditions First en juin 2013, comment l’ancien président a mis en place une stratégie de communication très élaborée pour simuler son absence médiatique, tout en laissant planer son ombre sur la vie publique française.

 

Sur 231 pages, le politologue Thomas Guénolé remet en perspective les récents événements qui ont défrayé la chronique, de la crise interne à l’UMP au vote-sanction des français à l’égard de Nicolas Sarkozy. Et raconte comment celui que François Hollande a qualifié d’omniprésident réalise un sans-faute dans sa stratégie de retour. Veut-il réellement reconquérir l’Elysée? Cela ne fait aucun doute pour l’auteur. La crise de leadership à l’UMP en est la preuve: en permettant indirectement à Jean-François Copé de remporter d’une courte avance la présidence du parti contre l’ancien Premier ministre François Fillon, Nicolas Sarkozy a réitéré ce qu’il avait déjà fait lors de son élection à la tête de l’Etat français. Il a privé son parti d’un véritable leader.

 

En 2007, il avait déjà réalisé cette manœuvre, en transformant les statuts de l’UMP, empêchant ainsi qu’un nouveau leader puisse prendre sa place, tout en limitant l’influence du poste de secrétaire général. Fin 2012 donc, rebelote. Nicolas Sarkozy laisse entendre à ses lieutenants qu’il est favorable à l’élection de Jean-François Copé, ce qui suffit à leur donner l’envie de l’aider à parvenir à la tête de l’UMP. En agissant ainsi, raconte Thomas Guénolé, l’ancien chef de l’Etat s’assure le soutien des militants, puisqu’aucun autre leader peut prétendre à devenir la nouvelle locomotive du parti, et donc du «peuple de droite». De stratégie en stratégie, le politologue offre un essai visionnaire, où la politique est intelligemment décortiquée, et mise en contexte.

 

Une excellente pioche donc, qui ravira tous ceux qui apprécient Nicolas Sarkozy, et donnera aux autres, le temps d’une lecture, une perception différente d’un personnage qui ne laisse personne indifférent. Et à la lumière de ces lignes, le doute ne peut décemment subsister: d’une façon ou d’une autre, l’omniprésident fera son retour pour l’élection de 2017. D’ailleurs à ce propos, Thomas Guénolé conclut son ouvrage ainsi: «Reviendra-t-il dans la vie politique? Cette question-là n’est guère sérieuse: pas de retour quand on est jamais parti».

 

Grégoire Barbey

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14/07/2013

PDC-PBD: jeu de pouvoir, jeu de dupes

Chronique, 12.07.13

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Eveline Widmer-Schlumpf. Christophe Darbellay affirmait en 2011 que la conseillère 
fédérale ne serait pas réélue par le PDC «automatiquement et sans conditions».

 

La conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf a décidé de nommer l’ancien conseiller aux Etats Bruno Frick (PDC) à la Finma. Ce malgré une procédure pénale à son encontre pour gestion déloyale, faisant ainsi fi du principe de précaution. Pour comprendre ce choix, il faut revenir quelque peu en arrière. Peu de temps après les élections fédérales de 2011, le président du PDC et conseiller national Christophe Darbellay s’exprime dans les colonnes du Blick, affirmant que «cette fois rien n’est gratuit. Même le PBD ne peut pas partir du principe que le PDC réélira Eveline Widmer-Schlumpf automatiquement et sans conditions». Cette injonction provient probablement d’une déception. Le PDC a soutenu les Vert’Libéraux aux élections. Ces derniers ont dix sièges. Le PDC, lui, recule une fois de plus. Christophe Darbellay a l’impression de n’avoir rien gagné.

 

Concrètement, sur le plan national, le PDC est souvent proche du PLR. Les Libéraux-Radicaux, qui ont la prétention de pouvoir obtenir la majorité des sièges, proposent souvent aux Démocrate-Chrétiens des compromis. A Genève, c’est un bon exemple de cette dynamique. Le PLR y cède un siège au Conseil administratif de la Ville de Genève au profit du PDC, parce que celui-ci a soutenu Pierre Maudet à l’élection partielle au Conseil d’Etat le 17 juin 2012. C’est un retour d’ascenseur. Or, le PDC ne veut pas seulement jouer le rôle du bon petit soldat, ce qui se comprend tout à fait. Il a des ambitions réelles. Améliorer sa représentation politique sur l’échiquier national. Pour cela, il faut élaborer de nouvelles stratégies. Lorsque naissent deux nouveaux partis se revendiquant du centre-droit, les Vert’Libéraux et les Bourgeois-Démocrates, le PDC y voit de potentiels alliés.

 

Et il n’est pas question de les laisser croître seuls pour qu’ils imposent ensuite leurs conditions. Christophe Darbellay est un fin stratège. C’est pourquoi il soutiendra l’élection d’Eveline Widmer-Schlumpf le 12 décembre 2007. Puis lui réitérera sa confiance en 2011. Mais plus «rien n’est gratuit». Le PDC n’a plus qu’un siège au Conseil fédéral. Il nourrit toujours le désir d’en obtenir un second, pour laver l’honneur. Et ces derniers mois, leurs prises de position sont exactement les mêmes sur des thématiques essentielles. L’initiative «contre les rémunérations abusives» dite Minder, puis la Lex USA. PDC et PBD main dans la main. Pour la première, les deux partis s’y opposent frontalement. Pour la seconde, ils soutiennent ensemble la position d’Eveline Widmer-Schlumpf, se désolidarisant du PLR par la même occasion. Mais ces jeux de pouvoir ne sont pas sans conséquence sur la cohésion du parti. Dans le canton de Vaud principalement, la dissidence rentre en force et se fait entendre.

 

Malgré sa taille relativement faible, le PDC vaudois jouera un rôle essentiel dans la campagne pour l’initiative Minder au niveau romand. Des personnalités comme François Meylan, ex-secrétaire général, et Jacques Neirynck, conseiller national, s’opposent vertement aux positions de Christophe Darbellay. De même plus tard avec la Lex USA. A tel point qu’un jour, le président du PDC se rend en personne et sans prévenir à une assemblée générale de la section vaudoise, bien décidé à sermonner François Meylan, devenu dérangeant. Manque de chance, l’ex-secrétaire général s’est fait excuser. Quelques jours plus tard, François Meylan démissionne, las d’être toujours opposé à la position officielle de son propre parti.

 

Eveline Widmer-Schlumpf quant à elle, malgré de nombreux camouflets essuyés en peu de temps, compte bien sur une réélection en 2015. Et les échéances s’approchent petit à petit… Arrive alors Bruno Frick, ancien conseiller aux Etats, qui doit être nommé au conseil d’administration de la Finma. Or la presse révèle qu’il est l’objet d’une procédure pénale pour gestion déloyale. Il va de soi que l’intéressé reste présumé innocent jusqu’à preuve du contraire. Néanmoins, en de telles situations, le principe de précaution peut largement prévaloir. Il n’en sera rien. Plutôt que d’attendre la conclusion de l’affaire pénale, la conseillère fédérale PBD maintient sa position et le nomme officiellement au board de la Finma.

 

Est-ce un hasard si celui-ci est membre du PDC? A titre personnel, je ne crois pas spécialement au hasard. Plutôt à la convergence des intérêts. Disons-le clairement: à l’ambition. Tout ce qui précède relève bien sûr de ma propre grille de lecture. Je me trompe peut-être. En attendant, les intérêts du PDC et du PBD sont très largement comparables. Et lorsqu’il y a des jeux de pouvoir, il y a des jeux de dupes. L’avenir nous dira si je me suis fourvoyé. Une chose est néanmoins certaine: Eveline Widmer-Schlumpf ne sera pas réélue «automatiquement et sans conditions». A chacun ses hypothèses. Mais le premier qui sort du bois est toujours tiré.

 

Grégoire Barbey

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08/07/2013

Espionnage: la Suisse n'est pas épargnée

Arrêt sur image, 06.07.13

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Onyx. Le système suisse de surveillance des télécommunications existe depuis 1992.
Le dernier projet en date est lancé en 2000 et est basé à Berne et dans le Valais.

 

L’actualité internationale de ces dernières semaines était plutôt mouvementée. Entre les révélations de l’ancien informaticien de la CIA Edward Snowden, l’espionnage avéré des communications des pays membres de l’Union européenne par les Etats-Unis, de la France envers certains de ses voisins, le trend est donné: la protection de la sphère privée est clairement menacée. Mais ce qui semble être une découverte cache en vérité un état de fait des plus communs. Les citoyens semblent réaliser aujourd’hui la réalité des rapports de force situés dans les relations entre Etats. Ce scandale met en lumière un fait beaucoup plus alarmant: l’ignorance qui règne au sein de l’opinion publique, qui n’a majoritairement pas l’air de saisir que de tous temps, les nations se sont livrées à de tels stratagèmes.

 

Depuis toujours, les Etats se sont créés et maintenus par la violence. Aucun d'entre eux n'est né dans la sérénité et la paix. Et le maintien de ses frontières juridiques, de son importance sur l'échiquier politique mondial, de sa force économique, tout ça n'est possible qu'au prix d'une lutte acharnée à l'encontre des autres Etats. L'espionnage n'a rien d'étonnant, il n'est qu'une conséquence d'une réalité structurelle ayant toujours existé. Les rapports de force entre les nations sont profondément violents, dénués d'une quelconque éthique à l'échelle individuelle, et encore moins tributaires de quelconques règles. Les Etats se livrent des batailles continuellement. Et ce bien souvent contre l'intérêt du plus grand nombre.

 

Malgré l’a priori négatif de l’opinion publique à l’encontre de ces méthodes d’espionnage, rien ne changera. D’ailleurs, rien n’a véritablement changé au cours des époques. Aujourd’hui, tuer physiquement un adversaire politique dans nos Etats démocratiques n’est plus possible. Il y a pourtant l’assassinat symbolique, celui qui est fait par voie de presse, à travers des révélations, parfois vraies, souvent mensongères, pour ternir l’image d’une personnalité, et lui faire renoncer à ses fonctions, ou à la prétention de celles-ci. Même en Suisse, ce type de comportements est aisément identifiable. Nous avons connu pareil épisode au début 2012, avec le scandale lié à l’ancien conseiller d’Etat Mark Muller. Tout ça ne date donc pas d’hier. La politique n’est un domaine sympathique. Les seules règles, c’est celles que se fixent ceux qui s’y engagent. Il n’y en a pas à proprement parler, et certains n’ont aucun scrupule à recourir aux méthodes les plus discutables pour arriver à leurs fins.

 

Il en va de même à l’échelle des Etats. Avec une différence notable: les moyens employés sont nettement plus considérables, et les limites encore plus floues. Comment savoir ce qu’un gouvernement fait de ses services de renseignement, puisqu’ils sont censés agir dans le secret absolu? Même pour les journalistes, le sujet est à prendre avec des pincettes. Que savons-nous vraiment? Peut-être tout. Ou rien. A vrai dire, l’espionnage n’est qu’un moyen parmi d’autres pour qu’un Etat puisse concourir sur la scène politique internationale. Gouverner, c’est prévoir. Même en Suisse, nous avons notre propre système de surveillance des télécommunications: Onyx. Projet lancé en 2000, successeur de SATOS-1 et SATOS-2, il permet de surveiller les communications téléphoniques et internet, qu’elles soient civiles ou militaires. Tout ça, au final, n’a donc rien d’étonnant, si ce n’est l’ignorance et la naïveté dont font preuve nombre de nos concitoyens.

 

Grégoire Barbey

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01/07/2013

Les fondements d'un libéralisme décomplexé

Chronique 01.07.13

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L’idée selon laquelle le libéralisme est le chantre de l’économie et de la finance est très répandue. Ce qui n’est pas tout à fait faux. Mais la pensée libérale ne s’arrête pas uniquement à ces deux domaines. Toute ingérence de l’Etat dépassant le cadre de ses fonctions régaliennes (qu’il convient de définir avec rigueur et justesse) doit être irrémédiablement combattue. Les cartels ne sont pas nécessairement économiques ou financiers. Ils peuvent aussi être politiques. Et l'Etat, de par sa fonction et sa nature, est la concentration oligopolistique du pouvoir, basé sur un principe érigé en vérité sacro-sainte: les gens ne peuvent pas subvenir eux-mêmes à leurs propres besoins, ce qui implique in fine qu'ils doivent avoir des gestionnaires leur garantissant, dans les termes et non dans les faits, la protection de leurs intérêts fondamentaux, qui sont notamment la sécurité, l'emploi, le logement et bien d'autres encore.

 

C'est par cette croyance, répandue dès la prime jeunesse parmi les têtes blondes qui se rendent aux écoles gérées par l'Etat et dont le programme émane de lui, qu'une société au pouvoir relativement peu partagé peut perdurer sur la durée. C'est qu'à partir du moment où suffisamment d'individus, délestés des chaînes mentales qui leur sont apposées sans leur consentement, réalisent qu'ils peuvent aussi bien, si ce n'est mieux veiller à la préservation de leurs intérêts et de leurs biens, qu'une société doit faire face à un changement de paradigme essentiel. Les citoyens ainsi éveillés ne peuvent continuer à souffrir les largesses d'une politique oligopolistique, et prennent ainsi conscience qu'ils doivent participer. Les sociétés les plus libres sont celles où les êtres humains savent qu'ils ont un impact, et qu'ils veulent en user pour leur bien. C'est qu'ainsi qu'une nation, qu'un peuple, peut préserver ses libertés individuelles et ses droits fondamentaux.

 

L’évolution des technologies facilite grandement cette prise de conscience qu’une participation est non seulement possible pour le commun des mortels, mais qu’il est souhaitable de s’engager pour faire entendre sa voix. Le libéralisme a aujourd’hui la possibilité d’être le pilier d’une réelle transformation sociétale, parce qu’il peut être vérifié empiriquement. Toute concentration de pouvoir dans les mains d’un nombre restreint d’individus est néfaste. S’il peut être justifié par différents subterfuges, il n’en est pas moins contraire à l’intérêt de tous. Les politiciens, qu’ils exercent des fonctions parlementaires ou exécutives, ont tout intérêt à garder la majorité éloignée des préoccupations politiques. Pour être franc, ils ont acquis suffisamment d’expérience pour ne faire appel aux citoyens qu’en cas de besoin, c’est-à-dire lorsqu’il s’agit de mobiliser les opinions pour une votation. Dans l’art de la mise en scène, le pouvoir oligopolistique excelle depuis toujours. Mais certaines évolutions structurelles ne peuvent garantir la pérennité de ce modèle. Il y a maintenant des moyens efficaces et d’utilisation simple pour se forger soi-même son esprit.

 

Il n’est pas nécessaire d’aller jusqu’à souhaiter l’abolition du pouvoir étatique. Il convient néanmoins d’en limiter les aspects négatifs, qui ont impact inacceptable sur les libertés individuelles. Et l’époque est justement propice à cette réflexion, ce refus de l’inflexion face à un pouvoir concentré. Le libéral, par essence, n’est pas un Homme d’Etat. Il ne le devient qu’au cas où les circonstances le nécessitent. Pour mettre lui-même en œuvre les réformes qu’il juge impératives. Mais en règle générale, les fonctions exécutives ne l’intéressent guère, parce qu’il ne veut pas se laisser pervertir par la fonction. Ainsi, les libéraux excellent dans l’opposition parlementaire, ce qui manque très largement de nos jours. Lorsqu’il faut remettre l’Etat à sa juste place, il convient d’avoir des hommes et des femmes partageant cette vision de la société pour lutter contre une atteinte injustifiable aux droits fondamentaux et aux libertés individuelles des êtres humains.

 

C’est le paradoxe du libéralisme, qui est à la fois une objection du pouvoir étatique, et qui doit s’accommoder des règles en vigueur pour exercer cette opposition. Quitte à me répéter, je pense que nous vivons une époque charnière pour qu’une pensée libérale, débarrassée de ses vieux démons et des clichés qui l’ont réduite à sa plus triste expression, émerge avec force dans les esprits. C’est pourquoi je tiens à appuyer sur le fait qu’un libéral, dénué de tous les complexes des étatistes, ne tolère ni la concentration du pouvoir politique, ni la possession des moyens de production et de création monétaire aux mains de quelques-uns. De ce fait, les cartels rendus possibles par les législations (comme dans certains pays européens) sont de facto opposés au libéralisme. Et c’est justement là qu’il convient d’agir: démontrer aux gens qu’ils ont tout intérêt à user de leurs capacités pour intervenir dans la dialectique politique. Parce qu’il n’y a qu’avec de véritables rapports de force au sein d’une société que celle-ci peut évoluer. Et c’est probablement ce qu’il y a de mieux pour apporter un sentiment justifié de liberté.

 

Grégoire Barbey

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29/06/2013

PDC: la nécessaire évolution structurelle

Chronique, 28.06.13

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Christophe Darbellay. Le président du PDC a tendance à polariser sur sa droite. Alors
que le parti aurait davantage d'intérêts stratégiques à continuer de se positionner au centre.


Le Parti démocrate-chrétien (PDC) subit un étiolement progressif de la base de son électorat historique. C’est ce que constate Urs Altermatt dans une contribution publiée dans l’ouvrage Voisinages et Conflits – Les partis politiques suisses en mouvement1. Le PDC recueillait aux élections nationales de 1971, dans sa totalité, 20,3% des suffrages. Quarante ans plus tard, aux élections de 2011, le même parti ne concentrait plus que 12,3% des votes. Soit une perte de 8 points, à raison de 2 points en moyenne par décennie. A noter qu’en 1991, le PDC totalisait encore 18% des suffrages. Le délitement de l’électorat s’est donc accéléré après la votation de 1992 concernant l’Espace économique européen (EEE) et la montée en puissance de l’UDC blochérienne. Là où le PDC souhaitait une adhésion de circonstance à l’EEE, une partie de ses électeurs, l’aile catholique conservatrice, ne voyait pas d’un bon œil cette position. Christophe Blocher, qui s’est vertement opposé à cette votation, a suscité un fort intérêt chez les catholiques et les bourgeois à tendances conservatrices et nationalistes. L’UDC est d’ailleurs passé de 11,9% des votes en 1991 à 28,9% aux élections nationales de 2007.

 

Mais ce détachement idéologique n’est pas la seule raison motivée par Urs Altermatt. Il met également en corrélation directe la fin du Kulturkampf (révision de la Constitution en 1874 aboutissant à l’introduction d’articles d’exception, expulsant notamment les jésuites et rendant inéligibles prêtres et religieux) et la sécularisation de la société. Globalement, les valeurs chrétiennes ne sont plus enseignées de la même façon aux nouvelles générations, et le désintérêt évident pour l’Eglise font qu’aujourd’hui, le PDC ne constitue pas le premier parti de référence pour les jeunes électeurs. A ce sujet, l’auteur rappelle que malgré une dépolarisation continue du PDC (historiquement catholique conservateur) pour un centre plus conciliateur, l’image du parti continue d’être associée au christianisme, et ce même si le parti a redéfini son approche confessionnelle dans son programme politique de 1971. La mémoire collective est tenace, et l’évolution des structures mentales plus lentes. La démocratie chrétienne, en plein changement structurel, doit faire face à de nouveaux défis, notamment l’arrivée sur l’échiquier politique du Parti bourgeois démocrate (PBD) et du Parti Vert’Libéral (PVL), se revendiquant tous deux du nouveau centre.

 

Les démocrates-chrétiens souffrent par ailleurs de leur tendance aux compromis. Un déficit de popularité dont Urs Altermatt attribue la responsabilité aux médias et autres commentateurs politiques, qui ont tendance à qualifier de «slalom politique» les capacités du PDC à créer des alliances sur sa droite et sur sa gauche. Pour l’auteur, les démocrate-chrétiens jouent un rôle charnier entre les différentes polarisations partisanes. Et c’est sur cet aspect qu’il doit continuer d’évoluer, tout en mettant en place les mesures essentielles à une désolidarisation de son image catholique, en abandonnant notamment le «C» qui constitue une jonction historique qui n’est plus d’actualité. Si je partage l’avis de l’auteur, il me semble difficile aujourd’hui pour le PDC de jouer la carte du centrisme, tant son président, en la personne de Christophe Darbellay, a tendance à polariser à droite ses prises de position. Pour qu’une évolution positive se fasse, le PDC devra nécessairement assumer sa nouvelle identité. Urs Altermatt va jusqu’à recommander une fusion entre le PDC et le PBD, qui partagent fondamentalement les mêmes valeurs, et se partageant tous deux un électorat catholique et protestant important.

 

Grégoire Barbey

 

1Sous la direction d’Olivier Meuwly et Oscar Mazzoleni parue aux éditions Slatkine (2013).

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15/06/2013

Plus proche du sol que de l'azur céleste

Coup de gueule, 14.06.13

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 Luc Barthassat. Le candidat au Conseil d'Etat subit les foudres de son propre parti. Il lui est notamment reproché de faire cavalier seul au détriment de son collègue Serge Dal Busco.

 

Mon confrère Raphaël Leroy révèle dans un article paru dans 20 minutes les tensions internes au sein du PDC à Genève. Luc Barthassat, conseiller national et candidat au Conseil d’Etat, se voit reprocher par la présidence et des membres du parti son attitude. Que lui reproche-t-on? De faire campagne. Oui, Luc Barthassat est candidat et désire être élu. Jusqu’ici, il n’y a pas de mal. Mais voyez-vous, il y a dans ce parti – ce que je dénonce depuis plusieurs mois déjà – une certaine nomenclature. Des clans qui luttent. Et donc, Béatrice Hirsch, présidente du PDC, ne trouve rien de mieux à faire que de s’en prendre à l’un des deux candidats. Celui qui, par sa liberté de parole et de pensée, fait craindre à la présidence la perte d’un instrument politique. Oui, si Luc Barthassat est élu, il agira d’abord en fonction de ses propres choix, et non nécessairement selon des décisions émanant d’en-haut. Quoi que ce haut, aujourd’hui, est plus proche du sol que de l’azur céleste.

 

A quatre mois du scrutin, la présidence sort déjà ses couteaux. On reproche aussi à Luc Barthassat d’avoir participé à l’ouverture du Bar à Whisky, le nouvel établissement des MCG Eric Stauffer et Carlos Medeiros. Un comble! Il y a donc des lieux qu’il convient de ne pas fréquenter pour ne pas déranger Madame Hirsch? Luc Barthassat ferait cavalier seul. Il a osé faire un tract individuel. En campagne électorale. Crime de baise-majesté. Quel drame. Mais qui donc reproche à Serge Dal Busco sa propension à se précipiter à tous les événements communaux pour poser en photo avec des personnalités locales? Personne! Et c’est normal: Dal Busco et Barthassat, même s’ils sont ensemble sur la liste du PDC, ne sont pas moins rivaux. Nous parlons de politique. De rapports de force. Il s’agit pour l’un et l’autre de convaincre le maximum de citoyennes et de citoyens.

 

Je suis totalement abasourdi par l’attitude de la présidence de ce parti. Plutôt que de réunir les candidats et ne pas prendre position pour l’un ou l’autre, celle-ci préfère tacler Luc Barthassat par voie de presse. C’est un comportement lâche et peu enclin à donner aux électeurs un sentiment de confiance dans un parti qui se mutile lui-même. Les deux candidats PDC ont de nombreuses qualités, certes différentes, certes propres, mais vouloir déjà s’en prendre à l’un d’entre eux pour maximiser les chances de l’autre, voilà une stratégie complètement ahurissante. Luc Barthassat dérange, même à l’interne de son parti. Et bien tant mieux: il n’en sera que meilleur conseiller d’Etat, parce qu’il ne se soumettra pas à la pensée dominante de son parti. Il agira en ministre, et non en instrument partisan. Aux citoyennes et citoyens de décider ce qu’ils préfèrent entre ces deux catégories de dirigeants. Pour le reste, Béatrice Hirsch serait bien avisée de se concentrer sur des problèmes plus importants que les tracts de l’un des candidats au Conseil d’Etat. Comme par exemple à la qualité de sa communication. Rendez-vous le 6 octobre!

 

Grégoire Barbey

10:26 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | | |

07/06/2013

L'instrumentalisation du peuple par la gauche

 Chronique, 07.06.13

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Pierre-François Unger. Le conseiller d'Etat en charge du Département de l'économie a rappelé
que l'égalité devant la loi présuppose que des situations différentes soient traitées différemment.


Aujourd'hui, en matière de fiscalité, les socialistes décident d'orienter les débats en passant par le Peuple. Très bien, nous sommes en démocratie et le sujet mérite probablement d'être tranché par le souverain. Je suppute néanmoins, derrière cette tentative de laisser s'exprimer la volonté populaire comme de preux chevaliers rouges, une volonté d'instrumentaliser la véritable complexité de ces questions pour laisser s'exprimer pleinement les pulsions d'indignation de l'ensemble des citoyennes et des citoyens en situation modeste. 

 

Il est évident qu'avec des arguments aussi émotionnels, ceux prônés par cette gauche moralisatrice qui veut imposer son dogme à toute la population, l'électeur moyen sera tenté de voter oui la suppression de certains systèmes fiscaux, fussent-ils importants pour la pérennité de notre économie. En fait, cette gauche arrogante et populiste arguera à tout va qu'il s'agit d'un traitement inégal, et que l'égalité devant la loi n'est pas respectée.

 

Or cet argument, à la fois fallacieux et totalement en-deçà du niveau que requiert un tel débat, ne porte pas le sujet là où il doit être: qu'est-ce que l'impôt d'après la dépense, et pourquoi existe-t-il? En Suisse, le bénéficiaire d'un tel mode d'imposition ne peut exercer en parallèle une activité lucrative sur le territoire helvétique. A contrario, au Royaume-Uni, les «resident non domiciled» peuvent tout à fait obtenir des revenus dans le pays (tout en étant taxé à la fois selon l'impôt d'après la dépense et sur les revenus engrangés sur le territoire).

 

Il n'est donc pas imaginable d'acquérir des revenus dans notre pays issus d'une quelconque activité lucrative lorsqu'on est imposé d'après la dépense. C'est pourquoi cette forme d'imposition, majoritairement utilisée en Suisse occidentale, est utile: elle permet à des individus fortunés exerçant des activités à caractère lucratif dans d'autres pays (et étant donc taxés là-bas comme tout un chacun) de s'installer en Suisse au bénéfice d'un système fiscal non-discriminatoire. Parce qu'il n'y a rien qui ne les oblige à venir dans nos contrées, y dépenser leur fortune ou leurs revenus.

 

C'est un statut spécifique pour une situation particulière. Ces étrangers peuvent très bien choisir d'autres lieux s'ils sont plus intéressants fiscalement. C'est tout à fait compréhensible. C'est donc vain de parler d'inégalité devant la loi. Comme le rappelait si justement le conseiller d'Etat en charge de l'économie à Genève, Pierre-François Unger, l'égalité devant la loi présuppose que des situations différentes soient traitées différemment. Et c'est bien de ça dont il est ici question. Il n'est pas acceptable d'argumenter en ce sens pour éveiller l'indignation au sein de la population. C'est un argument sophistique et totalement déconnecté de la réalité.

 

Mais une fois encore, il y a derrière ces nombreuses attaques contre le système fiscal suisse, une volonté de remettre en question l'ensemble du fonctionnement économique tel qu'il existe aujourd'hui. Passant par des démonstrations complètement abracadabrantes, certaines personnalités au Grand Conseil genevois ont pu motiver l'abandon de ces régimes fiscaux différenciés parce qu'un individu à Zurich, un seul, a été en mesure de contrevenir à la loi en matière d'imposition d'après la dépense. Aucune loi n'est infaillible, et cette gauche étatiste, dont la volonté affichée de légiférer chacun de nos faits et gestes est honteusement portée en diktat et en idéal sociétal, serait bien inspirée de le comprendre avant de transformer nos codes de lois en véritables recueils s'opposant à toute forme de liberté.

 

Il s'agira donc, lorsque le peuple suisse (et genevois) sera appelé à voter sur ces sujets, de démontrer de façon accessible tout en ne trahissant pas la réalité des faits ce qu'il convient de savoir sur ces aspects fiscaux. Ce sont des dossiers particulièrement compliqués, et tout porte à croire que la gauche fera en sorte de garder le débat à un niveau suffisamment bas pour que les bonnes questions ne puissent être posées. Et c'est bien cela, chers lecteurs, qu'il convient d'éviter en pareille situation!

 

Grégoire Barbey

11:55 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | | |

30/05/2013

Union européenne: un mal nécessaire

 Chronique, 30.05.13

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 Union européenne. Que nous le voulions ou non, il faudra un jour se résoudre
à prendre les devants. Si possible avant qu'il ne soit trop tard!

 

Les citoyennes et les citoyens suisses semblent majoritairement opposés à une adhésion à l’Union européenne. C’est une réalité et elle n’est clairement pas remise en cause. Les arguments de l’opposition sont fondés sur des faits qui justifient une crainte pour l’avenir de notre pays. Mais j’aimerais ici exposer un avis – conscient d’être très largement minoritaire – sur une voie qui m’apparaît être la seule viable à long terme. Il y a des constats à émettre, et mieux vaut les partager avant qu’il ne soit trop tard. Car comme dit l’adage, nous sommes toujours intelligents après. Cependant, dans des contextes où tout un pays est concerné, les proportions n’ont pas la même échelle.

 

L’Union européenne pèche effectivement par son système politique, où la participation des citoyens est quasiment inexistante, pour ne pas dire totalement. Alors pour la population suisse, il est évident qu’un tel modèle n’est pas envisageable. Et c’est une raison que je soutiens volontiers. Il faut néanmoins nuancer ce fait. Si la Suisse devait adhérer à l’Union européenne, ça ne serait pas sans conditions. Et sans doute viendraient-elles des deux côtés. Ce qu’il faut impérativement comprendre, c’est qu’aujourd’hui, il n’est plus possible de faire marche arrière dans la globalisation de notre monde. Les Etats sont voués, peu à peu, à disparaître. Les frontières qui persistent sont simplement juridiques. Mais concrètement, elles n’existent plus. La technologie a dépassé l’aspect matériel qui nous empêchait d’interagir à l’échelle internationale.

 

Il nécessite donc de faire le deuil de certains conforts issus d’un passé différent. Le contexte évolue, nos habitudes également. La société est en pleine mutation, et nos modes de fonctionnement sont en sursis. Il s’agit donc d’accepter ça sans nostalgie et de prendre les devants pour ne pas finir sur le carreau! Et ça passe, que nous le voulions ou non, par certains compromis. A nous de faire en sorte que ça ne devienne pas des compromissions. A l’heure actuelle, nous sommes plutôt sur la mauvaise pente. David Hiler me disait, lorsque je l’interviewais mardi, qu’il n’y a pas de solution gratuite. Il faisait en l’occurrence référence à la réforme de la fiscalité des entreprises. Mais je pense que son constat peut être extrapolé dans nos rapports à l’Union européenne. Nous avons choisi la voie des accords bilatéraux. Et force est de constater que cette solution a fait son temps.

 

Nous allons être amenés à devoir intégrer, petit à petit, les standards juridiques européens, puis internationaux. C’est déjà le cas en matière de fiscalité, où les pressions sont toujours plus fortes contre la Suisse. Sauf qu’aujourd’hui, personne ne peut plaider la cause de la Suisse à Bruxelles. Tout au plus quelques diplomates, dont l’efficacité n’est malheureusement plus véritablement avérée. Nous n’avons pas voix au chapitre et nous ne pouvons pas négocier de compromis dans notre intérêt. Les tenants de notre souveraineté nationale ne réalisent pas encore qu’à ce jeu-là, notre pays sera totalement perdant, et beaucoup plus vite qu’ils n’osent l’imaginer. Ce qu’il faut, c’est inverser la tendance. J’ai connu, à travers l’histoire de la Suisse, un pays audacieux, courageux, qui a toujours su se montrer ferme dans les affaires étrangères. Pourquoi ne pas continuer sur cette lancée, et exporter notre magnifique modèle politique à l’Union européenne?

 

Certes, une telle révolution institutionnelle ne peut avoir lieu en quelques mois, ni quelques années. Il faudra des décennies pour que la mondialisation arrive à maturité. Nous ne sommes que poussière dans une destinée que nous refusons visiblement de prendre en main. Votre serviteur est opposé à tout renoncement, et envisager une éventuelle adhésion à l’Union européenne n’est pas synonyme d’abandon. Au contraire, ça doit être le prétexte pour mener une bataille acharnée afin de faire reconnaître nos droits, et surtout notre importance. L’Union européenne s’est formée historiquement sur des besoins économiques. La communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) en est l’origine. C’est donc tout logiquement que sa construction s’est attachée à l’aspect économique, négligeant la démocratie et la participation des citoyens à ce grand ensemble.

 

C’est peut-être à la Suisse, petit pays quasiment au centre géographique de l’Europe, d’apporter ce que l’Union européenne n’a pas encore mis en place. A celles et ceux qui seraient tenter de me traiter d’idéaliste, je leur répondrai qu’il n’y a pas de grandes réussites sans grandes ambitions. Rien ne se fera facilement, et ce n’est qu’en adoptant un esprit combatif que nous obtiendrons ce qu’il y a de mieux pour notre propre intérêt. Et je le répéterai encore et encore. Nous sommes à la croisée des chemins, une époque particulièrement passionnante à vivre car pleine de promesses, mais aussi de danger. Que l’on soit d’accord ou non avec mon constat, je suis convaincu et le resterai qu’à long terme, nous devrons nous plier à bien d’autres exigences. Autant mener les négociations avec dignité et surtout audace. J’espère simplement n’avoir pas besoin de dire un jour à mes amis s’y opposant: je vous l’avais dit.

 

Grégoire Barbey

09:38 Publié dans Air du temps, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (13) |  Facebook | | | |