Gregoire Barbey

11/05/2013

L'avenir du PDC à Genève est déjà en marche

 

Chronique, 11.05.13


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Sébastien Kaech. Le vice-président du PDC-Versoix a créé une page Facebook dédiée
à son amour de Genève. Elle a déjà atteint 27.000 personnes la suivant.


Les candidats du PDC au Grand Conseil à Genève sont 49. Parmi eux, seule une poignée sera amenée à siéger à la députation. Une dizaine, au maximum. Peut-être moins. Mais probablement pas plus. Il y aura donc une quarantaine de déçus. Qui seront-ils? Il est impossible de le dire aujourd’hui. Ce qui est néanmoins déjà constatable, c’est les quelques noms qui se détachent dans cette liste, et qui prêtent à espérer un renouveau. Ils ne sont pas les plus connus du grand public. Ce ne sont pas ceux qui sont invités aux cocktails des petits amis. Pourtant, ils sont visibles, à leur façon, et dans un périmètre non-négligeable. Ils s’investissent avec passion, se donnent les moyens de faire entendre leurs voix discordantes, celles-là même qui dérangent la présidence du parti, de Béatrice Hirsch à Pierre-François Unger, pour n’en citer que deux.

 

Cette présidence est l’incarnation d’une caste au sein du PDC: celle des notables, des vieilles familles genevoises ayant donné beaucoup pour ce parti. Rien d’horrible là-dedans, bien évidemment. Si ce n’est que cette aile conservatrice sent gentiment le vent tourner. Elle le sent que trop bien, et ces petits candidats très connus à l’interne du parti pour leurs positions souvent progressistes et novatrices ne sont pas sans poser un réel problème. Ils pourraient devenir dangereux. Ils sont l’avenir, et la vieille aile du PDC le sait que trop bien. C’est indéniable: tout parti, quel qu’il soit, évolue au fil des époques. Aujourd’hui, les démocrate-chrétiens, que ce soit à Genève ou ailleurs en Suisse, sont face à des changements cruciaux. Ils doivent repenser leurs positions. Se remettre en question. Sont-ils encore en phase avec leur électorat historique?

 

C’est justement ces quelques candidats qui se posent ces questions légitimes. Ils le font avec conviction, persuadés qu’ils doivent apporter des réponses aux citoyennes et citoyens qui votent pour eux. Et ils dérangent une élite qui pense avoir tout calculé depuis longtemps, et dont la remise en question, même partielle, condamnerait à la disparition définitive. Qu’en est-il alors? Les possibilités ne sont pas nombreuses. Les candidats du renouveau doivent être marginalisés. Ils seront inévitablement biffés, mis de côté, dénoncés, trahis. Et ils le savent pertinemment. Certains s’en inquiètent. D’autres feront avec.

 

Parmi ces nombreuses personnalités à même de changer la donne au sein du PDC, j’aimerais en citer quelques-uns qui ne me laissent pas indifférents dans leur approche politique: il y a Alia Mangeat, Sébastien Kaech, Jean-Charles Lathion, Alain de Kalbermatten, Sascha Gorokhoff (qui n’est malheureusement pas candidat à la députation), Luc Barthassat, et beaucoup d’autres encore. Ils sont toujours motivés, présents lorsqu’il s’agit de battre le pavé, d’expliquer aux autres les différents enjeux à venir. Ils sont partout, le sourire aux lèvres, l’enthousiasme et la conviction marqués sur le visage. C’est ces personnalités, dont les moins connues le deviendront au cours des prochains mois, qui méritent d’être interrogées sur l’avenir du parti. Et qu’importe les pressions à l’interne, les tentatives de sape, les stratégies pour faire taire les voix qui s’échappent du carcan présidentiel. Il n’y a qu’un seul conseil à prodiguer: apprenez à les connaître, ils le méritent! Rendez-vous au 6 octobre.

 

Grégoire Barbey

16:41 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook | | | |

06/05/2013

Eloge du respect en politique

 

Chronique, 06.05.13

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MCG. La nouvelle affiche de campagne pour l'échéance
des élections cantonales le 6 octobre prochain.

 

Les interactions sont nombreuses en politique. C’est un domaine où les idées sont propres à chacun. Certains en partagent quelques-unes, voire la majorité, d’autres en sont à l’exact opposé. Il n’empêche que derrière le discours et l’idéologie, il y a des êtres humains. Et c’est justement ça qu’il ne faut jamais oublier. Même dans l’émulsion des grandes confrontations. Dans les croisements de fer, où chacun veut avoir le dessus sur son adversaire. Il s’agit de garder à l’esprit qu’en-dehors des grands axes qui nous tiennent à cœur – pour certains, l’important est la place de la femme dans la société, pour d’autres, c’est la valeur des traditions, etc. –, il y a de nombreux sujets où nous sommes en accord avec la quasi-majorité de nos semblables.

 

Il suffit pour démontrer cette réalité de comparer les résultats de son smartvote. Mettons que vous soyez profondément de gauche et que le simple fait d’évoquer l’UDC vous colle de l’urticaire. Eh bien, regardez le pourcentage de réponses similaires d’un membre de ce parti que vous n’aimez guère. Même si vos points communs sont inférieurs à 50%, ils existent. Et démontrent qu’il y a toujours des sujets qui nous unissent. On a tendance à le nier, ou à l’ignorer, parce qu’il semble plus correct de se persuader qu’on ne partage rien du tout avec quelqu’un pour mieux le détester. Et pourtant…

 

Le respect, en politique comme ailleurs, est fondamental. Il s’agit de toujours être à l’écoute des autres. De se porter volontaire pour aller à la rencontre de ces personnes qui pensent différemment de nous. Il y a toujours des raisons, même si elles nous échappent a priori. Et c’est justement ça tout l’intérêt: sortir des sentiers battus. S’ouvrir à des horizons nouveaux. Les autres ne sont pas l’enfer, comme l’a jadis écrit Jean-Paul Sartre. Ils sont un tous l’expression d’un univers individuel, riche et puissant, grand et diversifié, qui peut toujours nous apporter quelque chose. Je suis intimement convaincu qu’on a toujours quelque chose à apprendre de nos semblables. Quand bien même tout semble nous séparer. Il faut simplement savoir mettre de côté ce qui nous divise pour mieux cerner ce qui nous rapproche.

 

Ce n’est pas de l’angélisme, mais un simple constat. Et je remarque trop souvent que le respect n’est pas mis en pratique, d’une façon ou d’une autre. Dernièrement, j’ai été particulièrement choqué par l’affiche de campagne du MCG, sur laquelle figure: «Les ennemis des Genevois. Frontaliers, assez!». C’est particulièrement grotesque et inapproprié. Ce ne sont pas les frontaliers qui sont les ennemis des Genevois. A la rigueur, ce sont des décisions politiques qui ont des répercussions (encore que, ça reste à prouver) négatives sur l’emploi à Genève. Mais jeter en pâture des milliers d’individus qui n’ont, pour la plupart, que le désir de nourrir leur famille de façon décente et dans des conditions salariales acceptables, c’est un excès que je ne puis accepter. C’est opposer les citoyens entre eux. Au-delà des frontières qu’ils traversent quotidiennement pour venir travailler à Genève, ces gens ont des sentiments, des émotions, des projets et des idées. Ils ont chacun une richesse dont on ignore la portée mais qui existe. Et c’est nier cette particularité que de les mettre dans la case «ennemis».

 

Encore une fois, ce n’est rien d’autre qu’un coup marketing. Ce n’est pas bien compliqué de comprendre les motivations des frontaliers qui viennent travailler en Suisse. Nous ferions exactement pareil si nous étions à leur place. La question qui s’impose, c’est comment limiter cet effet (s’il est vraiment négatif). Ce n’est pas de montrer du doigt. A quoi bon? Espérer qu’un jour un Genevois cède à l’émotion et tue un frontalier? C’est le but? Je ne peux pas considérer comme acceptable de jouer avec les sentiments des citoyens. Parce qu’au fond, ces gens sont comme nous. Et méritent le respect. C’est important de ne pas céder aux sirènes de la haine et d’être ouvert aux autres. Je le répéterai toujours, quitte à être rébarbatif, politiquement correct ou simplement ennuyant. Parce qu’il s’agit là d’une valeur qu’il convient de partager universellement, quelle que soit notre idéologie, notre religion ou même notre culture. Un point c’est tout.

 

Grégoire Barbey

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02/05/2013

L'Etat doit rester sous contrôle des citoyens

Chronique, 02.05.2013

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Suisse. La quote-part de l'Etat dans l'économie réelle représentait 29,8% en 2010. Alors
qu'elle n'était que de 17,5% en 1965.


En 1965, la quote-part de l'Etat dans l'économie de la Suisse était de 17,5% (soit l'équivalent de la force du seul Etat du Valais aujourd'hui).
En 2010, la quote-part de l'Etat était de 29,8%, sans tenir compte des assurances sociales. En tenant compte de celles-ci, Economiesuisse estime la quote-part de l'Etat à 43%. (Sources: édition de Bilan du 01.05)



Ce n'est donc pas des inepties que de dire qu'aujourd'hui, l'Etat prend une place beaucoup trop importante dans l'économie réelle. En Valais, le budget 2013 (soumis au vote du Parlement cantonal) prévoit une augmentation des charges de 3,9% tandis que l'économie réelle ne progressera vraisemblablement que de 1,8%. (Sources: idem)



Ce qu'il faut réaliser, c'est que l'Etat doit être au service du citoyen, et non devenir son ennemi. En augmentant encore et toujours la taille de l'Etat sans en améliorer la qualité des prestations et des services, l'oppression des individus est inévitable. Fichage ADN, vidéosurveillance, traçage internet, écoute téléphonique, autant de dérives d'un Etat dont les prérogatives fondamentales sont assumées mais dont la propension à s'étendre toujours davantage est prodigieusement élevée. Quand l'administration publique grossit, encore et encore, et crée des besoins qui ne sont pas vitaux pour la population, les atteintes aux libertés individuelles en sont le corollaire naturel.



A chacun après d'avoir sa propre approche des prérogatives d'un Etat. Mais le meilleur moyen pour mettre tout le monde d'accord, c'est une expertise de la totalité des services publics, pour savoir exactement les taches qui lui sont actuellement assignées. A partir d'un rapport objectif où sont exposés les assignations réelles des services de l'Etat, il convient de décider où il y a lieu de le renforcer si besoin, et où il y a nécessité de couper. Parce qu'il ne faut pas se leurrer: avec une quote-part de 43% dans l'économie réelle du pays, l'Etat est de loin trop important. De par sa taille actuelle, il limite l'initiative individuelle, tout en méprisant l'importance, dans une société comme la nôtre, d'offrir à toutes et à tous les possibilités d'entreprendre librement.

 


Cette politique qui régit aujourd'hui la Suisse n'est de loin pas le néolibéralisme que certains revendicateurs de gauche tentent de nous peindre sur la muraille. Au contraire, c'est une politique très axée sur l'étatisme et l'interventionnisme. Preuve en est la tentative de supprimer le secret bancaire pour l'ensemble des confédérés. En prenant comme exemple les exigences des Etats étrangers, le gouvernement actuel tente de justifier une atteinte inacceptable dans la sphère privée des citoyens suisses en abrogeant le secret bancaire pour les résidents.

 


Il doit toujours s'élever dans le paysage politique des opposants à l'expansion de l'Etat. Celui-ci, bien géré et pensé efficacement, peut apporter des soutiens non-négligeables aux citoyens. Il peut également assurer, d'une certaine manière, une redistribution plus équitable. Mais ses tâches doivent être appliquées en respect de certaines valeurs intrinsèques à l'humanité, comme le respect inconditionnel de la sphère privée et de la souveraineté de l'individu. Une société, c'est d'abord des individus. Et ensuite, c'est une collectivité. A nos politiques donc de lutter pour conserver l'Etat sous contrôle citoyen et non l'inverse!



Grégoire Barbey

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24/04/2013

L'inversion des valeurs de l'Etat de droit

Chronique, 24.04.13

 

L’actualité de ces dernières semaines démontre qu’une inversion des valeurs de l’Etat de droit est en cours. Depuis toujours, il a été question de présumer tout individu innocent, avant de prouver une éventuelle culpabilité. Aujourd’hui, ce principe fondamental et garant d’une certaine stabilité est en passe de disparaître. Plusieurs thématiques récentes en sont la preuve. L’abolition du secret bancaire, qui n’est autre qu’un outil permettant la protection des données privées d’un déposant, et donc le respect du secret de ses transactions. L’argument principal pour sa suppression pure et simple est l’opportunité qu’il offre aux fraudeurs du fisc de cacher des fonds importants aux autorités de leur pays d’origine. De nombreux instruments permettent d’agir convenablement ou au contraire d’occasionner des dégâts. Un couteau peut servir à couper du pain ou à tuer – du moins blesser – un être humain. Abolir le secret bancaire sous prétexte que certains en font une utilisation abusive (ce qui n’est clairement pas remis en question) est totalement aberrant. C’est imaginer l’humanité comme foncièrement mal attentionnée.

 

Autre volet de cette inversion des valeurs: la motion déposée par Christophe Darbellay (conseiller national PDC) pour permettre le fichage ADN de certains requérants d’asile selon leur origine. En l’occurrence: les Algériens, les Marocains et les Tunisiens. Une telle proposition est non seulement grave, mais elle rappelle des heures sombres de l’Histoire. Des individus seraient présumés coupables de par leur origine! Un comble. Il en va de même pour l’installation de caméras de vidéosurveillance dans les rues. Dès lors qu’une image démontrera la présence d’un individu dans un lieu donné peu de temps avant qu’un délit soit commis, ce sera à lui de prouver son innocence. L’exact contraire de ce qui a toujours prévalu jusqu’alors dans un Etat de droit. 

 

Est-ce à dire qu’il y a aujourd’hui une crise idéologique profonde qui pousse les individus à penser l’être humain comme étant fondamentalement mauvais avant de croire en sa capacité à faire le bien au mieux de ses possibilités? Probablement. Les indicateurs convergent dans ce sens. En tout état de cause, il est légitime de s’opposer vertement à une telle inversion des valeurs de l’Etat de droit. Présumer coupable quiconque avant de lui accorder le bénéfice du doute est inacceptable et totalement irresponsable. C’est instaurer une méfiance injustifiable et injustifiée dans les rapports humains. Toute personne, dans un système respectueux de l’être humain, mérite d’être pensé honnête. Et si des éléments démontrent le contraire par la suite, il y a lieu d’engager les démarches qui s’imposent. Mais dans le doute, rien ne permet de considérer quelqu’un comme étant coupable avant toute chose. L’Etat de droit doit servir l’humain, et non devenir son ennemi. Or, se méfier de toute personne a priori est bien la pire des solutions.

 

Grégoire Barbey

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16/04/2013

Education citoyenne: la nécessaire réforme des priorités

Les cours d'éducation citoyenne à l'école secondaire (Cycle d'orientation à Genève): je n'en ai conservé pratiquement aucun souvenir. Et ce n'est pas par manque d'assiduité ou d'écoute. Le fonctionnement de nos institutions, les évolutions politiques, les interactions entre les acteurs de notre démocratie, tout ça m'a toujours profondément passionné. Nous avons pourtant en Suisse le privilège de vivre dans un système qui nous permet d'agir à tous les niveaux. Les dirigeants politiques ne sont pas inaccessibles, et un citoyen qui désire transmettre un message à l'un d'entre-eux a tout le loisir de le faire sans passer par d'innombrables intermédiaires. Et qu'au final son message se perde et n'arrive jamais au destinaire. Cette chance, il faut la connaître pour pouvoir en exploiter les différentes opportunités.

L'actualité politique de ces derniers mois démontre très clairement une érosion dans la participation populaire aux votations et aux élections. L'élection au Grand Conseil de Neuchâtel, le week-end dernier, a mobilisé à peine plus de 30% des citoyens. Pour une élection qui n'a lieu qu'une fois tous les 4 ans et qui détermine les rapports de force en place pour toute cette durée. Les citoyens délaissent leurs droits et leurs devoirs. Peut-être par manque de temps. Surtout par lassitude. Alors qu'ils ont la possibilité non-négligeable d'influencer le cours des événements au sein de leur pays, de leur canton, ou de leur commune. Chacune et chacun peut devenir acteur. Et non pas simplement subir passivement les décisions qui sont prises-

Mais pour agir, il faut être conscient de pouvoir le faire. Et c'est justement au système éducatif qu'incombe le rôle d'enseigner aux jeunes ce pouvoir qui leur est donné. Un grand pouvoir, qui nécessite aussi de grandes responsabilités. Un citoyen en Suisse peut véritablement se donner les moyens de changer des choses. Il peut également, par son engagement, donner à d'autres le désir de s'investir. Trop d'exemples, et pas si loin de nous, démontre qu'un déficit de démocratie engendre des conflits politiques et économiques graves et profonds. A ce titre, l'école en Suisse, et particulièrement à Genève, cas que j'ai expérimenté moi-même en tant qu'élève, est démissionnaire. Oui, l'on y parle de la forme, mais si peu du fond. Si peu des interactions possibles, de l'historique politique qui a fait la Suisse telle qu'elle est aujourd'hui. C'est assumé: on ne veut pas faire de politique à l'école.

Pourtant, il ne s'agit même pas d'en faire. Ni de prendre position. Il suffit d'expliquer factuellement ce qui s'est passé en Suisse. L'évolution des institutions, les grands partis qui se sont affrontés sur de nombreuses thématiques fondamentales. Parler des chemins de fer. Du Sonderbund. De la première Constitution. De la création du fédéralisme, entre de petits Etats qui se sont alliés pour faire face aux grandes puissances qui les encerclaient. L'éducation citoyenne est indissociable de l'Histoire politique de la Suisse. Séparer les deux, c'est fermer la possible et nécessaire compréhension des rapports de force qui ont prévalu - et dont certains prévalent encore - durant plus d'un siècle et demi de démocratie telle que nous la connaissons aujourd'hui. Raconter les batailles fondamentales qui se sont déroulées en Suisse. En expliquer le contexte. Tout ça est tellement simple, et peut être fait sans prendre position politiquement parlant. Juste être factuel.

L'éducation publique ne peut pas ne pas assumer ce rôle de pont entre les jeunes et la vie politique. Ne serait-ce que parce que cette dernière régit l'ensemble de notre quotidien. Et ce, que nous le voulions ou non. Après, chacun est libre d'avoir ses sensibilités qui lui sont propres. De préférer l'UDC au PLR, ou le PS aux Verts. La question n'est pas là: elle est dans le fait de donner à tous les bases d'une bonne compréhension du contexte politique dans lequel nous vivons. Et d'offrir les outils nécessaires pour interagir directement avec cette sphère. Si l'Etat a un devoir, c'est de ne pas jalousement garder les clés du pouvoir. Mais de les transmettre aux générations futures. Parce qu'il n'y a pas besoin, en Suisse, d'appartenir à une élite pour agir et avoir un impact. Il suffit de le vouloir. Il serait donc justifié et justifiable de revoir les priorités de l'éducation citoyenne. A bon entendeur!

Grégoire Barbey

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10/04/2013

Sacrifier la liberté sur l'autel de la répression

 

Le Conseil d’Etat a annoncé le dépôt d’un projet de loi pour installer 21 caméras de vidéoprotection aux Pâquis. Et a demandé un crédit de 1,9 million de francs pour mener à bien ce projet. Pierre Maudet, conseiller d’Etat en charge du département de la sécurité (DS) dit vouloir «dépassionner l722634525.JPGe débat». Si le débat est effectivement passionnel, la véritable question qui reste en suspens est: quelle sera l’utilité d’une telle mesure? Les pays ayant adopté la vidéosurveillance ne dégagent pour l’heure aucun bilan significativement positif de cette méthode répressive. Outre l’efficacité non-avérée des caméras pour réduire la criminalité, se pose la question des limites de l’ingérence de l’Etat dans la sphère privée des citoyens. Bien que les instruments de vidéosurveillance (ou vidéoprotection) soient installés dans des lieux «publics», l’individu est en droit de ne pas être surveillé. 

 

Et ce même s’il n’a rien à se reprocher. L’argument selon lequel un citoyen qui n’adopte pas un comportement criminel ne doit pas s’en faire ne tient pas. Toute séquence filmée est une interprétation d’un moment T. Ce qui signifie qu’en cas d’utilisation frauduleuse d’un document vidéo, des accusations pourraient être portées à tort à l’encontre d’un individu. Et toute nouvelle répression distille inévitablement de nouveaux comportements qu’il faudra également gérer par la suite, dans une logique d’Etat-liberticide. Et à nouveau, dans le même raisonnement, ce sont les citoyens qui paieront de leur poche la mise en place de ces appareils de surveillance.

 

Le constat d’aujourd’hui est simple: la faible protection des données privées engendre des dérives particulièrement péjoratives pour les individus et leur intégrité à la fois numérique et privée. Accepter la création d’une nouvelle base de données contenant des informations qui peuvent être sensibles selon les cas, c’est prendre un risque supplémentaire. C’est autoriser la manipulation par l’appareil étatique d’images reflétant des moments qui ne doivent pas perdurer au-delà de leur durée réelle. Si le seul effet de la vidéosurveillance est l’aspect dissuasif (qui n’est pas remis en doute, puisque comme expliqué plus haut, toute contrainte engendre des changements comportementaux), alors faut-il sacrifier la liberté d’être «laissé tranquille»? Ce n’est pas parce que de nombreuses entreprises privées ont recours à l’utilisation de caméras que l’Etat doit en faire autant et remplir les rues avec de pareils appareils.

 

L’autorisation sera évidemment donnée pour la mise en place de ce projet. Mais après les deux ans qui serviront de phase test, il sera nécessaire de tirer un bilan exhaustif de l’utilisation des caméras. Au cas où la criminalité aurait baissé, il ne suffira pas seulement de l’imputer à la vidéosurveillance: il faudra démontrer qu’il n’y a pas seulement eu une migration des individus contrevenants vers des zones dénuées de caméras. Et ne pas minimiser les autres facteurs qui peuvent entrer en ligne de compte et justifier une baisse – même partielle – de la criminalité. Au cas où le bilan serait par trop négligé, les citoyens devront prendre leurs responsabilités et signifier à l’Etat leur refus d’être filmés en permanence pour des résultats peu encourageants. Car sacrifier une partie de sa liberté n’est pas un acte anodin. Et quand bien même certains professent déjà la réussite d’un tel programme, il est impératif de se rappeler que l’Etat doit être au service des citoyens. Et non l’inverse. A chacun de se battre pour protéger ses données personnelles. Une chose est sûre: les faits sont tenaces. 

 

Grégoire Barbey

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16/02/2013

Face à la répression et l'absence de liberté: la fuite

 

La politique liberticide à Genève causera l’inévitable fuite des jeunes cerveaux vers des horizons plus festifs et surtout moins restrictifs. L’avenir à la fois politique et économique d’une région réside dans la qualité de sa jeunesse. Mais la récente décision du Service du commerce (refuser à 28 bars la permission d’ouvrir jusqu’à deux heures du matin) ne fait que confirmer une réalité immanente à la mentalité genevoise: une incompréhensible fermeture d’esprit envers tout ce qui peut exprimer une quelconque forme de joie et de festivité. Le calvinisme règne en maître. Le dimanche, les stores sont fermés, les citoyens ne sortent pas ou peu. Tout le contraire des Espagnols, par exemple. Punir l’ensemble des acteurs de la vie nocturne à Genève revient à condamner le canton à une population toujours plus vieillissante, les jeunes s’évadant à Lausanne. Ville d’ailleurs éminemment réputée et attractive pour ce qui est des festivités nocturnes.

 

Toute obstruction à la liberté des êtres humains entraine nécessairement des conséquences sociétales, qu’elles soient rapidement identifiées ou longtemps ignorées. Certains feignent de les constater par lâcheté. La frustration n’apporte jamais des résultats positifs pour toutes et tous. Il n’est pourtant pas question ici de nier la légitime réaction des citoyens qui se plaignent du bruit. Mais ces déconvenues ne sont pas le fait de toutes celles et ceux qui sortent et vont dans des bars. En vérité, toute restriction est une solution inadaptée à la situation, et démontre le manque de réflexion des pouvoirs publics censés garantir le respect des libertés.

 

«La politique sociale à Genève n’est toujours pas sortie du schéma de la répression face à tout désagrément.»

 

La démagogie de ces vieux de la vieille, qui eux aussi furent jeunes à leur époque et qui ont d’ailleurs connu les années fastes de la vie nocturne genevoise il y a trente ans, impliquera malheureusement des conséquences évidentes sur la fuite des jeunes cerveaux. Parce qu’il n’est pas démontré qu’un jeune s’expatriant hors de Genève revienne ensuite s’y installer pour travailler après ses études. Quitter la Cité de Calvin pour un autre canton, c’est découvrir une richesse méconnue dans la possibilité de jouir de sa liberté. Toute proportion gardée.

 

S’il faut relativiser cette décision, elle permet malgré tout d'émettre deux constats: la politique sociale à Genève n’est toujours pas sortie du schéma de la répression face à tout désagrément; et il n’y a visiblement aucun ministre pour venir remettre un peu d’ordre dans cette gabegie qui dure depuis trop longtemps déjà. Punir tout le monde, c’est prendre le risque de perdre ceux qui se sentent injustement spoliés de leur liberté de vivre. Et de profiter de leur temps libre. Doivent-ils se sentir heureux dans une ville où il n’est pas possible de s’amuser lors de ses jours de congé? A chacun de répondre selon sa conscience. Remarquons tout de même le manque profond de réflexion de cette décision, qui causera inévitablement une érosion de la satisfaction des jeunes à Genève. Érosion qui, il faut le souligner, a commencé il y a déjà quelques années. Peut-être serait-il bon de rappeler aux technocrates et autres adeptes de la justice punitive qu’ils ont été jeunes aussi un jour.

 

Grégoire Barbey

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26/11/2012

Les technologies supprimeront les frontières

Chronique, 25.11.12 12h18

 

Certaines technologies pourraient à terme bouleverser les règles actuelles de nos Etats-nations. Et du marché également. Parmi ces inventions, il y a l’imprimante tridimensionnelle (3D). Celle-ci existe depuis plusieurs décennies, mais commence doucement à se démocratiser avec des prix abordables pour une utilisation domestique (environ 400 euros). Son utilité ? Elle permet la matérialisation d’objet à partir de fichiers numériques. Pour l’heure, les versions grand public sont limitées, tant du point de vue des possibilités que de la qualité des produits finis. Et seul le plastique est utilisable dans ces machines.

 

Mais ce n’est pas la peine de désespérer ni de présager un flop total pour cette technologie. Des modèles professionnels (qui sont vendus entre 50.000 et 1 million de dollars) permettent la création d’objets beaucoup plus complexes, et même l’utilisation de métal, qui chauffe de la poudre (à l'aide d'un laser) ou polymérise de la résine strate par strate. Des journaux internationaux comme le New York Times ou The Economist leur ont déjà dédié des articles. Ou encore le site Rue89. The Economist compare d’ailleurs l’impression 3D à la machine à vapeur ou encore à l’imprimerie: «L’impression 3D rend la création d’objets uniques aussi bon marché que la production en grande série, sapant les économies d’échelle. Elle pourrait avoir un impact sur le monde aussi profond que l’apparition de l’usine. [...] Il est impossible d’anticiper l’impact à long terme de l’impression 3D. Mais la technologie arrive, et va probablement bouleverser tous les marchés qu’elle touche.»

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Mais ces journaux oublient une révolution encore plus imprévisible, et déjà en chemin: celle de l’open hardware. Il suffit d’imaginer, dans un futur pas si lointain, la popularisation d’imprimantes 3D à large échelle. Couplée à des designs qui sont gratuitement disponibles sur le net, l’impression tridimensionnelle pourrait offrir la possibilité unique de créer soi-même des objets pour l’heure accessibles uniquement à travers les canaux de distribution habituels. Mais ce n’est pas tout: le gaspillage pourrait également se réduire, avec l’opportunité de produire des pièces manquantes aux appareils ménagers (plutôt que de les jeter) ou à tout autre objet utilitaire.

 

Des chercheurs ont déjà mis au point l’impression de prothèses à travers l’utilisation de l’imprimante 3D. D’autres tablent sur l’impression, à terme, d’organes de remplacement. En effet, la technologie moléculaire avance elle aussi à grand pas. Et promet bien des surprises. Bien évidemment, tout cela est pour l’heure encore sujet à évolution. Mais le mouvement de l’open hardware (qui met à disposition librement tous les plans de création d’un objet donné) ne peut être arrêté. Des laboratoires, nommés «hackers space» existent en Suisse romande, et proposent ces alternatives.

 

«Il n’y a pas de miracle ni de surnaturel: ce qui nous semble entrer dans ces catégories n’est rien d’autre que notre incapacité à nous extraire des règles auxquelles nous sommes habitués.»

 

Ce qui est intéressant dans une telle technologie, c’est son potentiel de modifier durablement et profondément les règles qui régissent actuellement le marché, l’économie et les rapports entre les Etats. La dématérialisation des objets, qui seraient ainsi disponibles depuis chez soi et pour autant que l’on veuille bien les monter soi-même pièce par pièce, bouleverserait bien des secteurs. Et rendrait obsolète la production de masse, puisqu’il serait alors possible de produire localement (même pour des commerces) et de ne créer qu’en fonction de la demande. Exit le gaspillage des ressources.

 

Les marchés devront alors se transformer et s’adapter à une réalité incontrôlable: la liberté de produire. Au-delà des frontières physiques. A la croisée des possibles. C’est dès lors probablement une économie de la créativité et de l’innovation intensives qui verrait le jour, et remplacerait le paradigme actuel, où le travail est le coût central de l’économie. Mais une telle révolution serait encore plus profonde. Ce sont tous les rapports entre les Etats et les individus qui seraient modifiés. Quel intérêt y aurait-il à conserver des frontières physiques dans un monde où les objets, le marché et l’information utilisent des canaux dématérialisés? Les structures que nous connaissons aujourd’hui seraient remises en question. Et une liberté encore insoupçonnée pourrait voir le jour. Un libéralisme pratique, et non plus cantonné à la théorie philosophique.

 

Tout ça pourrait bien évidemment se heurter à des impossibilités concrètes, mais l’Histoire a démontré que l’humanité n’abandonne jamais l’élaboration de projets technologiques d’envergure. Il suffit de penser aux téléphones portables. A l’internet. Qui y aurait pensé, dix, vingt voire trente ans avant leur arrivée? Il n’y a pas de miracle ni de surnaturel: ce qui nous semble entrer dans ces catégories n’est rien d’autre que notre incapacité à nous extraire des règles auxquelles nous sommes habitués. Et elles nous conditionnent.  Pour l’heure, tout ce qui précède rentre dans le cadre de la pure spéculation. Mais il faut toujours s’interroger sur les possibilités que nous offrent nos technologies. Ne serait-ce que pour ne pas en perdre le contrôle.

 

Grégoire Barbey

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20/11/2012

Quel avenir pour les médias? Création d'un groupe de réflexion sur le sujet

Communiqué, 19.11.12 13h02

 

Les médias font face à d’importantes difficultés économiques. En partie notamment avec l’omniprésence d’internet. La restructuration prochaine des effectifs du quotidien Le Temps l’atteste. Mais les raisons sont beaucoup plus complexes et diversifiées. Il serait profitable de les décortiquer, de les mettre au jour afin de réfléchir à l’avenir du secteur. A son adaptation nécessaire avec les nouveaux rapports de force qui sont maintenant de la partie.

 

C’est pourquoi je propose, et ce sans grande prétention, la création d’un groupe de réflexion composé a priori de journalistes qui souhaiteraient s’interroger sur le futur de leur métier et ne pas se contenter de regarder s’enchaîner les événements. Je suis à titre personnel convaincu que nous pouvons toutes et tous amener des propositions, mettre en commun des idées, apporter des solutions aux problèmes actuellement rencontrés, notamment par la presse écrite.

 

Chacun d’entre nous possède sa propre perception des enjeux. Partager cette vision, pour la grandir, la confronter à d’autres, et créer un recueil de propositions et de constats: voilà un projet d’envergure. Ne pas penser chacun de son côté et finalement ne rien faire de ses idées, mais les déposer sur la table, pour que toutes et tous puissent en récupérer les éléments pertinents. Il ne s’agit pas de s’enorgueillir et d’imposer des solutions. Il faut être humble, et déblayer le terrain. Un tel projet a-t-il des chances d’aboutir ? Seul l’engagement de celles et ceux qui souhaiteraient en être peut y répondre. A-t-il également la possibilité de changer quoi que ce soit ? Rien n’est moins sûr.

 

Mais ne pas s’interroger sur la situation actuelle n’est pas non plus la bonne alternative, de mon point de vue. C’est en réfléchissant, en commun, que des pistes de réflexion peuvent être avancées. Si celles-ci devaient s’avérer inadaptées, qu’importe. L’essentiel, c’est d’apporter un peu de soi dans l’anticipation des changements à venir. Prendre la barre du navire pour tenter de le guider plutôt que de le laisser en proie aux intempéries. C’est ce que je vous propose à toutes et à tous. Et si mon idée vous parle, alors n’hésitez pas à me contacter pour en discuter. Je ne fais qu’apporter un projet : c’est ensemble seulement qu’il peut prendre sens. Sans votre aide, rien n’est possible !

 

Grégoire Barbey

Contact: 079 124 00 28 / gregoire.barbey@gmail.com / http://www.facebook.com/gregoirebarbey

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19/11/2012

La presse doit mieux s'adapter à son lectorat

Chronique, 18.11.12 14h55

 

La récente annonce d'une restructuration à hauteur de 12% des effectifs du quotidien Le Temps invite à la réflexion. Particulièrement sur l'avenir de la presse écrite en Suisse. Mais partout ailleurs également. Il est nécessaire d'établir les raisons pour lesquelles les médias écrits peinent à tourner. Ce n'est pas un cas isolé, les journaux font aujourd'hui face à d'importantes difficultés économiques.

 

La première cause qui vient à l'esprit, c'est l'arrivée d'internet et son omniprésence. Les cartes sont dès lors redistribuées. Mais peut-être que le net est trop facilement pointé du doigt. Comme une fatalité, alors qu'il pourrait être une invitation à repenser la place de la presse écrite, et son mode de fonctionnement. Les médias (tous supports confondus) font périodiquement face à des difficultés. Ils doivent s'adapter. Il en va donc de même pour les journaux et plus largement les médias écrits.

 

Cette adaptation nécessite la prise en compte des attentes du lectorat et des annonceurs. Les deux sont inséparables. Car le modèle économique d'un journal repose avant tout sur la vente de publicités à des lecteurs. Certaines personnes s'imaginent que c'est malhonnête, voire malsain. Il n'en est rien: un quotidien (ou un périodique) ne peut en aucun subsister sur la seule vente de ses éditions en kiosque et par abonnement. S'il n'y avait pas les annonceurs, un journal devrait se vendre à des montants invraisemblables pour être rentable.

 

«Un journal devrait se vendre à des montants invraisemblables pour être rentable sans annonceurs.»

 

Des études ont démontré qu'un titre peut contenir jusqu'à 40% de publicités sans pour autant déranger les lecteurs si la mise en pages est bien pensée. Un journal doit répondre à une réalité budgétaire également: les journalistes, les secrétaires de rédaction, les ressources humaines, les graphistes, les informaticiens, la mise sous presse etc. ont un prix. Il faut bien que ces personnes vivent. Tout comme le journal.

 

Et c'est justement à ça que la presse écrite doit veiller: conserver la confiance et la fidélité de son lectorat pour continuer à intéresser ses annonceurs. Or, il est peut-être temps de repenser l'intérêt des lecteurs. Innover. Sortir des sentiers battus. Si aujourd'hui, les lecteurs ont de moins en moins confiance en la parole (ou l'écriture) des journalistes, ce n'est probablement pas par hasard. Certaines règles de déontologie se sont effritées avec les années. Et la présence d'internet, ici, justifie cette défiance envers les professionnels des médias: certaines informations ne trouvent pas la même résonnance dans les journaux, télévisions et radios mainstream que sur le net.

 

Cette différence, qui est fondamentale, fait qu'un journal (comme tout autre support médiatique) hiérarchise et choisit les informations qu'il traitera tout en passant sur d'autres. Un lecteur est ainsi déterminé par le choix des rédactions lorsqu'il parcourt un quotidien (ou un périodique). La donne est radicalement différente sur internet, puisque l'internaute est à même de sélectionner les informations qu'il souhaite lire et celles qui n'attirent peu ou pas son attention.

 

Les lecteurs ont donc parfois l'impression d'être menés par le bout du nez, même s'il n'en est rien. La réalité concrète d'un journal impose cette hiérarchisation, car la place et l'importance d'une information doivent être relativisées pour qu'un maximum de sujets puissent être traités. Et il faut malheureusement croire que les responsables qui opèrent ces choix éditoriaux ne sont pas toujours en phase avec les attentes de leur lectorat.

 

Si l'arrivée d'internet a effectivement chamboulé bien des médias, ce n'est peut-être pas plus mal. Ainsi pour survivre, chaque média devra désormais considérer avec bien plus de tact les intérêts de ses lecteurs, et leurs besoins quotidiens d'actualités. Tout en se démarquant de la concurrence en proposant des formats, des genres et des concepts innovants pour offrir aux informations traitées quotidiennement une valeur ajoutée qui donne envie au lecteur de retourner vers ce support-là plutôt qu'un autre.

 

«Chaque média doit considérer avec bien plus de tact les intérêts de ses lecteurs pour pouvoir survivre.»

 

Si les centaines de milliers d'informations partagées tous les jours sur la toile sont difficiles à décortiquer, il n'en est pas moins évident qu'un journaliste, dont le métier consiste à traiter l'information, peut proposer à ses lecteurs des points de vue, des angles et des plus qu'un internaute lambda ne pourra pas offrir aux autres lorsqu'il la transmet. C'est probablement sur cette différence, certes minime, que les médias sont appelés à se distancer du journalisme citoyen d'internet. A eux d'oser franchir le cap.

 

Enfin, concernant uniquement le cas de figure du quotidien Le Temps, il ne fait aucun doute qu’il saura se remettre de sa restructuration car c’est un journal de qualité: ses pages Suisse sont parmi les meilleures de la presse quotidienne romande, notamment en ce qui concerne les nouvelles issues du Parlement et plus largement de la politique. Les pages culturelles et les commentaires de Fati Mansour Devant la justice sont également très prisés des profanes comme des initiés.

 

Néanmoins, le choix de mettre en premier plan les informations internationales n’est pas nécessairement le plus judicieux: les lecteurs qui voudront obtenir des articles fouillés sur cette thématique auront tendance à lire Le Monde qui possède d’ailleurs 5% du Temps. D’autre part, la qualité des articles et des sources relatifs au canton de Neuchâtel ont parfois laissé à désirer. Dans tous les cas, il s’agira pour ce journal de se repositionner face à l’éventail de médias et de véhicules d’informations existants.

 

Au surplus, la mise en pages du Temps pourrait être remaniée quelque peu, particulièrement en termes de visibilité: la qualité des articles est souvent proportionnelle à la leur longueur et décourage sûrement les lecteurs les moins assidus. Mais il va sans dire que ce tabloïd a une place importante et de choix dont il lui faut ardemment tirer parti: c’est en effet le seul véritable quotidien intellectuel sur le marché romand. Nul doute qu’après cette restructuration, il saura convaincre un nouveau lectorat et démontrer sa capacité à s’adapter et à innover.

 

Grégoire Barbey & Florence Aebi

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