Gregoire Barbey

19/08/2013

Provocation à outrance et vacuité du message

Chronique, 19.08.13

 

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Initiative du GSsA. Les Jeunes UDC ont multiplié les visuels provocants pour inciter les
citoyens à voter contre l'abrogation de l'obligation de servir. Mais les messages sont critiquables.

 

La campagne des Jeunes UDC contre l’initiative pour l’abrogation de l’obligation de servir est si caricaturale et ridicule qu’elle me donne envie de voter en faveur des initiants. Entre une affiche qui assimile ceux qui y sont favorables à des drogués fumeurs de joint, roux, communistes et pacifistes et une autre qui invite à «gicler» ceux qui sont contre l’armée, les amalgames sont légion. Est-ce qu’il est nécessaire d’en arriver à stigmatiser l’ensemble des opposants à l’obligation de servir en des termes qui sont franchement limites? Il ne faut pas oublier qu’il s’agit également d’un débat idéologique. Beaucoup de libéraux sont favorables à cette abolition. Moi-même, j’hésite encore. Il ne s’agit pas seulement de dire non à l’armée, mais de refuser un système qui force les individus à être enrôlés sans qu’ils ne puissent donner leur avis. Et ça, effectivement, c’est contraire à l’idéologie libérale. L’Etat ne devrait pas pouvoir intervenir aussi férocement dans l’existence d’un citoyen.

 

Il s’agit donc de débattre concrètement, sans réduire son adversaire à un paquet de clichés réducteurs. Parce qu’on peut également caricaturer les tenants absolus d’un système de milice, et d’une armée. Ils ont également leurs côtés pour le moins singuliers. Mais à titre personnel, je ne trouve pas cela pertinent et je ne pense pas qu’un citoyen lambda ait envie de se voir ainsi montré du doigt à travers un visuel de campagne. Chacun a ses raisons de voter pour ou contre. La démocratie, c’est accepter le choix des gens, de s’y plier, et de vivre avec. En se moquant de ses adversaires avant le même le résultat de la votation, on prend un risque considérable. Celui d’énerver tout un pan de l’électorat qui pourrait se sentir insulté alors qu’ils étaient encore hésitant. Comme moi, qui ne vois pas très bien quel est le but de cette affiche, sinon de créer une polémique stérile et d’inciter les gens à envoyer un camouflet à des Jeunes UDC un peu trop sûrs de leurs valeurs patriotiques…

 

Grégoire Barbey

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07/08/2013

Forfaits fiscaux: un modèle qu'il faut préserver

Chronique, 07.08.13

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 Suisse. Il y a environ 5000 bénéficiaires de l'impôt d'après la dépense dans le pays.
Dont 710 à Genève et 1400 dans le canton de Vaud. Et environ 1300 en Valais.


J'ai lu à maintes reprises des individus argumenter comme suit pour justifier leur soutien à la suppression des forfaits fiscaux: «Les forfaitaires font monter les prix de l'immobilier à outrance.» Or pourtant, il y a 710 bénéficiaires de l'impôt d'après la dépense à Genève et 1400 dans le canton de Vaud. Les prix entre Genève et Lausanne (deux villes où la demande en logement est forte) sont à peu près comparables. Genève reste même légèrement plus chère, du fait d'une contraction des logements vacants très élevée. Néanmoins, si l'argumentaire susmentionné devait s'avérer exact, les prix de l'immobilier vaudois devraient crever le plafond à situation plus ou moins comparable. Pourquoi n'est-ce pas le cas?

 

J'ai un élément de réponse: c'est simplement un fantasme. Il y a sûrement une corrélation qui puisse être démontrée, mais elle doit être marginale en proportion de la valeur suscitée par l'offre et la demande. Par ailleurs, il est clairement bienvenu de relativiser les discours alarmistes concernant la valeur actuelle de l'immobilier locatif. En 1970, un individu pouvait louer une surface de location de 2,6m2 avec une heure de travail (pour un salaire moyen). En 2010, le même individu obtenait 3,9m2 de surface de location. En d'autres termes, il fallait travailler 40 heures par mois en 1970 (100/2,5) pour un logement de 100m2 de l'époque. En 2010, il en fallait à peine 25 heures.

 

Sachant qu'aujourd'hui, la plupart des logements proposés ont une technologie plus importante qu'en 1970, donc un confort accru, et qu'avec moins d'heures de travail, on loue une surface de location plus importante, on peut logiquement déduire et sans trop s'avancer que le pouvoir d'achat des ménages s'est considérablement accru en 40 ans. En conclusion, on peut évidemment remettre en question l'assertion qui est régulièrement utilisée pour justifier une suppression des forfaits fiscaux: ceux-ci n’influencent pas les prix de l’immobilier, ou alors marginalement. Quelques chiffres d’après des estimations de la Conférence des directeurs cantonaux des finances: les bénéficiaires de l’impôt d’après la dépense génèrent (directement ou indirectement) environ 32'800 places de travail en Suisse, dont 16'800 dans la construction, 10'000 dans l’artisanat et le commerce et enfin 6'000 dans les services.

 

En valeurs absolues, les forfaitaires contribuent à hauteur d’un milliard de francs par année à l’imposition indirecte, et de 578 millions de francs pour l’imposition directe. Selon la même source, chaque contribuable bénéficiaire de l’impôt d’après la dépense investit en moyenne 7 millions de francs par année en Suisse. Et la suppression de ce modèle fiscal créerait une perte nette d’un milliard de francs pour l’Assurance vieillesse et survivant (AVS), qui est le système de répartition des richesses le plus équitable en Suisse. Au final, il est à constater qu’une certaine frange de la gauche flirte aujourd’hui avec un populisme très dangereux qui tente de remettre en question des systèmes économiques qui ont fait leurs preuves depuis leur instauration, et leur suppression aurait des conséquences dramatiques sur la qualité de vie de l’ensemble des citoyens, particulièrement les individus ayant des revenus bas.

 

Les électrices et les électeurs de la gauche doivent prendre conscience rapidement qu’aujourd’hui, les partis qui prétendent les représenter jouent à une stratégie qui pourrait induire une facture très salée pour tout le monde. La Suisse bénéficie d’un modèle unique au monde, et à part quelques pays scandinaves, il y a peu d’autres Etats qui peuvent se vanter d’une telle égalité dans la répartition des richesses, avec en plus une intervention très minime de l’Etat dans cette redistribution. Un système donc à préserver plutôt qu’à vouloir détruire à tout prix, même s’il ne satisfait pas la jalousie et l’appétit de destruction de certains esprits taquins.

 

Grégoire Barbey

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