Gregoire Barbey

05/03/2015

Les chiens aboient et la Caravane passe

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Le retrait un peu tardif d'un dossier où le ministre Luc Barthassat aurait pu être juge et partie a fait grand bruit récemment dans la Tribune de Genève. Conflit d'intérêt. Le mot tombe comme un couperet. A grand renfort d'intervenants externes, l'article qui révèle la faute du conseiller d’Etat va jusqu'à s'appuyer sur le procès-verbal d'une commission du Grand Conseil. Ces réunions sont protégées des regards indiscrets de la presse. Le procès-verbal d'une séance de commission n'arrive donc pas systématiquement dans les mains d'un journaliste, fut-il de bonne volonté et au bénéfice d'un solide réseau. Celui qui a donné ce document à la Tribune de Genève avait donc un intérêt. Il voulait nuire au ministre. On s'imagine assez bien qu'un membre du cabinet d'un autre conseiller d’Etat puisse l'obtenir et le transmettre, l'air de rien, à un journaliste.


Ce qui surprend plus encore, c'est que cette tempête dans un verre d'eau s'accompagne d'un éditorial visant à faire la leçon à l'intéressé. Outre le fait que la Tribune de Genève n'a toujours pas compris que l'électorat de Luc Barthassat aime sa «bonhomie» et son franc parler (qui semble être aux yeux du journal incompatible avec la fonction de ministre à Genève) et renforce donc son assise à chaque fois qu'elle l'attaque sur cet aspect, on s'étonne de n'avoir pas lu une seule ligne sur des conflits d'intérêt évidents entre d'autres politiciens.


Prenons, par le plus grand des hasards, l'exemple de ce projet nommé la Caravane passe (mais là, les chiens sont au garde-à-vous) visant à réaliser des concerts et autres animations à proximité des travaux du CEVA pour soulager les riverains des nuisances sonores générées par le chantier. Le projet, dont la société Nepsa du député PLR Frédéric Hohl devait coordonner la réalisation, avait reçu une subvention de la Loterie romande à hauteur de 420'000 francs (article détaillé à consulter sur Politeia.ch). Etonnamment, les projets qui obtiennent de tels montants de la part de l'organisme de redistribution n'ont rien à voir avec celui de la Caravane passe. Plus surprenant encore, c'est qu'à la tête de l'organe genevois de répartition se trouve Bernard Favre, également secrétaire général adjoint du président du Conseil d’Etat François Longchamp. Les trois hommes sont membres du PLR et se connaissent de longue date.


C'est quand même curieux qu'un tel projet, préalablement accepté par le Conseil d’Etat sans en avoir averti Luc Barthassat, pourtant en charge du dossier du CEVA, obtienne une telle subvention. Et soit soutenu très rapidement sans réserve par le gouvernement. Finalement, le projet n'a pas été accepté par le Département des transports et ne verra donc pas le jour. Mais quand même. Tout cela paraît au moins aussi étrange que les quelques propos un peu maladroits de Barthassat concernant cette ligne de bus qui doit à terme empiéter sur son terrain à Landecy. Et pourtant ça n'a jamais fait l'objet d'une ligne dans la Tribune de Genève. A aucun moment, le vénérable journal n'a fait état dans ses colonnes d'une interrogation concernant ce projet de Caravane passe. Il y a quand même des questions d'intérêt public dans cette affaire également. Tout ça fait évidemment jaser dans le Landerneau politique genevois. Tout le monde connaît ces liens et personne ne les mentionne, ne serait-ce que pour permettre aux intéressés de s'expliquer et de mettre fin à d'éventuelles rumeurs infondées.


Certes, attaquer Luc Barthassat demande moins de courage que de s'en prendre à l'illustre président du Conseil d’Etat qui siège depuis maintenant dix ans au gouvernement. Et le ministre PDC est une cible facile: il est loin du profil type qu'on adore à Genève. Ce caractère très protestant, réservé, discret, maître de sa parole, qui ne fait pas de vague, ne décrit effectivement pas tout-à-fait Barthassat. La Tribune de Genève réagit donc à la manière des anticorps qui s'agglutinent contre le corps étranger pour limiter sa propagation. Il n'y a rien de méprisable à cela. On serait quand même tenté d'espérer qu'un jour, la Julie traite du dossier de la Caravane passe. Il y a une information qui n'a pas encore été publiée dans un journal: le projet ne verra pas le jour. Ca aurait au moins le mérite de donner l'impression que le traitement des sujets est moins partial.

Grégoire Barbey

 

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04/03/2015

Sommaruga: l'absence sans gravité

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L'absence de la présidente de la Confédération, Simonetta Sommaruga, au Geneva Motor Show suscite l'indignation d'une partie des élus genevois. Existe-t-il une obligation protocolaire de s'y rendre? C'est une tempête dans un verre d'eau. L'ego genevois prend quand même des proportions invraisemblables. Certes, l'événement a une portée internationale. Les médias du monde entier sont présents. Et des grands dirigeants d'entreprise également. Mais combien de chefs d'Etat étrangers ayant besoin d'être accueillis par la présidente de la Confédération?

L'absence de Simonetta Sommaruga est sans doute regrettable. Mais pas au point de s'en indigner. Celle de Christian Ferrazino en 2004, alors maire de la Ville de Genève, était beaucoup plus grave. Il n'est pas non plus très logique que des Genevois donnent des leçons de représentation à la Confédération. Le canton n'est pas parmi les plus actifs en la matière. C'est évidemment flatteur de compter parmi ses invités la présidente de la Confédération, surtout à Genève. De là à en faire une polémique, c'est quand même un peu culotté. Avant d'attendre des gestes du Conseil fédéral, Genève pourrait soigner ses relations avec Berne. Ce serait déjà un bon début.

Quant à Simonetta Sommaruga, elle a sûrement mieux à faire que de se pavaner à Palexpo. Même si c'est dur à avaler pour l'ego de certains.

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24/02/2015

MCG: n'ayons pas peur des mots

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«On ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment», écrivit un jour le Cardinal de Retz. Une phrase souvent attribuée à tort à l’ancien président socialiste de la République française François Mitterrand. Il faut dire qu’elle lui convenait bien. C’est aussi le credo du Mouvement citoyen genevois (MCG) qui use et abuse de l’ambiguïté dans sa communication politique. Le parti n’hésite pas à employer des méthodes franchement discutables pour choquer l’opinion et s’attirer la sympathie de l’électorat qu’il convoite. Sur le plan du marketing, il faudrait reconnaître à Eric Stauffer un certain talent alors qu’il n’a fait qu’actualiser des stratégies usées mises au point en d’autres temps ciblant une certaine frange de la population. Le but  recherché, c’est toucher aux tripes, plutôt que de parler au cœur ou à la  tête de ses potentiels électeurs, et pour cela le MCG provoque et surtout flirte avec les limites de la législation et de la décence. En clair, son message n’a pas vocation à émettre une vérité démontrable. Il a pour but de créer un climat, de l’autoalimenter pour se présenter comme la seule alternative crédible à la situation dénoncée. C’est ce que le parti fait depuis dix ans avec les frontaliers, son fonds de commerce, le fonds de commerce de boutiquiers de la politique.

 

Certes, les membres du parti ont toujours des exemples particuliers à prétention de vérité générale. On a tous quelqu’un dans son entourage qui connaît quelqu’un qui lorgnait sur un poste finalement attribué à un frontalier. Si quelques employeurs n’ont aucun scrupule et se comportent de façon franchement indécente, c’est qu’il y a bien un problème avec cette catégorie de travailleurs, affirme le MCG pour démontrer son argumentaire. Le discours n’est pas plus compliqué, et force est de constater que cela fonctionne. Principe de la victime expiatoire. Le public cible du MCG ne veut pas savoir si les frontaliers font partie du problème et à quel degré ils sont responsables des difficultés à trouver un emploi à Genève. Ils ne veulent pas de débat à ce sujet. En personnifiant et en identifiant la prétendue cause de leurs problèmes sociaux, les électeurs du MCG pensent que le MCG leur donnera la solution à leur mal-être. La force du MCG est de ne proposer qu’une seule chose (et Eric Stauffer l’a admis dans un article du Temps), régler le problème de l’invasion des frontaliers, c’est à dire mettre les frontaliers dehors, comme l’affiche dont il est très fier le proclame à Onex. La boucle est bouclée. Ceux qu’ils pointent du doigt sont aussi ceux qui peuvent servir malgré eux à inverser la tendance et rendre aux Genevois les emplois qui seraient les leurs, parce que des centaines de sociétés étrangères ont choisi de les créer à Genève et pas ailleurs. Basé sur de fausses prémisses, ce discours est cohérent mais nécessite le recours à la surenchère permanente.

 

Là où le bât blesse, c’est lorsque le discours devient franchement ordurier. Lorsque la communication flirte délibérément avec des références historiques de mauvaise mémoire. La dernière trouvaille du MCG, ce sont ces affiches à Onex (voir photo ci-dessus) qui proclament faussement qu’il s’agit d’une commune «zéro frontalier». Un gage de pédigrée. D’ailleurs Eric Stauffer reconnaît qu’il y a bien un titulaire de permis G au sein de l’administration, mais il s’en fiche: le but c’est que le message atteigne sa cible, qu’importe s’il prend des libertés avec la vérité. Pareil lorsqu’il est question de l’initiative qu’Eric Stauffer promet de déposer pour introduire des autocollants labélisant un commerce. Cela permettra aux commerçants d’annoncer à leur clientèle la proportion de frontaliers travaillant pour eux. L’idée pas nouvelle a déjà été appliquée dans la commune de Claro au Tessin. On comprend assez rapidement les dérapages qu’une telle communication peut engendrer. On sait bien à Genève qu’il y a aujourd’hui un climat délétère à l’égard des frontaliers. Jusqu’au jour où l’un des admirateurs du MCG perde son sang-froid et s’en prenne physiquement à un frontalier. Il sera trop tard pour dénoncer l’ambiguïté et la dangerosité du message populiste. Le mal sera fait. Et les responsables n’auront aucune sorte de responsabilité pénale. Ce ne sera qu’un désaxé et bien sûr le parti ne pourra pas être accusé d’avoir favorisé son passage à l’acte.

 

C’est un double discours dangereux dont il faut se méfier. N’ayons pas peur des mots. Le principe de coller des autocollants informant la clientèle du pourcentage de frontaliers travaillant dans une entreprise ressemble à s’y méprendre aux «Judenfrei» et autres «commerces aryens» de l’Allemagne des années 1930. Les Juifs étaient accusés à l’époque de prendre le travail des bons Allemands. Entre autres maux fantasmagoriques. Oui, le parallèle choque. Mais comme l’écrivit Talleyrand: «Si cela va sans dire, cela ira encore mieux en le disant». C’est toute l’ambiguïté du MCG. Le parti joue d’une communication aux relents d’une époque que nous savons toutes et tous terrible. Une période de l’histoire humaine qui fait froid dans le dos. Pourtant les codes utilisés par cette communication ont d’indéniables effets sur les émotions des citoyens. Le MCG condamnera toujours celles et ceux qui auront l’outrecuidance de décrire en mots simples sa communication de manipulation des émotions. S’il venait à ne pas le faire, il donnerait un mauvais signal à son électorat, qui se désolidariserait assez rapidement du message, réalisant ainsi que la limite a été franchie (car les électeurs du MCG aimerait croire de bonne foi que le message véhiculé par le mouvement n’est pas comparable à la propagande d’anciens partis populistes). C’est en cela que si le MCG sortait de l’ambiguïté, il perdrait de son pouvoir. Et sans doute ses propres membres ne réalisent pas vraiment qu’ils flirtent avec cette communication. Tout cela relève du domaine de l’inconscient. Le MCG cherche un résultat (le pouvoir) et il a trouvé le moyen d’y parvenir (en ciblant un électorat avec une communication sur mesure).

 

Tant qu’il pourra repousser les limites de la décence dans le message qu’il véhicule, le MCG ne s’arrêtera pas. Tel un enfant infernal testant la résistance de ses proches, le parti va toujours plus loin. Se rêvant maître de sa destinée, Eric Stauffer est en réalité dépendant d’un jeu malsain: il ne peut pas continuer de progresser politiquement s’il cesse de surenchérir. Et il en est malheureusement conscient. C’est là qu’entrent en jeu les autres partis, et même tous ceux qui pensent que le message véhiculé par le MCG devient de plus en plus dangereux. Seules ces personnes ont le pouvoir de mettre une limite claire à cette avalanche de slogans nauséabonds. Le MCG a toujours menacé celles et ceux qui disent de lui que c’est un parti à la communication fasciste de poursuites judiciaires. Est-il passé de la parole aux actes? Pas à ma connaissance. Sans doute les caciques du MCG craignent-ils qu’en permettant à la justice de se déterminer sur la légalité de tels qualificatifs à l’égard du parti, la décision puisse leur échapper et leur coûter le confort de l’ambiguïté.

 

Le MCG peut se lâcher à tous les niveaux (et il ne se gêne pas de le faire, comme en témoigne encore le douteux parallèle qu’a fait Eric Stauffer entre une publicité pour des prostituées et des députées d’un autre groupe politique…). Pourquoi donc celles et ceux qui combattent le discours de ce parti ne pourraient pas dire ce qu’ils pensent de son message à haute voix? Il ne faut surtout pas hésiter. Et personnellement, je ne vais pas me gêner de le faire: la communication politique du MCG flirte vraiment avec les méthodes employées par la propagande nazie. Ce qui ne signifie pas que les membres du MCG sont des nazis. Non. Cela signifie seulement que cette communication a un objectif non avoué: identifier et personnaliser un problème pour en proposer une solution toute simple: chasser la cause de ces troubles hors des frontières genevoises. Et c’est ce message qu’il faut combattre. Il n’y a pas de nazis ou de fascistes au MCG. Il y a juste des individus qui emploient des méthodes dangereuses, des méthodes employées par des partis fascistes et nazis, qu’on disait populistes. Des méthodes dangereuses qui détruiront la cohésion sociale, et qu’il convient de  dénoncer. Georges Clemenceau disait que «Toute tolérance devient à la longue un droit acquis», dans le cas qui nous occupe le temps de la tolérance est terminé et les républicains doivent le faire savoir.

Grégoire Barbey

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16/02/2015

Police: intérêts particuliers ou intérêt public?

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La guerre qui fait rage à Genève à propos de la nouvelle Loi sur la police (LPol) peut difficilement passer inaperçue. L’UDC, le MCG et Ensemble à Gauche appellent à refuser le texte. Fait rare depuis la nouvelle législature, socialistes, verts, libéraux-radicaux et démocrates-chrétiens sont sur la même ligne et combattent ensemble les arguments du camp adverse. On aimerait bien voir un tel rapport de force au sein du Parlement. Ce serait une manière intelligente de minoriser le MCG et lui retirer son rôle d’arbitre. Mais ce n’est pas le propos. La votation sur la LPol illustre bien le malaise qui règne à Genève. Toute réforme fait nécessairement l’objet d’une vaste contestation qui en règle générale se termine dans les urnes.

Ici, on veut moderniser une législation vieille de plus de cinquante ans. La mouture soumise au peuple est sans doute imparfaite – les lois votées par le Parlement le sont de plus en plus souvent. Des deux côtés, il y a des arguments fallacieux. Tout comme il y a une profonde mauvaise foi. La bataille est si particulière qu’on ne sait plus très bien si on vote sur la LPol ou pour ou contre la police, pour ou contre Pierre Maudet, pour ou contre la coalition MCG-UDC-Ensemble à Gauche. Il semble même que les élus qui militent ne le savent plus non plus. Le policier (et député) Thierry Cerutti m’a envoyé un message WhatsApp dans lequel il m’invitait à refuser la LPol «au nom du comité du non à la police». Un lapsus dont on se demande s’il n’est pas révélateur de la confusion générale. Relevons quand même l’incongruité de la démarche. Thierry Cerutti est-il d’abord policier (et donc soumis à un devoir de réserve) ou député, et donc autorité de tutelle… de son propre patron Pierre Maudet? Là aussi, dans ce vaste et violent débat, on ne sait plus trop où sont les repères élémentaires d’une juste séparation des pouvoirs.

Du côté des partis favorables à la LPol, on fait campagne tambour battant, affichant fièrement la photo d’un ancien commandant de la gendarmerie qui a la particularité de faire une tête d’enterrement… Est-ce donc là le sentiment que suscitent les nécessaires réformes que Genève doit mener pour s’adapter à son époque? Nous n’irons quand même pas jusqu’à voir dans cette photographie maladroite un acte manqué. Evidemment, lorsque Pierre Maudet exige de la retenue de la part de ses troupes, certains de ses subordonnés s’en indignent et dénoncent une tentative de soumission. Ce qui crée immédiatement l’émoi. Une stratégie de communication anti-LPol fort bien relayée par mon confrère Pascal Décaillet. Lui si habile à dénoncer les accointances entre la Tribune de Genève et les magistrats libéraux-radicaux (comme le coq chante quotidiennement l’évident lever du soleil) fait continuellement le jeu du MCG. A aucun moment, il ne s’interroge sur la promiscuité entre le MCG et la police. C’est pourtant un véritable fait de société qu’il convient d’analyser à la mesure des interrogations qu’une telle proximité peut soulever. Quand un parti, dont un bon quart de la députation est composée de policiers (et anciens policiers), se fait le chantre de la défense de la force légitime de l’Etat, il serait difficile de ne pas s’inquiéter.

Si l’on rajoute à tout cela le puissant syndicat dirigé par Christian Antonietti, on peut se demander si l’Etat (et plus prosaïquement le gouvernement) est en mesure de lutter contre une corporation aussi bien organisée. Qu’importe le résultat du 8 mars, il serait judicieux que les responsables politiques se posent les bonnes questions et en tirent rapidement des conséquences. Certes, l’opération aurait sans doute un coût en termes purement électoralistes. Mais après tout, si c’est le bien commun qui prime, il y a des responsabilités dont on ne peut s’affranchir.

Grégoire Barbey

 

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02/02/2015

Loi sur la police: les opposants et le néant

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Les Genevois voteront le 8 mars pour accepter ou refuser la nouvelle Loi sur la police (Lpol) adoptée l'an dernier par le Grand Conseil. Le débat, bien que nécessaire, tourne un peu à la farce. Le MCG (à l'origine du référendum) et l'UDC appellent à refuser cette modernisation de la législation avec un argument massue: rien n'est explicitement inscrit dans la loi quant à la nationalité des policiers. En conséquence, des frontaliers français ou des étrangers pourraient exercer! Le Conseil d’État, bien décidé à ne pas faire capoter la mise en œuvre d'une réforme nécessaire, a pris les devants en inscrivant dans un règlement la nécessité d'être au bénéfice de la nationalité suisse pour travailler dans la police. Comble de la mauvaise foi, l'UDC et le MCG n'ont nullement été satisfaits du volontarisme du gouvernement. Ah, c'est pas dans la loi, c'est un règlement, ça se change facilement! Or c'est faux, justement. Le règlement est une spécificité genevoise qui équivaut à une loi d'application (sur le plan de la Confédération, ça s'appelle une ordonnance fédérale).

En résumé, un règlement ça ne change pas comme ça. Le gouvernement conserve la possibilité de le faire mais en pratique, toute modification passerait sans doute devant le Grand Conseil (ou serait contestée par référendum). Reste que même si ce règlement n'avait pas été instauré, il n'aurait pas été possible d'engager des policiers étrangers ou frontaliers. Parce qu'il aurait fallu une base légale qui le permette. Ce point d'accroche stérile révèle en réalité l'absence d'arguments des partis qui s'opposent à cette nouvelle loi. Cette dernière inscrit la nécessité d'une police de proximité. La sécurité, pour être efficace et surtout réelle, doit être proche des citoyens. Mieux vaut sans doute une police accessible. Mais le MCG et l'UDC rappellent que les policiers eux-mêmes sont contre cette législation, et ils le seraient même majoritairement! L'un des arguments avancés (et ils sont rares), c'est le fait de ne plus augmenter de classe automatiquement. Fantastique! Depuis quand la progression hiérarchique est un acquis, voire un dû?

En vérité, ce que défendent l'UDC et le MCG, c'est une police au service de la police plus que des citoyens. A tel point qu'on ne peut plus moderniser une loi datant de 1957 (où internet n'existait même pas encore!). Est-il interdit de débattre de la situation des policiers? De remettre en question certains de leurs avantages? La police exerce un métier difficile, certes. Et nous les en remercions. Ils ont d'ailleurs des salaires à la hauteur des risques qu'ils prennent. D'autres professions sont risquées, différemment sans doute, mais risquées quand même. Et pourtant, celles et ceux qui l'exercent ne bénéficient pas nécessairement de compensations proportionnelles à celles perçues par les policiers. C'est un fait. Pourquoi une infirmière travaillant dans un hôpital public n'a pas son assurance maladie payée alors qu'elle prend quotidiennement le risque d'être contaminée par les patients dont elle a la charge?

Il n'est pas question de dire que les policiers sont des enfants gâtés. Non. Il s'agit par contre d'affirmer que le débat doit avoir lieu. Il est hors de question de laisser s'installer à Genève un Etat dans l’Etat. Même si c'est parfois l'impression qu'on a vu l'arrogance de certains élus-policiers. Car oui, non content d'être des serviteurs de l’Etat – et une fois encore nous les remercions d'assumer ce rôle –, ils veulent édicter les lois. Particulièrement celles qui les concernent. Quel drôle d'effet ça doit faire à Pierre Maudet, chef du Département de la sécurité, de devoir s'expliquer dans la commission idoine devant ses propres employés! Un mélange des genres des plus malsains. A la fois employés et contre-pouvoir du gouvernement employeur. Aujourd'hui, il est pratiquement impossible de remettre cet état de fait en question. Et pourtant, c'est nécessaire. On peut tout à fait envisager, moyennant une compensation salariale, de leur interdire l'accès au Parlement. Serviteur de l’Etat ou législateur, il faut choisir.

La nouvelle Loi sur la police est sans doute imparfaite. Comme le sont la plupart des lois. Mais s'il y a bien quelque chose qu'on ne peut pas lui reprocher, c'est de précariser la situation des policiers. Refuser une modernisation nécessaire pour une simple question de nationalité dans la loi ou dans le règlement, c'est franchement léger. Même pour l'UDC et le MCG. Bien qu'on comprenne que cette opposition reflète la position de leur clientèle. Et c'est bien là tout le problème. Il y a des sujets où les intérêts particuliers doivent rejoindre ceux de la majorité. Sur la question de la réorganisation de la police, il me semble que ça soit tout indiqué.

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04/01/2015

Le rapport de Standard & Poor's en bref

Il y a plusieurs éléments intéressants à relever dans le rapport complémentaire de Standard & Poor's publié vendredi:
– L'agence de notation est légèrement plus pessimiste que le Conseil d'Etat. Pas de beaucoup, mais vu le niveau d'endettement prévu à la fin de l'année 2015 (13,2 milliards, la première étape du frein au déficit s'active à 13,3 milliards), il suffit d'un détail exogène pour que la stratégie du Conseil d'Etat tombe à l'eau et que les investissements jugés non prioritaires soient évincés des débats parlementaires;
– Les sociétés de négoce s'acquittent à elles-seules de 22,5% des recettes totales issues de l'imposition sur le bénéfice et le capital et représentent 3,5% du produit intérieur brut. C'est un secteur soumis à forte pression internationale et conjoncturelle. Le départ d'une ou deux de ces grandes sociétés pourrait avoir des effets inattendus sur les recettes fiscales de l'Etat;
– En cas de retournement conjoncturel, la marge de manœuvre budgétaire serait très faible. Les dépenses de fonctionnement représentent 86% des dépenses totales;
– Les engagements non financés de l'Etat à l'égard des caisses de pension publiques cantonales représentent 105% des recettes de fonctionnement, soit plus d'une année de budget;
– La dette consolidée devrait avoisiner 170% des recettes de fonctionnement d'ici fin 2016 (152% à fin 2013). C'est un niveau très élevé en comparaison internationale;
Les besoins en fonds de roulement semblent croître, ce qui n'est pas forcément bon signe et peut témoigner d'un problème dans la maîtrise des finances;
– Le Groupe de perspectives économiques a revu ses prévisions de croissance à la baisse pour le canton. Le plan financier quadriennal du Conseil d'Etat, publié le 5 novembre, n'intègre pas cette variable et se montre plus optimiste, anticipant même une hausse mécanique des recettes fiscales. Une croissance plus faible du produit intérieur brut pourrait avoir l'effet inverse.

Ce que je peux rajouter:
– La réforme de la répartition des tâches entre l'Etat et les communes doit être à coût neutre, selon l'engagement pris par le Conseil d'Etat. Il n'y aura donc a priori pas de possibilité de faire participer davantage les communes riches et ainsi alléger un peu les responsabilités cantonales;
– La situation politique au niveau du Parlement est instable. Les majorités sont fluctuantes et les ministres devront redoubler d'énergie, d'inventivité et de conciliation pour imposer leurs vues. Dans le cas contraire, les espoirs sur lesquels ils fondent leur stratégie de maîtrise de finances cantonales pourraient rapidement s'écrouler;
– L'exercice auquel se sont prêtés les députés de l'UDC, du MCG et du PLR pour obtenir sur le papier un budget équilibré démontre qu'il n'y aura pas d'économies réalistes en l'absence de réformes structurelles cruciales (ce qui revient notamment à revoir la répartition des tâches entre canton et communes, ce qui trahirait les propos du gouvernement);
– La réforme de la fiscalité des entreprises devrait impacter les recettes fiscales à l'horizon 2019 environ, si baisse du taux ordinaire il y a (la Confédération envisage toujours de ne les baisser que dix ans après l'abolition des statuts spéciaux grâce au mécanisme de réévaluation des réserves latentes, mécanisme contesté par la coalition Vaud-Genève).
– De nombreux investissements sont nécessaires, ne serait-ce qu'en matière d'entretien/rénovation du bâti.
– Etc. etc.

Bref, je souhaite une bonne année 2015 à Serge Dal Busco et à ses six collègues du Conseil d'Etat. Car ça ne va pas être une partie de plaisir.

 

Grégoire Barbey

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22/12/2014

Môssieur le président du gouvernement

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Genève, c’est la France. Qui n’a jamais entendu cette sentence de la bouche d’un confédéré? Les Vaudois s’en donnent souvent à cœur joie à ce propos. Les supporters du FC Lausanne s’amusent d’ailleurs à chanter «Frontaliers, frontaliers» lorsque leur club rencontre le FC Servette. Une comparaison hâtive si l’on se réfère aux tensions entre les Genevois et les frontaliers français. Pourtant, la culture genevoise a de nombreuses similitudes avec celle de la France. Sur le plan politique à tout le moins. La Tribune de Genève s’interroge aujourd’hui sur l’utilité du Département présidentiel dirigé par le très Radical François Longchamp. L’auteur de l’article, le journaliste Eric Budry, rappelle avec raison que dans le canton de Vaud, qui connaît aussi une présidence durable s’étendant sur toute une législature, le président du Conseil d’Etat gère en parallèle l’une des politiques publiques majeures. Ce n’est pas le cas de François Longchamp, dont on peine à bien comprendre les prérogatives et surtout l’utilité d’un demi-département que l’on pourrait qualifier non sans ironie de super-chancellerie.

 

La Constitution n’a pas clarifié si le titulaire de la fonction de président devait s’occuper ou non d’un département «historique» (comme le qualifie Eric Budry). Le Conseil d’Etat a donc créé un Département présidentiel, sans pour autant éclairer la population sur son utilité et surtout s’il répond vraiment à un besoin politique prépondérant. Il y a, dans cette appellation, quelque chose qui fleure bon la IIIe République. Il suffit de tendre l’oreille dans les travées pour entendre de nombreux commentaires sur le présumé ennui ressenti par François Longchamp. La Tribune de Genève en parle aussi. Est-il avéré? Impossible à dire. Mais il rappelle cet enfermement qu’ont ressenti bon nombre de présidents français sous la IIIe République. Car en France, après l’échec cuisant de la IIe République qui a permis à Louis-Napoléon Bonaparte de devenir empereur, on a voulu limiter le pouvoir du chef de l’Etat. On accorda au président un rôle surtout représentatif en pratique, et davantage de pouvoir au président du Conseil. A Genève, on est tenté de tirer un parallèle avec le système institutionnel de la IIIe République. A la différence qu’il semble que ça soit François Longchamp lui-même qui se soit donné ce rôle.

 

On relèvera non sans humour le titre du communiqué du Parti libéral-radical après que le gouvernement ait annoncé la répartition des départements l’an dernier: «Félicitations à François Longchamp, nouveau président de la République et canton de Genève» (voir capture d'écran ci-dessus). Le parti confondait président du Conseil d’Etat et président de la République, deux rôles strictement différents. A Genève, le premier citoyen est le président du Grand Conseil. Une confusion qui se révèle, une année après l’entrée en fonction du nouveau gouvernement, également dans la pratique. Si François Longchamp a pu bénéficier d’une série de crises pour se mettre en lumière et se donner le rôle du pacificateur ainsi que celui de leader incontestable, il n’est pas sûr qu’il soit aussi visible par temps calme. La faute à un département dont on ne peut pas dire qu’il brille par sa lisibilité politique. Monsieur le président du Conseil d’Etat a encore quelques années pour démontrer que sa super-chancellerie est bel et bien utile à la République. Dans le cas contraire, il sera peut-être judicieux de réintégrer au moins une politique publique majeure dans le département dirigé par le président. Ce serait dommage que les prochains titulaires de la fonction s’ennuient aussi. Peut-être pourra-t-on lire en 2018 après les élections cantonales dans le journal local ces quelques mots paraphrasant l'excellent Winston Churchill: «Une voiture vide s'arrêta au 2, rue de l'Hôtel-de-Ville. François Longchamp en sortit».

 

Grégoire Barbey

 

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07/12/2014

Gouvernement: la collégialité, c'est du passé

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Luc Barthassat. Le ministre des Transports est marginalisé par ses collègues.
La campagne pour les prochaines élections cantonales a déjà commencé.

 

La collégialité au Conseil d’État est un lointain souvenir. L'entretien qu'a accordé le super-chancelier François Longchamp au Matin Dimanche le démontre. «Je n'ai jamais accepté de dire (…) à une radio la musique que j'écoutais», affirme-t-il. Pour la petite histoire, son collègue Luc Barthassat s'est prêté au jeu dans l'émission MP3 de la RTS en 2012. François Longchamp estime que le drame de la politique aujourd'hui, c'est «l'absence de limite entre la fonction et la peopolisation». Pour masquer ses cartes, le chef du Département présidentiel exemplifie ses propos en parlant d'un ancien président de l'Assemblée nationale en France qui s'est prêté au jeu d'une émission de télé-réalité. Difficile pourtant de ne pas y voir non plus une attaque envers son collègue Barthassat, omniprésent dans la presse et sur les réseaux sociaux. Le super-chancelier ne s'arrête pas là et affirme que les gens n'attendent pas du gouvernement des crises de nerfs. Allusion à l'intervention de Luc Barthassat jeudi soir au Grand Conseil, lorsqu'il a répondu aux propos du rapporteur de majorité sur le contrat de prestations des Transports publics genevois (TPG), Eric Stauffer? Sans doute.

Des propos qui restent malgré tout destinés à un public restreint, à savoir le petit microcosme politique genevois. Cet entretien n'est finalement que la pointe de l'iceberg. Dans toute la gestion du conflit social des TPG, François Longchamp a tenté de marginaliser son collègue en charge des Transports. En se mettant du côté d'une syndicaliste, il a demandé à Luc Barthassat de se tenir en retrait des négociations. Ce qu'il se garde bien d'avouer dans la presse. Cet épisode est on ne peut plus édifiant et mérite une analyse circonstanciée.

La grève du 19 novembre a surpris le gouvernement. Celui-ci a laissé Luc Barthassat s'exprimer dans la presse, sans lui témoigner un quelconque soutien. Pierre Maudet, avec son sens politique très aiguisé, a permis à son collègue des Transports d'annoncer que la police pourrait intervenir auprès des grévistes si des débordements devaient se produire. Mais le ministre de la Police n'a bien sûr jamais confirmé cet accord. Au contraire, le gouvernement a laissé Luc Barthassat annoncer ce qu'ils ont convenu, pour ensuite le recadrer à demi-mots. Pourquoi? La réponse est assez simple: les ministres préparent déjà la succession de 2018. C'est de la basse politique, mais c'est assez habituel. Il doit y avoir un maillon faible dans le gouvernement, un siège doit être menacé. Les libéraux-radicaux aimeraient bien récupérer le troisième siège qu'ils ont perdu l'an dernier. Il y a un démocrate-chrétien de trop, et c'est évidemment Luc Barthassat, puisque Serge Dal Busco est fait du même moule que ses deux collègues radicaux.

Il faut dire que Luc Barthassat n'est pas très facile à vivre. Il ne se laisse pas faire, il gueule et il le fait savoir. Omniprésent dans la presse et sur les réseaux sociaux, le ministre agrarien est populaire. Le problème, c'est qu'il ne se laisse pas facilement maîtriser. Et ça agace profondément ses collègues. Pour la petite histoire, lorsque le ministre des Transports s'est exprimé jeudi soir au Grand Conseil, s'énervant contre Eric Stauffer, Mauro Poggia, Antonio Hodgers et François Longchamp se sont réunis devant la tribune de l'Exécutif. L'image était cinglante. D'un côté, trois ministres, debout, qui parlent vraisemblablement de la prestation de leur collègue qui lui est seul et assis. On ne fait pas mieux en termes d'image. C'est puissant et ça en dit beaucoup.

Bref, le conflit social aux TPG était un excellent prétexte pour que les hostilités sortent au grand jour (car elles ont commencé bien avant). Une fois encore, c'est le responsable des Transports qui va morfler (la précédente législature, c'était la Verte Michèle Künzler). Un département compliqué, et surtout surexposé au sein de la population. La cible est toute trouvée. Pour terminer, on envoie le chien fou Eric Stauffer régler son compte à Barthassat. Une première fois en tant que rapporteur de majorité. Une deuxième dans un débat dans l'émission Forum de la RTS contre le président du PDC genevois Sébastien Desfayes. Eric Stauffer croit-il qu'on ne l'a pas vu discuter, à plusieurs reprises, avec François Longchamp ces derniers jours? La ficelle est un peu grosse. Toutefois, il faut un bouc émissaire, et force est de constater que le gouvernement s'est mis en ordre de marche pour marginaliser l'un de ses membres. Mais ça reste un jeu dangereux, Luc Barthassat est sanguin et lui tendre des pièges pourrait l'énerver. Les règlements de compte que l'on souhaiterait discrets pourraient rapidement émerger sur la place publique.

 

Grégoire Barbey


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20/11/2014

Des jeunes réinventent la lutte des classes

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Des jeunes libéraux-radicaux ont envoyé au procureur général une dénonciation pénale des grévistes «ayant empêché les non grévistes de travailler» mercredi lors du mouvement syndical des collaborateurs des Transports publics. Les délateurs se défendent de le faire à titre privé (tellement privé qu'ils sont tous du même parti et que l'information est directement sortie dans la presse). L'objet de leur courroux? Des citoyens ont été empêchés d'accès aux transports publics parce que des grévistes ont fait pression sur des chauffeurs pour qu'ils ne puissent pas travailler. Selon eux, les photos publiées dans la presse suffisent à étayer leurs propos. J'ai regardé avec attention ces photos et je ne vois aucun collaborateur des TPG s'en prendre à des grévistes. Visiblement, aucune altercation n'a eu lieu. Si des chauffeurs ont abandonné l'idée de travailler, c'est uniquement de leur fait, car s'ils avaient voulu s'opposer à leurs collègues, vu la couverture presse déployée pour l'événement, ils auraient pu le faire savoir. Et comment.


Bien sûr, je ne veux pas défendre les grévistes. J'ai moi-même ironisé sur l'ampleur de la situation. Ce qui m'interpelle dans l'action concertée de ces quelques jeunes libéraux-radicaux, c'est l'absence de recul. Cette dénonciation, qui n'aura probablement aucun suivi pour d'évidentes raisons politiques, donne l'opportunité aux grévistes et aux syndicats qui les défendent de se positionner en victime. De plus, les auteurs semblent totalement minimiser le poids de la symbolique qui se cache derrière leur démarche. Ambiance lutte des classes. Des jeunes de droite qui dénoncent des grévistes, pour des motifs justes ou pas, la question n'est pas là, c'est tout un panel d'images qui nous vient en tête. La gauche et ses satellites n'en demandaient pas tant. Le manque de recul paraît tellement évident qu'on se demande si des libéraux-radicaux n'ont pas agi dans l'ombre pour lancer ces jeunes à la dérive. Vu le communiqué du PLR publié lors de la journée de grève, qualifiant cette action syndicale d'anti-démocratique, on s'avancerait assez peu en s'imaginant que ces jeunes, pleins de bonne volonté, ont été manipulés. Mais ce ne sont que des suppositions.


Quand on fait de la politique, il faut peser les avantages et les inconvénients potentiels de ses actes. L'action aurait peut-être eu du sens si elle n'avait pas été directement communiquée à la presse. On aurait pu se bercer d'illusion quelques instants et se dire que la démarche était désintéressée, sans objectif politique. Une manière de faire parler de soi qui pourrait avoir des conséquences plus fâcheuses pour ces personnes, et sur la durée. Ont-ils vraiment réfléchi avant d'agir? La dénonciation intervient moins de 24 heures après les faits. On est tenté de se dire que non, il n'y a eu aucune réflexion sur l'utilité de cette action.


Et c'est bien dommage, car ça donne des jeunes une image d'impulsifs. Au fond, on ne s'étonnera pas si une fois encore, pour les élections fédérales, les jeunes libéraux-radicaux ne seront rien de plus que des faire-valoir visant à asseoir la sagesse des anciens du parti. Bien joué, les d'jeuns!

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02/10/2014

Taxis: l'arrogance typique du cartel

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Les taxis genevois s’opposent à l’arrivée de la société Uber en Suisse et le font savoir. Cette entreprise californienne propose des chauffeurs particuliers à prix bas (Uber X). Dans certains pays, et notamment en France, ce service a été considéré comme illégal, parce qu’il exercerait une concurrence déloyale avec les taxis. En outre, le montage financier d’Uber a fait l’objet de nombreuses critiques, ainsi que la rémunération des chauffeurs, le stockage de données personnelles sur l’application dédiée. Si l’entreprise ne fait pas l’unanimité, son arrivée en Suisse (et en France, avec au final une décision rendant Uber X illégal sur le territoire) permet de constater qu’il existe encore aujourd’hui des secteurs d’activités fortement protégés par l’Etat. Les taxis ont-ils droit à un statut particulier? Est-ce un marché subventionné par les pouvoirs publics? Toute concurrence est-elle déloyale a priori? Quand on voit l’incroyable mobilisation des chauffeurs de taxi contre la nouvelle loi à Genève, on peut s’interroger sur la puissance de ce secteur. Un véritable lobby. Ce qui en soit n’est pas dérangeant. Là où le bât blesse, c’est quand un secteur d’activité se montre réfractaire à toute évolution, et que l’Etat s’en mêle en le protégeant d’une concurrence qui sera automatiquement jugée déloyale.

Selon l’avocat et député PDC Vincent Maitre, certains taxis auraient à l’égard des chauffeurs d’Uber une attitude peu acceptable (menaces, injures, pressions etc.). Si cela se vérifiait, que doit-on penser d’un tel comportement? Les taxis sont-ils les rois du transport particulier dans la République? Et pense-t-on aux clients, qui peut-être trouveront Uber plus adapté à leurs besoins? La concurrence semble exister que lorsqu’on y trouve un avantage personnel. Dans le cas contraire, l’Etat crée des secteurs monopolistiques, où la concurrence est très restreinte et inscrite dans la loi. Si les clients veulent autre chose, tant pis pour eux. Les taxis font aujourd’hui figure d’atelier protégé, comme s’ils avaient une utilité essentielle dans le quotidien des gens. Certes, il nous arrive à tous de prendre une fois un taxi, et il existe de nombreuses raisons de le faire. Mais si une société a innové dans le secteur, proposant des services haut de gamme à des prix jamais vus, est-ce que cela n’a pas non plus une certaine utilité pour tout le monde? Si Uber viole la protection des données ou rémunère abusivement ses collaborateurs, la justice doit bien évidemment intervenir. Mais si ces raisons sont avancées pour justifier la protection d’un secteur d’activité en danger, dans une société libérale, ce n’est tout simplement pas acceptable.

Tous ceux qui ont pris un jour le taxi à Genève savent à quel point le service est cher. Et le trajet n’est pas toujours agréable. Je me rappelle d’une fois où, pour nous rendre dans un village mal desservi par les transports publics, une amie et moi-même avions décidé de prendre un taxi. Durant tout le trajet (environ vingt minutes), le chauffeur n’a pas arrêté de faire des remarques à mon amie, de celles qu’on qualifie généralement de déplacées, voire de carrément lourdes. Au final, le trajet a coûté plus de 50 francs. Tous les chauffeurs ne se comportent évidemment pas comme celui précédemment décrit. Mais c’est un exemple parmi d’autres qui pourrait justifier qu’un client décide de se rabattre sur les services d’Uber, moins onéreux. Quelle est la plus-value des taxis genevois, aujourd’hui? Si ce n’est qu’ils sont chers, pas toujours très agréable avec leurs clients, et surtout possèdent une puissance politique qui semble démesurée par rapport à leur véritable importance.

S’ils servent à bien des personnages âgées à mobilité réduite, d’autres entreprises proposant des services de chauffeur particulier peuvent aussi répondre à ce besoin. Et si ces entreprises ont trouvé la méthode pour réduire les prix, c’est évidemment mieux, surtout pour les clients. L’attitude arrogante des taxis genevois est tout-à-fait choquante. En aucun cas, les taxis ne doivent profiter d’une protection qui viole la concurrence et permet de jouir d’un marché qui gagnerait à s’ouvrir à d’autres prestataires de services. Ce que font les taxis, c’est simplement abuser de la démocratie pour maintenir une position dominante sur toute autre forme de concurrence. Et c’est très grave. Uber, qui a sûrement bien des défauts, a au moins le mérite de démontrer que même en Suisse, les corps intermédiaires ont encore un peu trop de pouvoir. Tout en bénéficiant d’un soutien politique discutable. Les taxis genevois peuvent bien se fâcher, vitupérer, s’exaspérer, hurler, menacer, pavoiser, et j’en passe. Ils n’exercent pas à ma connaissance une activité justifiant un soutien excessif de l’Etat. C’est au législateur de se faire une raison et de ne pas accorder un pouvoir démesuré à une profession qui se croit un peu trop au-dessus des autres.

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