Gregoire Barbey

24/02/2017

Médaille russe: le débat était légitime

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Le Parlement genevois a accordé au député Guy Mettan l’autorisation de porter la médaille de l’ordre de l’amitié qui lui a été décernée par la Russie. C’est le président Vladimir Poutine qui choisit lui-même les personnalités réputées dignes de recevoir la décoration. Il ne s’agit donc pas d’une simple formalité, mais bien d’un rituel qui peut suggérer qu’une telle décision n’intervient pas sans motif valable. Les députés, à une faible majorité, ont choisi de ne pas s’en formaliser, autorisant ainsi Guy Mettan à recevoir et porter la distinction émanant d’un Etat étranger. C’est la décision souveraine du Parlement. La discussion méritait pourtant d’avoir lieu.

Là où les députés s’avilissent, la République courbe l’échine. Guy Mettan a tout à fait le droit d’être un ami de la Russie, d’aimer ce pays, son histoire, sa culture, sa langue et tout ce qui la distingue. Il n’y a aucun reproche à lui faire sur ce point. Des questions se posent toutefois sur son rapport avec le gouvernement russe. Car si Guy Mettan se positionne en simple ami de la Russie, il n’en a pas moins écrit un ouvrage très dense pour dénoncer la «Russophobie» occidentale ambiante, et prend régulièrement des positions que l’on peut qualifier sans trop exagérer de complaisantes à l’égard de la politique gouvernementale russe.

N’écrivait-il pas sur son profil Facebook en décembre «Et voilà que la vérité commence enfin à sortir sur la corruption des médias établis dans leur couverture des événements en Syrie et en particulier à Alep», en partageant une vidéo intitulée «Une journaliste démonte en deux minutes la rhétoriques des médias principaux sur la Syrie»? D’abord, ladite vidéo a été mise sur internet par Russia Today France, bras armé francophone du média très proche du gouvernement Russia Today. Ensuite, la prestation de la soi-disant journaliste a rapidement été démontée par des faits: cette dame n’est pas journaliste et n’a pas effectué cette conférence sur invitation de l’Organisation des nations unies, comme cela semblait suggéré par le décor.

Que Guy Mettan se montre critique à l’égard des médias occidentaux ne pose aucun problème. C’est même souhaitable, d’autant plus en sa qualité de directeur du Club suisse de la presse. Mais qu’il le fasse en relayant sans distance les opérations de manipulation de l’opinion orchestrées par Russia Today laisse songeur. Je le répète, l’intéressé est tout à fait en droit d’aimer la Russie et de dénoncer les clichés cultivés à l’égard de ce pays en Occident. C’est une position respectable. Ce qui l’est moins, c’est de ne pas nourrir à l’égard du gouvernement russe la même distance critique qu’il pratique à l’endroit de l’Occident. Guy Mettan donne l’impression d’épouser purement et simplement les thèses défendues par Vladimir Poutine et son gouvernement. Une position confortée par son intervention dans l’émission Infrarouge consacrée à la Syrie.

L’obtention de cette médaille pouvait donc interpeller à raison certains députés. Et il est totalement légitime que le Parlement ait débattu de cette question, puisque la distinction a été décernée à l’un de ses membres et qu’elle émane d’un Etat étranger. Etat dont la politique intérieure peut soulever des interrogations, notamment sur le traitement réservé à la presse d’opposition. La majorité du Grand Conseil a décidé de balayer ces réserves et de donner à Guy Mettan la liberté d’accepter et d’arborer cette médaille russe de l’ordre de l’amitié. Le débat est donc clos.

Rappelons quand même à ceux qui ont vu dans cette discussion un excès de zèle du Parlement ces mots de Georges Clemenceau, adressés au Général Boulanger: «Ces cinq cents hommes qui sont ici, en vertu d'un mandat égal au vôtre, ne s'accordent pas sans discussion. Eh bien, puisqu'il faut le dire, ces discussions qui vous étonnent, c'est notre honneur à tous. Elles prouvent surtout notre ardeur à défendre les idées que nous croyons justes et fécondes. Ces discussions ont leurs inconvénients, le silence en a davantage». 

Grégoire Barbey

08:31 Publié dans Genève, Politique, Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (19) |  Facebook | | | |

23/02/2017

Régularisation de la bêtise immonde

La droite nationaliste n’a pas de mots assez durs pour qualifier la régularisation de 5000 personnes en situation d’illégalité à Genève, mesure autorisée par le Conseil fédéral après d’âpres négociations entre Genève et la Confédération pendant plusieurs années. Les thuriféraires de l’identité sacrée y vont de leurs remarques médiocres, agitant les bras tels des épouvantails déchiquetés par les corbeaux. Ici, le conseiller national Yves Nidegger (UDC/GE) se demande combien de déplacés occasionnera la régularisation de ces sans-papiers. Là, la conseillère nationale Céline Amaudruz (UDC/GE) écrit sur une fâcheuse plateforme facho toute la haine qu’elle pense des étrangers, forcément appelés à se multiplier en Suisse à cause de Pierre Maudet, qu’elle surnomme Pierre le débonnaire. Vains propos d’une pensée mise en bière. Rien de très surprenant de la part de ces gens dont le fonds de commerce politique demeure encore et toujours la stigmatisation de l’autre.

Cela ne prêterait même pas à réaction si les odieuses paroles de ces personnes à l’identité frustrée ne trouvaient pas un écho grandissant au sein de la population. La Confédération et Genève ont décidé d’accorder une existence légale à des gens qui vivent et travaillent ici depuis plusieurs années. Les intellectuels de la pensée isolationniste préfèrent quant à eux fermer les yeux sur ces situations, en appelant pour leur propre gloriole au respect de la loi, à des sanctions contre les entreprises qui engagent ces sans-papiers et à davantage de fermeté contre l’immigration massive. Certains n’hésitent pas à voir dans cette mesure les stigmates de la théorie saugrenue du Grand Remplacement. Comme si cette courageuse décision des autorités avait vocation à distribuer le passeport suisse au rabais, ce que suggère dans sa prose nauséabonde la conseillère nationale UDC Céline Amaudruz.

La xénophobie assumée de ces élus est véritablement navrante. Mais là où il y a de la carcasse, il y a des hyènes.

Grégoire Barbey

20:48 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (35) |  Facebook | | | |

13/02/2017

La loi, la révolte et le regard triste des enfants

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La RTS a diffusé dimanche 12 février dans son émission Mise au point un poignant reportage sur la famille Krasniqi, issue du Kosovo, qui vivait à Avully et était établie en Suisse depuis six ans, à la suite de son expulsion hors du pays en décembre dernier après le refus de sa demande d’asile. Je ne chercherai pas à pointer les responsabilités, mais il est difficile de regarder pareil reportage sans ressentir un profond sentiment d’injustice, de révolte, de colère. Cela pose d’évidentes questions humaines, particulièrement au regard des droits de l’enfant. Comment peut-on envisager qu’une brigade d’intervention d’une quinzaine de policiers puisse débarquer un beau matin dans une famille composée de trois enfants en bas âge afin de les placer dans un vol spécial à destination du pays duquel ces gens se sont enfuis? L’image est forcément bouleversante et révoltante.

On voit dans cette émission d’une quinzaine de minutes les camarades de classe des enfants Krasniqi qui s’interrogent sur les raisons de cette expulsion, sur la violence symbolique qu’elle représente. On voit surtout leurs visages qui laissent entrevoir tristesse et impuissance, colère et incompréhension. Et puis il y a les premiers concernés, les jeunes enfants Krasniqi, qui témoignent du sentiment d’injustice qui les envahit, eux qui sont désormais au Kosovo. L’école leur manque, disent-ils. Parce que là où ils sont, ils ne peuvent aller à l’école. Leurs parents ont peur, parce qu’ils sont issus de la minorité Rom, et qu’ils subissent donc une violente discrimination.

Tout cela montre les limites de l’application froide de la législation en matière d’asile. Parce qu’elle ne protège en rien la Suisse, dans ce cas particulier. Elle ne fait que créer des traumatismes, et briser le cœur d’enfants qui n’ont comme seule responsabilité celle d’être tout simplement là, au hasard d’une naissance qui leur a incombé de quitter leur pays. Cette situation est tout simplement inhumaine, indigne. On pense évidemment à entrer en résistance contre de pareilles décisions administratives. On regarde ce reportage, l’émotion des habitants d’Avully, des enfants, du maire de la commune. Et l’on se prend à espérer que tout cela ne peut être qu’une triste erreur. Que ces gens retourneront bientôt en Suisse, où leurs anciens voisins les y attendent, pour pouvoir mener une vie loin des tourments de la discrimination à laquelle ils sont confrontés dans leur pays d’origine.

Oui, ce reportage pose des questions fondamentales. Pourquoi les autorités n’ont pas tenté de s’interposer contre ce renvoi? Est-ce qu’il y avait un intérêt public majeur pour le bien-être de la Suisse au point de traumatiser des enfants? Combien de cas comme celui-là existent et demeurent tapis dans l’ombre? La loi c’est la loi. Mais parfois, son application laisse comme un goût amer… d’injustice. Espérons que le temps nous donnera des réponses et que cette histoire mobilisera suffisamment de personnes pour que de telles situations ne se reproduisent pas à l'avenir sans qu'il y ait une pesée d'intérêts réelle.

Grégoire Barbey

14:13 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook | | | |

12/02/2017

RIE 3: la mère de toutes les défaites

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«La mère de toutes les batailles.» C’est ainsi que le Conseil d’Etat genevois qualifiait la troisième réforme de l’imposition des entreprises (RIE 3). La défaite doit donc lui laisser un goût particulièrement amer en ce dimanche de scrutin. Les Genevois, et plus largement les Suisses, en ont décidé autrement. Il faut dire que la campagne fut rude. Partisans et opposants n’ont cessé de marteler leurs arguments sur un ton pour le moins menaçant. Pourtant, l’échec de la réforme devant le corps électoral ne constitue pas particulièrement une surprise. Ce qui aurait pu être qu’une simple formalité s’est transformé en un véritable cauchemar.

La réforme était-elle déséquilibrée? Peut-être. Mais le véritable déséquilibre s’est joué dans l’argumentation des forces en présence. Une fois de plus, politiciens et milieux économiques n’ont pas su s’extraire des habituelles litanies ressorties à chaque votation à caractère économique. A coup d’arrogantes menaces aux relents de fin du monde, les partisans n’ont pas défendu le projet qu’ils soutenaient: ils l’ont sanctifié, élevé au rang d’Ecriture sainte, et n’ont eu de cesse d’affirmer qu’un refus impliquerait forcément des conséquences dramatiques pour la place économique suisse. Les partisans n’ont pas su adopter une posture de débat. Ils n’ont développé, pour la plupart, que des arguments d’autorité. La Suisse a besoin de cette réforme, la refuser serait prendre le risque de détruire des milliers d’emplois, d’inciter d’importantes entreprises internationales à délocaliser leurs activités.

Ce refrain, chanté la bouche en cœur depuis des décennies, ne fait plus recette. Au contraire, il a plutôt tendance à polariser le débat de façon excessive, conduisant partisans et opposants à ne pratiquer que la politique du slogan, au détriment du sujet de fond, bien plus complexe que ne le laissaient entendre les propos des belligérants. A aucun moment, les partisans de la réforme n’ont été capables de proposer une vision générale de la société associée à cette modification législative. Ils n’ont fait qu’aligner leurs pathétiques certitudes, pratiquant à l’échelle industrielle le chantage. Du pain béni pour les opposants, qui n’ont dès lors pas eu de problème à mobiliser et fédérer ceux qui n’en peuvent plus de ces chants du désespoir. Non, le corps électoral n’adopte pas aussi facilement le comportement du mouton. Il l’a prouvé, fièrement, en ce dimanche de votation.

Ragaillardie par son impression de toute puissance, la majorité de droite à l’Assemblée fédérale n’a pas su se départir de ses vieux démons. Préférant surcharger la réforme, en introduisant notamment la déduction des intérêts notionnels – sans s’être entretenue avec l’auteur de cet instrument de fiscalité agressive, lequel a fait connaître sa surprise de voir cet outil proposé en Suisse au micro du service public –, les partisans ont pêché par orgueil. Mais en complexifiant ainsi le projet, ils n’ont fait que de donner des armes à l’opposition. L’objet du scrutin était bien trop obscur pour permettre la conduite d’un débat de qualité. Il n’y avait dès lors la place que pour une guerre des tranchées.

Cette cuisante défaite doit permettre aux politiciens et aux milieux économiques de prendre la mesure de leurs travers. Il est grand temps de s’adonner à un bon coup de balai au sein de ces institutions économiques qui n’ont comme seul argument celui de la menace. Les Suisses ne veulent plus être pris pour des abrutis, des bambins qu’il suffirait d’apeurer pour les remettre dans le droit chemin. A trop tirer sur la même corde, l’économie est devenue parfaitement inaudible. Or, réforme nécessaire ou pas, il n’est pas possible de vendre un projet sans proposer de facto une vision d’avenir de la société. Il doit y avoir une place pour défendre un horizon à long terme, et pas seulement se concentrer sur les conséquences éventuelles d’un rejet. Dans quel but les Suisses doivent-ils consentir à donner aux entreprises de nouveaux instruments de déduction fiscale dans un contexte de réglementation accrue et de crise économique? La réponse s’est limitée à la méthode Coué: ne pas le faire, c’est prendre un risque immense.

La décision du corps électoral honore la Suisse et son destin: nos compatriotes ne veulent pas d’une économie qui impose ses vues sans expliquer en quoi ses désirs incandescents bénéficieront à la société de façon générale. Par leurs arguments d’une rare violence symbolique, les défenseurs de la place économique suisse en sont pour leurs frais. Il ne suffit plus aux milieux économiques de dire que tel ou tel projet est nécessaire ou au contraire dangereux pour que les Suisses s’alignent en ordre de bataille afin de lui servir la victoire sur un plateau. Il est grand temps de le dire: par son arrogance, l’économie a utilisé la même arme. Son discours est devenu inaudible. Sa capacité à convaincre s’est délitée. Oui, ce dimanche 12 février 2017, la place économique suisse se confronte enfin à la réalité: son comportement pédant est devenue la mère de toutes les défaites.

Grégoire Barbey

13:55 Publié dans Finances, Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook | | | |

02/02/2017

La sainte absolution du gouvernement

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Fantastique Conseil d’Etat qui peut d’un coup de baguette magique blanchir ses membres lorsque leurs interventions font l’objet d’un recours! Au diable donc la nécessaire impartialité permettant de juger pareille situation. Non, ni Serge Dal Busco, ni Pierre Maudet n’ont eu recours à une communication excessive s’agissant de la votation fédérale sur la troisième réforme de l’imposition des entreprises. Ainsi en a décidé… le collège dont ils sont membres!

La lettre du ministre des Finances jointe à la déclaration d’impôts, sorte de diatribe en faveur de la votation, n’était-elle pas exagérée et sujette à perturber le débat nécessaire à toute votation? Pas pour le Conseil d’Etat, estimant que cette communication reste «dans les limites admissibles». Le gouvernement juge également conforme au droit les interventions des deux conseillers d’Etat dans un tout-ménage d’Economiesuisse favorable à l’objet du scrutin.

La situation serait presque cocasse si l’affaire n’était pas aussi lourde de conséquences pour l’image du gouvernement. Comment accorder une quelconque crédibilité à l’arrêté d’un Conseil d’Etat qui s’exonère lui-même des faits qui lui sont reprochés? Une décision contraire aurait forcément nuit au bon déroulement de la votation, et donc à l’intérêt du Conseil d’Etat qui souhaite un résultat favorable dans les urnes. Loin de moi l’idée de donner forcément raison aux critiques des deux citoyens qui ont formé ce recours.

Mais quand même! Ne serait-il pas plus logique qu’un tel litige soit tranché, à tout hasard, par le Tribunal administratif cantonal? L’image d’un gouvernement qui s’absout lui-même n’est sans doute pas le meilleur moyen pour écarter les critiques qui lui ont été faites. Bien sûr, les deux recourants peuvent saisir le Tribunal fédéral s’ils ne se satisfont pas de cet arrêté. Cela n’enlève toutefois rien à l’étrange sensation que l’on peut avoir à la lecture des arguments d’un Conseil d’Etat qui se blanchit… tout seul.

Grégoire Barbey

19:07 Publié dans Air du temps, Finances, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |

09/09/2015

Budget: un Exécutif déjà à bout de souffle

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Serge Dal Busco. Le ministre des Finances a présenté hier le projet de budget
du Conseil d'Etat. Un déficit de 69,7 millions de francs est prévu.

«Nous avons dit en début de législature que le projet Score se ferait sans coûts supplémentaires pour le contribuable. Nous devons encore analyser cette affirmation pour définir notre marge de manœuvre.» C’est à peu près en ces termes que le ministre des Finances Serge Dal Busco répondait hier à une question posée par mon confrère du Courrier Rachad Armanios. Une manière élégante, alors que le Conseil d’Etat était réuni pour présenter le projet de budget 2016, d’annoncer qu’ils finiront par trouver une parade pour éviter de devoir respecter leurs engagements. Si je relève cette anecdote, c’est parce qu’elle illustre assez bien l’exercice auquel s’est livré hier le gouvernement genevois devant la presse. De l’équilibrisme de haute voltige. Tout au long de la conférence de presse, tant François Longchamp, président du Conseil d’Etat, que ses collègues se sont livrés à des explications censées dédouaner la responsabilité de l’Exécutif.

Si le déficit budgétaire se creuse, il ne s’agit pas d’un problème d’anticipation mais un inversement de tendance inattendu de la conjoncture mondiale. La décision de la Banque nationale suisse d’abolir le taux plancher de 1 euro pour 1,2 franc fait également office de prétexte pour se départir d’un précédent budget dont le déficit s'est creusé de plus de 200 millions de francs. Bref, rien de nouveau sous le soleil. Si ce n’est une petite touche de poésie dans la façon de se déresponsabiliser: la marge de manœuvre pour faire des choix politiques dans le budget est forcément très restreinte à cause des obligations légales et des charges de personnel.

Il y a bien sûr une part de réalité dans cette posture. Mais lorsque le Conseil d’Etat annonce son intention d’introduire une mesure visant à réduire de 5% les charges de personnel d’ici 3 ans, difficile de ne pas être étonné qu’il propose en parallèle l’an prochain de créer 119 nouveaux postes de fonctionnaires. Le député libéral-radical et membre de la Commission des finances Cyril Aellen semble d’ailleurs s’en étonner sur son profil Facebook. Il relève: «L’objectif du Conseil d’Etat est de diminuer, sur 3 ans, de 5% les charges de personnel, cela sans réduction des salaires. Soit. Résumons donc : 15'428 postes (équivalent plein temps), au budget 2015. Le Conseil d’État veut donc en supprimer 771 sur 3 ans. Pour parvenir à cet objectif, en 2016, il commence par proposer de créer 119 postes supplémentaires. Il conviendrait donc d’en supprimer 890 entre 2017 et 2018». Et de demander en conclusion: «Quelles réformes sont envisagées pour parvenir à l’objectif fixé?»

Ce Conseil d’Etat a donné hier le sentiment d’être un quarteron d’amateurs qui subit plus qu’il ne peut agir. Finalement, sept hauts fonctionnaires chargés d’appliquer la législation cantonale et fédérale suffiraient à gérer Genève. On nous a vanté pendant près d’une heure l’importance de mener des mesures structurelles. Je suis également de cet avis. Est-ce que généraliser l’utilisation du courrier A à l’Administration fiscale cantonale (en lieu et place du recommandé) pour gagner 400.000 francs est une réforme structurelle?

Dans l’administration, les langues semblent se délier. Peut-être faudrait-il procéder à un véritable audit des tâches de l’Etat pour savoir exactement comment chaque franc est dépensé? Ne serait-il pas temps d’avoir une vision globale du périmètre de l’Etat de Genève pour procéder aux nécessaires réformes qui s’imposent? Plutôt que de continuer à appliquer d’inefficaces coupes linéaires au détriment de l’intérêt du fonctionnement de l’administration, une photographie précise de chaque franc dépensé permettrait d’agir à la racine. Mais cela impliquerait d’engager davantage de ressources et de se projeter dans un avenir plus lointain que l’horizon des prochaines élections cantonales. Ce n’est peut-être pas la priorité de ceux qui nous dirigent.

Grégoire Barbey

16:16 Publié dans Finances, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | | | |

06/05/2015

C'est toujours de la faute de la chancelière

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Les bulletins de vote sont-ils arrivés en retard dans certaines communes genevoises pour le second tour des élections municipales? C'est ce qu'affirment certains élus sur les réseaux sociaux. De son côté, la chancelière d’Etat Anja Wyden Guelpa précise que les derniers envois ont dû arriver hier. «Après vérification, nous avons toutes les raisons de croire que La Poste a pu remplir son mandat et délivrer le matériel 5 jours avant le scrutin, conformément à la loi», ajoute-t-elle. Car si des élus se plaignent de voir les bulletins arriver si tardivement dans les boîtes aux lettres des électeurs, c'est avant tout parce que le Parlement a modifié le délai qui sépare les deux tours de l'élection aux exécutifs municipaux, passant de 5 semaines à 3 semaines. C'est un choix. Et si certains élus et autres éditorialistes critiquent aujourd'hui cette durée qui paraît effectivement trop courte, ils n'ont pas manqué lors du second tour des élections au Conseil d’Etat il y a deux ans de scander à qui voulait l'entendre que 5 semaines ça paraissait être une véritable éternité. Le Grand Conseil s'est en partie fondé sur ce sentiment dans sa décision de réduire la durée séparant les deux tours. Cette décision impliquait également la réduction du délai légal d'envoi du matériel de vote qui est de 10 jours avant le scrutin pour le premier tour à 5 jours pour le second.


C'est quand même difficile de venir s'en prendre directement aux services de la Chancellerie et à la chancelière elle-même qui ne sont pas responsables des changements législatifs. Mais certains ne manquent pourtant jamais une occasion de le faire. A Genève, s'il pleut, il faut en général penser qu'Anja Wyden Guelpa y est pour quelque chose. Même si tout porte à croire que sa responsabilité n'est pas engagée. C'est le cas présentement en ce qui concerne l'envoi des bulletins de vote. On peut raisonnablement penser qu'un délai de quatre semaines entre les deux tours serait plus judicieux pour limiter les risques de retards. Ce qui n'empêche pas de relever l'importante organisation logistique nécessitée par le nouveau mode d'élection à deux tours. La chancelière relève que certains de ses collaborateurs ont travaillé jour et nuit à plusieurs reprises afin que soit délivré le matériel dans les délais impartis par la loi. Et qu'il suffit d'un imprévu lors de l'impression des bulletins, leur mise sous pli ou leur distribution par la Poste pour que les délais légaux ne soient plus tenus.


Bien souvent à Genève la critique est plus aisée que la réflexion. Dans le cas de l'envoi des bulletins de vote, si les élus sont déçus du délai légal imparti à la Chancellerie pour délivrer le matériel à temps, ils n'auront qu'à modifier la loi par la voie parlementaire pour augmenter la durée qui sépare les deux tours des élections. C'est un peu facile de se décharger de ses propres responsabilités sur autrui. Même si comme je le mentionnais plus haut, la chancelière fait toujours l'objet de ces critiques acerbes de la part des mêmes personnes. A contrario, on ne les a jamais vu féliciter la Chancellerie lorsqu'elle délivre les résultats des élections le jour même et ce malgré d'impressionnants défis et contraintes sur le plan logistique et organisationnel. Finalement on en vient à s'interroger si cela ne dérange pas certains de voir une femme à la tête d'une telle institution puisque les critiques s'éloignent très souvent de la réalité des faits. Quant à dire que cette situation est le symbole d'une démocratie qui s'endort, ça frise l'excès. Le vote anticipé est un confort et a pour objectif de limiter les abstentions. Mais si la démocratie implique de s'acquitter de son devoir de citoyen sans effort juste par acquis de conscience, on se demande bien à quoi ça peut servir de donner à la population le droit de vote. Si les électeurs estiment que le délai est décidément trop court pour cette élection, ils n'auront qu'à faire un effort, une fois dans l'année, et se déplacer dimanche matin au local de vote de leur commune. Vu l'importance que revêt pareil rendez-vous électoral, l'effort semble bien mince.

Grégoire Barbey

09:48 Publié dans Elections communales de 2015, Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | | | |

24/04/2015

Laurent Seydoux en porte-à-faux avec le MCG

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Tout ça est très bizarre. Nous apprenions par Jérôme Faas dans 20 Minutes hier que Laurent Seydoux aurait tenté une alliance avec le Mouvement citoyen genevois pour favoriser sa candidature à l'Exécutif de Plan-les-Ouates. Le président des Vert'libéraux dément formellement avoir évoqué ce point avec Francisco Valentin (candidat MCG à la Mairie de Plan-les-Ouates) ou avec le président du MCG Roger Golay. Laurent Seydoux affirme n'avoir fait qu'évoquer le retrait de la candidature de Francis Valentin qui n'a selon lui aucune chance d'être élu au second tour. Dans le but d'un report de voix au bénéfice de la candidature du président des Vert'libéraux.

Or, Francisco Valentin et Roger Golay maintiennent leur version des faits, je les ai contacté tous les deux. Laurent Seydoux aurait bien proposé une alliance. Ce que ce dernier conteste avec force. Qui ment? Le MCG a-t-il intérêt à affaiblir Laurent Seydoux sachant que son parti ne représente pratiquement rien? Drôle de calcul sachant qu'avec ou sans les Vert'Libéraux, le candidat MCG n'a aucune chance d'être élu. Ou Laurent Seydoux a-t-il intérêt à minimiser sa tentative d'alliance avortée avec le MCG vu les conséquences importantes que ça a déjà eu, en quelques heures, sur les réseaux sociaux (des militants ont fortement réagi, l'avocat William K. Rappard a même fait part de sa démission séance tenante)?

On sait que Laurent Seydoux tient beaucoup à retourner à la Mairie de Plan-les-Ouates. Au point de s'allier avec le MCG? Ce n'est pas impossible. Ce qui est étonnant, dans toute cette affaire, c'est qu'il y a semble-t-il une tentative de travestir la vérité. Le problème pour Laurent Seydoux, sans préjuger de sa version des faits, c'est qu'il perd beaucoup de crédibilité à l'égard de sa base. Quand bien même il dirait la vérité, le mal est déjà fait.

La leçon de cette histoire, quelle qu'en soit la part de réalité, c'est qu'en politique, il faut bien réfléchir avec qui l'on entame des discussions stratégiques. Que ça soit dans le but d'évoquer le retrait d'une candidature ou la création d'une liste commune. C'est toujours plus difficile de se justifier a posteriori que d'en discuter ouvertement avec ses militants en amont.

Grégoire Barbey

14:20 Publié dans Elections communales de 2015, Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook | | | |

21/04/2015

Stauffera bien qui Stauffera le dernier

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Le Mouvement citoyen genevois (MCG) a connu sa première «défaite électorale». Les guillemets sont volontaires, car il s’agit davantage d’une correction. Mais enfin, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Alors que quelques jours encore avant le scrutin du 19 avril, nombreux étaient les membres du MCG à pavoiser publiquement sur la sanction populaire qui allait frapper les partis traditionnels, les rares voix qui s’élèvent encore parmi la direction du parti tentent de limiter les dégâts avec une mauvaise foi affolante.

Revenons sur les résultats. Le MCG n’a pas réussi à se positionner de façon favorable dans la course à l’Exécutif de l’une des 45 communes du canton de Genève. Même son bouillonnant président ad aeternam Eric Stauffer est en passe de perdre son siège de magistrat communal à Onex. Et sur le plan de sa représentation au sein des Délibératifs, celle-ci a reculé de 12,33% (de 73 à 64 sièges). Il s’agit donc bel et bien d’une stabilisation. Le parti semble avoir atteint ses limites en termes de croissance. Même s’il est encore beaucoup trop tôt pour l’affirmer sans l’ombre d’un doute.

Dimanche soir, Eric Stauffer a tenté d’expliquer sa déroute avec son habituelle assurance et son adaptation  inélégante des faits. Plutôt que de reconnaître sa défaite avec le panache qui le caractérise, le président d’honneur du MCG a tenté de revêtir les habits de la victime pour mieux défendre la dialectique d’opposition que son parti a élaborée. Voici sa ligne de défense: il n’a pas perdu, il a été poussé hors du trio de tête à cause d’une «alliance contre-nature». Le libéral-radical François Mumenthaler s’est effectivement emparé de la troisième place avec une légère avance de 200 voix. Selon Eric Stauffer, les électeurs de la gauche ont massivement rajouté le candidat PLR. C’est en partie vrai. Mumenthaler avait d’ailleurs ouvertement défendu le bilan des deux magistrates de gauche à l’Exécutif d’Onex. Un appel du pied à leur électorat. Mais l’alliance n’était pas officielle et seuls les électeurs de la gauche ont eu en main la capacité de décider si oui ou non ils préféraient voter pour un candidat de droite dans le but de barrer l’accès à Eric Stauffer.

Force est de constater qu’ils ont préféré cette perspective. En ce qui concerne Eric Stauffer, on constate, à la lecture des chiffres, que son résultat est médiocre: environ 500 voix de moins qu’il y a quatre ans. Alors que le nombre d’électeurs est constant. Eric Stauffer pourra donc tergiverser, vitupérer, accuser la presse, inventer des alliances qui n’avaient pas lieu au premier tour, le résultat qui est le sien, il ne le doit qu’à lui. A Lancy, le président en fonction du MCG Roger Golay n’a pas réalisé le score époustouflant qu’il était en droit d’attendre. Son parti étant le premier de la ville sur le plan de la représentation au Conseil municipal. Il arrive malgré tout en troisième place, mais loin derrière les candidats de la gauche (1000 voix de moins). Quand bien même les libéraux-radicaux de Lancy avaient laissé entendre qu’une alliance avec le MCG au deuxième tour serait envisagée.

Reste que le MCG continue de parler à son électorat. Il a publié au lendemain des élections un communiqué de presse sobrement titré: «Un nouvel adversaire politique: la Tribune de Genève». Il s’en prend ouvertement au journal, qu’il estime ne pas respecter son devoir d’objectivité et d’impartialité. C’est clair que la TdG n’a jamais offert au MCG une vision aussi complaisante du parti anti-frontaliers tel que le fait régulièrement Pascal Décaillet dans sa chronique à l'hebdomadaire GHI. Mais plutôt que de respecter la liberté de la presse et, partant, le droit de disposer librement d’une ligne éditoriale, le MCG veut faire des médias son bouc émissaire. Une stratégie propre à l’extrême droite, toujours en rupture avec le système, dont les journaux, la radio et la télévision font évidemment partie. Le parti d’Eric Stauffer aura beau trouver toutes les excuses possibles et imaginables (même les moins crédibles), le résultat de ce 19 avril est clair. Le MCG doit désormais se remettre en question et cesser d’éructer contre celles et ceux qu’il a tant et tant de fois diffamé, injurié et blessé. Le MCG s’attendait à une sanction populaire à l’encontre de ses adversaires. C’est lui et son allié l’UDC qui en font les frais. Alors, la démocratie, ça fait mal, hein?

 

Grégoire Barbey

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15/03/2015

Genève, canton zéro réaction crédible?

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Ainsi le Mouvement citoyen genevois (MCG) peut transgresser les règles et dénaturer les institutions à Genève sans jamais n’être inquiété. Il y a quelques semaines, les Genevoises et les Genevois découvraient les nouvelles affiches du MCG à Onex, «ville de progrès, commune zéro frontalier». Le président d’honneur du parti (une fonction qui s’apparente à un culte de la personnalité) Eric Stauffer profitait de cette nouvelle pour annoncer une provocation supplémentaire: la création d’autocollants pour les commerçants pour informer sur la proportion de frontaliers engagés dans l’enseigne. Les réactions ne se sont pas faites attendre et ont été vives. Certains (dont je fais partie) allant jusqu’à comparer ces affiches et ces autocollants avec la communication des partis nazi et fasciste du siècle dernier.

 

Malheureusement, rien ne va changer. Du moins si les politiciens restent ainsi paralysés dans une inaction qui en dit long sur leur prise de conscience du danger réel d’une telle communication. Les mots ont leur importance, les symboles aussi. Le MCG a franchi une ligne rouge. Il en va de la responsabilité des élus de le signaler avec fermeté et d’en tirer les évidentes conséquences. Lorsqu’Eric Stauffer a dû être expulsé du Parlement par la police, les politiciens opposés au MCG ont fait savoir qu’ils ne pouvaient pas tolérer un tel comportement. Lorsqu’il a toutefois fallu décider de la sanction à infliger au président d’honneur du MCG, les paroles ne se sont pas transformées en actes. Rien. Et pourtant il y avait de quoi. La scène de l’expulsion restera gravée dans les mémoires, et surtout dans le marbre de l’Histoire du canton. Ce fameux soir-là, où l’on a vu des policiers hésiter face à la figure de proue du parti qui a noyauté les forces de l’ordre et où des députés se sont dressés contre des gendarmes, ce fameux soir-là a bien mis en évidence le caractère fasciste du MCG. On notera aussi les signes ostentatoires de menaces de mort à l’encontre de députés durant ce sombre événement.

 

Les députés ont finalement sanctionné Eric Stauffer en ne lui donnant pas accès à la présidence du Grand Conseil. Cet épisode a malgré tout permis de constater la fracture politique qui règne au Parlement. Le groupe des libéraux-radicaux avait fait savoir qu’il ne voterait pas pour le président d’honneur du MCG. Lors du vote toutefois, Eric Stauffer a pu compter sur une petite dizaine de voix PLR. Non pas que ces élus libéraux-radicaux soient pro-MCG. Mais parce qu’une vieille croyance persiste encore dans les rangs politiques à Genève: s’opposer au MCG, c’est lui donner une caisse de résonnance, c’est lui offrir un boulevard aux élections communales. Et pour certains élus, le MCG peut s’avérer un allié utile pour obtenir des voix pour accéder à l’Exécutif communal. On peut faire le même procès d’intention à la gauche. Le référendum contre la Loi sur la police a permis de le confirmer: socialistes et verts jouent à un jeu dangereux, celui de l’ambiguïté. Les deux partis ont accepté de soutenir la loi, mais sans faire campagne. Seuls quelques députés responsables ont fait leur job et ont fait connaître leur position. Ce comportement était clairement irresponsable. Cela n’a pas été assez dit depuis le 8 mars.

 

Idem en ce qui concerne le dumping salarial. Le cas Firmenich (des employés roumains étaient payés 800 euros par mois) a donné l’occasion aux socialistes de sortir le bazooka et de se pavaner dans le rôle de défenseur des travailleurs. Mais à quel prix? Cette attitude tout aussi irresponsable parce qu’exagérée face à la réalité des faits donne crédit aux allégations du MCG. Il est évident que le dumping salarial doit être absolument combattu. La législation existe et elle semble être correctement appliquée. La gauche doit à son tour quitter l’ambiguïté face à la menace MCG et tenir un discours limpide sur les questions qui l’occupent.

 

Qu’a fait le MCG depuis dix ans au Parlement? Ses victoires ont toujours eu pour conséquence de détruire des acquis, ou de bloquer des projets. La seule initiative que le MCG a lancé depuis sa création a échoué (sur la préférence cantonale), même si elle semble aujourd’hui appliquée en partie par Mauro Poggia. Le MCG n’a rien apporté à Genève en termes de plus-value. Ce parti n’a servi qu’à diffamer les institutions, à les décrédibiliser, à en faire son terrain de jeu favori. Le MCG ne parlemente pas, il vocifère, il vomit. Lorsqu’un élu dit sa vérité sur ce parti en séance plénière, les députés du MCG hurlent, crient, scandent, injurient. Ils craignent qu’on utilise à leur égard des mots justes. Ils ont peur que le débat ait lieu.

 

Aujourd’hui, les députés doivent choisir leur camp, car il est bien question de cela. Soit la passivité face à la montée d’une communication toujours plus inadmissible et irrespectueuse, soit l’activité pour mettre un terme aux turpitudes politiques du canton de Genève. Libéraux-radicaux, démocrates-chrétiens, socialistes et verts doivent désormais se mettre d’accord sur un programme commun jusqu’en 2018 et négocier ensemble sur des sujets plus controversés. Sur l’emploi, cette coalition que j’appelle de mes vœux doit reprendre l’initiative. La préférence cantonale est une ineptie et j’ai déjà eu l’occasion de le dire. Ce qu’il faut, pour tous ces résidents genevois qui souhaitent effectivement retrouver un travail, ce sont des mesures réelles et efficaces. Je pense par exemple à des formations continues, à des programmes de réinsertion, ou comme l’a soutenu à sa manière Grégoire Carasso en Ville de Genève pour les apprentis, une politique incitative pour les employeurs qui choisissent d’engager des travailleurs locaux (et par locaux, j’entends un périmètre défini par exemple d’après la commune, et non le canton, car il s’agit aussi de défendre des actes responsables en matière d’environnement).

 

L’objectif d’une telle coalition? Retirer au MCG son rôle d’arbitre incontesté des débats parlementaires (qui le conduisent notamment à appeler à guillotiner les écologistes dans un rapport de majorité, on rêve). En jouant cette carte, les partis auront déjà le luxe de se prouver qu’ils sont capables de reprendre la main sur la politique genevoise. Mais ils feront plus: ils prouveront à leurs électeurs et à ceux qui en doutent qu’il y a des solutions et qu’en y travaillant ensemble, on peut donner à Genève le visage d’un canton de progrès, plutôt que celui d’un canton où la haine des uns devient la colère des autres.  Le MCG a récemment franchi la limite de l’acceptable. Les partis ne doivent plus seulement le faire savoir, ils doivent transposer leurs paroles en actes. Sinon, on s’imagine assez bien une affiche qui décrive la situation: Genève, canton zéro réaction crédible.


Grégoire Barbey

13:01 Publié dans Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook | | | |