Gregoire Barbey

22/12/2014

Môssieur le président du gouvernement

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Genève, c’est la France. Qui n’a jamais entendu cette sentence de la bouche d’un confédéré? Les Vaudois s’en donnent souvent à cœur joie à ce propos. Les supporters du FC Lausanne s’amusent d’ailleurs à chanter «Frontaliers, frontaliers» lorsque leur club rencontre le FC Servette. Une comparaison hâtive si l’on se réfère aux tensions entre les Genevois et les frontaliers français. Pourtant, la culture genevoise a de nombreuses similitudes avec celle de la France. Sur le plan politique à tout le moins. La Tribune de Genève s’interroge aujourd’hui sur l’utilité du Département présidentiel dirigé par le très Radical François Longchamp. L’auteur de l’article, le journaliste Eric Budry, rappelle avec raison que dans le canton de Vaud, qui connaît aussi une présidence durable s’étendant sur toute une législature, le président du Conseil d’Etat gère en parallèle l’une des politiques publiques majeures. Ce n’est pas le cas de François Longchamp, dont on peine à bien comprendre les prérogatives et surtout l’utilité d’un demi-département que l’on pourrait qualifier non sans ironie de super-chancellerie.

 

La Constitution n’a pas clarifié si le titulaire de la fonction de président devait s’occuper ou non d’un département «historique» (comme le qualifie Eric Budry). Le Conseil d’Etat a donc créé un Département présidentiel, sans pour autant éclairer la population sur son utilité et surtout s’il répond vraiment à un besoin politique prépondérant. Il y a, dans cette appellation, quelque chose qui fleure bon la IIIe République. Il suffit de tendre l’oreille dans les travées pour entendre de nombreux commentaires sur le présumé ennui ressenti par François Longchamp. La Tribune de Genève en parle aussi. Est-il avéré? Impossible à dire. Mais il rappelle cet enfermement qu’ont ressenti bon nombre de présidents français sous la IIIe République. Car en France, après l’échec cuisant de la IIe République qui a permis à Louis-Napoléon Bonaparte de devenir empereur, on a voulu limiter le pouvoir du chef de l’Etat. On accorda au président un rôle surtout représentatif en pratique, et davantage de pouvoir au président du Conseil. A Genève, on est tenté de tirer un parallèle avec le système institutionnel de la IIIe République. A la différence qu’il semble que ça soit François Longchamp lui-même qui se soit donné ce rôle.

 

On relèvera non sans humour le titre du communiqué du Parti libéral-radical après que le gouvernement ait annoncé la répartition des départements l’an dernier: «Félicitations à François Longchamp, nouveau président de la République et canton de Genève» (voir capture d'écran ci-dessus). Le parti confondait président du Conseil d’Etat et président de la République, deux rôles strictement différents. A Genève, le premier citoyen est le président du Grand Conseil. Une confusion qui se révèle, une année après l’entrée en fonction du nouveau gouvernement, également dans la pratique. Si François Longchamp a pu bénéficier d’une série de crises pour se mettre en lumière et se donner le rôle du pacificateur ainsi que celui de leader incontestable, il n’est pas sûr qu’il soit aussi visible par temps calme. La faute à un département dont on ne peut pas dire qu’il brille par sa lisibilité politique. Monsieur le président du Conseil d’Etat a encore quelques années pour démontrer que sa super-chancellerie est bel et bien utile à la République. Dans le cas contraire, il sera peut-être judicieux de réintégrer au moins une politique publique majeure dans le département dirigé par le président. Ce serait dommage que les prochains titulaires de la fonction s’ennuient aussi. Peut-être pourra-t-on lire en 2018 après les élections cantonales dans le journal local ces quelques mots paraphrasant l'excellent Winston Churchill: «Une voiture vide s'arrêta au 2, rue de l'Hôtel-de-Ville. François Longchamp en sortit».

 

Grégoire Barbey

 

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07/12/2014

Gouvernement: la collégialité, c'est du passé

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Luc Barthassat. Le ministre des Transports est marginalisé par ses collègues.
La campagne pour les prochaines élections cantonales a déjà commencé.

 

La collégialité au Conseil d’État est un lointain souvenir. L'entretien qu'a accordé le super-chancelier François Longchamp au Matin Dimanche le démontre. «Je n'ai jamais accepté de dire (…) à une radio la musique que j'écoutais», affirme-t-il. Pour la petite histoire, son collègue Luc Barthassat s'est prêté au jeu dans l'émission MP3 de la RTS en 2012. François Longchamp estime que le drame de la politique aujourd'hui, c'est «l'absence de limite entre la fonction et la peopolisation». Pour masquer ses cartes, le chef du Département présidentiel exemplifie ses propos en parlant d'un ancien président de l'Assemblée nationale en France qui s'est prêté au jeu d'une émission de télé-réalité. Difficile pourtant de ne pas y voir non plus une attaque envers son collègue Barthassat, omniprésent dans la presse et sur les réseaux sociaux. Le super-chancelier ne s'arrête pas là et affirme que les gens n'attendent pas du gouvernement des crises de nerfs. Allusion à l'intervention de Luc Barthassat jeudi soir au Grand Conseil, lorsqu'il a répondu aux propos du rapporteur de majorité sur le contrat de prestations des Transports publics genevois (TPG), Eric Stauffer? Sans doute.

Des propos qui restent malgré tout destinés à un public restreint, à savoir le petit microcosme politique genevois. Cet entretien n'est finalement que la pointe de l'iceberg. Dans toute la gestion du conflit social des TPG, François Longchamp a tenté de marginaliser son collègue en charge des Transports. En se mettant du côté d'une syndicaliste, il a demandé à Luc Barthassat de se tenir en retrait des négociations. Ce qu'il se garde bien d'avouer dans la presse. Cet épisode est on ne peut plus édifiant et mérite une analyse circonstanciée.

La grève du 19 novembre a surpris le gouvernement. Celui-ci a laissé Luc Barthassat s'exprimer dans la presse, sans lui témoigner un quelconque soutien. Pierre Maudet, avec son sens politique très aiguisé, a permis à son collègue des Transports d'annoncer que la police pourrait intervenir auprès des grévistes si des débordements devaient se produire. Mais le ministre de la Police n'a bien sûr jamais confirmé cet accord. Au contraire, le gouvernement a laissé Luc Barthassat annoncer ce qu'ils ont convenu, pour ensuite le recadrer à demi-mots. Pourquoi? La réponse est assez simple: les ministres préparent déjà la succession de 2018. C'est de la basse politique, mais c'est assez habituel. Il doit y avoir un maillon faible dans le gouvernement, un siège doit être menacé. Les libéraux-radicaux aimeraient bien récupérer le troisième siège qu'ils ont perdu l'an dernier. Il y a un démocrate-chrétien de trop, et c'est évidemment Luc Barthassat, puisque Serge Dal Busco est fait du même moule que ses deux collègues radicaux.

Il faut dire que Luc Barthassat n'est pas très facile à vivre. Il ne se laisse pas faire, il gueule et il le fait savoir. Omniprésent dans la presse et sur les réseaux sociaux, le ministre agrarien est populaire. Le problème, c'est qu'il ne se laisse pas facilement maîtriser. Et ça agace profondément ses collègues. Pour la petite histoire, lorsque le ministre des Transports s'est exprimé jeudi soir au Grand Conseil, s'énervant contre Eric Stauffer, Mauro Poggia, Antonio Hodgers et François Longchamp se sont réunis devant la tribune de l'Exécutif. L'image était cinglante. D'un côté, trois ministres, debout, qui parlent vraisemblablement de la prestation de leur collègue qui lui est seul et assis. On ne fait pas mieux en termes d'image. C'est puissant et ça en dit beaucoup.

Bref, le conflit social aux TPG était un excellent prétexte pour que les hostilités sortent au grand jour (car elles ont commencé bien avant). Une fois encore, c'est le responsable des Transports qui va morfler (la précédente législature, c'était la Verte Michèle Künzler). Un département compliqué, et surtout surexposé au sein de la population. La cible est toute trouvée. Pour terminer, on envoie le chien fou Eric Stauffer régler son compte à Barthassat. Une première fois en tant que rapporteur de majorité. Une deuxième dans un débat dans l'émission Forum de la RTS contre le président du PDC genevois Sébastien Desfayes. Eric Stauffer croit-il qu'on ne l'a pas vu discuter, à plusieurs reprises, avec François Longchamp ces derniers jours? La ficelle est un peu grosse. Toutefois, il faut un bouc émissaire, et force est de constater que le gouvernement s'est mis en ordre de marche pour marginaliser l'un de ses membres. Mais ça reste un jeu dangereux, Luc Barthassat est sanguin et lui tendre des pièges pourrait l'énerver. Les règlements de compte que l'on souhaiterait discrets pourraient rapidement émerger sur la place publique.

 

Grégoire Barbey


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20/11/2014

Des jeunes réinventent la lutte des classes

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Des jeunes libéraux-radicaux ont envoyé au procureur général une dénonciation pénale des grévistes «ayant empêché les non grévistes de travailler» mercredi lors du mouvement syndical des collaborateurs des Transports publics. Les délateurs se défendent de le faire à titre privé (tellement privé qu'ils sont tous du même parti et que l'information est directement sortie dans la presse). L'objet de leur courroux? Des citoyens ont été empêchés d'accès aux transports publics parce que des grévistes ont fait pression sur des chauffeurs pour qu'ils ne puissent pas travailler. Selon eux, les photos publiées dans la presse suffisent à étayer leurs propos. J'ai regardé avec attention ces photos et je ne vois aucun collaborateur des TPG s'en prendre à des grévistes. Visiblement, aucune altercation n'a eu lieu. Si des chauffeurs ont abandonné l'idée de travailler, c'est uniquement de leur fait, car s'ils avaient voulu s'opposer à leurs collègues, vu la couverture presse déployée pour l'événement, ils auraient pu le faire savoir. Et comment.


Bien sûr, je ne veux pas défendre les grévistes. J'ai moi-même ironisé sur l'ampleur de la situation. Ce qui m'interpelle dans l'action concertée de ces quelques jeunes libéraux-radicaux, c'est l'absence de recul. Cette dénonciation, qui n'aura probablement aucun suivi pour d'évidentes raisons politiques, donne l'opportunité aux grévistes et aux syndicats qui les défendent de se positionner en victime. De plus, les auteurs semblent totalement minimiser le poids de la symbolique qui se cache derrière leur démarche. Ambiance lutte des classes. Des jeunes de droite qui dénoncent des grévistes, pour des motifs justes ou pas, la question n'est pas là, c'est tout un panel d'images qui nous vient en tête. La gauche et ses satellites n'en demandaient pas tant. Le manque de recul paraît tellement évident qu'on se demande si des libéraux-radicaux n'ont pas agi dans l'ombre pour lancer ces jeunes à la dérive. Vu le communiqué du PLR publié lors de la journée de grève, qualifiant cette action syndicale d'anti-démocratique, on s'avancerait assez peu en s'imaginant que ces jeunes, pleins de bonne volonté, ont été manipulés. Mais ce ne sont que des suppositions.


Quand on fait de la politique, il faut peser les avantages et les inconvénients potentiels de ses actes. L'action aurait peut-être eu du sens si elle n'avait pas été directement communiquée à la presse. On aurait pu se bercer d'illusion quelques instants et se dire que la démarche était désintéressée, sans objectif politique. Une manière de faire parler de soi qui pourrait avoir des conséquences plus fâcheuses pour ces personnes, et sur la durée. Ont-ils vraiment réfléchi avant d'agir? La dénonciation intervient moins de 24 heures après les faits. On est tenté de se dire que non, il n'y a eu aucune réflexion sur l'utilité de cette action.


Et c'est bien dommage, car ça donne des jeunes une image d'impulsifs. Au fond, on ne s'étonnera pas si une fois encore, pour les élections fédérales, les jeunes libéraux-radicaux ne seront rien de plus que des faire-valoir visant à asseoir la sagesse des anciens du parti. Bien joué, les d'jeuns!

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02/10/2014

Taxis: l'arrogance typique du cartel

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Les taxis genevois s’opposent à l’arrivée de la société Uber en Suisse et le font savoir. Cette entreprise californienne propose des chauffeurs particuliers à prix bas (Uber X). Dans certains pays, et notamment en France, ce service a été considéré comme illégal, parce qu’il exercerait une concurrence déloyale avec les taxis. En outre, le montage financier d’Uber a fait l’objet de nombreuses critiques, ainsi que la rémunération des chauffeurs, le stockage de données personnelles sur l’application dédiée. Si l’entreprise ne fait pas l’unanimité, son arrivée en Suisse (et en France, avec au final une décision rendant Uber X illégal sur le territoire) permet de constater qu’il existe encore aujourd’hui des secteurs d’activités fortement protégés par l’Etat. Les taxis ont-ils droit à un statut particulier? Est-ce un marché subventionné par les pouvoirs publics? Toute concurrence est-elle déloyale a priori? Quand on voit l’incroyable mobilisation des chauffeurs de taxi contre la nouvelle loi à Genève, on peut s’interroger sur la puissance de ce secteur. Un véritable lobby. Ce qui en soit n’est pas dérangeant. Là où le bât blesse, c’est quand un secteur d’activité se montre réfractaire à toute évolution, et que l’Etat s’en mêle en le protégeant d’une concurrence qui sera automatiquement jugée déloyale.

Selon l’avocat et député PDC Vincent Maitre, certains taxis auraient à l’égard des chauffeurs d’Uber une attitude peu acceptable (menaces, injures, pressions etc.). Si cela se vérifiait, que doit-on penser d’un tel comportement? Les taxis sont-ils les rois du transport particulier dans la République? Et pense-t-on aux clients, qui peut-être trouveront Uber plus adapté à leurs besoins? La concurrence semble exister que lorsqu’on y trouve un avantage personnel. Dans le cas contraire, l’Etat crée des secteurs monopolistiques, où la concurrence est très restreinte et inscrite dans la loi. Si les clients veulent autre chose, tant pis pour eux. Les taxis font aujourd’hui figure d’atelier protégé, comme s’ils avaient une utilité essentielle dans le quotidien des gens. Certes, il nous arrive à tous de prendre une fois un taxi, et il existe de nombreuses raisons de le faire. Mais si une société a innové dans le secteur, proposant des services haut de gamme à des prix jamais vus, est-ce que cela n’a pas non plus une certaine utilité pour tout le monde? Si Uber viole la protection des données ou rémunère abusivement ses collaborateurs, la justice doit bien évidemment intervenir. Mais si ces raisons sont avancées pour justifier la protection d’un secteur d’activité en danger, dans une société libérale, ce n’est tout simplement pas acceptable.

Tous ceux qui ont pris un jour le taxi à Genève savent à quel point le service est cher. Et le trajet n’est pas toujours agréable. Je me rappelle d’une fois où, pour nous rendre dans un village mal desservi par les transports publics, une amie et moi-même avions décidé de prendre un taxi. Durant tout le trajet (environ vingt minutes), le chauffeur n’a pas arrêté de faire des remarques à mon amie, de celles qu’on qualifie généralement de déplacées, voire de carrément lourdes. Au final, le trajet a coûté plus de 50 francs. Tous les chauffeurs ne se comportent évidemment pas comme celui précédemment décrit. Mais c’est un exemple parmi d’autres qui pourrait justifier qu’un client décide de se rabattre sur les services d’Uber, moins onéreux. Quelle est la plus-value des taxis genevois, aujourd’hui? Si ce n’est qu’ils sont chers, pas toujours très agréable avec leurs clients, et surtout possèdent une puissance politique qui semble démesurée par rapport à leur véritable importance.

S’ils servent à bien des personnages âgées à mobilité réduite, d’autres entreprises proposant des services de chauffeur particulier peuvent aussi répondre à ce besoin. Et si ces entreprises ont trouvé la méthode pour réduire les prix, c’est évidemment mieux, surtout pour les clients. L’attitude arrogante des taxis genevois est tout-à-fait choquante. En aucun cas, les taxis ne doivent profiter d’une protection qui viole la concurrence et permet de jouir d’un marché qui gagnerait à s’ouvrir à d’autres prestataires de services. Ce que font les taxis, c’est simplement abuser de la démocratie pour maintenir une position dominante sur toute autre forme de concurrence. Et c’est très grave. Uber, qui a sûrement bien des défauts, a au moins le mérite de démontrer que même en Suisse, les corps intermédiaires ont encore un peu trop de pouvoir. Tout en bénéficiant d’un soutien politique discutable. Les taxis genevois peuvent bien se fâcher, vitupérer, s’exaspérer, hurler, menacer, pavoiser, et j’en passe. Ils n’exercent pas à ma connaissance une activité justifiant un soutien excessif de l’Etat. C’est au législateur de se faire une raison et de ne pas accorder un pouvoir démesuré à une profession qui se croit un peu trop au-dessus des autres.

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21/09/2014

Dangereux mélange entre MCG et police

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Copyright: Patrick Gilliéron Lopreno


Le Mouvement citoyen genevois (MCG) est-il le parti de la police? A priori, cette question peut sembler se suffire à elle-même, tant la réponse parait logique: oui. Ou du moins, le MCG essaie d’être le parti de la police. Et cette situation suscite quand même un certain nombre d’interrogations. Tout d’abord, il faut rappeler que l’actuel président du MCG, Roger Golay, est un membre très actif du très puissant syndicat de la police, et que son réseau policier est des plus importants sur l’ensemble de la Suisse romande (c’est d’ailleurs l’une des raisons officieuses qui lui a permis de rejoindre assez facilement le groupe UDC au Conseil national). D’autres membres de son parti, comme l’ancien conseiller administratif de la Ville de Vernier Thierry Cerutti, sont également des policiers, à la retraite ou encore en fonction. Dans le cas de Thierry Cerutti, Francisco Valentin, Jean-Marie Voumard, Sandro Pistis et Jean Sanchez (retraité), tous députés MCG au Grand Conseil de Genève, la possibilité de voter sur des projets de loi concernant directement la police peut sembler problématique. Même si un avis de droit demandé par le Grand Conseil a estimé qu'ils pouvaient le faire. En général, surtout à droite, les liens d’intérêt font l’objet de vives critiques, et ce pour des raisons très compréhensibles. Néanmoins à Genève, cet élément semble assez peu déranger. Dans de nombreux cantons, les policiers n’ont pas l’autorisation de siéger dans des parlements cantonaux, pour éviter justement la double casquette de serviteur de l’Etat et de législateur. Est-ce la bonne méthode? Ce n’est pas garanti, mais cela évite quand même certains écueils.

 

Il y a quelques mois, une polémique était née (en tout cas sur les réseaux sociaux), où certains députés d’autres partis se plaignaient d’avoir vu des policiers arborer des écussons du MCG sur leur uniforme. Cette affaire n’a jamais été démontrée et il faut donc en relativiser la portée. Mais ça justifie quand même des interrogations. Les policiers sont des citoyens comme les autres et il est tout à fait normal et légitime qu’ils veuillent défendre leurs intérêts, c’est-à-dire protéger leurs acquis et leurs conditions de travail. Qui pourrait leur en vouloir? Là où le bât blesse, c’est quand un parti surfe sur cette réalité pour engranger des voix dans une profession déjà très puissante de par son important syndicat, qui fait des merveilles en matière de lobbysme (comme l’a démontré la récente grève préventive des policiers contre le projet de réforme du système de rémunération de l’Etat). En démocratie, tout débat mérite d’être posé, et celui-ci a autant droit de cité qu’un autre: est-ce que l’on peut tolérer le mélange des genres, et jusqu’à quel point? Dans la Tribune de Genève de vendredi, après le vote sur la Loi sur la police, Eric Stauffer estime que «vouloir défier le MCG sur son terroir confine à l’inconscience». Le message du président d’honneur du MCG est clair. Ces députés qui sont policiers la journée, respectant une certaine hiérarchie, un ordre militaire etc., comment peuvent-ils le soir prendre une autre casquette et contrer politiquement les décisions de ceux qui les commandent?

 

L’UDC, que l’on ne peut pas qualifier de parti de la gauche molle en matière de sécurité, possède aussi des députés qui ont des liens directs avec la police (en fonction ou retraité), c’est le cas par exemple de Patrick Lussi. Mais l’UDC n’a jamais eu avec la profession de la police la même relation que le MCG actuellement. Cela a quand même des aspects inquiétants. Sur le débat de la loi sur la police, qui a fait couler beaucoup d’encre, le MCG a tenté de bloquer les débats en déposant pas moins de 41 amendements (!). Il n’a pas pour autant eu gain de cause, et il menace maintenant d’un référendum sous prétexte que la nouvelle législation ne comprend pas explicitement le critère de nationalité, situation qui permettrait, selon le MCG, de recruter des frontaliers dans la police. C’est un argument d’opportunité qui légitime en réalité une fronde beaucoup plus sournoise visant à passer un message aux policiers: le MCG est le seul parti qui se soucie vraiment des conditions des défenseurs de l’Etat en matière de sécurité. Si l’on peut comprendre qu’un parti souhaite capitaliser sur des forces électorales vives, on peut quand même s’étonner des moyens que se donne ledit parti pour s’opposer à toute redéfinition des périmètres légaux de la profession de policier. Oui, la police est un métier difficile et éminemment respectable.

 

Dans une période particulièrement délicate pour les finances publiques, toutes les professions répertoriées au sein de l’Etat doivent pouvoir être remises en question dans leurs acquis sociaux. Est-ce vraiment nécessaire? Qu’est-ce qui relève d’une indemnité acceptable pour un métier compliqué, et qu’est-ce qui relève plutôt du privilège lié à des finances bien portantes? Ce débat ne doit pas faire l’objet d’une censure, ni de slogans honteusement mensongers dénonçant une attaque en règle contre la profession de policier. Personne ne remet en cause l’importance de la police, et nul n’a pour but d’affirmer que les policiers sont trop bien lotis. Mais comme tous les autres citoyens, ils doivent consentir à des efforts. Jusqu’ici, leur situation fait souvent l’objet de débats virulents, avec un Roger Golay toujours prêt à en découdre pour dénoncer toute tentative de redéfinition du métier de policier, et en tout cas des rémunérations (sous toutes leurs formes). C’est une situation néfaste pour Genève, et cela ne facilite ni le travail de l’exécutif, ni celui de la police.

 

Comment, en effet, la police peut-elle faire passer son message politique lorsque les citoyens se plaignent toujours plus des incivilités de certaines personnes, et que le sentiment d’insécurité croît régulièrement? L’image de la police doit rester intacte, car ceux qui pratiquent la profession ne doivent pas être victimes de stéréotypes liés à un parti qui tente de se donner un rôle qu’il n’a pas à avoir. Non, tous les policiers ne sont pas membres du MCG. Tous ne sont pas non plus contre un débat sur leur profession. Ils veulent néanmoins comprendre pourquoi certains aspects de leurs rémunérations, par exemple, suscitent des interrogations du législateur et de l’exécutif. Mais comment le leur expliquer quand, à peine le débat posé, le MCG monte au créneau à grand renfort de slogans préfabriqués limitant toute discussion intelligente et intelligible? Faut-il en arriver au point où législateur et exécutif finiront par s’interroger sur l’opportunité d’interdire le cumul de fonction entre fonctionnaire et parlementaire (des groupes parlementaires y réfléchissent déjà sérieusement)? Est-ce que la situation ne nécessite pas des discussions pacifiées, où policiers, MCG et citoyens peuvent donner leur avis et arriver sur un consensus global plutôt qu’un coup d’Etat continuel via des mouvements syndicaux incontrôlables? La police, comme toutes les professions au sein de l’Etat, ne bénéficie pas, et c’est normal, d’un statut particulier rendant ses acquis intouchables et indiscutables. Il n’est pas question de dire qu’ils sont privilégiés, mais il est important de pouvoir discuter d’efforts consentis par tout un chacun. Sinon, comment peut-on encore parler de démocratie?

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24/07/2014

Préférence cantonale: la mesure sans effet

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Texte paru initialement sur Politeia.ch. Crédit photo: Patrick Lopreno

 

Le nouveau directeur de l’Office cantonal de l’emploi (OCE) à Genève devra appliquer la préférence cantonale pour les régies publiques (ou celles touchant des subventions de l’Etat). C’est un os que le conseiller d’Etat MCG Mauro Poggia donne à ronger à son parti et à l’électorat de ce dernier. Cela ne changera rien, et dans les faits, les entités publiques ont souvent été dirigées sous un tel régime. L’exemple du Danemark en 1772, quand l’influent régent du roi, Johann Struensee, est exécuté par ses adversaires conservateurs, est parlant. A cette époque, le principe de préférence nationale est appliqué dans les administrations publiques.

 

Depuis tant d’années déjà, la rhétorique qui consiste à mélanger immigration et marché de l’emploi a la peau dure. Il faut être clair: c’est une réponse simple à une question compliquée. Cette formulation est certes passablement éculée, mais dans le cas d’espèce, elle est tout à fait appropriée. Ce sont deux visions économiques de la société qui s’affrontent, et Mauro Poggia ne fait qu’en choisir une au détriment d’une autre, pour des raisons a priori bassement électorales. En effet, les régies publiques peuvent sélectionner de la main d’œuvre locale plus facilement qu’une entreprise privée, grâce à un large panel de compétences représentées au sein de l’Etat. Mais cette capacité à recruter des salariés locaux a aussi une limite: dans certains secteurs, la pénurie est réelle, même pour l’Etat.

 

Ainsi, l’économie, même sous régime politique protectionniste, a toujours dû combler les manques de mains d’œuvres locales dans certains secteurs en cherchant des compétences étrangères. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la loi, imparfaite reconnaissons-le, demande aux entreprises de d’abord rechercher des employés sur le territoire national, et d’être en mesure si nécessaire de démontrer que de telles recherches ont eu lieu et ont été infructueuses. Une législation facilement contournable, démontrant toutefois l’impossibilité pratique de maintenir un marché de l’emploi dans un espace géographique déterminé. La globalisation, tant politique que technologique et humaine, a de surcroît modifié les comportements des agents économiques, leur octroyant une plus grande mobilité, avec des incitations évidentes à traverser de plus grandes distances pour trouver un emploi avec de meilleures conditions.

 

Il s’agit bien, même ici, d’un fragile équilibre entre l’offre et la demande. D’un côté, un canton comme Genève avec un arrière pays scindé par une frontière étatique. Ce qui devrait être géographiquement cet arrière pays de la région genevoise appartient dans les faits à l’Etat français. Ainsi, les entreprises établies dans les localités françaises le sont aux conditions législatives et fiscales françaises, avec les conséquences que cela engendre sur la qualité de l’offre. C’est une logique élémentaire: un habitant d’une région comme la Haute-Savoie ou l’Ain n’est pas idiot et sait prendre sa calculatrice quand il est question de se nourrir lui et éventuellement sa famille s’il en a une. Les conditions à Genève, en termes d’offres d’emplois, sont bien meilleures. En tout cas d’un point de vue de la rémunération. Les conditions peut-être aussi. C’est pourquoi nombreux sont ceux qui sont prêts à prendre la voiture une heure aller, une heure retour (sans compter les bouchons) pour gagner davantage et travailler mieux. La pertinence d’une application de la zone franche (un accord existant entre la Suisse et la France) aurait évidemment des conséquences positives pour le marché de l’emploi genevois. C’est néanmoins plus difficile à expliquer aux électeurs.

 

Cette réalité (mobilité, globalisation, etc.) n’est pas uniquement politique (marché unique) mais aussi structurelle. Même avec des restrictions à l’immigration, l’Etat devra faire face, à terme, à une pression des entreprises privées pour augmenter ou modifier la répartition des quotas par secteur. C’est une évidence mathématique. L’Etat peut probablement se payer le luxe de rechercher plus longuement sa main d’œuvre dans le territoire cantonal. Mais même Mauro Poggia n’est pas dupe, puisqu’il a dit à plusieurs reprises qu’il n’était pas contre le fait d’employer des travailleurs étrangers ou frontaliers en cas de pénurie avérée dans certains métiers.

 

C’est pourquoi cette annonce faite à propos du nouveau directeur de l’Office cantonal de l’emploi sonne comme une imposture. Son caractère électoraliste semble on ne peut plus téléphoné, et il est difficile d’accorder un réel crédit à cette décision de Mauro Poggia. Le conseiller d’Etat est malin: d’un côté, il calme les ardeurs de son parti, et particulièrement de la direction de celui-ci, qui lui rappelle à l’envi qu’il a été placé là grâce à l’électorat MCG et qu’il doit mener une politique MCG; d’un autre, il s’assure la sympathie d’une importante proportion de la population se sentant injustement spolié par les individus vivant au-delà des frontières cantonales (et surtout, dans les esprits, nationales). Un joli coup de poker d’un as en la matière. Le conseiller d’Etat Mauro Poggia, décidément, n’est pas parvenu au gouvernement par hasard.

Grégoire Barbey

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10/06/2014

Le rapport accablant sur l'établissement Villars

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A la suite de l’évasion d’un détenu du centre de détention ouvert Villars, Politeia a obtenu le rapport de l’Inspection cantonale des finances (ICF) datant de 2010 relatif à l’établissement. Le document pointe de nombreux dysfonctionnements, notamment liés à un manque important de ressources humaines pour gérer les affaires courantes. Un député proche du dossier a confié à Politeia que peu de mesures spécifiques à Villars ont été prises, en raison de la planification pénitentiaire qui prévoit à terme la fermeture des petites structures comme Villars. Le Département de la sécurité et de l’économie (DSE), en main du conseiller d’Etat Pierre Maudet, n’a pas souhaité commenter le rapport de l’ICF. Emmanuelle Lo Verso, secrétaire générale adjointe au DES, a quand même précisé «qu’une série de mesures a déjà été prise pour améliorer la situation de l’établissement de Villars. L’une de ces mesures consiste à ne placer à Villars que des courtes peines et des cas évalués non dangereux». Politeia n’a pas pu en apprendre davantage du côté du département «pour des raisons de sécurité».

L’audit s’attarde longuement sur les activités de contrôle de l’établissement Villars. Selon le document, l’audité a informé l’ICF de son incapacité (en termes de personnel) à «effectuer les contrôles pertinents pour s’assurer que les détenus en régime de semi-détention bénéficient toujours d’un emploi, sont présents sur leur lieu de travail et ont un comportement adéquat». Le rapport précise que les mesures prises par Villars ne couvrent pas le risque que des détenus bénéficient à tort du régime de la semi-détention. Par ailleurs, l’établissement n’a également pas les moyens nécessaires pour fouiller tous les détenus en régime de semi-détention lorsqu’ils rentrent de leur journée de travail ou de formation à l’extérieur. Les visiteurs du week-end ne sont pas non plus fouillés de façon approfondie (seules des fouilles sommaires des sacs sont effectuées, selon le document). Les colis reçus ne sont pas non plus contrôlés systématiquement.

L’audit s’inquiète du niveau de sécurité insatisfaisant du bâtiment. «Il ressort des constats (…) que la sécurité et la santé des détenus ne peuvent pas être assurées. Cette situation favorise notamment le maintien d’un trafic de stupéfiants au sein de l’établissement (trafic avéré selon les propos de l’audité).» Ce qui expose les agents de détention à des risques d’agression (puisqu’il n’est pas impossible que les détenus soient en possession d’objets dangereux, en conséquence des contrôles lacunaires), détaille le document. Les responsables de l’établissement précisent toutefois dans le document que d’autres structures comme Champ-Dollon connaissent aussi des trafics de stupéfiants. Selon eux, la sécurité du bâtiment serait grandement améliorée si une fouille systématique des détenus était effectuée à leur retour d’activités externes.

Politeia s’est renseigné sur la situation du personnel de l’établissement de Villars. Une source interne affirme qu’aucune augmentation des ressources humaines n’a été effectuée. Elle confirme également que les fouilles des détenus ne sont pas systématiques en conséquence d’une insuffisance de personnel. Le rapport mettait également en cause l’approvisionnement des médicaments, effectué par un collaborateur de l’établissement. L’acheminement des médicaments prescrits aux détenus comportait des risques pour la sécurité du collaborateur, notamment en termes «de vol avec agression» en raison du transport de méthadone. La source interne de Politeia a toutefois confirmé que cette situation a été corrigée et qu’un service s’occupe maintenant de l’approvisionnement de l’établissement en médicaments.

Grégoire Barbey

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02/06/2014

Le 1er juin, les autorités et les gueux

 

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Bicentenaire du rattachement de Genève à la Confédération. Scène incroyable
ce week-end lors de la célébration du débarquement des confédérés à Genève en 1814.


J’annonce immédiatement la couleur: j’ai été convié, vendredi et samedi, aux événements réservés aux autorités. Dès lors, chacun jugera de la pertinence de mon propos. Je désire toutefois m’associer à tous les citoyens qui, d’une manière ou d’une autre, ont été déçus par l’organisation des célébrations du bicentenaire du rattachement de Genève à la Confédération. Il y a de quoi. Je n’étais pas présent dimanche pour la commémoration du débarquement. J’ai cependant reçu des photos qui valent toutes les paroles les plus sages. Tout au long de ce week-end de festivités, il y avait d’un côté les privilégiés et de l’autre le bas peuple, celui qu’on laisse s’agglutiner tout autour du carré saint où siègent les grands esprits du canton et du pays.

 

Evidemment, il me faut être honnête: j’ai moi-même passé un excellent moment samedi. Je serais malhonnête d’affirmer le contraire. Je ne veux en aucun cas donner l’impression que je crache dans la soupe, ce n’est pas ma démarche. Je m’interroge, et je pense qu’il est nécessaire de le faire, sur la pertinence d’organiser une commémoration publique si les infrastructures mises en place ne servent pas à faire profiter à l’ensemble de nos concitoyens les petits plaisirs de la minorité au pouvoir. Ayant été invité, je n’ai pas pu me promener sur les quais pour constater moi-même qu’il était impossible de suivre les festivités réservées aux autorités. Ce n’est qu’après le témoignage, notamment dans le courrier des lecteurs de la Tribune de Genève, de quelques citoyens mécontents, que j’ai compris l’ampleur du problème.

 

D’un côté, les privilégiés, les «élites», comme les qualifieraient certains partis, et de l’autre, les gueux, le peuple, celui qu’on ne veut pas avoir à ses côtés, mais qui nous a quand même placé dans ce rôle tout à fait agréable. On voudrait donner des armes au MCG et à l’UDC qu’on ne s’y prendrait pas mieux! Ces formations politiques auront tout le loisir de dénoncer le comportement des autorités, de crier au loup et d’enfoncer le clou. Ils auraient tort de se priver quand on leur tend la perche. C’est quand même dommage qu’il faille à nouveau mettre en exergue une certaine déconnexion entre les élus et les citoyens. Ces derniers auraient sûrement souhaité faire partie des festivités dans leur ensemble, et on ne peut leur en vouloir. Après tout, c’était une commémoration patriote, et probablement que bon nombre de nos concitoyens souhaitaient pour l’occasion se mêler aux élus pour communiquer leur fierté d’être Genevois, et plus largement d’être Suisses.

 

D’une certaine façon, ce week-end, on leur a retiré leur nationalité l’espace de quelques heures. Ils n’étaient pas des citoyens suffisamment bien mis pour faire partie des spectateurs des véritables festivités. Cela rappelle à la fois l’Ancien Régime et la Rome antique. Du coup, on ne peut qu’inviter les organisateurs à remettre en question leurs décisions pour les prochaines dates de la commémoration (qui s’étend jusqu’en 2015) et éviter de commettre la même erreur. Ce serait déjà une bonne chose. Mais peut-être que c’était volontaire et que les gueux n’ont rien à y faire.

 

Grégoire Barbey

 

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01/06/2014

Stauffer: Genève d'abord... sauf le week-end!

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LA BRÈVE DU BICENTENAIRE – La célébration du rattachement de Genève à la Confédération suisse était très vive en ce week-end de fin mai/début juin avec de nombreux événements. Les autorités ont eu également tout loisir de profiter des festivités avec plusieurs événements qui leur étaient réservés. C’était le cas vendredi soir pour l’avant-première du spectacle 1814 ou la cuisine de l’Histoire au Port noir et de la réception hier des autorités confédérales sur le bateau Lausanne avec la présence du président de la Confédération. Nombreux étaient les participants, des élus communaux aux élus cantonaux, avec des membres également de l’Assemblée fédérale et des autorités judiciaires fédérales. Mais le plus surprenant, dans tout cet attroupement, était l’absence du plus Genevois des Genevois (selon ses propres estimations), le bien/mal aimé Eric Stauffer, président ad aeternam du Mouvement citoyens genevois (MCG). Le tribun était effectivement en vacances. Ce qui a surpris le député vert François Lefort et qui a confié à Politeia: «C’est quand même étonnant que le plus Genevois autoproclamé des politiciens, créateur du parti des plus que Genevois et bateleur en chef de ce parti soit ostensiblement absent d’une célébration aussi emblématique pour le Canton de Genève, peut-être aurait-il fallu le prévenir que le bicentenaire cela ne se produit qu’une fois?»

La question reste ouverte. En tous les cas, cette absence n’a pas l’air d’avoir suscité l’ombre d’un regret, puisqu’aucun journal ni politicien ne l’a relevé ces dernières heures. En tous les cas, cela n’a pas empêché le soleil de briller solennellement.

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28/05/2014

Trois anciens bâtonniers défendent l'Etat

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François Canonica. La nomination de l'ancien bâtonnier de l'Ordre des avocats
à la présidence des HUG doit être suspendue. Le temps d'éclaircir l'affaire.


Trois anciens bâtonniers qui défendent tous l'Etat, c'est quand même surprenant. Personne ne l'a relevé. Pourtant c'est une évidence:
Vincent Spira, défenseur de la directrice de la Pâquerette, a été bâtonnier de l'Ordre des avocats de Genève de 2010-2011;
Benoît Chappuis, auteur du dernier rapport sur la Pâquerette, a été bâtonnier de l'Ordre des avocats de Genève de 1998-2000;
François Canonica, nouveau président des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), a été bâtonnier de l'Ordre des avocats de Genève de 2012-2014.

L'opacité de cette affaire est dérangeante. Le rapport de Benoît Chappuis a créé l'indignation du côté de la famille d'Adeline car la directrice n'a écopé que d'un blâme, alors que sa responsabilité est engagée. Son avocat, l'ancien bâtonnier Vincent Spira, parle même de réhabilitation. Je ne suis pas de ceux qui cherchent à mettre nommément la faute sur quelqu'un. Au contraire. Je m'interroge cependant comme bon nombre de mes concitoyens sur ce dossier. Le rapport de Benoît Chappuis décharge nettement l'Etat, en plaçant la faute dans un large contexte d'erreurs sur une longue période. Certes, il a probablement raison. Mais je note que le rapport de Bernard Ziegler, ancien conseiller d'Etat socialiste, était beaucoup plus dur avec l'Etat et les institutions. Est-ce un hasard si ces anciens bâtonniers défendent les intérêts du Canton? Sûrement pas. Dans ces conditions, la nomination de François Canonica à la présidence des HUG doit être suspendue. Il en va de la crédibilité de nos institutions.

Grégoire Barbey

 

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