Gregoire Barbey

21/09/2014

Dangereux mélange entre MCG et police

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Copyright: Patrick Gilliéron Lopreno


Le Mouvement citoyen genevois (MCG) est-il le parti de la police? A priori, cette question peut sembler se suffire à elle-même, tant la réponse parait logique: oui. Ou du moins, le MCG essaie d’être le parti de la police. Et cette situation suscite quand même un certain nombre d’interrogations. Tout d’abord, il faut rappeler que l’actuel président du MCG, Roger Golay, est un membre très actif du très puissant syndicat de la police, et que son réseau policier est des plus importants sur l’ensemble de la Suisse romande (c’est d’ailleurs l’une des raisons officieuses qui lui a permis de rejoindre assez facilement le groupe UDC au Conseil national). D’autres membres de son parti, comme l’ancien conseiller administratif de la Ville de Vernier Thierry Cerutti, sont également des policiers, à la retraite ou encore en fonction. Dans le cas de Thierry Cerutti, Francisco Valentin, Jean-Marie Voumard, Sandro Pistis et Jean Sanchez (retraité), tous députés MCG au Grand Conseil de Genève, la possibilité de voter sur des projets de loi concernant directement la police peut sembler problématique. Même si un avis de droit demandé par le Grand Conseil a estimé qu'ils pouvaient le faire. En général, surtout à droite, les liens d’intérêt font l’objet de vives critiques, et ce pour des raisons très compréhensibles. Néanmoins à Genève, cet élément semble assez peu déranger. Dans de nombreux cantons, les policiers n’ont pas l’autorisation de siéger dans des parlements cantonaux, pour éviter justement la double casquette de serviteur de l’Etat et de législateur. Est-ce la bonne méthode? Ce n’est pas garanti, mais cela évite quand même certains écueils.

 

Il y a quelques mois, une polémique était née (en tout cas sur les réseaux sociaux), où certains députés d’autres partis se plaignaient d’avoir vu des policiers arborer des écussons du MCG sur leur uniforme. Cette affaire n’a jamais été démontrée et il faut donc en relativiser la portée. Mais ça justifie quand même des interrogations. Les policiers sont des citoyens comme les autres et il est tout à fait normal et légitime qu’ils veuillent défendre leurs intérêts, c’est-à-dire protéger leurs acquis et leurs conditions de travail. Qui pourrait leur en vouloir? Là où le bât blesse, c’est quand un parti surfe sur cette réalité pour engranger des voix dans une profession déjà très puissante de par son important syndicat, qui fait des merveilles en matière de lobbysme (comme l’a démontré la récente grève préventive des policiers contre le projet de réforme du système de rémunération de l’Etat). En démocratie, tout débat mérite d’être posé, et celui-ci a autant droit de cité qu’un autre: est-ce que l’on peut tolérer le mélange des genres, et jusqu’à quel point? Dans la Tribune de Genève de vendredi, après le vote sur la Loi sur la police, Eric Stauffer estime que «vouloir défier le MCG sur son terroir confine à l’inconscience». Le message du président d’honneur du MCG est clair. Ces députés qui sont policiers la journée, respectant une certaine hiérarchie, un ordre militaire etc., comment peuvent-ils le soir prendre une autre casquette et contrer politiquement les décisions de ceux qui les commandent?

 

L’UDC, que l’on ne peut pas qualifier de parti de la gauche molle en matière de sécurité, possède aussi des députés qui ont des liens directs avec la police (en fonction ou retraité), c’est le cas par exemple de Patrick Lussi. Mais l’UDC n’a jamais eu avec la profession de la police la même relation que le MCG actuellement. Cela a quand même des aspects inquiétants. Sur le débat de la loi sur la police, qui a fait couler beaucoup d’encre, le MCG a tenté de bloquer les débats en déposant pas moins de 41 amendements (!). Il n’a pas pour autant eu gain de cause, et il menace maintenant d’un référendum sous prétexte que la nouvelle législation ne comprend pas explicitement le critère de nationalité, situation qui permettrait, selon le MCG, de recruter des frontaliers dans la police. C’est un argument d’opportunité qui légitime en réalité une fronde beaucoup plus sournoise visant à passer un message aux policiers: le MCG est le seul parti qui se soucie vraiment des conditions des défenseurs de l’Etat en matière de sécurité. Si l’on peut comprendre qu’un parti souhaite capitaliser sur des forces électorales vives, on peut quand même s’étonner des moyens que se donne ledit parti pour s’opposer à toute redéfinition des périmètres légaux de la profession de policier. Oui, la police est un métier difficile et éminemment respectable.

 

Dans une période particulièrement délicate pour les finances publiques, toutes les professions répertoriées au sein de l’Etat doivent pouvoir être remises en question dans leurs acquis sociaux. Est-ce vraiment nécessaire? Qu’est-ce qui relève d’une indemnité acceptable pour un métier compliqué, et qu’est-ce qui relève plutôt du privilège lié à des finances bien portantes? Ce débat ne doit pas faire l’objet d’une censure, ni de slogans honteusement mensongers dénonçant une attaque en règle contre la profession de policier. Personne ne remet en cause l’importance de la police, et nul n’a pour but d’affirmer que les policiers sont trop bien lotis. Mais comme tous les autres citoyens, ils doivent consentir à des efforts. Jusqu’ici, leur situation fait souvent l’objet de débats virulents, avec un Roger Golay toujours prêt à en découdre pour dénoncer toute tentative de redéfinition du métier de policier, et en tout cas des rémunérations (sous toutes leurs formes). C’est une situation néfaste pour Genève, et cela ne facilite ni le travail de l’exécutif, ni celui de la police.

 

Comment, en effet, la police peut-elle faire passer son message politique lorsque les citoyens se plaignent toujours plus des incivilités de certaines personnes, et que le sentiment d’insécurité croît régulièrement? L’image de la police doit rester intacte, car ceux qui pratiquent la profession ne doivent pas être victimes de stéréotypes liés à un parti qui tente de se donner un rôle qu’il n’a pas à avoir. Non, tous les policiers ne sont pas membres du MCG. Tous ne sont pas non plus contre un débat sur leur profession. Ils veulent néanmoins comprendre pourquoi certains aspects de leurs rémunérations, par exemple, suscitent des interrogations du législateur et de l’exécutif. Mais comment le leur expliquer quand, à peine le débat posé, le MCG monte au créneau à grand renfort de slogans préfabriqués limitant toute discussion intelligente et intelligible? Faut-il en arriver au point où législateur et exécutif finiront par s’interroger sur l’opportunité d’interdire le cumul de fonction entre fonctionnaire et parlementaire (des groupes parlementaires y réfléchissent déjà sérieusement)? Est-ce que la situation ne nécessite pas des discussions pacifiées, où policiers, MCG et citoyens peuvent donner leur avis et arriver sur un consensus global plutôt qu’un coup d’Etat continuel via des mouvements syndicaux incontrôlables? La police, comme toutes les professions au sein de l’Etat, ne bénéficie pas, et c’est normal, d’un statut particulier rendant ses acquis intouchables et indiscutables. Il n’est pas question de dire qu’ils sont privilégiés, mais il est important de pouvoir discuter d’efforts consentis par tout un chacun. Sinon, comment peut-on encore parler de démocratie?

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24/07/2014

Préférence cantonale: la mesure sans effet

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Texte paru initialement sur Politeia.ch. Crédit photo: Patrick Lopreno

 

Le nouveau directeur de l’Office cantonal de l’emploi (OCE) à Genève devra appliquer la préférence cantonale pour les régies publiques (ou celles touchant des subventions de l’Etat). C’est un os que le conseiller d’Etat MCG Mauro Poggia donne à ronger à son parti et à l’électorat de ce dernier. Cela ne changera rien, et dans les faits, les entités publiques ont souvent été dirigées sous un tel régime. L’exemple du Danemark en 1772, quand l’influent régent du roi, Johann Struensee, est exécuté par ses adversaires conservateurs, est parlant. A cette époque, le principe de préférence nationale est appliqué dans les administrations publiques.

 

Depuis tant d’années déjà, la rhétorique qui consiste à mélanger immigration et marché de l’emploi a la peau dure. Il faut être clair: c’est une réponse simple à une question compliquée. Cette formulation est certes passablement éculée, mais dans le cas d’espèce, elle est tout à fait appropriée. Ce sont deux visions économiques de la société qui s’affrontent, et Mauro Poggia ne fait qu’en choisir une au détriment d’une autre, pour des raisons a priori bassement électorales. En effet, les régies publiques peuvent sélectionner de la main d’œuvre locale plus facilement qu’une entreprise privée, grâce à un large panel de compétences représentées au sein de l’Etat. Mais cette capacité à recruter des salariés locaux a aussi une limite: dans certains secteurs, la pénurie est réelle, même pour l’Etat.

 

Ainsi, l’économie, même sous régime politique protectionniste, a toujours dû combler les manques de mains d’œuvres locales dans certains secteurs en cherchant des compétences étrangères. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la loi, imparfaite reconnaissons-le, demande aux entreprises de d’abord rechercher des employés sur le territoire national, et d’être en mesure si nécessaire de démontrer que de telles recherches ont eu lieu et ont été infructueuses. Une législation facilement contournable, démontrant toutefois l’impossibilité pratique de maintenir un marché de l’emploi dans un espace géographique déterminé. La globalisation, tant politique que technologique et humaine, a de surcroît modifié les comportements des agents économiques, leur octroyant une plus grande mobilité, avec des incitations évidentes à traverser de plus grandes distances pour trouver un emploi avec de meilleures conditions.

 

Il s’agit bien, même ici, d’un fragile équilibre entre l’offre et la demande. D’un côté, un canton comme Genève avec un arrière pays scindé par une frontière étatique. Ce qui devrait être géographiquement cet arrière pays de la région genevoise appartient dans les faits à l’Etat français. Ainsi, les entreprises établies dans les localités françaises le sont aux conditions législatives et fiscales françaises, avec les conséquences que cela engendre sur la qualité de l’offre. C’est une logique élémentaire: un habitant d’une région comme la Haute-Savoie ou l’Ain n’est pas idiot et sait prendre sa calculatrice quand il est question de se nourrir lui et éventuellement sa famille s’il en a une. Les conditions à Genève, en termes d’offres d’emplois, sont bien meilleures. En tout cas d’un point de vue de la rémunération. Les conditions peut-être aussi. C’est pourquoi nombreux sont ceux qui sont prêts à prendre la voiture une heure aller, une heure retour (sans compter les bouchons) pour gagner davantage et travailler mieux. La pertinence d’une application de la zone franche (un accord existant entre la Suisse et la France) aurait évidemment des conséquences positives pour le marché de l’emploi genevois. C’est néanmoins plus difficile à expliquer aux électeurs.

 

Cette réalité (mobilité, globalisation, etc.) n’est pas uniquement politique (marché unique) mais aussi structurelle. Même avec des restrictions à l’immigration, l’Etat devra faire face, à terme, à une pression des entreprises privées pour augmenter ou modifier la répartition des quotas par secteur. C’est une évidence mathématique. L’Etat peut probablement se payer le luxe de rechercher plus longuement sa main d’œuvre dans le territoire cantonal. Mais même Mauro Poggia n’est pas dupe, puisqu’il a dit à plusieurs reprises qu’il n’était pas contre le fait d’employer des travailleurs étrangers ou frontaliers en cas de pénurie avérée dans certains métiers.

 

C’est pourquoi cette annonce faite à propos du nouveau directeur de l’Office cantonal de l’emploi sonne comme une imposture. Son caractère électoraliste semble on ne peut plus téléphoné, et il est difficile d’accorder un réel crédit à cette décision de Mauro Poggia. Le conseiller d’Etat est malin: d’un côté, il calme les ardeurs de son parti, et particulièrement de la direction de celui-ci, qui lui rappelle à l’envi qu’il a été placé là grâce à l’électorat MCG et qu’il doit mener une politique MCG; d’un autre, il s’assure la sympathie d’une importante proportion de la population se sentant injustement spolié par les individus vivant au-delà des frontières cantonales (et surtout, dans les esprits, nationales). Un joli coup de poker d’un as en la matière. Le conseiller d’Etat Mauro Poggia, décidément, n’est pas parvenu au gouvernement par hasard.

Grégoire Barbey

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10/06/2014

Le rapport accablant sur l'établissement Villars

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A la suite de l’évasion d’un détenu du centre de détention ouvert Villars, Politeia a obtenu le rapport de l’Inspection cantonale des finances (ICF) datant de 2010 relatif à l’établissement. Le document pointe de nombreux dysfonctionnements, notamment liés à un manque important de ressources humaines pour gérer les affaires courantes. Un député proche du dossier a confié à Politeia que peu de mesures spécifiques à Villars ont été prises, en raison de la planification pénitentiaire qui prévoit à terme la fermeture des petites structures comme Villars. Le Département de la sécurité et de l’économie (DSE), en main du conseiller d’Etat Pierre Maudet, n’a pas souhaité commenter le rapport de l’ICF. Emmanuelle Lo Verso, secrétaire générale adjointe au DES, a quand même précisé «qu’une série de mesures a déjà été prise pour améliorer la situation de l’établissement de Villars. L’une de ces mesures consiste à ne placer à Villars que des courtes peines et des cas évalués non dangereux». Politeia n’a pas pu en apprendre davantage du côté du département «pour des raisons de sécurité».

L’audit s’attarde longuement sur les activités de contrôle de l’établissement Villars. Selon le document, l’audité a informé l’ICF de son incapacité (en termes de personnel) à «effectuer les contrôles pertinents pour s’assurer que les détenus en régime de semi-détention bénéficient toujours d’un emploi, sont présents sur leur lieu de travail et ont un comportement adéquat». Le rapport précise que les mesures prises par Villars ne couvrent pas le risque que des détenus bénéficient à tort du régime de la semi-détention. Par ailleurs, l’établissement n’a également pas les moyens nécessaires pour fouiller tous les détenus en régime de semi-détention lorsqu’ils rentrent de leur journée de travail ou de formation à l’extérieur. Les visiteurs du week-end ne sont pas non plus fouillés de façon approfondie (seules des fouilles sommaires des sacs sont effectuées, selon le document). Les colis reçus ne sont pas non plus contrôlés systématiquement.

L’audit s’inquiète du niveau de sécurité insatisfaisant du bâtiment. «Il ressort des constats (…) que la sécurité et la santé des détenus ne peuvent pas être assurées. Cette situation favorise notamment le maintien d’un trafic de stupéfiants au sein de l’établissement (trafic avéré selon les propos de l’audité).» Ce qui expose les agents de détention à des risques d’agression (puisqu’il n’est pas impossible que les détenus soient en possession d’objets dangereux, en conséquence des contrôles lacunaires), détaille le document. Les responsables de l’établissement précisent toutefois dans le document que d’autres structures comme Champ-Dollon connaissent aussi des trafics de stupéfiants. Selon eux, la sécurité du bâtiment serait grandement améliorée si une fouille systématique des détenus était effectuée à leur retour d’activités externes.

Politeia s’est renseigné sur la situation du personnel de l’établissement de Villars. Une source interne affirme qu’aucune augmentation des ressources humaines n’a été effectuée. Elle confirme également que les fouilles des détenus ne sont pas systématiques en conséquence d’une insuffisance de personnel. Le rapport mettait également en cause l’approvisionnement des médicaments, effectué par un collaborateur de l’établissement. L’acheminement des médicaments prescrits aux détenus comportait des risques pour la sécurité du collaborateur, notamment en termes «de vol avec agression» en raison du transport de méthadone. La source interne de Politeia a toutefois confirmé que cette situation a été corrigée et qu’un service s’occupe maintenant de l’approvisionnement de l’établissement en médicaments.

Grégoire Barbey

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02/06/2014

Le 1er juin, les autorités et les gueux

 

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Bicentenaire du rattachement de Genève à la Confédération. Scène incroyable
ce week-end lors de la célébration du débarquement des confédérés à Genève en 1814.


J’annonce immédiatement la couleur: j’ai été convié, vendredi et samedi, aux événements réservés aux autorités. Dès lors, chacun jugera de la pertinence de mon propos. Je désire toutefois m’associer à tous les citoyens qui, d’une manière ou d’une autre, ont été déçus par l’organisation des célébrations du bicentenaire du rattachement de Genève à la Confédération. Il y a de quoi. Je n’étais pas présent dimanche pour la commémoration du débarquement. J’ai cependant reçu des photos qui valent toutes les paroles les plus sages. Tout au long de ce week-end de festivités, il y avait d’un côté les privilégiés et de l’autre le bas peuple, celui qu’on laisse s’agglutiner tout autour du carré saint où siègent les grands esprits du canton et du pays.

 

Evidemment, il me faut être honnête: j’ai moi-même passé un excellent moment samedi. Je serais malhonnête d’affirmer le contraire. Je ne veux en aucun cas donner l’impression que je crache dans la soupe, ce n’est pas ma démarche. Je m’interroge, et je pense qu’il est nécessaire de le faire, sur la pertinence d’organiser une commémoration publique si les infrastructures mises en place ne servent pas à faire profiter à l’ensemble de nos concitoyens les petits plaisirs de la minorité au pouvoir. Ayant été invité, je n’ai pas pu me promener sur les quais pour constater moi-même qu’il était impossible de suivre les festivités réservées aux autorités. Ce n’est qu’après le témoignage, notamment dans le courrier des lecteurs de la Tribune de Genève, de quelques citoyens mécontents, que j’ai compris l’ampleur du problème.

 

D’un côté, les privilégiés, les «élites», comme les qualifieraient certains partis, et de l’autre, les gueux, le peuple, celui qu’on ne veut pas avoir à ses côtés, mais qui nous a quand même placé dans ce rôle tout à fait agréable. On voudrait donner des armes au MCG et à l’UDC qu’on ne s’y prendrait pas mieux! Ces formations politiques auront tout le loisir de dénoncer le comportement des autorités, de crier au loup et d’enfoncer le clou. Ils auraient tort de se priver quand on leur tend la perche. C’est quand même dommage qu’il faille à nouveau mettre en exergue une certaine déconnexion entre les élus et les citoyens. Ces derniers auraient sûrement souhaité faire partie des festivités dans leur ensemble, et on ne peut leur en vouloir. Après tout, c’était une commémoration patriote, et probablement que bon nombre de nos concitoyens souhaitaient pour l’occasion se mêler aux élus pour communiquer leur fierté d’être Genevois, et plus largement d’être Suisses.

 

D’une certaine façon, ce week-end, on leur a retiré leur nationalité l’espace de quelques heures. Ils n’étaient pas des citoyens suffisamment bien mis pour faire partie des spectateurs des véritables festivités. Cela rappelle à la fois l’Ancien Régime et la Rome antique. Du coup, on ne peut qu’inviter les organisateurs à remettre en question leurs décisions pour les prochaines dates de la commémoration (qui s’étend jusqu’en 2015) et éviter de commettre la même erreur. Ce serait déjà une bonne chose. Mais peut-être que c’était volontaire et que les gueux n’ont rien à y faire.

 

Grégoire Barbey

 

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01/06/2014

Stauffer: Genève d'abord... sauf le week-end!

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LA BRÈVE DU BICENTENAIRE – La célébration du rattachement de Genève à la Confédération suisse était très vive en ce week-end de fin mai/début juin avec de nombreux événements. Les autorités ont eu également tout loisir de profiter des festivités avec plusieurs événements qui leur étaient réservés. C’était le cas vendredi soir pour l’avant-première du spectacle 1814 ou la cuisine de l’Histoire au Port noir et de la réception hier des autorités confédérales sur le bateau Lausanne avec la présence du président de la Confédération. Nombreux étaient les participants, des élus communaux aux élus cantonaux, avec des membres également de l’Assemblée fédérale et des autorités judiciaires fédérales. Mais le plus surprenant, dans tout cet attroupement, était l’absence du plus Genevois des Genevois (selon ses propres estimations), le bien/mal aimé Eric Stauffer, président ad aeternam du Mouvement citoyens genevois (MCG). Le tribun était effectivement en vacances. Ce qui a surpris le député vert François Lefort et qui a confié à Politeia: «C’est quand même étonnant que le plus Genevois autoproclamé des politiciens, créateur du parti des plus que Genevois et bateleur en chef de ce parti soit ostensiblement absent d’une célébration aussi emblématique pour le Canton de Genève, peut-être aurait-il fallu le prévenir que le bicentenaire cela ne se produit qu’une fois?»

La question reste ouverte. En tous les cas, cette absence n’a pas l’air d’avoir suscité l’ombre d’un regret, puisqu’aucun journal ni politicien ne l’a relevé ces dernières heures. En tous les cas, cela n’a pas empêché le soleil de briller solennellement.

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28/05/2014

Trois anciens bâtonniers défendent l'Etat

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François Canonica. La nomination de l'ancien bâtonnier de l'Ordre des avocats
à la présidence des HUG doit être suspendue. Le temps d'éclaircir l'affaire.


Trois anciens bâtonniers qui défendent tous l'Etat, c'est quand même surprenant. Personne ne l'a relevé. Pourtant c'est une évidence:
Vincent Spira, défenseur de la directrice de la Pâquerette, a été bâtonnier de l'Ordre des avocats de Genève de 2010-2011;
Benoît Chappuis, auteur du dernier rapport sur la Pâquerette, a été bâtonnier de l'Ordre des avocats de Genève de 1998-2000;
François Canonica, nouveau président des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), a été bâtonnier de l'Ordre des avocats de Genève de 2012-2014.

L'opacité de cette affaire est dérangeante. Le rapport de Benoît Chappuis a créé l'indignation du côté de la famille d'Adeline car la directrice n'a écopé que d'un blâme, alors que sa responsabilité est engagée. Son avocat, l'ancien bâtonnier Vincent Spira, parle même de réhabilitation. Je ne suis pas de ceux qui cherchent à mettre nommément la faute sur quelqu'un. Au contraire. Je m'interroge cependant comme bon nombre de mes concitoyens sur ce dossier. Le rapport de Benoît Chappuis décharge nettement l'Etat, en plaçant la faute dans un large contexte d'erreurs sur une longue période. Certes, il a probablement raison. Mais je note que le rapport de Bernard Ziegler, ancien conseiller d'Etat socialiste, était beaucoup plus dur avec l'Etat et les institutions. Est-ce un hasard si ces anciens bâtonniers défendent les intérêts du Canton? Sûrement pas. Dans ces conditions, la nomination de François Canonica à la présidence des HUG doit être suspendue. Il en va de la crédibilité de nos institutions.

Grégoire Barbey

 

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23/05/2014

J'aime la citoyenneté

J'aime quand la République est en émulsion. J'aime parcourir la page des blogs de la Tribune de Genève et y voir fleurir des dizaines d'articles au quotidien, qui tous, d'une manière ou d'une autre, s'intéressent à notre cité, au monde comme il va. J'aime tous ces gens qui s'engagent à leur échelle, qui donnent de leur personne à la communauté, quitte à perdre de leur confort personnel, quitte à essuyer des coups parfois justifiés, souvent déplacés. Toutes ces personnalités contribuent à faire bouger les lignes, à susciter des réactions. Qu'ils soient de gauche, de droite, du centre ou des extrêmes, qu'ils soient sans parti, sans patrie, ces gens apportent une richesse incommensurable à notre canton. J'aime ça, cela me fait vibrer. En un mot comme en cent, j'aime la citoyenneté. Merci à vous tous, ceux qui écrivent comme ceux qui lisent, ceux qui dénoncent comme ceux qui bâtissent. Il n'y a rien de plus beau qu'une cité dynamique et en perpétuelle évolution!

Grégoire Barbey

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19/05/2014

Serge Dal Busco doit apprendre à dire non

Editorial de Politeia.ch

Serge Dal Busco est en charge des Finances genevoises depuis six mois maintenant. Une lourde tâche dans un contexte particulièrement délicat: recapitalisation de la caisse de pension publique, réforme de l’imposition des entreprises exigée par l’Union européenne, initiatives cantonale et fédérale visant la suppression de l’imposition d’après la dépense… Tout ça devrait déjà suffire à la peine du conseiller d’Etat. Mais comme les ennuis ne viennent jamais seuls, Serge Dal Busco a écopé de l’Office des bâtiments, alors qu’il souhaitait dès le départ coupler les Finances à l’Economie. Ce qui, au dernier moment, lui a été refusé. Le service qui gère les bâtiments de l’Etat lui a donc été donné, tel un cadeau empoisonné. Car oui, de nombreuses infrastructures, notamment des écoles publiques, tombent en ruine. D’inévitables investissements sont à prévoir. Mais quand? Comment? Selon des informations obtenues par Politeia de personnes haut placées dans l’administration cantonale, de nombreux départements négocient déjà des dépassements de budget.

Serge Dal Busco devra montrer sa pugnacité et sa fermeté face à ses collègues. A ce titre, le programme de législature, qui devrait être publié en juin, sera révélateur. Il lui faudra aussi s’appuyer sur les compétences éprouvées de son homologue vaudois, Pascal Broulis. Le ministre genevois des Finances doit maintenant apprendre à dire non par réflexe, puis à négocier. Il est le capitaine du navire, et c’est à lui que revient la responsabilité de gérer les besoins des uns et des autres de ses collègues. En plus des siens. Il est trop tôt pour dire s’il aura l’envergure nécessaire pour assurer ce rôle pivot au sein du gouvernement. Serge Dal Busco doit concevoir des équilibres de part et d’autre de la gestion financière de l’Etat. Son objectif, comme il le confiait dans un entretien livré à L’Agefi fin février, est de réduire l’endettement chronique du canton de Genève. Un but louable mais peut-être intenable. Comment, avec tout ce qui précède, pourrait-il être en mesure de rembourser la dette s’il doit déjà lutter tel un forcené pour ne pas dépasser les budgets? Oui, Serge Dal Busco doit apprendre à dire non à ses collègues. Et le plus vite sera le mieux.

Grégoire Barbey

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18/05/2014

La France doit réagir au vote des P+R

 

Réaction à chaud.

Les Genevois ont finalement refusé de cofinancer les parkings relais en France voisine. Une défaite pour la mobilité et une difficulté supplémentaire pour le nouveau conseiller d’Etat Luc Barthassat. Au-delà de cet aspect, il faut revenir sur un argument des opposants: chaque pays doit financer ses propres infrastructures sans compter sur les autres. Je ne referai pas le débat. J’invite simplement les autorités françaises à dénoncer l’accord de redistribution de l’impôt des travailleurs frontaliers. En effet, Genève est le seul canton en Suisse à redistribuer lui-même la manne fiscale des frontaliers aux communes françaises. Tout en gardant deux tiers pour ses propres caisses. Du coup, la France finance indirectement nos infrastructures via l’imposition de ses ressortissants. Pour cette raison, et parce qu’il faut suivre le raisonnement victorieux en ce dimanche 18 mai, l’accord doit être renégocié et la situation réadaptée aux standards en vigueur. Certes, Genève perdra de l’argent. Mais c’est finalement mieux, la France ne participera plus indirectement au financement de nos infrastructures.

Grégoire Barbey

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15/05/2014

Pâquerette: et si la structure était illégale?

Quelque chose me chiffonne, dans le dossier de la Pâquerette. Des idées, toutes plus saugrenues les unes que les autres, traversent mon esprit quelque peu animé. Alors, je commets une conjecture. Que Dieu me pardonne.

La fermeture précipitée du centre la Pâquerette par Pierre Maudet, qui s'était alors attribué la responsabilité du dossier après le meurtre de la thérapeute Adeline, n'a toujours pas trouvé dans ma tête une raison valable. Certes, un drame des plus odieux s'y est produit. Une tragédie innommable pour la famille, une douleur partagée par Genève et même au-delà. Mais dans un esprit aussi cartésien que celui de Pierre Maudet, on sait, malheureusement, que le risque zéro n'existe pas. C'est cynique, c'est abominable, mais c'est la triste vérité. Prétendre le contraire, c'est se fourvoyer.

Dès lors, pourquoi Pierre Maudet a-t-il décidé de mettre la clé sous la porte de cet institut qui, nonobstant l'épisode susmentionné, avait toujours eu fonctionné sans grand fracas? Un geste électoral, juste après les élections? Je n'y crois pas. Une tentative de se protéger? Pas impossible, mais peu probable de la part de l'intéressé. Il doit y avoir une raison. Sans aucun doute. Quelque chose de plus fort, difficilement justifiable, nécessitant une réaction immédiate. Un nœud gordien dont la seule possibilité d'en limiter les dégâts est de le brûler. Nettoyer les écuries d'Augias, sans toutefois en révéler tout le contenu...

Et si, par hasard, la Pâquerette avait été construite à l'encontre de la législation fédérale en vigueur? Rappelons que ce centre permettait la détention de détenus nécessitant des soins particuliers. Alors qu'on sait toutes et tous que Champ-Dollon est une prison qui ne permet légalement que la détention provisoire. Si, malgré le droit fédéral, on avait décidé à l'époque (il y a plus de 27 ans) de mettre en place la Pâquerette, porté par les grandes idées des Deleuze et consorts, pour qui la réhabilitation des criminels ne faisait aucun doute? Et si, justement, la Pâquerette n'avait aucune légitimité légale? Cela expliquerait beaucoup de choses. Dont des événements très récents.

A moins qu'on puisse me démontrer le contraire d'un point de vue légal, la question se pose. Peut-être me trompé-je, et alors je m'en excuse sans plus de bavardage. Tout cela n'est, finalement, que crasses réflexions d'un illuminé. Amen.

Grégoire Barbey

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