Gregoire Barbey

23/05/2014

J'aime la citoyenneté

J'aime quand la République est en émulsion. J'aime parcourir la page des blogs de la Tribune de Genève et y voir fleurir des dizaines d'articles au quotidien, qui tous, d'une manière ou d'une autre, s'intéressent à notre cité, au monde comme il va. J'aime tous ces gens qui s'engagent à leur échelle, qui donnent de leur personne à la communauté, quitte à perdre de leur confort personnel, quitte à essuyer des coups parfois justifiés, souvent déplacés. Toutes ces personnalités contribuent à faire bouger les lignes, à susciter des réactions. Qu'ils soient de gauche, de droite, du centre ou des extrêmes, qu'ils soient sans parti, sans patrie, ces gens apportent une richesse incommensurable à notre canton. J'aime ça, cela me fait vibrer. En un mot comme en cent, j'aime la citoyenneté. Merci à vous tous, ceux qui écrivent comme ceux qui lisent, ceux qui dénoncent comme ceux qui bâtissent. Il n'y a rien de plus beau qu'une cité dynamique et en perpétuelle évolution!

Grégoire Barbey

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19/05/2014

Serge Dal Busco doit apprendre à dire non

Editorial de Politeia.ch

Serge Dal Busco est en charge des Finances genevoises depuis six mois maintenant. Une lourde tâche dans un contexte particulièrement délicat: recapitalisation de la caisse de pension publique, réforme de l’imposition des entreprises exigée par l’Union européenne, initiatives cantonale et fédérale visant la suppression de l’imposition d’après la dépense… Tout ça devrait déjà suffire à la peine du conseiller d’Etat. Mais comme les ennuis ne viennent jamais seuls, Serge Dal Busco a écopé de l’Office des bâtiments, alors qu’il souhaitait dès le départ coupler les Finances à l’Economie. Ce qui, au dernier moment, lui a été refusé. Le service qui gère les bâtiments de l’Etat lui a donc été donné, tel un cadeau empoisonné. Car oui, de nombreuses infrastructures, notamment des écoles publiques, tombent en ruine. D’inévitables investissements sont à prévoir. Mais quand? Comment? Selon des informations obtenues par Politeia de personnes haut placées dans l’administration cantonale, de nombreux départements négocient déjà des dépassements de budget.

Serge Dal Busco devra montrer sa pugnacité et sa fermeté face à ses collègues. A ce titre, le programme de législature, qui devrait être publié en juin, sera révélateur. Il lui faudra aussi s’appuyer sur les compétences éprouvées de son homologue vaudois, Pascal Broulis. Le ministre genevois des Finances doit maintenant apprendre à dire non par réflexe, puis à négocier. Il est le capitaine du navire, et c’est à lui que revient la responsabilité de gérer les besoins des uns et des autres de ses collègues. En plus des siens. Il est trop tôt pour dire s’il aura l’envergure nécessaire pour assurer ce rôle pivot au sein du gouvernement. Serge Dal Busco doit concevoir des équilibres de part et d’autre de la gestion financière de l’Etat. Son objectif, comme il le confiait dans un entretien livré à L’Agefi fin février, est de réduire l’endettement chronique du canton de Genève. Un but louable mais peut-être intenable. Comment, avec tout ce qui précède, pourrait-il être en mesure de rembourser la dette s’il doit déjà lutter tel un forcené pour ne pas dépasser les budgets? Oui, Serge Dal Busco doit apprendre à dire non à ses collègues. Et le plus vite sera le mieux.

Grégoire Barbey

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18/05/2014

La France doit réagir au vote des P+R

 

Réaction à chaud.

Les Genevois ont finalement refusé de cofinancer les parkings relais en France voisine. Une défaite pour la mobilité et une difficulté supplémentaire pour le nouveau conseiller d’Etat Luc Barthassat. Au-delà de cet aspect, il faut revenir sur un argument des opposants: chaque pays doit financer ses propres infrastructures sans compter sur les autres. Je ne referai pas le débat. J’invite simplement les autorités françaises à dénoncer l’accord de redistribution de l’impôt des travailleurs frontaliers. En effet, Genève est le seul canton en Suisse à redistribuer lui-même la manne fiscale des frontaliers aux communes françaises. Tout en gardant deux tiers pour ses propres caisses. Du coup, la France finance indirectement nos infrastructures via l’imposition de ses ressortissants. Pour cette raison, et parce qu’il faut suivre le raisonnement victorieux en ce dimanche 18 mai, l’accord doit être renégocié et la situation réadaptée aux standards en vigueur. Certes, Genève perdra de l’argent. Mais c’est finalement mieux, la France ne participera plus indirectement au financement de nos infrastructures.

Grégoire Barbey

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15/05/2014

Pâquerette: et si la structure était illégale?

Quelque chose me chiffonne, dans le dossier de la Pâquerette. Des idées, toutes plus saugrenues les unes que les autres, traversent mon esprit quelque peu animé. Alors, je commets une conjecture. Que Dieu me pardonne.

La fermeture précipitée du centre la Pâquerette par Pierre Maudet, qui s'était alors attribué la responsabilité du dossier après le meurtre de la thérapeute Adeline, n'a toujours pas trouvé dans ma tête une raison valable. Certes, un drame des plus odieux s'y est produit. Une tragédie innommable pour la famille, une douleur partagée par Genève et même au-delà. Mais dans un esprit aussi cartésien que celui de Pierre Maudet, on sait, malheureusement, que le risque zéro n'existe pas. C'est cynique, c'est abominable, mais c'est la triste vérité. Prétendre le contraire, c'est se fourvoyer.

Dès lors, pourquoi Pierre Maudet a-t-il décidé de mettre la clé sous la porte de cet institut qui, nonobstant l'épisode susmentionné, avait toujours eu fonctionné sans grand fracas? Un geste électoral, juste après les élections? Je n'y crois pas. Une tentative de se protéger? Pas impossible, mais peu probable de la part de l'intéressé. Il doit y avoir une raison. Sans aucun doute. Quelque chose de plus fort, difficilement justifiable, nécessitant une réaction immédiate. Un nœud gordien dont la seule possibilité d'en limiter les dégâts est de le brûler. Nettoyer les écuries d'Augias, sans toutefois en révéler tout le contenu...

Et si, par hasard, la Pâquerette avait été construite à l'encontre de la législation fédérale en vigueur? Rappelons que ce centre permettait la détention de détenus nécessitant des soins particuliers. Alors qu'on sait toutes et tous que Champ-Dollon est une prison qui ne permet légalement que la détention provisoire. Si, malgré le droit fédéral, on avait décidé à l'époque (il y a plus de 27 ans) de mettre en place la Pâquerette, porté par les grandes idées des Deleuze et consorts, pour qui la réhabilitation des criminels ne faisait aucun doute? Et si, justement, la Pâquerette n'avait aucune légitimité légale? Cela expliquerait beaucoup de choses. Dont des événements très récents.

A moins qu'on puisse me démontrer le contraire d'un point de vue légal, la question se pose. Peut-être me trompé-je, et alors je m'en excuse sans plus de bavardage. Tout cela n'est, finalement, que crasses réflexions d'un illuminé. Amen.

Grégoire Barbey

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12/04/2014

Service obligatoire orienté éducation civique

Texte aussi disponible sur Politeia.ch.

«Nous devons inciter davantage de jeunes à embrasser une carrière politique», affirme Pierre Maudet dans L’Hebdo du 10 avril. Sur ce constat, difficile d’être en désaccord. Le conseiller d’Etat PLR est d’ailleurs issu du Parti radical, dont la capacité à former la relève a toujours été l’un des points forts à Genève. Une véritable machine de guerre. Qu’on soit en accord avec les idées de ce parti ou non, il faut lui reconnaître cet atout. François Longchamp en est un excellent exemple.

Là où les divergences apparaissent, c’est au niveau de la solution à appliquer pour intéresser les jeunes à la politique. Lui veut créer une filière universitaire, ou du moins proposer des formations ciblées à des jeunes envisageant une carrière politique. L’université représente environ 20% de la population. Dans le même entretien à L’Hebdo, le conseiller d’Etat reconnait que le système suisse permet à «tout un chacun de prétendre aux fonctions les plus élevées». En voulant privilégier une formation universitaire pour faciliter la relève politique, Pierre Maudet veut créer des élites politiques.

En Suisse, ces élites sont rares. Il existe bien sûr quelques technocrates qui n’ont jamais rien fait d’autre qu’exercer des fonctions politiques. Cette absence d’élites a des avantages et des inconvénients, car un certain nombre d’élus traitent de sujets qu’ils ne maîtrisent pas forcément. On peut y voir là un danger pour le fonctionnement des institutions. C’est aussi une aubaine qui permet de poser des questions qui pourraient paraître a priori stupides et qui pourtant mettent souvent le doigt sur des nœuds gordiens qu’on ne perçoit plus quand on est dans le système.

Si l’objectif de Pierre Maudet est d’intéresser les jeunes à la politique, il y a mille et une façons de le faire sans instaurer un élitisme très peu compatible avec le modèle institutionnel suisse. Lui qui veut trouver des alternatives à l’armée, pourquoi ne pas envisager une infrastructure qui va dans ce sens? Des résidents non naturalisés pourraient par exemple, plutôt que de faire l’armée puisqu’ils n’ont pas la nationalité, suivre des cours d’éducation civique. On peut leur expliquer précisément le système suisse. Ses exceptions. Ses avantages. Ses grandeurs et ses faiblesses. Cela permettrait de les y intéresser en connaissance de cause. Ne pas comprendre le fonctionnement de la politique ne favorise pas l’intérêt…

On peut également intégrer les femmes dans ce raisonnement: ouvrir l’obligation de servir (à comprendre dans un sens plus large que l’armée) à toutes et à tous. La Suisse connait aujourd’hui un véritable retard dans l’exercice de fonctions exécutives par des femmes, que ça soit dans le public ou dans le privé. Une obligation de servir qui proposerait non pas une armée pour les femmes mais une formation basée sur la connaissance du système institutionnel, avec aussi des cours de management, des mises en situation, pourquoi pas? Il ne s’agirait pas uniquement des universitaires. Cela coûterait certes de l’argent à la Confédération, mais les retombées économiques à long terme seraient évidentes.

Pour les jeunes hommes, on peut envisager l’intégration d’une filière civique dans l’obligation de servir. Le faire de manière intelligente et concertée avec ces mêmes jeunes. Pierre Maudet a la fibre politique depuis sa plus tendre enfance. Ce n’est pas le cas de tous. Et il a raison de chercher une solution pour infléchir l’abstentionnisme croissant chez les moins âgés. Il a raison aussi de dire que les jeunes ont l’impression que la politique est réservée à des plus de 50 ans: le Grand Conseil 2014-2018 l’illustre à merveille. Un véritable EMS! Mais si plus de jeunes s’engageaient, cette réalité évoluerait. Il faut donc chercher un nouveau modèle intégratif pour intéresser les jeunes à la chose publique. Mais sans promouvoir un système exclusif où seuls ceux qui fréquentent l’université peuvent espérer une formation viable. La politique n’est pas seulement affaire de CV. C’est surtout un engagement personnel pour la communauté.

Grégoire Barbey

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25/03/2014

Des citoyens soutiennent le Père Glôzu

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VILLE DE GENÈVE – Le mythique Café de l’Hôtel-de-Ville arrive en fin de bail. Jean-Yves Glauser, plus connu sous le nom de Père Glôzu, loue les locaux à la Ville depuis vingt-neuf ans. Mais son bail prendra fin au 31 décembre de cette année. La Municipalité veut en profiter pour rénover le restaurant. Ce qui signifie la fermeture (provisoire?) de l’enseigne actuelle. Une perspective qui ne semble pas être du goût de tous. Un groupe Facebook a en effet été créé, exigeant le maintien du Café de l’Hôtel-de-Ville. Près de 600 membres ont déjà rejoint la cause.

Vous souhaitez en savoir davantage? Consultez l'article entier en vous rendant directement sur mon nouveau site internet! Cliquez ici.

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08/03/2014

Naxoo: étrange dit l'ange, étrâne dit l'âne?

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Pierre Maudet. Le conseiller d'Etat était en charge de Naxoo lorsqu'il était magistrat
de la Ville de Genève. Sandrine Salerno a repris le dossier.
(Crédit photo: Haykel Ezzeddine)

 

J'ai commencé à m'intéresser en profondeur au dossier Naxoo, après l'aboutissement du référendum le 9 février dernier refusant la vente à UPC Cablecom. J'ai découvert des détails intéressants, notamment d'anciens administrateurs ou dirigeants qui travaillent maintenant au Département de la sécurité et de l'économie (DSE) dont Pierre Maudet est en charge. Je pense par exemple à Eric Favre, qui était membre du conseil, et a été nommé au 1er juin 2013 directeur des systèmes d'information et de communication à l'Etat de Genève!

 

Je m'étonne par ailleurs qu'il n'y ait rien eu dans la presse à propos de Sandrine Salerno: celle-ci ayant échoué à convaincre les citoyens de la Ville de Genève du bienfondé de sa démarche, il serait normal que le dossier lui soit retiré. Il ne s'agit pas de dire si elle a bien fait ou non son travail, mais elle est maintenant dans une situation où ses décisions seront prises dans une panique tout à fait compréhensible.Il en va de même pour l'actuel conseil d'administration, dont les membres, pour la plupart issus des partis politiques, ont échoué dans leur stratégie. Ils doivent être remplacés, et l'actuel président également!

 

En creusant un peu le dossier, j'ai aussi eu vent d'une soirée arrosée offerte par l'une des parties prenantes de la cession de Naxoo. J'y reviendrai lors d'une prochaine publication. A ce sujet, le MCG, qui était contre la vente (Daniel Sormanni était probablement le conseiller municipal le mieux renseigné sur le dossier) a retourné sa veste promptement. J'ai, semble-t-il, un élément de réponse pouvant justifier ce retrait soudain et le dévoilerai lorsque j'en aurai confirmation.

 

Quant à la demande de la commission des finances de la ville, à savoir que Naxoo explique sa nouvelle stratégie, j'ai un peu de la peine à saisir. Est-ce que Swisscom pourra bénéficier d'un apéritif avant la prise de note concernant le développement de son concurrent? C'est intéressant comme démarche. On voudrait couler Naxoo qu'on ne s'y prendrait pas mieux. D'ailleurs, ceux qui ont échoué devant le peuple pourraient alors dire que leur stratégie était la bonne et qu'elle aurait au moins préservé quelques emplois.

 

Une question demeure quant au transfert des fichiers clients. Habituellement, c'est une transaction chiffrée en millions (dans le cadre d'une entreprise comme Naxoo). Mais ici, le transfert desdits fichiers (81'000 prises si mes souvenirs sont bons) était une condition pour débuter la transaction. J'ai calculé, grosso modo, ce qu'aurait coûté la vente à un prix normal de ces fichiers clients. On dépasse les 10 millions. Or ici, il n'a pas été question d'en négocier un prix, visiblement. Par ailleurs, selon mes sources, Naxoo posséderait près de 30 millions de francs en liquidités...

 

La Ville de Genève a pourtant demandé 57 millions de francs pour Naxoo à UPC Cablecom. Vu la rentabilité et l'EBITDA de l'entreprise, je pense qu'il aurait été possible de valoriser davantage Naxoo. Cette interprétation ne tient pour l'instant qu'à moi, mais je vais continuer mes recherches et serai prochainement en mesure de donner davantage d'informations sur cet étrange dossier. Car oui, qu'on veuille ou non nous le cacher, de nombreuses zones d'ombre subsistent. Par exemple l'ancien président du conseil, Michel Mattacchini, serait parti vivre à l'île Maurice... Bref, j'y reviendrai sans tarder.

 

Grégoire Barbey

 

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23/01/2014

L'antiféministe J. Goetelen se trompe de cible

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Anja Wyden Guelpa. La chancelière d'Etat fait l'objet d'un
blog de John Goetelen. L'accusant de discriminer les hommes.


«Qui trop combat le dragon devient dragon lui-même.» Cette citation de Friedrich Nietzsche, tirée de son livre Ainsi parlait Zarathoustra, illustre bien mon confrère blogueur John Goetelen. J’ai pour lui beaucoup de respect car il a dans son combat une véritable cohérence, de celle qu’on ne retrouve pas partout, surtout en politique. Mais en attaquant de front la chancelière d’Etat, Mme Anja Wyden Guelpa, ce cher John rate sa cible. Raillant la chancelière pour un texte qu’il trouve opportunément féministe, le blogueur l’accuse de favoriser l’apartheid des sexes. Anja Wyden Guelpa, elle, ne fait dans la brochure incriminée qu’établir des faits: les femmes votent moins que les hommes à Genève.



Et la Chancellerie à Genève tente de réduire les inégalités de vote entre les différentes générations et les sexes. Ce n’est pas nouveau, et c’est un travail à la fois difficile et légitime dans une démocratie. Car chacun doit pouvoir s’exprimer. Preuve en est la création, l’année dernière, du concours Cinecivic: adressé essentiellement aux jeunes entre 15 et 25 ans, la Chancellerie a mis au point une incitation pour promouvoir le vote et les droits politiques envers la catégorie qui participe le moins dans notre canton. La Chancellerie insinue-t-elle pour autant que les plus âgés ne doivent pas voter? Bien sûr que non. C’est pourtant le pas que franchit allègrement John Goetelen en accusant la chancelière d’Etat de lever son poing bien haut en faveur d’une lutte féministe qui écarterait de facto les hommes.



C’est tout simplement faux. Anja Wyden Guelpa aurait sans aucun doute rédigé le même texte si la proportion des hommes votants était moins élevée que leur force électorale. Pourquoi? C’est tout simple. La démocratie fonctionne a priori mieux si chaque personne ayant le droit de vote exprime son avis dans les urnes. Les rapports de force sont ainsi «naturels», si je puis dire, et correspondent à la réalité des intérêts particuliers, convergeant ainsi avec l’intérêt général. Les femmes, depuis près de 40 ans maintenant, ont le droit de vote en Suisse. Elles doivent donc, dans leur intérêt, user de ce droit. Réduire ce simple constat à une lutte féministe abusive, comme le sous-entend John Goetelen, relève de la malhonnêteté intellectuelle la plus crasse.



Bien évidemment, quand on focalise son attention sur un mal en particulier, que l’auteur nomme d’ailleurs «le Mal féministe», on a tendance à voir ce mal partout. Même lorsqu’il n’est pas présent. Et c’est justement ce que fait M. Goetelen dans son dernier blog. Mais comme il l’a fait à l’époque avec Michèle Künzler et Isabel Rochat, attaquer les femmes de pouvoir semble lui être une pratique familière. C’est bien dommage, car en agissant ainsi, le blogueur le plus lu de la Tribune de Genève décrédibilise son combat, qui est de dénoncer les dérives du féminisme. Comme dans toute idéologie, il y a des adeptes de l’excès. Et les autres. Je ne crois pas que l’on puisse accuser Mme la chancelière d’Etat de figurer dans la première catégorie.



Grégoire Barbey

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20/01/2014

L'irresponsabilité financière n'a pas de parti

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© Copyright: François Schenk

L'endettement public est un cercle vicieux qui ne semble pas être véritablement pris
en considération par les responsables politiques à Genève. Et ce à gauche comme à droite.

 

L'irresponsabilité financière à Genève est autant imputable à la gauche qu'à la droite. En règle générale, la gauche veut augmenter les recettes pour dépenser davantage, pensant ainsi améliorer les prestations et aider les plus démunis. Mais jamais elle n'envisage de rembourser la dette. Alors que cette même gauche attaque sans cesse le principe des créances, elle préfère continuer à payer des intérêts chaque année (qui sont tout ça de moins d'argent disponible pour les prestations publiques).

 

De son côté, la droite exige toujours des budgets à l'équilibre et une réduction des dépenses. Or, les dépenses non-réalisées qui sont économisées servent généralement à des investissements, qui sont certes essentiels, mais qui finissent par grever d'autant les budgets futurs par une augmentation de l'endettement du Canton. De plus, vouloir des budgets équilibrés avec des intérêts qui progressent chaque année, c'est accepter le risque qu'il y ait au final une mauvaise surprise en fin d'année et que les estimations de rentrée fiscale, pour des raisons bassement conjoncturelles, ne sont pas à la hauteur des attentes. A ce moment-là, si sur le papier, le budget paraissait équilibré, le bilan peut accuser un déficit.

 

A Genève, la dette devient réellement une urgence, et si nos responsables actuels s'en soucient si peu, c'est probablement parce qu'ils ne seront pas aux manettes de la République lorsqu'il s'agira d'en rembourser chaque denier. A titre personnel, le principe de l'endettement public ne me dérange pas, pour autant qu'il soit contrôlé et compris comme une nécessité selon certains facteurs et non comme un oreiller de paresse sur lequel s'appuyer lors des débats budgétaires.

 

La dette, si elle progresse de façon incontrôlée, est une atteinte à l'intégrité des générations futures. C'est aussi une preuve d'irresponsabilités des dirigeants qui prennent le risque de payer des intérêts toujours croissants, grevant d'autant les revenus disponibles pour le fonctionnement de l'Etat. Si en plus de tout cela, les ministres des Finances n'informent pas le Parlement lorsque la Banque nationale suisse accuse une dévaluation importante de son or et que son bilan clôturera sur une perte sèche telle qu'aucun dividende ne pourra être versé aux Cantons actionnaires, il est difficile de voir la situation s'améliorer. 

 

Il faut pourtant convenir qu'avec une dette qui devrait atteindre 13 milliards de francs en 2014, pour un budget d'un peu plus de 8 milliards, Genève peut difficilement considérer son contexte financier comme propice au développement des prochaines générations. Et c'est justement là tout le problème. L'endettement public, comme nous le démontrent nos voisins européens, est un cercle vicieux dont il n'est pas aisé de s'extraire. J’ai récemment discuté avec des députés de cette question. La plupart m’ont dit la même chose: commencer à rembourser la dette n’est pas possible pour les cinq prochaines années. La faute à des investissements nécessaires.

 

Oui, certaines infrastructures méritent d’être retapées et d’autres d’être créées. Mais à ce rythme-là, comment sortirons-nous de cette spirale infernale? Notre Canton aura toujours besoin d’investissements pour développer convenablement ses prestations. Personne ne remet ça en question. Par contre, fuir le problème en allant de l’avant, ce n’est pas une solution acceptable. Le président du Conseil d’Etat, François Longchamp, a axé sa campagne et son discours sur la jeunesse, en particulier concernant les besoins en matière de logements.

 

Ce n’est pas le seul point essentiel pour le bien-être des générations futures. Une dette publique trop importante est un poids, un fardeau qui pèse sur la tête de chaque citoyen. Espérons que ce gouvernement prendra les mesures qui s’imposent pour ralentir la progression de l’endettement public à Genève, et même, si possible, en réduire le niveau. C’est une simple question de salubrité publique. Et de respect de la part des aînés envers les jeunes, car prochainement, ces derniers seront aux commandes. Avec la tâche de réparer (ou non) les choix de celles et ceux qui les ont précédés. Pensons-y.

 

Grégoire Barbey

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18/01/2014

Démocratie et démographie: qui domine qui?

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Nos démocraties vieillissantes entrent aujourd’hui dans une nouvelle phase de leur existence: pour des raisons multiples, la population peine à se renouveler en Europe (à part la France qui fait figure d’exception en la matière). Ces dernières décennies, les innovations dans le secteur de la santé et l’acquisition d’une compréhension beaucoup plus large du fonctionnement humain a permis d’allonger de façon conséquente l’espérance de vie des citoyens occidentaux. Ces deux facteurs, l’allongement de la durée de vie et la baisse du taux de fécondité, créent une situation à laquelle nos systèmes politiques n’ont pas été préparés. Au Japon, la population (environ 127 millions d’habitants) recule de près d’un million d’individus par année, soit l’équivalent de quatre bombes d’Hiroshima par an. Ce contexte dure déjà depuis 2005, et selon les estimations, la population japonaise aura diminué de 37 millions d’habitants en 2050, soit une baisse de 35% en 45 ans.

 

En Suisse, le taux de fécondité est estimé à 1,4 enfant par femme. Il est établi qu’une population ne se renouvelle pas en-dessous d’un taux de fécondité de 2,1 enfants par femme. La France se situe quant à elle aux alentours de 2,05, mais fait figure d’exception en Europe. Notre pays verrait sa population décroître si l’immigration ne corrigeait pas cette carence en natalité. Dans certains pays, les décès sont supérieurs aux naissances. Nous n’en sommes heureusement pas encore là en Suisse. Toutefois, cette réalité pose des questions qui sont à mon sens légitimes et pourtant trop peu traitées. D’autant plus qu’aujourd’hui, les perspectives de l’évolution démographique en Occident (selon l’OCDE) ne vont pas aller en s’améliorant. Or, la Suisse est basée sur un système politique (la démocratie semi-directe) qui donne à chacun des citoyens (qui ont la nationalité et l’âge de voter) une voix à faire valoir dans les urnes.

 

Cette capacité d’exprimer son opinion à travers son vote est évidemment très précieuse. Chacun doit, dans la mesure du possible, s’intéresser à ce qu’il se passe en Suisse et voter lorsqu’il s’agit de le faire. Dans les faits cependant, la situation n’est pas aussi idéale: les moins de 30 ans votent beaucoup moins et s’intéressent encore peu aux instances politiques et aux choix qui sont faits. Certes, ils sont nombreux à participer. Mais face aux plus âgés, ceux qui ont plus de 50 ans, la proportion des moins de 30 ans est largement sous-représentée dans les urnes. Cette faible représentation des jeunes générations a des conséquences. Les intérêts de ma génération, qui a entre 18 et 30 ans aujourd’hui, ne sont pas les mêmes que ceux d’une génération qui a maintenant atteint l’âge de la retraite. Quelle différence? Les uns sont actifs, et ont donc besoin de revenus suffisants pour subsister et constituer, si possible, un patrimoine pour fonder une famille (par exemple) ou pour créer une entreprise. La part de la population qui a plus de 60 ans a des besoins différents.

 

Ayant pour la plupart acquis un patrimoine plus ou moins important selon les cas individuels, leurs intérêts sont bien sûr de ne pas le dilapider trop rapidement afin que ces personnes puissent vivre correctement leur retraite et, dans la mesure du possible, donner ce qu’il reste à leurs enfants. De ce point de vue-là, un jeune ne votera pas nécessairement de la même manière qu’une personne sensiblement plus âgée pour de simples raisons de situation personnelle. Les actifs aiment à voir leurs revenus progresser (et ont donc généralement besoin d’une inflation stable qui permette de générer des crédits remboursables sans trop de difficulté). Les rentiers, de leur côté, préfèrent que leur patrimoine demeure le plus longtemps possible. Pour cela, leurs placements doivent être rentables. Ce qui nécessite, dans l’idéal, une moindre inflation. Sans entrer dans des considérations plus techniques encore, il convient d’émettre un constat, qui inévitablement suscite des questions: les intérêts des jeunes actifs diffèrent clairement des retraités.

 

Partant de cette réalité, et sachant que les jeunes actifs sont beaucoup moins représentés dans les urnes que leurs aînés retraités, des questions se posent d’elles-mêmes, sans pour autant trouver de réponses adéquates. Si les jeunes ne votent pas ou très peu, comment la politique de notre pays, et de chaque canton, peut-elle être influencée dans l’intérêt de cette catégorie d’âge? Et dans quel but nos représentants politiques doivent s’attacher aux intérêts des plus jeunes quand leur électorat est composé d’une classe d’âge supérieure? En somme, si les intérêts des plus nombreux à voter se situe dans le maintien d’un patrimoine rentable, quand les actifs ont besoin au contraire d’une situation financière qui leur permette d’investir et générer des crédits remboursables sans trop de contraintes, n’est-ce pas un déséquilibre total entre générations?

 

La plupart des crédits n’étant pas indexés sur l’inflation, si celle-ci progresse raisonnablement sur la durée, les jeunes actifs sont en mesure de rembourser leurs créances avec moins d’argent (puisque la somme à rembourser – avec intérêts – demeure la même et que l’argent, avec une inflation stable, vaut moins). Mais pour les rentiers, ceux qui possèdent une bonne part des créances (via des biens mobiliers et/ou immobiliers), cela revient à être payé en monnaie «de singe». Il est plus intéressant pour eux que la monnaie garde une valeur équivalente plusieurs années plus tard, cela rentabilise leurs actifs et génère évidemment des plus-values appréciables. Bien sûr, tout ce qui précède ne constitue qu’un exemple (probablement le plus parlant) des divergences d’intérêts entre génération. Il ne s’agit pas ici de dénoncer les personnes à la retraite ou rentières, car comme tout individu sensé, elles agissent en adéquation avec leurs intérêts. L’objectif est plutôt de démontrer la corrélation entre la démocratie et la démographie.

 

Des questions se posent donc. Est-ce que ce différentiel entre jeunes actifs et retraités constitue les limites de notre système, ou peut-on, par des politiques volontaristes, inciter les plus jeunes à prendre conscience qu’ils doivent aujourd’hui décider pour demain, qu’ils sont tenus de se poser eux-mêmes les questions que leurs parents se sont posées à leur âge? Je n’ai pas, pour l’heure, de réponse appropriée. Il importe néanmoins d’en parler car un tel débat, dans un pays comme le nôtre, a toute sa place et des solutions doivent être trouvées. Il faut bien comprendre que ce problème est réel et a des conséquences sur nos modes de vie. Avec l’augmentation de l’espérance de vie, les gens héritent plus tard (vers 50 ans en moyenne, quand la vie active est presque achevée). Les jeunes, à l’époque de nos aînés, pouvaient espérer sur un petit pécule pour démarrer dans la vie. Aujourd’hui, ma génération, et celle qui me précède, doit s’endetter pour investir dans des biens de première nécessité (immobiliers notamment). Tout cela a des conséquences. Que ça soit économique, ou simplement démocratique. Osons en parler.

 

Grégoire Barbey

20:31 Publié dans Air du temps, Economie, Genève, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook | | | |