Gregoire Barbey

28/08/2013

Petit arrangement entre amis au Grand Conseil

A chaud, 28.08.13

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Bertrand Buchs. Le député démocrate-chrétien est l'un des rares à s'être opposé
à l'augmentation des émoluments du Grand Conseil. Il proposait 10% au lieu de 25%.

 

Le Bureau du Grand Conseil a accepté une hausse de 25% des émoluments des députés. Depuis plusieurs mois, des parlementaires m’avaient parlé de ce projet. La raison principale, c’est la refiscalisation de leurs jetons de présence en 2014. A l’heure où l’on a coupé dans le budget de l’Etat pour réduire le déficit et proposer des comptes à l’équilibre, la classe politique s’octroie des privilèges sur le dos des contribuables. Si je comprends bien qu’un engagement politique est chronophage et représente un investissement sur le plan personnel et salarial, il n’empêche qu’il y a quelques règles à respecter. Quand on taille dans les dépenses publiques (j’y étais favorable), on montre l’exemple. Et l’on n’en profite pas pour s’offrir des montants plus élevés à la vue de tous.

 

Cette attitude est tout simplement inadmissible. Quelques semaines avant les élections, c’est véritablement donner l’impression aux citoyens qu’on les prend pour des cons. Des vaches à lait dont on supprime volontiers certaines prestations par souci idéologique lors de la présentation du budget. Mais derrière, on fait tout le contraire, alors qu’on représente les autorités publiques, et qu’il conviendrait de se montrer irréprochable. Et surtout solidaires, bon sang! Seuls les démocrate-chrétiens, et notamment Bertrand Buchs, ont eu la décence de s’opposer à une telle hausse. Ce dernier proposait 10%. Est-ce que les citoyens voient souvent leurs revenus bondir de 25% dans leur vie? Même indexés sur l’inflation, leurs salaires ne progressent jamais autant.

 

Je pensais voir quelques députés PLR s’offusquer d’une telle décision. Ils ont activement participé à la baisse des prestations pour alléger le budget. Par cohérence politique, le parti aurait pu prendre position contre cette augmentation. Et proposer, comme le PDC, qu’elle soit revue à la baisse. Mesdames et Messieurs les politiques, jouer à ce jeu-là à l’approche des élections cantonales, c’est se tirer une balle dans le pied. C’est donner un fort mauvais signal aux citoyens qui, pour la plupart, se saignent aux quatre veines pour nourrir leur famille. Et baisser les prestations qu’ils paient avec leurs impôts tout en augmentant les montants touchés par les députés, c’est une schizophrénie qui ne manquera pas d’en énerver plus d’un. Agir ainsi en pleine période électorale, c’est donner des arguments aux partis non-gouvernementaux. Et du même coup, prendre le risque de ne jamais voir ses émoluments augmentés, faute d’être élu le 6 octobre. Il n’y a pas de quoi féliciter la députation.

 

Grégoire Barbey

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24/08/2013

Double-visage et allure de suppositoire

Chronique, 24.08.13

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 Parti socialiste. Les affiches pour les candidats au Conseil d'Etat cachent deux visages
et ont la forme d'un suppositoire. Volontairement ou non. Le message est donc ambigu.


La campagne publicitaire du Parti socialiste à Genève fait parler d’elle depuis quelques jours dans les médias. D’abord la Tribune de Genève, puis la RTS. La chaîne de télévision du service public parle d’ailleurs de plagiat, puisqu’une campagne très proche a été menée par Mercedes en 2012. Pour ma part, je ne pense pas qu’il s’agisse véritablement d’une copie conforme. Probablement un hasard. Et puis qu’importe, l’essentiel est le message. Et justement, parlons-en. Les photos sont intéressantes (voir ci-dessus), et leur choix n’est peut-être pas anodin. En y regardant bien, deux visages apparaissent.

 

Serait-ce un message subliminal à l’attention des électeurs et des électrices? Faut-il comprendre par cet habile montage qu’il y a derrière l’apparence des candidats socialistes au Conseil d’Etat une autre face qui n’est pas montrée publiquement? La question se pose. En outre, la forme des visages rappelle également quelque chose de singulier: un suppositoire! Toujours un hasard? Soit les socialistes sont des gaffeurs hors pair – ce qui ne peut être totalement exclu –, soit ils ont un talent certain pour les métaphores politiques. En tout état de cause, le message à interpréter est clair: en votant pour les socialistes, le citoyen ne sait pas ce qui l’attend, puisqu’il y a, dans l’ombre, un aspect volontairement caché aux regards trop insistants. De l’ombre à la lumière, les socialistes feront face à leur destin le 6 octobre prochain. D’ici-là, nous pouvons nous délecter d’une campagne pour le moins particulière!

 

Grégoire Barbey

17:08 Publié dans Elections du 6 octobre, Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (12) |  Facebook | | | |

17/08/2013

La haine des uns et l'ignorance des autres

Chronique, 17.08.13

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Adolf Hitler. Le dictateur le plus meurtrier de notre histoire récente
l'avait malheureusement compris: il suffit de se servir des émotions du peuple...

 

J’étais hier soir à la vogue de Bardonnex avec mon ami Sébastien Kaech qui distribuait des flyers pour sa campagne au Grand Conseil. Et j’ai été surpris des réactions des gens. Choqué serait même plus adapté. A l’une des personnes à qui il a distribué son tract, il a reçu la réponse: «je ne vote pour lui que s’il veut foutre dehors tous les étrangers». J’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’une blague un peu maladroite. En discutant davantage, j’ai vite compris qu’il était convaincu par ce qu’il venait de dire. Pour lui, les frontaliers et les immigrés volent les emplois des Suisses. Une croyance qui se répand de plus en plus à cause du MCG et de l’UDC qui favorisent volontairement cet amalgame.

 

Comme le disait Talleyrand il y a quelques siècles, «la politique a toujours été et sera toujours une certaine façon d’agiter les hommes avant de s’en servir». C’est exactement la stratégie de ces partis qui jouent aux funambules sur une corde si mince qu’un faux mouvement peut suffire à les faire tomber d’un côté ou de l’autre. Malheureusement cet exercice d’équilibriste est dangereux et a des répercussions particulièrement néfastes sur une certaine frange de la population. Il est facile en situation de crise – ce qui peut d’ailleurs être observé à chaque période de l’Histoire – de flirter avec des discours politiques polarisants. A Genève, ville internationale, le chômage est en comparaison nationale bien plus élevé. Divers facteurs micro et macroéconomiques peuvent en expliquer la cause.

 

Mais tout un chacun comprendra qu’il n’est pas très vendeur en politique de se concentrer sur des explications intellectuelles, concrètes et précises. Ce que le Peuple veut depuis toujours, c’est une victime expiatoire, un bouc émissaire sur lequel passer sa colère liée à son impuissance. Ces partis-là, c’est justement leur fonds de commerce. On prend une catégorie de la population et on l’assimile à tous les maux vécus par la majorité. Adolf Hitler avait très bien compris ce principe en son temps et l’avait même exploité avec un talent cauchemaresque. En s’en prenant à la population juive, qui ne représente même pas 1% de l’humanité, et en l’accusant d’être à la base de toutes les souffrances des citoyens allemands, il a réussi à transformer la raison en émotion.

 

Les gens ne sont pas toujours raisonnables. Ils le sont même plutôt rarement. Surtout lorsqu’il s’agit de politique, chose à laquelle ils ne s’intéressent que très moyennement. Ils ont donc des réponses tout aussi moyennes, qui s’apparentent à une méconnaissance des sujets. Croire que le chômage est uniquement lié aux étrangers – il l’est probablement un peu –, c’est faire montre de bien peu d’érudition dans le domaine. Mais c’est également un danger à prendre très au sérieux. Plus la population est ignorante, plus le risque de manipulation de masse est élevé. Je ne dis pas ça avec une position élitiste. Au contraire. Le but est justement d’éduquer les citoyens. De leur inculquer les notions essentielles à leur bonne compréhension des enjeux sociétaux. Or, ici, nous avons des partis qui attirent leurs adhérents en se servant de leur manque de connaissance. Et font de leur sentiment d’injustice une haine farouche. Il va falloir prendre des mesures, et celles-ci passent peut-être par une réforme de l’enseignement. En proposant notamment des cours où les jeunes citoyens peuvent apprendre à se renseigner sur un sujet. Des possibilités, il y en a plein. Il faut juste les saisir avant qu’il ne soit trop tard. Pour que la gangrène qui ronge une certaine frange des Genevois ne nécessite pas l’amputation.

 

Grégoire Barbey

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16/08/2013

Les candidats doivent se profiler davantage

Chronique, 16.08.13

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Mauro Poggia. Force est de constater que le parti de l'avocat genevois bat beaucoup
le terrain et se montre très offensif dans sa campagne. Sera-t-il élu au Conseil d'Etat?

 

Genève aborde les élections avec une certaine pudeur. Eté oblige, la politique est beaucoup moins présente à la fois dans les médias et dans la tête des citoyens, plutôt occupés à s’aérer l’esprit. Pourtant, il n’en reste pas moins que la date fatidique se rapproche à grands pas. Nous sommes déjà mi-août, et les élections se tiennent le 6 octobre. Dans moins de deux mois donc, les candidats sauront s’ils ont été plébiscités par le Peuple. Fin août, les véritables festivités devraient débuter et les partis vont probablement lancer leurs machines de guerre électorales.

 

Un constat néanmoins, l’invraisemblable présence continuelle du MCG. Tous mes lecteurs savent Ô combien je ne me sens pas proche de ce parti. Il faut néanmoins lui concéder en toute bonne foi cet engagement sur le terrain qui, malheureusement pour les partis gouvernementaux, séduit bon nombre de citoyens qui se sentent de facto valorisés et écoutés. Un bon point donc pour cette formation politique qui n’a pas profité de l’été pour cesser ses activités. Et un danger pour les partis traditionnels qui, eux, n’ont pas souhaité s’afficher de façon ostentatoire.

 

Ce qui manque toutefois à cette campagne, ce sont de véritables projets. Je lis de-ci de-là quelques esquisses bien timides. Surtout de la communication lissée et rompue. Mais rien de concret. Est-ce qu’il y a beaucoup de candidats qui ont proposé des projets de loi pour lesquels ils vont s’engager durant la législature? Très peu. Et il faut une fois de plus remarquer qu’un de ceux-là est un MCG, l’avocat Ronald Zacharias, qui a présenté dans la Tribune de Genève son idée. Bien sûr, je ne dis pas qu’il faut faire comme le Mouvement citoyen genevois. Au contraire. Seulement, les candidats doivent oser s’engager. Prendre des risques. Quitte à décevoir. Quitte à ne pas rentrer dans le politiquement correct.

 

La politique c’est ça: se mettre à découvert, recevoir des balles, et se relever plus fort encore. Pour l’heure, je ne vois guère cette attitude. J’espère que cet état d’esprit va gagner en visibilité d’ici au 6 octobre, car Genève est dans un blocage politique pour le moins inquiétant, et il serait temps de prendre des décisions qui vont dans le bon sens. De mon côté, je continuerai à suivre de très près tous les événements qui se produiront d’ici aux élections et ne manquerai pas de revenir régulièrement sur ceux qui m’auront marqué ou nécessiteront quelques précisions. Ma grande inconnue étant au Conseil d’Etat: est-ce que Mauro Poggia réussira à obtenir un siège au gouvernement? Comme je l’ai précédemment dit, je pense que cela est possible. Et cela risque d’en surprendre plus d’un.

 

Grégoire Barbey

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15/08/2013

La communication trop élitiste et lisse du PLR

Chronique, 15.08.13

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 Laurent Naville. La présidence du PLR lui a reproché
ses critiques envers Pierre Maudet sur Facebook.


Le positionnement du Parti libéral-radical (PLR) manque cruellement de visibilité au sein de la population. S’il est évident qu’il conquiert une partie importante des voix de la droite économique, il n’en reste pas moins largement relégué derrière l’UDC en ce qui concerne les thèmes sécuritaires et sociaux. Le parti ne pèche pas par manque de propositions en la matière. Mais plutôt par absence d’une communication claire et vulgarisée qui se destine à l’ensemble de la population et non pas à une certaine strate de celle-ci. En Suisse occidentale, les sections des cantons du Valais et de Neuchâtel en ont fait les frais: la récente fusion des Libéraux et des Radicaux a créé un flou important dans l’esprit des électeurs. Dans certaines régions, cela s’explique par des oppositions idéologiques beaucoup plus marquées.

 

Tel est le cas particulier de Genève, où les Libéraux étaient majoritaires face aux Radicaux. D’un point de vue des idées, leurs différences étaient et sont de taille: là où les Radicaux veulent un «Etat fort, ni plus, ni moins» pour paraphraser François Longchamp, les Libéraux nourrissent une vision d’une administration publique svelte, permettant aux initiatives privées d’évoluer sans une contrainte réglementaire trop envahissante. Evidemment, lorsque deux partis fusionnent et ne semblent pourtant pas partager certains points essentiels (alors qu’ils se retrouvent foncièrement en accord sur la plupart des sujets), la base est prise entre deux feux. La communication du PLR à Genève tente de minimiser ces tensions internes. Il s’agirait plutôt de les laisser s'exprimer pleinement pour mieux les combattre.

 

C’est qu’à Genève, la tension est spécifique. Les Radicaux étaient minoritaires au gouvernement. Et soudainement, par un coup politique magistral digne d’un roman, en pleine législature, ils récupèrent la majorité. Certains essaient de dire qu’aujourd’hui, Radicaux et Libéraux sont réunis au sein du même parti. Mais lorsque les langues se délient, beaucoup finissent par avouer le contraire. Parce qu’on n’efface pas plus d’un siècle d’Histoire en claquant des doigts, et en communiquant que «tout le monde il est beau tout le monde il est gentil». Bien sûr que non. La politique, c’est autre chose. C’est la confrontation des idées. C’est l’opposition. Les alliances et les stratégies qui laissent parfois une partie de ses pairs sur le carreau. La tension est palpable, et les élections cantonales à Genève n’arrangent rien.

 

La proposition d’installer des caméras de vidéosurveillance par Pierre Maudet a agacé certains Libéraux. Pas tous, soyons précis. Mais il n’en reste pas moins qu’un nombre, même restreint, a tendance à voir d’un mauvais œil cette mesure. Certains l’expriment, comme le Jeune Libéral-Radical (JLR) Laurent Naville, sur les réseaux sociaux. Moins rompu à la communication et aux pressions internes, son désarroi face à une politique qu’il juge «antilibérale» l’a poussé à donner son avis publiquement. Mais dans le parti de Pierre Maudet, ça ne se passe pas comme ça. Surtout si l’on est candidat. Laurent Naville a donc fini par retirer sa publication, qui n’a pourtant pas échappé à l’œil avisé de Marc Moulin, confrère émérite du Temps. En janvier, j’avais fait état en dernière page de L’Agefi du document que les candidats Libéraux-Radicaux au Grand Conseil devaient parapher et respecter.

 

Il s’agissait notamment de ne pas s’exprimer dans les médias sans en avoir référé au secrétariat du parti, pour ensuite faire l’objet d’une éventuelle approbation par le groupe ou la présidence. Toute critique publique envers le parti ou ses colistiers était également proscrite. Le document avait finalement été abandonné, la levée de boucliers ayant suffit à remettre en question son existence et surtout sa pertinence dans un parti prônant la liberté. Toutefois, dans les faits, les prérogatives demeurent. C’est cet aspect-là, trop lisse, trop travaillé, qui va causer du tort au PLR au sein de la population. Cette dernière n’est pas dupe et sent très bien lorsqu’on tente de la manipuler. Le site du parti dédié aux élections cantonales du 6 octobre est une ode à la communication sans aspérité, au langage technocratique et dénué de sentiments. Cette forme d’expression, le peuple ne l’apprécie guère. Elle ne résonne pas dans son oreille. Il manque clairement un élément: la musique des mots. Et le goût des sonorités qui s’entrechoquent, qui s’allient et se délient. L’impression de rêver à une République plus paisible, prospère et adaptée.

 

Tout cela, le PLR semble le mettre de côté. Comme si la présidence du parti se contentait de surfer sur la vague de ses électeurs acquis à sa cause. Les autres, et ceux qui ont quitté les rangs à la suite de la fusion et pour toutes les raisons mentionnées plus haut, on s’en fiche. Ils ne comptent pas. Pourtant, ces gens pourraient faire la différence. Ils pourraient venir étoffer la force d’un parti en difficulté, même s’il reste la première formation politique du canton. Ce qui pourrait changer au terme des élections. Et à ce moment précis, il sera beaucoup trop tard pour une remise en question dont les effets ne seront visibles que 5 ans plus tard pour les échéances suivantes. A Neuchâtel et en Valais, le PLR a perdu des plumes, l’extrême droite représentée par l’Union démocratique du centre (UDC) a progressé de façon inquiétante, obtenant des sièges historiques dans les Exécutifs.

 

Le PLR à Genève doit impérativement contrer la montée des extrêmes, plus marquée avec le Mouvement citoyen genevois (MCG) qu’avec l’UDC. C’est un parti raisonnable, qui défend des positions sécuritaires répressives (qui à titre personnel ne me conviennent pas forcément, mais ce n’est pas le propos de mon billet) en accord avec le trend actuel. Au niveau du social, les Radicaux composant le parti, notamment des Pierre Maudet et des François Longchamp, ne sont pas en reste. La communication du parti nécessite une révision drastique. Qu’elle se rapproche des intérêts des citoyens. L’économie, pour la plupart des individus, est un sujet particulièrement ésotérique. C’est une thématique qui me passionne et que je défends personnellement. Mais je sais combien elle semble lointaine pour de nombreuses personnes qui luttent au quotidien pour nourrir leur famille et subvenir à ses besoins. C’est précisément-là que le PLR doit frapper. Revoir sa stratégie. Repenser son implication. Descendre de son piédestal de premier parti gouvernemental. Et se montrer plus avenant avec les préoccupations de la majorité. Ce n’est que comme ça que les Libéraux-Radicaux conserveront une avance certaine sur leurs adversaires. Et qu’ils pourront continuer à œuvrer pour Genève. Dans le cas contraire, la défaite sera cuisante. Et ce ne sera pas faute de les avoir prévenus.

 

Grégoire Barbey  

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14/08/2013

Jeunes d'apparence mais vieux dans l'esprit

Chronique, 13.08.13

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 Xavier Schwitzguebel. Le fondateur des Jeunes UDC dit vouloir s'engager pour limiter
la population genevoise à 500'000 habitants. Et une proportion maximale de 40% d'étrangers.


Le jeune UDC genevois Xavier Schwitzguebel a publié son nouveau site internet à l’adresse milice.ch. Si le nom de domaine en dit déjà long sur l’esprit philosophique qui anime les jeunes représentés dans ce parti, la lecture des «engagements en cas d’élection» du fondateur de la section JUDC a de quoi faire frémir. En effet, celui-ci garantit à ses électeurs (si tant est qu’il y en aura suffisamment) qu’il s’engera pour «limiter la population genevoise à 500'000 habitants» qui ne pourra contenir qu’«un maximum de 40% d’étrangers pour rester chez nous». Evidemment, l’aspirant député se garde bien d’expliciter les mesures qui nécessiteraient une telle contrainte pour la croissance démographique et l’immigration. Faudra-t-il déporter tout individu qui naîtrait au-delà de la limite autorisée? Ou créer d’importantes campagnes publicitaires pour inciter les résidents à s’expatrier en-dehors du canton?

 

Les interrogations demeureront pour l’heure. Ce qui est sûr, c’est qu’un tel programme sera difficile à concrétiser dans les faits. Déjà, on voit mal comment un député pourrait apporter de tels changements. Si la capacité de destruction du Parlement est connue, ce n’est pas pour autant que des initiatives aussi extrémistes trouveront des intéressés. D’autant plus qu’avec des propositions aussi saugrenues, un référendum verrait obligatoirement le jour. S’engager donc pour de vagues propositions idéologiques en l’absence de projets de loi concrets, dûment documentés et réalisables semble à tout point vain. Et c’est même une bien triste façon de manipuler les citoyens en leur laissant croire qu’il est possible d’intervenir à ce point au sein d’un organe qui comprend 99 autres personnes.

 

Néanmoins, les internautes qui ont visité le site dédié aux Jeunes UDC ne sont pas dupes: plus de 75% des participants au sondage proposé par la plateforme (qui demande «allez-vous soutenir les candidats JUDC?») ont voté pour la section «Non, et je ne veux pas en entendre parler». Par ailleurs, les autres candidats tiennent à peu près le même discours. Leurs objectifs ne semblent pas varier, puisqu’ils veulent tous une société beaucoup plus sécuritaire, et moins tolérante envers l’immigration. C’est clairement le discours corporate de l’UDC, et c’est en cela que ces jeunes ne se démarquent pas du tout de leurs ainés, ce qui est plutôt dommage pour une nouvelle génération qui veut s’engager en politique. C’est même le contraire, leurs idées semblent beaucoup plus radicales et encore moins fondées sur des réalités structurelles. En matière de démographie, vouloir imposer une limite est totalement aberrant. C’est une proposition malthusienne qui fait frémir. Pour le reste, le peuple tranchera au soir du 6 octobre, et nous saurons si de telles idéologies retiennent l’attention du Souverain. D’ici-là, patience!

 

Grégoire Barbey

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05/08/2013

Voirie: la correction d'une anomalie

L'info, 03.08.13

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Guillaume Barazzone. «L’objectif est d’adapter l’organisation
à la réalité du terrain et aux besoins de la population.»


Le conseiller administratif en ville de Genève Guillaume Barazzone a multiplié les annonces ces dernières semaines. Mais l’une d’entre-elles est passée particulièrement inaperçue : sa réforme des horaires des employés de la voirie. Ceux-ci ne travaillaient pas systématiquement le week-end, et lorsqu’ils le faisaient, c’était uniquement les samedis et dimanches matins. «Lorsque je suis arrivé au département, j’ai rapidement compris qu’il fallait faire davantage pour la propreté de la commune», explique le magistrat. «J’ai cependant aussi réalisé que mon budget n’augmenterait pas.» Les employés travailleront désormais les week-ends comme des jours de semaine. «Moyennant évidemment une compensation financière», tempère Guillaume Barazzone. «Le coût reste marginal, c’est de l’ordre de 240 francs par week-end, soit 90 francs de plus par collaborateurs. Cela varie selon les affectations, mais c’est une moyenne représentative.»

 

Pour le magistrat PDC, il s’agit de tabler sur l’efficience. Le week-end, les citoyens utilisent beaucoup les espaces publics pour leurs loisirs, nécessitant un nettoyage régulier. La voirie compte environ 300 employés divisés en deux unités: le nettoiement (220 collaborateurs) et la collecte des déchets. La réforme des horaires concerne principalement l’unité de nettoiement. «Nous avons cartographié la ville de Genève pour répertorier les endroits à risque, comme la place du Molard», indique Guillaume Barazzone. «L’objectif est d’adapter l’organisation à la réalité du terrain et aux besoins de la population.»

 

Jusqu’ici, la ville de Genève sous-traitait à des entreprises tierces le nettoiement du territoire les week-ends. La semaine, c’était principalement pour s’occuper d’endroits peu accessibles à la voirie. Guillaume Barazzone nuance toutefois: «Septante pour cent des mandats attribués le sont à des entreprises actives dans la réinsertion sociale et le travail des mandataires est relativement faible par rapport au volume effectué par la voirie». Parmi ces sociétés et associations, la commune mandate notamment l’Orangerie, Réalise et l’Oseo qui proposent à des personnes excluent socialement une réinsertion par l’économique. «Cette réforme s’inscrit dans la droite ligne de l’ouvrage initié par mon prédécesseur», déclare le magistrat. Pierre Maudet avait en effet débuté un transfert de prérogatives du Service des espaces verts (SEV) à la voirie. Les collaborateurs du SEV s’occupaient du nettoiement de certains parcs. De nouveaux postes se sont ouverts en conséquence à la voirie, permettant de réformer les horaires le week-end.

 

D’autre part, ce changement s’inscrit dans le vaste programme de Guillaume Barazzone de rendre le Département de l’environnement urbain et de la sécurité (DEUS) plus efficient. Les six poubelles solaires permettant la compression des déchets (Big Belly) serviront à rationnaliser la collecte des déchets. Elles sont dotées d’un compacteur stockant ainsi sept fois plus de déchets qu’une poubelle normale. Pour l’instant en phase de test, ces poubelles devraient offrir un gain de temps aux employés de la voirie. «Elles ont l’avantage d’avertir la voirie lorsqu’elles sont pleines via un signal envoyé par wifi, et nécessitent un entretien beaucoup moins fréquent», explique Guillaume Barazzone. «A titre d’exemple, il y avait 8 poubelles sur le pont de la Machine nécessitant deux ramassages quotidiens. Aujourd’hui nous les avons remplacées par une Big Belly qui requiert d’être vidée une seule fois par week-end.»

 

Enfin, la répression et la sensibilisation sont également partie prenante du projet du magistrat. Les citoyens jettent au sol en Ville de Genève près de 500 kilos de déchets par heure, soit 12 tonnes chaque jour. Il s’agit donc pour Guillaume Barazzone de communiquer sur le sujet et rendre attentif la population à cette réalité. Si la sensibilisation ne fonctionne pas, les incivilités pourront faire l’objet d’amende, soit 200 francs pour un papier jeté par terre ou 400 francs pour une déjection canine sur le trottoir. «Il ne faut pas oublier que l’incinération de déchets représente un bon cinquième du budget», rappelle le magistrat. Le montant aux comptes 2012 pour l’incinération des déchets à l’usine des Cheveniers s’est élevé à 13'154'543.20 francs plus 1'385'684.84 francs pour les divers, soit au total plus de 14 millions.

 

Grégoire Barbey

08:46 Publié dans Genève, Journalisme, Politique | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook | | | |

03/08/2013

Les faiseurs de bien (malgré vous)

Jet d’encre, 03.08.13

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Julien Cart. Le conseiller municipal en Ville de Genève est le parfait exemple
des parangons de justice qui veulent faire le bien malgré les libertés individuelles.


Les faiseurs de bien (malgré vous) sont partout: cela peut être votre femme, votre voisin, votre meilleur ami ou votre patron. Bref, vous n’êtes pas à l’abri de l’un de ces parangons de justice, véritables incarnations du bien sur Terre. Ils n’ont aucun scrupule à renier vos libertés. Ils ont des théories, et il faut croire qu’elles sont justes, car ils se battent quotidiennement contre vos mauvaises habitudes, les faiseurs de bien (malgré vous). Vous fumez? C’est dangereux pour votre santé. Et surtout celle des autres. Alors on vous interdit de fumer dans les lieux publics fermés. Bien sûr, pourquoi s’arrêter en si bon chemin? Proposons d’interdire la cigarette dans les espaces publics extérieurs également!

 

Vous ne triez pas suffisamment vos déchets? Taxons les sacs poubelles. Vous verrez, vous finirez par trier… Ces émanations de la bienpensance vous regardent avec un air hautain et scandalisé lorsque vous enfreignez les règles qui sont les leurs (mais rarement les vôtres). Les faiseurs de bien (malgré vous) ont la fâcheuse tendance à penser qu’ils ont raison et ce même s’ils sont minoritaires, ou qu’ils proposent des mesures totalisantes et totalitaires. La fin justifie les moyens. A Genève, nous en avons l’exemple parfait avec Julien Cart, conseiller municipal, qui juge nécessaire d’interdire la fumée dans les espaces publics extérieurs. Ce n’est pas son seul combat. Il veut également interdire les automobilistes et supprimer l’armée, parmi bien d’autres idées grandiloquentes.

 

Les faiseurs de bien (malgré vous) n’ont que faire de votre sentiment d’oppression. Vous vous sentez atteint dans votre liberté? Ne soyez pas égoïstes: il ne s’agit pas de vous mais du bien commun. Et vous comprendrez rapidement que vous n’avez pas voix au chapitre. Si vous n’êtes pas suffisamment illuminé pour comprendre que vos libertés s’opposent à l’intérêt général, les faiseurs de bien (malgré vous) ne vous feront aucun cadeau. Etrangement, ce sont souvent les mêmes qui plaident pour la libéralisation des drogues, arguant qu’une interdiction ne fait qu’empirer la problématique. Et soudain, on comprend que ces faiseurs de bien (malgré vous) agissent d’abord pour leur propre intérêt. Et qu’au fond, ils font exactement ce qu’ils vous reprochent. Alors une seule solution: raus!

 

Grégoire Barbey

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30/07/2013

Les premiers pronostics pour le 6 octobre

Chronique, 30.07.13

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 Luc Barthassat. Le candidat PDC figurera sans aucun doute parmi
les trois premiers mieux élus au soir du premier tour.

 

Mes premiers pronostics pour l’élection au Conseil d’Etat, à quelques mois des résultats, paraîtront peut-être surprenants et seront probablement affinés à l’approche de la date butoir. Il n’empêche qu’ils n’ont aucun intérêt s’ils ne sont pas quelque peu audacieux, et les présenter en plein été, c’est probablement délicat, à l’heure où l’actualité politique est plutôt calme. Ce qui est d’autant plus intéressant. Pour commencer, les trois mieux élus seront probablement, dans le désordre, Pierre Maudet (PLR), Luc Barthassat (PDC) et François Longchamp (PLR). Au risque d’en étonner plus d’un, je pense qu’Isabel Rochat (PLR) sera réélue. Si tel ne devait pas être le cas, Serge Dal Busco (PDC) prendrait sa place. Ou un éventuel candidat surprise du PLR dont je soupçonne l’identité au soir du 6 octobre.

 

Pour les trois derniers, je pressens Thierry Apothéloz (PS), mais la lutte entre lui et Sandrine Salerno (PS) sera rude. Michèle Künzler (Les Verts) ne sera sûrement pas réélue, tant certains (dont quelques confrères) ont participé à sa décrédibilisation, et qu’elle n’a pas fait grand-chose pour la rehausser de son côté… Antonio Hodgers (Les Verts) prendra sa place si sa campagne est suffisamment active. Dans le cas contraire, les Socialistes placeront deux des leurs (cités ci-dessus). Enfin, la véritable inconnue se situe dans le dernier élu. Si le MCG, comme je l’ai toujours pensé, captive effectivement un certain nombre des voix de l’extrême gauche lors d’élection cantonale (cf. le score étonnant d’Eric Stauffer le 17 juin 2012), Mauro Poggia a des chances de se retrouver parmi les sept vainqueurs. Mais si je me trompe alors, je vois donc pour les trois derniers élus : Thierry Apothéloz, Sandrine Salerno et Antonio Hodgers.

 

Donc pour résumer simplement :

·         Pierre Maudet (PLR)

·         Luc Barthassat (PDC)

·         François Longchamp (PLR)

·         Isabel Rochat (PLR) -> ou remplacée par Serge Dal Busco (PDC)

·         Thierry Apothéloz (PS)

·         Sandrine Salerno (PS)

·         Antonio Hodgers (Les Verts) -> ou dépassé par Mauro Poggia (MCG)

 

Les rapports de force, s’ils n’évoluent pas d’ici-là pour une raison spécifique, tendent à conserver une majorité de droite au Conseil d’Etat. Un retournement de situation est peu probable, mais pas inenvisageable pour autant. Et comme la politique et l’arithmétique ne sont pas nécessairement bons amis (Pierre Maudet l’a brillamment démontré le 17 juin 2012), des surprises peuvent arriver. Notamment du côté du MCG avec Mauro Poggia. Le parti mène actuellement une campagne hyperactive, avec une présence toujours accrue, et il n’est pas impossible qu’un tel investissement paie. D’autant que le conseiller national et avocat bénéficie plutôt d’une réputation modérée en-dehors de son propre parti, ce qui pourrait lui bénéficier en termes de potentiels électeurs habituellement rebutés par les manières d’Eric Stauffer. Enfin, d’ici au 6 octobre, tout reste à jouer. Les élections seront passionnantes, et d’ici-là, suivez bien mon blog, il sera de plus en plus animé jusqu’au second tour!

 

Grégoire Barbey

 

P.S.: Cet article marque la création d'une catégorie «Elections du 6 octobre» qui permettra à mes lecteurs de retrouver directement les articles ayant un lien direct avec les échéances politiques du canton de Genève. 

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28/07/2013

De Marcel Chombier à Stéphane Guex-Pierre

Le profil Facebook de Marcel Chombier n’est pas inconnu aux habitués de la politique genevoise sur les réseaux sociaux. Marcel Chombier est un personnage qui commente l’actualité politique en mêlant son quotidien de retraité nonagénaire vivant dans un EMS. Ayant mis au point diverses séries, dont la plus récente ayant trait à sa famille originaire des Etats-Unis et la plus célèbre «les grandes citations de l’histoire», Marcel Chombier suscite de nombreuses réactions sur ses publications. Très actif sur la toile, de nombreuses personnes s’interrogent sur son identité réelle. Le créateur de ce personnage a accepté de se dévoiler davantage. Portrait.

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 Marcel Chombier. La photo de profil du personnage
est un mélange de Stéphane Guex-Pierre et Samuel Beckett.


Stéphane Guex-Pierre arrive sur ses 51 ans. Né en août 1962, il se décrit volontiers comme un autodicate. «Je ne suis pas arrivé au bout de ma maturité» explique-t-il. «Avec des profs intéressants, il en aurait été autrement sans doute.» Metteur en scène de profession depuis 1992, il compte plus d’une trentaine de mises en scène à son actif dans la plupart des théâtres genevois. Le personnage de Marcel Chombier est né en 1987, au conservatoire d’art dramatique. «Les élèves n’avaient pas beaucoup de respect», lance Stéphane Guex-Pierre. «Ils laissaient des traces sur la cuvette des toilettes, ne rangeaient pas la vaisselle, c’était vraiment n’importe quoi.» Indigné par ce manque d’éducation, il dépose des petits mots recommandant aux élèves de veiller à bien ranger leurs affaires. Ils sont signés «Marcel Chombier, concierge du conservatoire». Marcel était le prénom préféré de Stéphane Guex-Pierre lorsqu’il était enfant. Chombier est le nom que porte une partie de sa famille en France.

 

Le personnage ressurgit en 1993 sur Couleur 3. «A cette époque, ils engageaient des gens pour les plages horaires moins écoutées. J’ai créé «La semaine de Marcel Chombier», très similaire à ce que je fais aujourd’hui sur Facebook», détaille Stéphane Guex-Pierre. «J’y ai d’ailleurs reçu des lettres d’insultes lorsque j’ai dit une fois «Ne dites pas "tous des PD à La Poste" mais dites "les téléphones sans fil".» L’émission était programmée le dimanche de 14 à 15 heures. Elle a duré une année. Et Marcel Chombier a à nouveau disparu de la circulation. Jusqu’en mai 2010, où son créateur décide d’ouvrir un compte Facebook. «Je ne vois pas bien l’intérêt d’en avoir un à mon nom. Ça ne m’intéresserait pas», déclare-t-il enthousiaste. Marcel Chombier est né officiellement le 19 juin 1920. «En fait, il n’y a pas grand-chose que je pourrais renier de lui. La plupart des choses que je dis à travers lui, je le défends aussi», confie-t-il. Sauf le côté religieux de Marcel Chombier. «Je ne suis même pas baptisé. Mais en créant Chombier, j’ai tout de suite rajouté tous les profils de Benoit XVI que je trouvais. Je ne peux donc pas dénoncer des sujets liés à religion. C’est ma seule concession dans ce rôle», plaisante Stéphane Guex-Pierre.

 

Stéphane Guex-Pierre a révélé son identité à un politicien pour la première fois lorsque Christian Lüscher a lancé un concours sur son profil Facebook. Il avait publié une photo du livre «Chambre à part» dédicacé par Liliane Maury-Pasquier et Maria Roth-Bernasconi. Il s’agissait de découvrir qui étaient les auteures de la dédicace. Ayant remporté la victoire, Marcel Chombier a dû révéler son identité pour que Christian Lüscher puisse lui envoyer son cadeau: un exemplaire du livre. «J’ai toutefois prié Christian Lüscher de garder le secret. J’avais prévu de la révéler publiquement quelques mois plus tard», explique-t-il. Et si l’avocat PLR ne tenait pas sa langue, Stéphane Guex-Pierre lui a gentiment fait comprendre qu’il ne se gênerait pas de dire que Maître Lüscher ne sait pas tenir sa langue.

 

Marcel Chombier reçoit de nombreux messages via Facebook. Notamment une assistante sexuelle de France voisine qui lui a proposé ses services «pour le soulager». «A ce moment-là j’ai regretté de ne pas être un véritable nonagénaire», dit-il en rigolant. «J’ai donc décliné l’offre. Mais c’était proposé très poliment.» Stéphane Guex-Pierre assure qu’à travers ce personnage, il a pu rencontrer de nombreuses personnes très intéressantes. Et discuter avec des politiciens dont il ne partage absolument pas les idées. «Facebook est un véritable outil démocratique, surtout en Suisse», affirme-t-il. Peu de personnes prennent vraiment mal ses publications, même lorsqu’il n’est pas toujours très tendre. Sauf lorsque Stéphane Guex-Pierre a eu le malheur de s’en prendre au Valais. «Un ami comparait le canton à la Corse», raconte-t-il. «J’en ai rajouté en signifiant mon accord. J’ai dit qu’il fallait plastifier le Valais et le laisser voguer sur la Méditerranée.» Des Valaisans l’ont menacé à la suite de ces messages. «Certains ont dit qu’ils allaient trouver le Chombier et le tuer.» Ce n’est heureusement jamais arrivé.

 

Stéphane Guex-Pierre compte exporter son concept dans les médias. Il est actuellement en discussion avec certains d’entre eux. «J’aimerais bien aussi créer une série pour la télévision», confie-t-il. Mais Marcel Chombier ne lui prend pas beaucoup de temps. «J’écris très vite. Ce qui m’a pris le plus de temps, paradoxalement, c’est ma photo de profil.» Un mélange de son propre visage et de celui de Samuel Beckett (écrivain et dramaturge irlandais). «J’ai fait comme le stagiaire du Montreux Jazz», ironise Stéphane Guex-Pierre. «J’ai tapé "vieux" sur Google et je suis tombé sur lui.» Enfin, il raconte le sourire aux lèvres une anecdote «à la fois agréable et désagréable». Invité par un couple d’amis à manger, ceux-ci lui ont parlé de ce fameux Marcel Chombier. «Tu le connais?» lui ont-ils demandé. Et Stéphane Guex-Pierre a dit non. «C’était étrange. Ils m’ont parlé de tout ce que j’avais écrit pendant deux heures. Ça m’a fait bizarre. Parfois je rigolais de bonne foi car j’avais moi-même oublié ce que j’avais écrit sur mon profil», lance-t-il amusé. Le vieux Marcel Chombier et ses flans indigestes séviront encore longtemps sur Facebook, et ils ont de beau jour devant eux.

 

Grégoire Barbey

13:54 Publié dans Air du temps, Genève, Journalisme | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | | |