Gregoire Barbey

23/07/2013

PDC: entre communication et enterrement

A chaud, 23.07.13

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PDC. Les photos de campagne du parti sont tristes à mourir. Ils semblent résignés
à assister à leur propre enterrement aux élections cantonales du 6 octobre.

 

Le PDC a sorti aujourd’hui son site dédié aux élections cantonales du 6 octobre. Le seul point fort réside à mon sens dans leur programme, point par point, correspondant aux valeurs démocrate-chrétiennes. Sauf qu’en ayant l’audace de cliquer sur les liens proposés sur le site pour en lire davantage, c’est le néant. Communication lisse, sans aucune saveur ni couleur. A l’image des photos des candidats. Tout de noir vêtu, les aspirants députés ont pour la plupart le regard dans le vague. Est-ce de la politique ou la rubrique nécrologique du quotidien local? C’est à se demander si la présidence du parti n’a pas voulu faire les choses proprement pour assister à son propre enterrement.

 

Je ne cherche pas à descendre le PDC à tout prix. C’est un parti qui a toute ma sympathie, même si pour plusieurs raisons je ne partage pas toutes leurs valeurs. Mais de grâce, il s’agit-là de politique. D’une élection. C’est la guerre, c’est la confrontation. La victoire a un prix. Je regarde les photographies des candidats: où sont les sourires fiers, la conviction dans le regard, les yeux fixant l’objectif? Rien de tout ça. Juste le noir macabre des vêtements du deuil. Comme si, face à l’inéluctable, le PDC avait résolument fait le choix, entre communication et enterrement, de s’habiller de circonstance. Les responsables de la communication avaient promis aux membres une révolution. C'en est une. La mort selon la démocratie-chrétienne, acte un.

 

Grégoire Barbey

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16/07/2013

Pascal Décaillet: la messe est dite

Jet d’encre, 15.07.13

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Pascal Décaillet. Il ne fait pas bon d'afficher des avis
contraire à mon éminent confrère.

 

Pour la seconde fois en moins d’une semaine, Pascal Décaillet m’a retiré de sa liste d’amis sur Facebook. J’ai en effet eu l’outrecuidance de publier un article sur mon blog exposant sa photo, où je mentionne qu’il est l’un des chantres romands de la défense du souverainisme. Quelques jours plus tard, je poste un autre article, cette fois-ci sur Michèle Künzler, pour dénoncer les attaques qu’elle subit continuellement depuis des mois. Dans ce dernier, aucune référence à Pascal Décaillet. Il a cependant dû se sentir visé, puisqu’il a à plusieurs reprises publié des articles remettant en cause la conseillère d’Etat, allant jusqu’à demander son départ (GHI du 07.03.13). Il est évident qu’un jeune impétueux comme moi n’a pas le droit de remettre en question le verbe d’un confrère plus expérimenté.

 

Et pourtant! Je ne me permets pas de m’attaquer à son travail, duquel j’ai un profond respect et dont j’ai encore beaucoup à apprendre. Ce sont ses idées et ses méthodes que j’aime parfois à dénoncer. Comme par exemple son habitude récurrente à surfer sur la vague de l’opposition au service public. C’est ce même Pascal Décaillet qui a travaillé 17 ans à la RTS, ayant d’ailleurs fondé l’émission politique Forum. Il en va de même pour son incessant recours à l’Histoire. Certes, il est essentiel de se référer au passé pour comprendre le présent. Mais de là à ériger en modèle tout ce qui s’est produit précédemment, il y a un fossé que je ne traverserais pas.

 

On ne peut pas refaire l’Histoire politique de la Suisse. Mais rien n’empêche d’avoir des idées pour l’avenir, qui ne vont pas nécessairement dans le sens des courants du passé. C’est pourquoi je conteste avec force la vision romantique qu’il donne de la Suisse, avec son arrière pays, son «pays profond». La vision intellectuelle n’est pas dénuée de fondements non plus. Chacun a sa façon de concevoir les choses.


Les approches peuvent être différentes sans pour autant valoir des dénigrements perpétuels. Un peu comme le fait régulièrement Pascal Décaillet à l’égard du Temps, qui assume une ligne éditoriale plus mondialiste que ne l’est mon éminent confrère et qui écope de ce fait de multiples critiques de sa part. Le Temps serait trop ci, trop ça, pas assez comme ci, pas assez comme ça. Assurément, le journal n’est pas adapté à sa vision du monde. Et alors? Il faudrait qu’il y ait une seule presse, celle qui partage la vision de Pascal Décaillet? Les autres n’auraient donc pas voix au chapitre…

 

C’est ainsi qu’à trop vouloir défendre des idéaux passés, Pascal Décaillet oublie de vivre avec son temps. Rien n’est plus dommageable que de ne pas vouloir réaliser certaines réalités. Comme le fait que le processus de mondialisation ne date pas d’hier. Plutôt du VIIIe siècle, comme le démontre Gérard Chaliant dans son ouvrage Vers un nouvel ordre du monde. La globalisation est une conséquence logique de l’évolution de l’humanité, et a débuté il y a plusieurs siècles. Un long cheminement qui semble bouleversé par les avancées rapides des technologies.


Mais ça, Pascal Décaillet refuse de le voir. Et donne des leçons d’Histoire à qui s’opposerait à son interprétation. J’ai la mienne, et j’y ai autant droit que lui. D’ailleurs à ce propos, s’il fallait être en accord perpétuel pour figurer parmi ses contacts Facebook, alors il a bien fait de m’en retirer: je n’ai pas pour habitude de me taire lorsque je ne suis pas d'accord. Personne n’a le droit de m’empêcher de m’exprimer. Et surtout pas quelqu’un qui revendique la liberté d’expression et s’en sert à loisir. La messe est dite.


Grégoire Barbey

12:23 Publié dans Débats pascaliens, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (17) |  Facebook | | | |

15/07/2013

Interdire le port du voile: hypocrisie totale

Chronique, 15.07.13

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 Pierre Weiss. Le député Libéral-Radical veut faire interdire le voile à l'école.
Il ranime ainsi de vieilles querelles. Tout en poussant les musulmans au communautarisme.


Le débat sur le port du voile à l’école revient en force à Genève. La Tribune de Genève a réalisé un sondage sur son site. Quatre-vingt pourcent des sondés sont favorables à l’interdiction. Il faut dire les choses telles qu’elles sont: le principe de laïcité ici défendu est extrême. Je ne pensais pas l’écrire un jour, étant moi-même agnostique, et plutôt attaché à la laïcité du domaine public. Néanmoins, je ne tomberai pas dans le piège qui consiste à s’attaquer au voile en arguant que ce bout de tissu est plus contraire aux principes laïcs que les croix catholiques que portent de nombreux élèves sans que cela n’ait jamais choqué personne. C’est une fois de plus: «faites ce que je dis mais pas ce que je fais». Et c’est fort malheureux. Parce que si l’on était à ce point attaché à la neutralité des institutions, l’on retirerait toute suggestion au catholicisme dans nos écoles. Et sur nos institutions. Or, nous ne le ferons probablement jamais. Il s’agit d’un legs de notre Histoire. Et de nombreux Suisses ne veulent pas y renoncer.

 

C’est donc un non-débat. Lorsque Pierre Weiss dit vouloir l’interdire, c’est son problème. Cela le regarde. Il ravive pourtant des combats d’arrière-garde, de ceux que l’on pensait abandonnés depuis longtemps. Visiblement il n’en est rien. Et c’est fort regrettable. Lorsque je lis ou entends l’argument selon lequel les femmes qui portent le voile sont soumises à leur mari, cela m’étonne. C’est un jugement péremptoire. Si pour nous, Occidentaux, ce constat semble aller de soi, de quel droit pouvons interférer dans la vie privée des individus et leur imposer notre vision? Certes, c’est probablement un signe ostentatoire de soumission. Mais on ne peut pas rendre les gens heureux en leur imposant ce que nous pensons être le mieux pour eux sans leur consentement. C’est généralement une démarche vouée à l’échec, et qui poussera à un communautarisme beaucoup plus offensif de la part des minorités ainsi ségréguées.

 

Ce qui me navre le plus dans cette opposition au port du voile, c’est que ceux qui sont favorables à cette interdiction usent du principe de laïcité. Ils ne s’indignent pas lorsqu’un chrétien porte une croix pendant les cours, mais sont dérangés par le voile. Leur réaction est probablement plus symbolique que fondée sur un principe de neutralité religieuse. Celui de la culture étrangère, qui les fait se dresser sur leurs pattes arrière pour défendre leurs valeurs. En réalité, le nœud du problème se situe-là. Pour beaucoup, combattre le voile, c’est combattre l’Islam. Et donc se protéger de son accroissement en Suisse. Ce n’est cependant pas en s’attaquant à un symbole plutôt qu’un autre qu’on changera quoi que ce soit.

 

Encore une fois, à trop vouloir stigmatiser une population, on la pousse à se réunir davantage, et de ne vivre plus qu’en communauté, empêchant ainsi son intégration aux valeurs de leur pays d’accueil. L’exemple de la France est tout ce qu’il ne faut pas faire. Lutter contre l’ennemi musulman, prétextant qu’il cherche à nous envahir, c’est donner de la voix aux intégristes. En Suisse, nous n’avons aucune raison de nous plaindre des musulmans. Vivons en paix avec eux. Ils n’ont aucune raison de faire l’objet de notre mépris.

 

Grégoire Barbey

 

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14/07/2013

Du Künzler-bashing à la vacuité des idées

Chronique, 14.07.13

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Michèle Künzler. La ministre en charge du Département de l'intérieur, de la mobilité
et de l'environnement (DIME) est la cible privilégiée d'une droite aux propositions absentes.

 

La droite genevoise tire à boulets rouges sur Michèle Künzler depuis plusieurs mois. La conseillère d’Etat en charge du Département de l’intérieur, de la mobilité et de l’environnement donnait aujourd’hui une interview dans Le Matin Dimanche, ce qui a donné lieu à de nouvelles réactions de mépris sur les réseaux sociaux de la part de certains politiciens. Loin de moi l’idée de défendre ou condamner son bilan, je tiens néanmoins à relever la facilité de ces attaques frontales. Que cela viennent d’élus ou de l’un de mes confrères en particulier, qu’importe. Les critiques sont faciles, et portent bien souvent sur des détails qui ne lui sont pas nécessairement imputables en premier lieu.

 

Mais il faut toujours, même dans un gouvernement, une victime expiatoire. Celle qui sera accusée de tous les maux. Celle qui, par l’opprobre publique, sera crucifiée à maintes reprises. Michèle Künzler joue ce rôle à merveille, et elle n’a pas toujours la présence d’esprit de s’en protéger, ses déclarations donnant bien souvent de l’eau au moulin de ses détracteurs. Mérite-t-elle les innombrables humiliations dont elle est l’objet? J’en doute profondément. Comme toute personne dans ce collège gouvernemental, elle doit tirer le bilan de ses réussites et de ses erreurs. Faire l’inventaire de son mandat, ces quatre dernières années. Et reconnaître publiquement lorsque dysfonctionnement il y a.

 

Rien ne justifie cependant ce lynchage constant, obsessionnel et continuel d’une certaine frange de l’échiquier politique. A trop s’en prendre à la même personne, que cela soit médiatiquement, sur les réseaux sociaux ou lors des séances plénières, ses détracteurs finissent par perdre toute crédibilité. A les écouter ou les lire, Michèle Künzler serait responsable de l’ensemble des problèmes qui ont lieu sur les routes à Genève. Comme si dans les autres villes, au demeurant souvent interdites aux voitures en leur centre, il n’y avait pas aussi des dérangements. Comme si un ministre était capable de palier au moindre détail. Accuse-t-on Pierre Maudet dès qu’il y a une agression? Il n’est pas plus responsable de cet événement que Madame Künzler ne l’est lorsqu’un feu saute au coin d’une rue…

 

D’ici au 6 octobre, nous aurons l’occasion de lire de nombreuses autres tirades à l’encontre de la conseillère d’Etat. Les autres membres du gouvernement sont moins exposés, alors les bienpensants à droite lui réserveront un feu nourri, à défaut d’avoir le courage et l’audace d’effectuer un droit d’inventaire sur le bilan des autres départements. C’est toujours plus facile de s’en prendre ad hominem aux responsables politiques plutôt que d’apporter des solutions. Et pour ça, si Michèle Künzler devait s’avérer incompétente dans ses fonctions, ses détracteurs le sont tout aussi sur le plan des idées, pourtant si essentielles pour dessiner les grands contours d’une législature. C’est un peu comme l’histoire de la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf…

 

Grégoire Barbey

18:42 Publié dans Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook | | | |

25/06/2013

Finances publiques: on réforme quand l'Etat?

Chronique, 24.06.13

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David Hiler. Le conseiller d'Etat en charge du Département des finances à Genève avait
l'occasion historique de réformer l'Etat. Mais il n'a pas souhaité commencer cet ouvrage.

 

La Chambre de commerce, d’industrie et de services de Genève (CCIG) a publié une étude sur les dépenses publiques dans le canton. Loin d’être rassurant, le constat est même plutôt alarmant: Genève dépense 22'000 francs par habitant et par année, contre moins de 15'000 à Zurich ou à Bâle-Ville. Les recettes fiscales par habitant à Genève représentent presque le double de Zurich. Le rapport met également en exergue une réalité volontairement occultée par certains partis politiques: les salaires de la fonction publique genevoise sont les plus élevés en comparaison nationale. Il est bien évidemment connu qu’en période électorale, il n’est pas très convenable de s’en prendre au cartel de la fonction publique. D’autant plus qu’à Genève, il représente une importante part de la population votante.

 

La dette par habitant s’élève néanmoins à 35'000 francs (enfants compris) – en ne comptant pas l’engagement de recapitalisation des caisses de pension publiques. Elle est supérieure de 10'000 francs à celle de Bâle, et de 20'000 francs à celles de Zurich et Vaud. De ce fait, la CCIG signale qu’en raison de la crise, les hausses de salaires (quand il y en a), ne suffisent pas à compenser les augmentations des tarifs administrés par l’Etat. La classe moyenne est en première ligne et se retrouve sous pression. Le constat est accablant: le revenu réellement disponible des Genevois est le plus bas de Suisse (alors que les rémunérations sont parmi les plus élevées). 

 

Enfin, l’équilibre des recettes fiscales n’est pas garanti. Seuls 4% des contribuables disposant d’un revenu imposable supérieur à 200'000 francs contribuent à hauteur de 40% des recettes de l’impôt sur le revenu. Tandis que 45% des Genevois imposés contribuent à moins de 5% des recettes. Avec une imposition sur la fortune la plus élevée de Suisse (et même en comparaison internationale), et les récentes attaques des socialistes à l’encontre de certains modèles fiscaux établis (impôt d’après la dépense, bouclier fiscal), le risque de voir s’effondrer le fragile équilibre de cette pyramide est grand.

 

Malgré le projet de réformer l’Etat laissé dans les tiroirs du Département des finances par la libérale Martine Brunschwig  Graf, David Hiler n’a pas saisi l’occasion historique de changer la situation. Aujourd’hui, il convient de tirer certaines conclusions. Nul ne sait vraiment comment les fonds publics sont dilapidés aussi rapidement et au-delà des recettes disponibles. Les charges du canton sont-elles si importantes? Bien sûr, nous avons un hôpital universitaire, un aéroport international et bien d’autres infrastructures publiques. Mais nous ne sommes pas les seuls dans cette situation. Zurich possède l’EPFZ, un aéroport plus important et une place financière tout aussi internationale qu’à Genève. Comment peut-il y avoir de telles disparités dans la gestion des finances publiques de ces deux cantons?

 

Il serait probablement bienvenu voire judicieux de se pencher davantage sur la question. En mandatant par exemple une entreprise externe chargée d’auditer l’Etat. Et que le rapport soit remis en main propre au procureur général, et non à l’Exécutif. Pour être en mesure de dessiner les contours du fonctionnement actuel de l’administration publique genevoise. Quelles sont les tâches de l’Etat? Que fait-il? Quels en sont les coûts? Avec la connaissance de toutes ces données, le Grand Conseil et le Conseil d’Etat seraient en mesure de débuter une grande réflexion sur les raisons d’être de l’Etat. Qu’est-ce qu’il doit faire, comment, avec quels moyens. Il y a peut-être des services dont l’utilité n’est pas démontrée. S’il est possible de les confier au secteur privé, l’Etat pourrait se rationaliser sans pour autant perdre de son efficacité. Bien au contraire.

 

Des solutions, il en existe sûrement plusieurs. Mais pour choisir laquelle privilégier, il faudrait commencer par lancer la discussion. Il ne suffit pas qu’une étude démontre l’incapacité de Genève à gérer ses finances publiques, cette réalité est malheureusement connue. Il faut porter le débat au sein de l’hémicycle. S’interroger sur les conséquences à tirer. Et mettre en place des politiques publiques qui soient adaptées. Pour l’heure, les citoyennes et les citoyens sont les dindons de la farce. Chaque année, ils contribuent à des taux parmi les plus élevés de Suisse. Pour lire ensuite dans les journaux qu’ils abreuvent un Etat incapable de ne pas dilapider les précieuses ressources qu’il reçoit de ses contribuables. Il ne s’agit pas seulement d’une discussion idéologique. Il faut exiger de la classe politique à Genève qu’elle prenne ses responsabilités. Et cesse instamment cette façon peu élégante de jouer à l’autruche. Il en va de la salubrité de nos finances. Et du bien être de l’ensemble de la population!

 

Grégoire Barbey

11:30 Publié dans Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | | | |

15/06/2013

Plus proche du sol que de l'azur céleste

Coup de gueule, 14.06.13

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 Luc Barthassat. Le candidat au Conseil d'Etat subit les foudres de son propre parti. Il lui est notamment reproché de faire cavalier seul au détriment de son collègue Serge Dal Busco.

 

Mon confrère Raphaël Leroy révèle dans un article paru dans 20 minutes les tensions internes au sein du PDC à Genève. Luc Barthassat, conseiller national et candidat au Conseil d’Etat, se voit reprocher par la présidence et des membres du parti son attitude. Que lui reproche-t-on? De faire campagne. Oui, Luc Barthassat est candidat et désire être élu. Jusqu’ici, il n’y a pas de mal. Mais voyez-vous, il y a dans ce parti – ce que je dénonce depuis plusieurs mois déjà – une certaine nomenclature. Des clans qui luttent. Et donc, Béatrice Hirsch, présidente du PDC, ne trouve rien de mieux à faire que de s’en prendre à l’un des deux candidats. Celui qui, par sa liberté de parole et de pensée, fait craindre à la présidence la perte d’un instrument politique. Oui, si Luc Barthassat est élu, il agira d’abord en fonction de ses propres choix, et non nécessairement selon des décisions émanant d’en-haut. Quoi que ce haut, aujourd’hui, est plus proche du sol que de l’azur céleste.

 

A quatre mois du scrutin, la présidence sort déjà ses couteaux. On reproche aussi à Luc Barthassat d’avoir participé à l’ouverture du Bar à Whisky, le nouvel établissement des MCG Eric Stauffer et Carlos Medeiros. Un comble! Il y a donc des lieux qu’il convient de ne pas fréquenter pour ne pas déranger Madame Hirsch? Luc Barthassat ferait cavalier seul. Il a osé faire un tract individuel. En campagne électorale. Crime de baise-majesté. Quel drame. Mais qui donc reproche à Serge Dal Busco sa propension à se précipiter à tous les événements communaux pour poser en photo avec des personnalités locales? Personne! Et c’est normal: Dal Busco et Barthassat, même s’ils sont ensemble sur la liste du PDC, ne sont pas moins rivaux. Nous parlons de politique. De rapports de force. Il s’agit pour l’un et l’autre de convaincre le maximum de citoyennes et de citoyens.

 

Je suis totalement abasourdi par l’attitude de la présidence de ce parti. Plutôt que de réunir les candidats et ne pas prendre position pour l’un ou l’autre, celle-ci préfère tacler Luc Barthassat par voie de presse. C’est un comportement lâche et peu enclin à donner aux électeurs un sentiment de confiance dans un parti qui se mutile lui-même. Les deux candidats PDC ont de nombreuses qualités, certes différentes, certes propres, mais vouloir déjà s’en prendre à l’un d’entre eux pour maximiser les chances de l’autre, voilà une stratégie complètement ahurissante. Luc Barthassat dérange, même à l’interne de son parti. Et bien tant mieux: il n’en sera que meilleur conseiller d’Etat, parce qu’il ne se soumettra pas à la pensée dominante de son parti. Il agira en ministre, et non en instrument partisan. Aux citoyennes et citoyens de décider ce qu’ils préfèrent entre ces deux catégories de dirigeants. Pour le reste, Béatrice Hirsch serait bien avisée de se concentrer sur des problèmes plus importants que les tracts de l’un des candidats au Conseil d’Etat. Comme par exemple à la qualité de sa communication. Rendez-vous le 6 octobre!

 

Grégoire Barbey

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14/06/2013

Le double discours très pernicieux du MCG

Chronique, 13.06.13

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 Mauro Poggia. Même les prises de position du conseiller national MCG, pourtant beaucoup
plus consensuelles et nuancées, ne peuvent être totalement extraites du parti.

 

Certains membres du Mouvement citoyen genevois (MCG) me font souvent la même remarque: il ne faut pas faire d’amalgame entre les différents individus représentés au sein du parti. Si je suis d’accord sur le fond, j’ai plus de peine à admettre cet état de fait sur la forme. Oui, chaque membre a son caractère et ses idées. Le point de fixation, pour bon nombre de détracteurs du MCG, ne se situe pas exactement à cet endroit. Il s’agit plutôt du message véhiculé par le parti en tant que personne morale: les affiches, les brochures envoyées par courrier à tous les citoyens, et les diverses prises de position dans la presse et sur les réseaux sociaux. Concrètement, je n’ai vu aucun membre désavouer l’appareil de parti par rapport aux images qu’il transmet à la population.

 

Les symboles sont pourtant forts: entre une affiche qui promettait de «mettre un bon coup de balais (sic!)» dans Genève, les appels à la haine à l’encontre des frontaliers et les prises de position volontairement provocatrices, les exemples ne manquent pas pour démontrer que le discours de ce parti est porté vers l’émotion et non la raison. Pas sur tous les points, évidemment. C’est juste l’exploitation d’un créneau (celui du rejet de l’autre) qu’il convient de dénoncer. Et dès lors, un membre peut difficilement se dédouaner du message cultivé par le MCG, dont le fonds de commerce est essentiellement dirigé vers la promotion de l’emploi local. Une vindicte uniquement tournée à l’encontre des frontaliers, car dans les faits, je n’ai jamais vu une affiche remettre en cause l’arrivée de pendulaires à Genève. Ils ne font pourtant pas directement partie du canton, dans une logique de préférence locale, donc cantonale. Est-ce parce qu’ils ne traversent pas de frontière à proprement parler? La question demeure…

 

C’est donc difficilement justifiable de vouloir à la fois se revendiquer d’un message global (celui de l’appareil de parti) et de prôner la différence des opinions au sein du MCG. Non pas qu’il n’y en ait pas. Je précise bien ne pas douter de ce fait. Il faut simplement mettre l’accent sur une question de bon sens: si l’on prend sa carte de membre dans ce parti et pas un autre, c’est que le fond du discours principal – la colonne vertébrale si j’ose dire – séduit. Être membre du MCG, c’est accepter de porter sur soi la communication décidée par le parti. Et c’est difficile de s’en dédouaner totalement. Même Mauro Poggia, dont les prises de position sont souvent beaucoup plus consensuelles et surtout nuancées, ne peut pas s’extraire de la logique MCG. Il est navrant de voir de très bons éléments se mélanger avec des individus qui sont à l’extrême opposé. Lorsque je lis ce que je lis sur les réseaux sociaux de personnes se revendiquant du parti (et je ne parle pas des élus, en général), j’ai de la peine à distinguer les membres et le discours d’ensemble prôné par le parti. Je me dis, au fond de moi, que ses membres acceptent de revêtir un message particulièrement discriminatoire. Et rien que pour ça, je ne puis admettre ce double discours pernicieux. Quitte à déranger certains défenseurs de la veuve et de l’orphelin.

 

Grégoire Barbey

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07/06/2013

L'instrumentalisation du peuple par la gauche

 Chronique, 07.06.13

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Pierre-François Unger. Le conseiller d'Etat en charge du Département de l'économie a rappelé
que l'égalité devant la loi présuppose que des situations différentes soient traitées différemment.


Aujourd'hui, en matière de fiscalité, les socialistes décident d'orienter les débats en passant par le Peuple. Très bien, nous sommes en démocratie et le sujet mérite probablement d'être tranché par le souverain. Je suppute néanmoins, derrière cette tentative de laisser s'exprimer la volonté populaire comme de preux chevaliers rouges, une volonté d'instrumentaliser la véritable complexité de ces questions pour laisser s'exprimer pleinement les pulsions d'indignation de l'ensemble des citoyennes et des citoyens en situation modeste. 

 

Il est évident qu'avec des arguments aussi émotionnels, ceux prônés par cette gauche moralisatrice qui veut imposer son dogme à toute la population, l'électeur moyen sera tenté de voter oui la suppression de certains systèmes fiscaux, fussent-ils importants pour la pérennité de notre économie. En fait, cette gauche arrogante et populiste arguera à tout va qu'il s'agit d'un traitement inégal, et que l'égalité devant la loi n'est pas respectée.

 

Or cet argument, à la fois fallacieux et totalement en-deçà du niveau que requiert un tel débat, ne porte pas le sujet là où il doit être: qu'est-ce que l'impôt d'après la dépense, et pourquoi existe-t-il? En Suisse, le bénéficiaire d'un tel mode d'imposition ne peut exercer en parallèle une activité lucrative sur le territoire helvétique. A contrario, au Royaume-Uni, les «resident non domiciled» peuvent tout à fait obtenir des revenus dans le pays (tout en étant taxé à la fois selon l'impôt d'après la dépense et sur les revenus engrangés sur le territoire).

 

Il n'est donc pas imaginable d'acquérir des revenus dans notre pays issus d'une quelconque activité lucrative lorsqu'on est imposé d'après la dépense. C'est pourquoi cette forme d'imposition, majoritairement utilisée en Suisse occidentale, est utile: elle permet à des individus fortunés exerçant des activités à caractère lucratif dans d'autres pays (et étant donc taxés là-bas comme tout un chacun) de s'installer en Suisse au bénéfice d'un système fiscal non-discriminatoire. Parce qu'il n'y a rien qui ne les oblige à venir dans nos contrées, y dépenser leur fortune ou leurs revenus.

 

C'est un statut spécifique pour une situation particulière. Ces étrangers peuvent très bien choisir d'autres lieux s'ils sont plus intéressants fiscalement. C'est tout à fait compréhensible. C'est donc vain de parler d'inégalité devant la loi. Comme le rappelait si justement le conseiller d'Etat en charge de l'économie à Genève, Pierre-François Unger, l'égalité devant la loi présuppose que des situations différentes soient traitées différemment. Et c'est bien de ça dont il est ici question. Il n'est pas acceptable d'argumenter en ce sens pour éveiller l'indignation au sein de la population. C'est un argument sophistique et totalement déconnecté de la réalité.

 

Mais une fois encore, il y a derrière ces nombreuses attaques contre le système fiscal suisse, une volonté de remettre en question l'ensemble du fonctionnement économique tel qu'il existe aujourd'hui. Passant par des démonstrations complètement abracadabrantes, certaines personnalités au Grand Conseil genevois ont pu motiver l'abandon de ces régimes fiscaux différenciés parce qu'un individu à Zurich, un seul, a été en mesure de contrevenir à la loi en matière d'imposition d'après la dépense. Aucune loi n'est infaillible, et cette gauche étatiste, dont la volonté affichée de légiférer chacun de nos faits et gestes est honteusement portée en diktat et en idéal sociétal, serait bien inspirée de le comprendre avant de transformer nos codes de lois en véritables recueils s'opposant à toute forme de liberté.

 

Il s'agira donc, lorsque le peuple suisse (et genevois) sera appelé à voter sur ces sujets, de démontrer de façon accessible tout en ne trahissant pas la réalité des faits ce qu'il convient de savoir sur ces aspects fiscaux. Ce sont des dossiers particulièrement compliqués, et tout porte à croire que la gauche fera en sorte de garder le débat à un niveau suffisamment bas pour que les bonnes questions ne puissent être posées. Et c'est bien cela, chers lecteurs, qu'il convient d'éviter en pareille situation!

 

Grégoire Barbey

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18/05/2013

Le Municipal et la rhétorique du ridicule

Chronique, 18.05.13

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Conseil municipal de la ville de Genève. A trop vouloir faire les singes,
nos représentants vont finir par en perdre totalement leur crédibilité.

 

Je l’avais bien entendu l’autre soir depuis ma place à la tribune presse du Conseil municipal: dans le brouhaha environnant, un élu MCG a menacé d’arborer des croix gammées sur son bureau en réponse aux affichettes de la gauche pour la journée internationale contre l’homophobie. On peut dire ce que l’on veut de l’attitude des élus socialistes et verts. Mais la réaction du MCG est tout simplement inacceptable. Outre ceux qui veulent absolument souligner le fait qu’aucune affiche n’a lieu d’être au sein de l’hémicycle, il est des mots que la démocratie ne peut souffrir. Et des maux dont elle doit impérativement se passer.

 

Il est tout bonnement intolérable d’entendre de telles revendications. Il ne s’agit pas de refaire l’Histoire, tout le monde connait la référence. Entre militer pour une cause qui vise à défendre une minorité discriminée et en appeler à arborer le symbole de l’intolérance et de la folie humaine, il y a un fossé. Ce qui s’est passé ce mercredi soir au Conseil municipal ne doit tout bonnement plus jamais se reproduire. Il en va et de la crédibilité de nos représentants, et du bon fonctionnement de nos institutions politiques. Lors de la prochaine session du Municipal, il va falloir prendre ses responsabilités. Aux élus de proposer un durcissement immédiat de la réglementation dans l’enceinte du parlement communal.

 

Je suis à titre personnel profondément déçu d’avoir assisté à une telle débâcle en direct. Comment ne pas comprendre les véhémences des citoyennes et des citoyens à l’encontre de la classe politique lorsque celle-ci s’adonne à la démonstration théâtrale la plus ridicule? Ce n’est pas en continuant à se comporter comme des enfants en bas âge que la population va avoir envie de voter. Et le pire, c’est que cette attitude délétère est adoptée par le parti qui dit vouloir donner un coup de pied dans la fourmilière. Messieurs-dames les conseillers municipaux, de grâce, captivez-nous par l’émulsion de votre rhétorique politique. Plutôt que de nous assommer de vos enfantillages et de votre incapacité à vous respecter mutuellement. Ce serait déjà un grand pas pour Genève.

 

Grégoire Barbey

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16/05/2013

L'Etat et la peine de mort: un mélange inacceptable

Chronique, 16.05.13

 

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Lorsque l'actualité révèle les crimes les plus odieux, prompte est l'avidité de la masse à sombrer dans les extrêmes. Sur les réseaux sociaux, l'indignation atteint son paroxysme. Voué aux Gémonies, l'assassin de Marie devient l'argument qui justifie aux yeux de certains (pas tous) la réintroduction de la peine de mort. Ce fardeau de l'humanité qui a fait couler tant de sang au nom d'une Justice divine. Justice qui est en réalité pensée et appliquée par des Hommes. Cette façon d'instrumentaliser des événements sordides pour se positionner en faveur du plus grand des crimes - celui qui est issu du consentement populaire - ne saurait en réalité résister à quelques arguments. Des penseurs en tout temps ont fait de la peine de mort un combat, un symbole de barbarie au sein même des institutions créées par et pour les Hommes. Comme le célèbre ouvrage de Victor Hugo, Le dernier jour d'un condamné, qui plutôt que de lister toutes les raisons de s'opposer vivement à cette pratique, se plonge dans la psyché d'un individu dont les heures sont comptées avant que sa tête roule au sol.



D'autres encore, comme Voltaire, ont préféré un coupable en liberté plutôt qu'un innocent six pieds sous terre, conséquence d'une vindicte populaire difficilement contrôlable. S'il faut respecter les émotions induites par les horreurs que certains de nos semblables commettent, il ne faut pas pour autant oublier de cultiver une certaine distance par rapport aux événements. Oui, la méchanceté et la folie, la perversité et l'incurie de certains ont matière à nous indigner. C'est même une preuve de bonne santé que d'éprouver du dégoût face aux actes les plus violents. Mais de grâce, ne tombons pas nous-mêmes dans le piège de la vengeance. Elle ne résout rien et ne fait surtout pas revenir les disparus. Donner à l'Etat, prolongement institutionnel du désir des Hommes de vivre en société, le droit d'octroyer à l'un de ses serviteurs la possibilité de choisir entre la vie et la mort de l'un de ses citoyens, c'est faire montre de peu de conscience. La Justice est un avatar du désir de sécurité qu'éprouvent les êtres humains. Mais est-ce sécurisant, un Etat qui fait couler le sang sous couvert de Justice?



La peine de mort est une atteinte à la raison, une dérive qui ne peut être ni permise, ni soutenue. Non qu'il ne faille comprendre la douleur qui consume les âmes meurtries par un crime. Mais par définition, le rôle de la Justice, faillible car appliquée par les Hommes, est de s'extraire du cadre strictement émotionnel et de décider selon certains principes érigés en lois, garantes d'une stabilité sociale. Il n'y a, à proprement parler, aucune excuse à l'individu qui tue ou viole. Et c'est à l'Etat que revient la tâche de condamner équitablement le criminel. Si ce même Etat condamne le meurtre et accepte qu'il y ait sous son autorité des individus qui puissent mettre à mort un être humain, comment croire en une quelconque Justice? Ne doit-elle pas justement s'élever au-delà des querelles humaines et agir pour le bien commun? Qu'il y ait aujourd'hui des carences dans le système pénal, ou dans l'application des peines, c'est possible. Mais il n'est tout simplement pas compréhensible de revenir à des pratiques séculaires et démocratiquement abolies pour palier à des manquements juridiques.



Que l'Homme qui condamne un individu à mort soit lui-même condamné pour meurtre par procuration. Car c'est bien de cela qu'il s'agit: un crime légalisé, autorisé en tant que représentant de l'ordre étatique mais puni dans la vie civile. Ce n'est tout simplement pas justifié et justifiable. Aujourd'hui, l'Etat ne dispose plus de ce droit. Qu'il puisse atteindre à l'intégrité physique d'un individu ne peut être ni compris, ni toléré. L'Etat est un instrument au service de l'Homme. Il ne doit pas servir à tuer les êtres humains, mais leur permettre de vivre ensemble dans un cadre légal communément admis par le plus grand nombre. Et lorsque dérapage il y a, sa fonction est de sanctionner selon des peines adéquates. La privation de liberté est une mesure autrement plus désagréable pour le condamné, si la durée est suffisamment longue. La mise à mort est une punition absolutiste, mais n'a qu'une conséquence immédiate. Pour certains, mourir est préférable à une longue peine de prison. Doit-on abréger la sentance d'un criminel en lui infligeant la peine capitale? Mais là n'est pas le propos. Il est une réalité simple: l'Etat ne doit aucunement attenter à la vie des citoyennes et des citoyens. C'est une question de salubrité publique. Réintroduire la peine de mort, c'est autoriser les dérives les plus scandaleuses.

 

Grégoire Barbey

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