Gregoire Barbey

22/03/2014

Pédophiles: pourquoi je voterai non le 18 mai

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Christine Bussat. Contrairement à ce que laisse entendre le fer de lance de la Marche
Blanche, refuser l'initiative n'est pas défendre les pédophiles. Même si l'amalgame est commun.


L’initiative de la Marche Blanche «Pour que les pédophiles ne travaillent plus avec des enfants» est créditée d’une très nette majorité d’avis favorables (environ 80%) selon le dernier sondage effectué par le SonntagsBlick. Si l’on se contente de l’intitulé du texte soumis à votation le 18 mai prochain, comment pourrait-on raisonnablement s’y opposer? C’est justement là que le bât blesse: il y a une véritable absence de débat sur le sujet. On peut le comprendre, tenter de lancer la discussion à ce propos suscite des réactions parfois hystériques, souvent disproportionnées. Même si le texte part d’une intention louable, des raisons de le refuser existent, et je me propose d’en fournir quelques-unes pour vous permettre de réfléchir à la question au-delà de l’aspect émotionnel.

 

Tout d’abord, se prononcer en faveur du refus ne signifie pas être pour que les pédophiles puissent travailler avec des enfants. Dans ce débat-là, on n’est pas contre le fond, mais contre la forme. Ce qui n’est pas une nuance à prendre à la légère. Le texte de l’initiative a été déposé comme suit: «Quiconque est condamné pour avoir porté atteinte à l’intégrité sexuelle d’un enfant ou d’une personne dépendante est définitivement privé du droit d’exercer une activité professionnelle ou bénévole en contact avec des mineurs ou des personnes dépendantes». On remarque au premier coup d’œil que le nom de l’initiative est trompeur et que son objectif est plus large. Car oui, qu’est-ce qu’une personne dépendante? Ce n’est pas uniquement un enfant. Cela peut être une personne âgée ou incapable de discernement. On ne touche donc pas uniquement aux pédophiles, contrairement à ce qui peut être cru de prime abord.

 

En sachant cela, on peut s’interroger sur certaines notions fondamentales du droit. En règle générale, on considère que les peines et mesures automatiques doivent être proscrites pour que la justice conserve une dimension humaine et s’attache à évaluer chaque cas individuellement. Cette initiative créerait un précédent en la matière en privant définitivement (et automatiquement) «quiconque a été condamné pour avoir porté atteinte à l’intégrité sexuelle d’un enfant ou d’une personne dépendante du droit d’exercer une activité professionnelle ou bénévole en contact avec des mineurs ou des personnes dépendantes». Autre notion qui serait bafouée par l’introduction d’un tel texte dans la Constitution, c’est la proportionnalité. Si le couperet tombe automatiquement sous condition d’avoir été condamné, l’évaluation des peines et contraintes à appliquer n’est plus proportionnelle. Quelles que soient les circonstances, la gravité des faits, la mesure s’applique.

 

Il est donc totalement légitime de questionner la portée juridique de cette initiative, et de tenter d’en comprendre les éventuelles conséquences pour le futur. La subjectivité est aussi dérangeante. On considère implicitement que de violer une femme ou un homme adulte est moins grave que de violer un enfant. Pour ma part, je pense qu’aucune échelle de gravité ne peut être dressée dans de pareils cas. Que l’on viole un enfant ou une femme/un homme adulte, on a porté atteinte à l’intégrité sexuelle d’une personne, et en cela, même si l’on peut considérer que le préjudice peut être plus grave sur un enfant, les peines doivent être évaluées selon des critères plus ou moins similaires. Le distinguo qu’effectue de fait l’initiative me déplait beaucoup. Mais en même temps, comme pourrait-on par exemple interdire un homme condamné de viol sur une femme de travailler avec d’autres femmes? Cela pourrait nuire à son bien-être de façon excessivement préjudiciable. Pourtant, l’initiative de la Marche Blanche nous invite à considérer cet aspect, si l’on veut être de bonne foi.

 

Enfin, un dernier aspect qui me dérange profondément, c’est la négation du droit à l’oubli. Je ne sais pas comment sera appliquée l’initiative, car elle devra l’être puisqu’elle sera acceptée sans aucun doute, mais une contrainte à vie nie à mon sens le droit à l’oubli. Ce droit n’est en rien absolu et il peut être contourné si les actes présents d’une personne précédemment condamnée justifie de mentionner des faits antérieurs. Or, si l’individu condamné pour pédophilie n’a pas récidivé, cette interdiction définitive crée une situation assez gênante de ce point de vue. Il faut pour conclure noter que le Parlement a pris la mesure de cette initiative et a déjà procédé à des modifications du code pénal. La Suisse est également signataire de la Convention de Lanzarote qui prévoit une adaptation de la justice pour renforcer la protection de l’enfance des Etats qui ont ratifié le texte. En cela, des mesures vont être et ont déjà été prises pour améliorer la défense des intérêts des enfants, qui je le rappelle ne doivent être l’objet d’aucune compromission. Sans pour autant faire l’objet d’une initiative qui nie des principes fondamentaux du droit.

 

Une personne condamnée pour pédophilie et interdite de travailler avec des enfants pourrait tout à fait déposer un recours au Tribunal des droits de l’homme. Elle serait probablement victorieuse. En gardant le droit actuel et ses futures modifications, on s’attache à protéger les enfants proportionnellement aux principes en vigueur et en ne risquant pas de perdre face à un Tribunal supérieur pour non-respect des droits de l’homme. C’est pourquoi je voterai non, tout en ayant en conscience la nécessité de protéger les enfants de tout abus, qu’ils soient sexuels, psychologiques ou physiques. Que la raison triomphe sur l’émotion, et que le droit ne soit pas l’otage de l’exagération politique!

 

Grégoire Barbey

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06/03/2014

Lettre ouverte à Oskar Freysinger

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Oskar Freysinger. Le conseiller d'Etat valaisan accuse ses adversaires politiques de nuire
à son département depuis qu'il a été élu. Peut-être est-il également responsable de ce climat.

 

Monsieur le conseiller d’Etat Oskar Freysinger,

 

Vous vous êtes construit depuis vos débuts en politique un personnage. Vous vous êtes façonné une image, comme les plus grands hommes d’Etat l’ont fait avant vous (François Mitterrand en est l’exemple le plus parlant). Il y a toutefois une différence entre ces personnalités et vous. Aujourd’hui, votre objectif est atteint en Valais: devenir conseiller d’Etat. Pour en arriver-là, il vous a fallu des années. Années où vous avez sciemment combattu les gouvernements qui se sont succédés, que ça soit en Valais ou au Palais fédéral, pour vous faire remarquer. Vous n’avez jamais lésiné sur les moyens: provocation, propos limites, mises en scène patiemment étudiées, etc. Je ne suis pas l’un de vos admirateurs, mais je vous reconnais toutefois un sens très développé de la théâtralité. En vérité, vous êtes un homme de scène. Vous vous êtes créé un personnage, disais-je plus haut, de toute pièce. Il vous a fallu lui donner une identité, des traits facilement reconnaissables. Votre personnage, c’est-à-dire vous, devait être l’objet de toutes les polémiques. Avec habileté, vos combats politiques ont souvent eu l’effet escompté: faire parler de vous. Toujours plus. A tel point qu’aujourd’hui, toute la Suisse romande vous connait, et probablement pouvez-vous en dire autant du côté de la Suisse alémanique.

 

Oui, vous avez un indéniable talent pour vous draper d’une auréole de popularité. Vous cherchez l’extrême: être adoré ou détesté. Et toutes ces années durant, ce rôle vous a admirablement bien convenu. Quand vous avez défendu l’interdiction des minarets – faisant d’un monument quasiment inexistant en Suisse un problème national –, ou lorsque vous militiez pour le renvoi des criminels étrangers, vous n’avez jamais reculé devant les méthodes à utiliser pour créer le buzz, pour susciter l’indignation des uns et l’admiration des autres. Ces autres qui constituent votre électorat, en grande partie. Vous êtes un homme d’une grande intelligence. Cela aussi, mon honnêteté intellectuelle me force à le reconnaître. Je vois dans vos choix politiques et dans vos communications publiques un machiavélisme d’une rare finesse. Vous êtes quelqu’un de cultivé, vous lisez beaucoup, écrivez avec une certaine aisance, jouez même de la musique. Et pourtant, quand il s’agit de dire la vérité à vos lecteurs, notamment sur le renvoi des criminels étrangers, vous singez le parfait imbécile. Vous faites celui qui ne sait pas. Celui qui, dans sa montagne, ignore qu’on ne peut pas expulser les criminels étrangers sans accords de réadmission avec les pays concernés. Que de nombreux traités internationaux rendent l’application du texte de l’UDC particulièrement problématique. Mais ça, je le sais et vous le savez, ça n’a qu’un objectif: plaire à votre public cible.

 

Une fois encore, vous êtes un homme de théâtre tout en étant un excellent publiciste. Tous vos propos sont destinés à ceux qui vont consommer «l’image» Oskar Freysinger. Comme un slogan sur un paquet de biscuits, vous devez attirer l’œil de vos potentiels électeurs. Ceux qui glisseront, le moment venu, votre nom dans l’urne. Et vous atteignez votre but avec brio. Laissez-moi vous concéder encore cette qualité. Vous êtes à mon avis de ceux qui peuvent faire contracter à un aveugle une assurance au cas où ses lunettes de vue viendraient à se casser. Pour beaucoup, c’est un défaut. J’y vois pour ma part une compétence rare et profitable. Pour autant qu’on l’use avec une certaine éthique. Un certain sens du bien commun. Or, c’est là, Monsieur le conseiller d’Etat, que le bât blesse. Vous usez de vos talents à des fins peu louables. Vous allez dire à un journaliste quelque chose qui fera assurément le buzz. Lui, naturellement, s’empressera de le publier et de le relayer. Il fait son travail. Pendant quelques heures, voire quelques jours, vous laissez monter la mayonnaise. Puis vous prenez votre caméra ou votre plume pour démentir les propos qui vous sont attribués. Les journalistes, auxquels vous tentez d’apprendre leur travail, sont en réalité vos jouets. Et en même temps, malgré eux, ils sont vos plus grands alliés.

 

Que seriez-vous sans les scandales médiatiques liés à vos propos sur le génocide arménien? Sur les étrangers? Les sans-papiers et j’en passe? Sans les caméras ou les journaux, vous ne seriez au fond qu’Oskar Freysinger, enseignant valaisan de son état, publiant quelques poèmes et livres pamphlétaires contre la société comme elle va en Suisse. Mais caméras, micros et stylos sont braqués sur vous. Vous le savez, comme lorsque vous faites venir Le Matin Dimanche dans votre chambre et lui montrez votre fusil. Ou lorsque vous invitez dans votre cave des journalistes suisses alémaniques pour leur montrer un drapeau du IIe Reich, feignant penser qu’il n’est pas question de connotation avec le nazisme puisqu’il représentait le symbole de l’empereur allemand Guillaume II. Encore une fois, vous jouez avec les limites. Vous provoquez en gardant toujours une carte dans votre manche pour vous tirer d’un mauvais pas. Comme un bon prestidigitateur, vous n’abattez jamais tout votre jeu sur la table. C’est habile et cela démontre votre sens de l’analyse et de l’élaboration de stratégie politique. C’est dommage que vous en usiez à des fins proprement personnelles, plutôt que d’en faire bénéficier le canton du Valais et ses habitants qui le méritent.

 

Maintenant que vous êtes devenu conseiller d’Etat, vous n’avez pas su opérer la transition entre le personnage d’Oskar Freysinger dans l’opposition et l’Oskar Freysinger ayant enfilé le costume de ministre. Ce n’est plus ici pour moi le signe de vos compétences et de votre intelligence. Non, malheureusement, j’y vois plutôt ce qui devait arriver: vous ne pouvez plus changer de casquette. Et vos adversaires politiques, en Valais, vous le font payer. Ont-ils raison? S’ils font tout pour vous faire craquer, je pencherais pour le non. Mais après tant d’années à jouer vous-même cette partition, comme leur en vouloir? Ils ne font, à vrai dire, que de vous rendre la monnaie de votre pièce. Aviez-vous seulement pensé vous en sortir sans devenir l’homme à abattre? Que vous pourriez prendre les rênes d’un département et ne plus subir les feux croisés de ceux qui, au fil du temps, sont devenus des ennemis plus que des adversaires politiques? En homme cultivé que vous êtes, vous avez dû lire Le Prince de Nicolas Machiavel. Peut-être même figure-t-il sur votre table de chevet. Une somme pour toute personne souhaitant faire de la politique et pour qui la fin justifie les moyens. Oui, mais voilà, vous commettez les mêmes erreurs que César Borgia, le fils du Pape Alexandre VI. A trop vouloir utiliser toutes les méthodes à votre disposition, vous avez minimisé l’importance de l’opposition que vous avez suscité. Vous étiez probablement trop occupé à compter le nombre de vos fidèles.

 

C’est cette erreur qui a également conduit César Borgia à la mort misérable qu’il a connu. Grand stratège, il rêvait continuellement d’augmenter son pouvoir, sans se fixer un but final sur lequel s’appuyer et s’arrêter lorsqu’il serait atteint. C’est l’une des leçons que donne Baltasar Graciàn dans son ouvrage L’Homme de cour, que vous avez peut-être lu vous-même. Ce qui vous a permis d’accéder à la fonction de conseiller d’Etat vous a aussi mis dans la position de faiblesse qui est la vôtre aujourd’hui. Vos budgets, selon vos dires, sont sans cesse réduits. Vous répétez à l’envi que vous ne pouvez pas travailler dans ces conditions. N’est-ce pas vous qui avez voulu en arriver-là? N’est-ce pas votre comportement qui vous a rendu si populaire et si détesté à la fois? Ce qui vous a manqué, en devenant conseiller d’Etat, c’est du bon sens politique, c’est le respect des institutions suisses. La collégialité est l’un des principes fondamentaux de nos exécutifs multicolores. Vous faites encore et toujours cavalier seul, comme si vous ne pouviez compter sur autrui pour avancer et remporter des victoires. Vous vous êtes mépris sur l’importance d’afficher une bonne volonté une fois à l’exécutif. Cela vous coûte déjà, et ça n’est pas prêt de cesser. Plus vous gémirez, et plus vous ferez le bonheur de vos ennemis.

 

C’est dommage que le Valais soit le théâtre d’une telle pièce. Vous aviez (et avez encore) tout pour bien faire. Il a pourtant fallu que vous vous complaisiez dans votre rôle d’électron libre, de sniper. Vous étiez un parlementaire hors pair, vous êtes devenu un gouvernant médiocre. Vous faites probablement du bon travail avec les moyens qui sont à votre disposition. Mais votre communication est désastreuse. C’est ce qui finira par vous perdre, car les Valaisans ne sont pas dupes. Vous avez obtenu votre siège à l’usure, n’oubliez pas que vos ennemis ont maintenant la force de frappe pour vous en déloger, si vous ne décidez pas de mettre un terme aux guerres de tranchées. Si vous ne changez pas d’optique, vous creuserez votre propre tombe politique. Et l’épitaphe est déjà toute trouvée: ci-gît Oskar Freysinger, prisonnier entre les quatre planches de son propre personnage. Il est l’heure pour vous de retirer vos habits de clown et d’enfiler le costume que les Valaisans vous ont octroyé.

 

Avec l’assurance de mes sentiments dévoués,

 

Grégoire Barbey

15:05 Publié dans Air du temps, Humeur, Politique, Suisse, Valais | Lien permanent | Commentaires (27) |  Facebook | | | |

12/02/2014

L'ère d'instabilité juridique pour l'économie

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Relations bilatérales. La Suisse doit faire face à un climat juridique très instable. La réforme
de la fiscalité des entreprises et la fin de la libre circulation en sont les causes principales.

 

On ne reviendra pas sur le résultat de dimanche. Toutefois, je m'inquiète de l'instabilité juridique qui règne en Suisse depuis déjà plusieurs mois. Cette transition entre accords bilatéraux et décision de l'Union européenne ne va pas améliorer le contexte pour nos entreprises basées sur le territoire. Il faut se souvenir, et cela n'a pas été redit depuis le scrutin, que la Suisse doit formellement décréter l'abolition des statuts fiscaux spéciaux des entreprises cette année, avec une période transitoire censée s'étendre jusqu'en 2018 pour l'application des nouveaux standards fiscaux en la matière. Le manque de visibilité qui en découle est évident: les entreprises ne savent pas à quelle sauce elles vont être mangées. Taux unique d'imposition? Promotion des IP-box?


Et maintenant un climat délétère entre l'Union européenne et la Suisse dans ses accords bilatéraux qui permettent à notre économie un accès (pas total, précisons-le) au marché unique européen. Quelles en seront les conséquences? A priori, les premières annonces laissent à penser que notre partenaire ne nous claque pas la porte au nez et entend nous offrir une marge de manœuvre. Mais tout de même: le gel des négociations à propos de l'accord bilatéral sur l'électricité, et la possible suspension des subventions à l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) sont des mesures qui s'avéreront douloureuses pour notre économie. Rien n'est encore inscrit dans le marbre pour l'heure, si ce n'est le résultat définitif de la votation sur l'immigration de masse.


Le pire, c'est l'incertitude. Les marchés financiers peuvent en témoigner, eux qui sont si volatils face à la moindre annonce de la Réserve fédérale américaine en lien avec sa politique monétaire. La Suisse a toujours connu jusqu'ici une stabilité juridique exemplaire. Récemment toutefois, trois initiatives ont passé la rampe de la majorité et remettent en question cette stabilité: les initiatives dites Minder et Weber et la dernière en date contre l'immigration de masse. Ces trois scrutins ont créé à eux seuls un manque de visibilité encore inconnu dans nos contrées.


Des pays, comme le Royaume-Uni et le Luxembourg, sont venus démarcher nos entreprises sur notre propre territoire pour leur proposer des conditions plus favorables. Est-ce cela que nous voulons vraiment pour notre avenir? Je ne le pense pas. Il ne s'agit pas ici de céder au catastrophisme. Nous devons toutefois appeler un chat un chat. Et le contexte n'est plus aussi favorable à un développement économique serein. Tout ce que nous pouvons faire, aujourd'hui, c'est compter sur nos négociateurs et l'équipe de diplomates du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). Sans pour autant ne pas songer à d'éventuelles solutions pour stabiliser nos relations avec l'Union européenne. Toute contribution serait la bienvenue. A ce titre, je salue ici la réactivité de Fathi Derder, qui a déjà proposé quelques pistes (bonnes ou mauvaises, ce n'est pas le sujet) pour appréhender l'après 9 février 2014. Faisons de même.


Grégoire Barbey

00:12 Publié dans Economie, Humeur, Politique, Politique internationale, Suisse | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook | | | |

10/02/2014

La nouvelle aube des pro-européens

Article également disponible sur le site du Nouveau mouvement européen suisse (Nomes)

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Le peuple suisse a accepté l’initiative UDC «contre l’immigration de masse» à une très courte majorité (avec un écart inférieur à 20'000 voix). Les vainqueurs chantent déjà en chœur la fin de la politique européenne du Conseil fédéral. Une oraison funèbre qui n’a pas lieu d’être. Le rêve européen de la Suisse n’est pas mort: il n’est même pas encore né. Aujourd’hui, tous ceux qui, comme nous, sont favorables à un rapprochement de la Confédération et de l’Union européenne prennent acte d’un sentiment têtu chez les Suisses. L’indépendance à tout prix. La peur de ne pas pouvoir compter parmi les puissants. Les besoins de se démarquer impérativement de ce grand ensemble qui, selon eux, ne peut faire qu’une bouchée de notre petit pays. Dans son ouvrage «La Suisse que je souhaite», l’ancienne ministre des Affaires étrangères Micheline Calmy-Rey résume bien ce sentiment d’infériorité vécu comme inéluctable par nos compatriotes. Ils sont si sûrs que la Suisse n’a pas d’arguments, qu’ils sont prêts à se replier sur eux-mêmes plutôt que de tenter un partenariat plus actif. La Confédération a pourtant bien des avantages concurrentiels à faire valoir.

 

Sa situation géographique en fait un partenaire essentiel pour une grande partie des Etats membres. Traverser la Suisse est une nécessité pour bien des échanges commerciaux entre pays de la Zone euro. Ses exportations, la qualité de ses produits, sa culture de la gestion des conflits, le grand dynamisme de son économie, en font un allié naturel de l’Europe et de sa construction. Cette dernière n’est pas achevée, loin s’en faut. Nombreux sont ceux qui rêvent d’une Union européenne basée sur un modèle similaire aux Etats-Unis. Nous partageons tous l’idéal de Denis de Rougemont. Une Europe qui intègre l’ensemble de ses Etats membres, comme la Confédération l’a fait avec ses nombreux cantons. Tout cela est possible, même si nombreux sont ceux aussi qui nient toute possibilité d’évolution du système institutionnel de l’Europe. C’est une erreur. Et nous ne pouvons pas rester en-dehors en attendant que l’Union européenne réponde à nos attentes. Nos partenaires ont un grand respect pour la Suisse. Ils reconnaissent aussi volontiers la méconnaître, ne pas la comprendre, être étonnés qu’un tel système démocratique puisse exister et durer depuis plus d’un siècle.

 

Comment pouvons-nous espérer raisonnablement améliorer nos relations avec l’Union européenne, et la compréhension de nos mécanismes politiques, si nous refusons tout rapprochement (sans même parler d’une quelconque adhésion)? Nous sommes perdants à plus d’un titre. Notre incapacité à faire entendre nos points de vue nous pousse à devoir accepter des accords qui ne nous sont pas toujours pleinement favorables. Notre entêtement à ne pas collaborer avec davantage de bonne volonté agace nos voisins, qui ont eu jusqu’ici la conscience de leurs intérêts bien compris comme garde-fou à une rupture du partenariat Suisse-UE. Mais pour combien de temps? Est-ce que dénoncer un accord est la meilleure façon de pérenniser nos relations avec l’Union européenne? Sachant que ses effets négatifs pouvaient être corrigés sans remettre en cause l’existence dudit accord… La réponse qui en découle est évidente. Nos compatriotes suisses craignent l’Europe, et nous ne sommes pas en mesure de les condamner pour cette peur: c’est un sentiment. C’est à ceux qui, comme nous, sont convaincus des avantages indiscutables d’une collaboration en bonne intelligence avec l’Union européenne qu’incombe le rôle de rassurer les Suissesses et les Suisses. C’est aux pro-européens à leur montrer qu’il existe une alternative autre qu’une fin de non-recevoir à toute proposition de nos partenaires. Il faut que nous prenions nos responsabilités et que nous travaillions main dans la main pour abattre les frontières entre les pro-européens et les eurosceptiques. Vingt-deux ans de politique anti-européenne n’ont que trop duré.

 

Les pro-européens doivent reconquérir leur espace de parole. Ils doivent monter au front avec force, conviction, ne plus se laisser intimider par une opinion publique défavorable. On ne bâtit pas de grands monuments qu’en période de beau temps. Il faut parfois braver les intempéries pour être en mesure de poser les premières pierres. Et c’est justement ce qui a manqué à ces deux décennies qui ont suivi le refus de l’adhésion à l’Espace économique européen en 1992. Deux décennies où l’Europe a été un mot grossier. Ce nouvel échec des partisans de l’Union européenne est la démonstration qu’une absence prolongée des tribunes médiatiques et du terrain ne peut constituer les prémices d’une conquête de l’opinion publique. Ce 9 février ne doit pas être interprété comme un nouveau dimanche noir. Nous devons au contraire le porter aux nues et remercier les détracteurs de l’Europe qui enfin nous réveillent et nous rappellent à nos obligations. Ce n’est pas un dimanche noir, c’est le lever d’une aube nouvelle. Pleine de promesses. Il ne tient qu’à nous d’avoir le moyen de de nos ambitions. Unissons-nous. Montrons le chemin. Cette votation pourrait signer une renaissance plutôt qu’être un signal funeste. Affirmons-nous, et nous réussirons. Dispersons-nous, et la Suisse demeurera isolée. Nous sommes maîtres de notre destin.

 

Grégoire Barbey

10:50 Publié dans Economie, Humeur, Politique, Politique internationale, Suisse | Lien permanent | Commentaires (14) |  Facebook | | | |

23/01/2014

L'antiféministe J. Goetelen se trompe de cible

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Anja Wyden Guelpa. La chancelière d'Etat fait l'objet d'un
blog de John Goetelen. L'accusant de discriminer les hommes.


«Qui trop combat le dragon devient dragon lui-même.» Cette citation de Friedrich Nietzsche, tirée de son livre Ainsi parlait Zarathoustra, illustre bien mon confrère blogueur John Goetelen. J’ai pour lui beaucoup de respect car il a dans son combat une véritable cohérence, de celle qu’on ne retrouve pas partout, surtout en politique. Mais en attaquant de front la chancelière d’Etat, Mme Anja Wyden Guelpa, ce cher John rate sa cible. Raillant la chancelière pour un texte qu’il trouve opportunément féministe, le blogueur l’accuse de favoriser l’apartheid des sexes. Anja Wyden Guelpa, elle, ne fait dans la brochure incriminée qu’établir des faits: les femmes votent moins que les hommes à Genève.



Et la Chancellerie à Genève tente de réduire les inégalités de vote entre les différentes générations et les sexes. Ce n’est pas nouveau, et c’est un travail à la fois difficile et légitime dans une démocratie. Car chacun doit pouvoir s’exprimer. Preuve en est la création, l’année dernière, du concours Cinecivic: adressé essentiellement aux jeunes entre 15 et 25 ans, la Chancellerie a mis au point une incitation pour promouvoir le vote et les droits politiques envers la catégorie qui participe le moins dans notre canton. La Chancellerie insinue-t-elle pour autant que les plus âgés ne doivent pas voter? Bien sûr que non. C’est pourtant le pas que franchit allègrement John Goetelen en accusant la chancelière d’Etat de lever son poing bien haut en faveur d’une lutte féministe qui écarterait de facto les hommes.



C’est tout simplement faux. Anja Wyden Guelpa aurait sans aucun doute rédigé le même texte si la proportion des hommes votants était moins élevée que leur force électorale. Pourquoi? C’est tout simple. La démocratie fonctionne a priori mieux si chaque personne ayant le droit de vote exprime son avis dans les urnes. Les rapports de force sont ainsi «naturels», si je puis dire, et correspondent à la réalité des intérêts particuliers, convergeant ainsi avec l’intérêt général. Les femmes, depuis près de 40 ans maintenant, ont le droit de vote en Suisse. Elles doivent donc, dans leur intérêt, user de ce droit. Réduire ce simple constat à une lutte féministe abusive, comme le sous-entend John Goetelen, relève de la malhonnêteté intellectuelle la plus crasse.



Bien évidemment, quand on focalise son attention sur un mal en particulier, que l’auteur nomme d’ailleurs «le Mal féministe», on a tendance à voir ce mal partout. Même lorsqu’il n’est pas présent. Et c’est justement ce que fait M. Goetelen dans son dernier blog. Mais comme il l’a fait à l’époque avec Michèle Künzler et Isabel Rochat, attaquer les femmes de pouvoir semble lui être une pratique familière. C’est bien dommage, car en agissant ainsi, le blogueur le plus lu de la Tribune de Genève décrédibilise son combat, qui est de dénoncer les dérives du féminisme. Comme dans toute idéologie, il y a des adeptes de l’excès. Et les autres. Je ne crois pas que l’on puisse accuser Mme la chancelière d’Etat de figurer dans la première catégorie.



Grégoire Barbey

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20/01/2014

L'irresponsabilité financière n'a pas de parti

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© Copyright: François Schenk

L'endettement public est un cercle vicieux qui ne semble pas être véritablement pris
en considération par les responsables politiques à Genève. Et ce à gauche comme à droite.

 

L'irresponsabilité financière à Genève est autant imputable à la gauche qu'à la droite. En règle générale, la gauche veut augmenter les recettes pour dépenser davantage, pensant ainsi améliorer les prestations et aider les plus démunis. Mais jamais elle n'envisage de rembourser la dette. Alors que cette même gauche attaque sans cesse le principe des créances, elle préfère continuer à payer des intérêts chaque année (qui sont tout ça de moins d'argent disponible pour les prestations publiques).

 

De son côté, la droite exige toujours des budgets à l'équilibre et une réduction des dépenses. Or, les dépenses non-réalisées qui sont économisées servent généralement à des investissements, qui sont certes essentiels, mais qui finissent par grever d'autant les budgets futurs par une augmentation de l'endettement du Canton. De plus, vouloir des budgets équilibrés avec des intérêts qui progressent chaque année, c'est accepter le risque qu'il y ait au final une mauvaise surprise en fin d'année et que les estimations de rentrée fiscale, pour des raisons bassement conjoncturelles, ne sont pas à la hauteur des attentes. A ce moment-là, si sur le papier, le budget paraissait équilibré, le bilan peut accuser un déficit.

 

A Genève, la dette devient réellement une urgence, et si nos responsables actuels s'en soucient si peu, c'est probablement parce qu'ils ne seront pas aux manettes de la République lorsqu'il s'agira d'en rembourser chaque denier. A titre personnel, le principe de l'endettement public ne me dérange pas, pour autant qu'il soit contrôlé et compris comme une nécessité selon certains facteurs et non comme un oreiller de paresse sur lequel s'appuyer lors des débats budgétaires.

 

La dette, si elle progresse de façon incontrôlée, est une atteinte à l'intégrité des générations futures. C'est aussi une preuve d'irresponsabilités des dirigeants qui prennent le risque de payer des intérêts toujours croissants, grevant d'autant les revenus disponibles pour le fonctionnement de l'Etat. Si en plus de tout cela, les ministres des Finances n'informent pas le Parlement lorsque la Banque nationale suisse accuse une dévaluation importante de son or et que son bilan clôturera sur une perte sèche telle qu'aucun dividende ne pourra être versé aux Cantons actionnaires, il est difficile de voir la situation s'améliorer. 

 

Il faut pourtant convenir qu'avec une dette qui devrait atteindre 13 milliards de francs en 2014, pour un budget d'un peu plus de 8 milliards, Genève peut difficilement considérer son contexte financier comme propice au développement des prochaines générations. Et c'est justement là tout le problème. L'endettement public, comme nous le démontrent nos voisins européens, est un cercle vicieux dont il n'est pas aisé de s'extraire. J’ai récemment discuté avec des députés de cette question. La plupart m’ont dit la même chose: commencer à rembourser la dette n’est pas possible pour les cinq prochaines années. La faute à des investissements nécessaires.

 

Oui, certaines infrastructures méritent d’être retapées et d’autres d’être créées. Mais à ce rythme-là, comment sortirons-nous de cette spirale infernale? Notre Canton aura toujours besoin d’investissements pour développer convenablement ses prestations. Personne ne remet ça en question. Par contre, fuir le problème en allant de l’avant, ce n’est pas une solution acceptable. Le président du Conseil d’Etat, François Longchamp, a axé sa campagne et son discours sur la jeunesse, en particulier concernant les besoins en matière de logements.

 

Ce n’est pas le seul point essentiel pour le bien-être des générations futures. Une dette publique trop importante est un poids, un fardeau qui pèse sur la tête de chaque citoyen. Espérons que ce gouvernement prendra les mesures qui s’imposent pour ralentir la progression de l’endettement public à Genève, et même, si possible, en réduire le niveau. C’est une simple question de salubrité publique. Et de respect de la part des aînés envers les jeunes, car prochainement, ces derniers seront aux commandes. Avec la tâche de réparer (ou non) les choix de celles et ceux qui les ont précédés. Pensons-y.

 

Grégoire Barbey

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15/11/2013

Une main de fer dans un gant de velours

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Henry Rappaz. La publication du député ayant créé
la polémique ces derniers jours sur les réseaux sociaux.


Ces dernières semaines ont été marquées par un regain de défiance envers la tolérance. Des élus ont tenu des propos tout bonnement inqualifiables. Il y a d’abord eu Denis Menoud invitant ses collègues du Conseil municipal à rendre leur passeport suisse s’ils n’étaient pas satisfaits de leur naturalisation. Puis Henry Rappaz qui a affirmé son soutien au journal de la droite française très radicale Minute en illustrant son propos par l’image d’un singe habillée en être humain. Cette photo traîne sur les réseaux sociaux et est généralement accompagnée d’un portrait de la ministre de la Justice Christiane Taubira.

 

Ces dérapages ne sont pas anodins et doivent être ardemment dénoncés. D’autres cas n’ont pas été relayés par la presse. J’ai notamment lu sur le profil d’une candidate MCG au Grand Conseil – Marie Laure Dupont – le partage d’une photo présentant une femme en burqa avec comme légende: l’islamophobie n’est pas un crime, mais un acte de légitime défiance. Je cite de mémoire. Plus récemment encore, la députée MCG Danièle-Christine Magnin partageait sur son profil Facebook un article de blog intitulé: «La Norvège tape du poing sur la table: pas de mosquée» avec comme description écrite par l’intéressée «bravo la Norvège». Plus loin, elle commente: «Heureusement, ils ont la base légale pour agir ainsi».

 

Il serait toutefois malhonnête de laisser penser qu’il n’y a pas d’autres partis qui ont des membres proférant des propos aussi limites. J’ai vu à plusieurs reprises récemment des phrases concernant la religion de Mauro Poggia. Comme si cet aspect de sa vie privée avait un quelconque rapport avec son action politique. Jusqu’à preuve du contraire, je n’ai jamais vu ni entendu le futur conseiller d’Etat émettre des idées politiques qui impliquaient sa confession. La République dans laquelle nous vivons est laïque, ce qui signifie qu’il faut laisser la religion aux affaires privées. Les différentes allusions vues par-ci par-là à propos de la religion de Mauro Poggia n’ont évidemment rien à faire dans le débat politique. C’est hors sujet.

 

Dès lors, j’en viens à l’action concrète: en cette période trouble (toute crise s’accompagne d’un malaise identitaire, l’Histoire m’en est témoin), il convient de ne pas accepter de tels dérapages. La Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) a bien fait de déposer une plainte pénale contre Henry Rappaz et le MCG. Qu’importe si les plaintes devaient aboutir sur une fin de non-recevoir. Ce dont je doute. Il faut condamner avec intransigeance toute forme de velléités discriminatoires, et redoubler de sévérité avec les élus du peuple. L’intolérance est contraire à nos valeurs et est également une attitude antirépublicaine. Les institutions doivent sanctionner ce type de comportements et se porter garant du respect qui sied à toute société. Les propos de ces élus n’ont strictement rien à faire en politique. Ayons contre ces gens une main de fer dans un gant de velours. L’élégance le commande.

 

Grégoire Barbey

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11/11/2013

Editorial: la fin des guerres de tranchées

Editorial paru dans L'Agefi du 11 novembre 2013

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Les résultats du second tour de l’élection au Conseil d’Etat à Genève sont sans appel: les citoyens ont élu hier un gouvernement très clairement à droite (cinq sièges sur sept). Le centre sort complètement éclaté de ce remaniement. La composition du Grand Conseil l’avait déjà indiqué il y a cinq semaines. Trois blocs ont émergé: la droite radicale (MCG-UDC), l’Entente (PDC-PLR) et la gauche (Socialistes, Verts et Ensemble à Gauche). De ces trois alliances parlementaires, deux apparaissent naturellement porteuses de majorité: il s’agit des deux blocs de droite. Bien qu’il y ait au sein de l’Entente un certain rejet de la politique défendue par l’alliance MCG-UDC, il semble évident qu’il y aura sur les questions sécuritaires et économiques davantage de possibilités de  construire des avancées notoires en accordant aux formations restées jusqu’ici en marge de la politique cantonale une place plus importante.
A l’aube d’une législature imprégnée de dossiers cruciaux pour Genève (abolition des statuts fiscaux spéciaux, fin du secret bancaire sur la place financière, etc.), cette majorité gouvernementale et parlementaire paraît pleine de promesses: en acceptant de ne plus laisser de côté le MCG et l’UDC – qui pèsent tout de même 31 sièges sur 100 –, l’Entente a l’occasion historique de mener une politique économique pragmatique et proche des attentes des entreprises.
Ce compromis ne sera évidemment pas gratuit: il ne faudra pas songer à réaliser uniquement des alliances de circonstance. Les représentants du PLR et du PDC ont maintenant le devoir d’aller au-delà des guerres de tranchées. Sur la sécurité et l’économie, les deux coalitions de droite peuvent s’entendre. L’inconnue à ce stade, c’est le magistrat qui devrait obtenir les Finances.
Logiquement, on pense au démocrate-chrétien Serge Dal Busco, dont le profil correspond aux défis qui vont de pair avec ce département: il faudra être implacable, déterminé et compétent. Le canton ne doit-il pas faire face à des difficultés persistantes et croissantes? Le centre n’est plus à même de créer tout seul les bonnes dynamiques économiques. L’heure n’est plus aux désaccords de forme. Il faut vraiment se mettre à bâtir l’avenir. Seules des majorités intégrant toutes les composantes de droite le permettent.

 

Grégoire Barbey

11:22 Publié dans Genève, Humeur, Journalisme, Post-élection du 10 novembre | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | | |

10/11/2013

Mme Rochat: vous pouvez garder la tête haute

Chronique, 10.11.13

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 Isabel Rochat. La magistrate libérale ne méritait pas d'être ainsi traitée par ses collègues
et la presse. Son bilan tant décrié valait-il tant d'invectives au point d'en faire un bouc émissaire?

 

Isabel Rochat a fait ce soir les frais d’une large campagne de dénigrement à son encontre. Attaquée de toutes parts sur son bilan, tour à tour jugé «mitigé», en «demi-teinte» voire carrément «mauvais», la magistrate issue des rangs du feu Parti libéral n’a pas pu se maintenir au gouvernement. La politique est ainsi faite. Et l’on n’est pas toujours exclu pour de bonnes raisons. C’est le cas, je crois, pour Mme Rochat.

 

A-t-elle démérité? Poser la question, c’est déjà y répondre. Bien sûr que non. Son destin politique était probablement déjà scellé au moment où le Département de la sécurité lui a été remis. C’était il y a quatre ans. Isabel Rochat, nouvellement élue, se voyait prendre le ministère le plus compliqué du canton. Une tâche herculéenne. Et elle n’a pas pour autant fui le défi. La libérale a tenté de redresser la barque. Trop discrètement sans doute. Puisque c’est aujourd’hui Pierre Maudet qui en bénéficie.

 

C’est là qu’on voit qu’il n’y a en réalité qu’une seule véritable compétence requise pour faire de la politique: savoir communiquer. On peut bâtir une carrière sur du vide simplement parce qu’on a la capacité de tout mettre en scène. De créer des discours puissants, qui résonnent dans la tête des électeurs. Mme Rochat a beaucoup de qualités. Elle n’excelle malheureusement pas dans ce domaine. Peut-être est-ce une forme de pudeur de sa part que de ne pas se répandre sur ses actes. C’est possible.

 

En tous les cas, elle a fait preuve ce soir, malgré ce moment difficile, d’une dignité éblouissante. Moins d’une heure après les résultats définitifs, elle s’exprimait sur le plateau de Leman Bleu. Et sans se lamenter sur son sort. Pas une seconde. Pas un mot pour ces médias qui l’ont tant vilipendée, avec bien peu d’arguments pour en justifier les attaques répétées qu’elle a subies. Isabel Rochat ne s’est même pas justifiée. Bien joué. Ce serait accorder trop d’importance à celles et ceux qui en ont fait injustement leur bouc émissaire.

 

Elle doit aussi sa non-réélection à son propre parti (elle a été biffée plus de 7000 fois), qui plutôt que de faire bloc avec les siens, préfère nettement planter des couteaux dans le dos en faisant fi de toute stratégie politique à long terme. Car ce troisième siège perdu par le Parti libéral-radical ne sera pas facilement récupéré au fil des prochaines législatures. Dans quatre ans et demi, il faudra remplacer François Longchamp. Et la tâche est grande. Un troisième candidat qui puisse reprendre le siège perdu? J’ai pour l’heure quelques doutes.

 

Quoi qu’il arrive, le PLR assumera les conséquences de ses actes. Cela ne concerne plus Isabel Rochat. Elle a donné de sa personne. Croisée sur les stands à plusieurs reprises, je l’ai trouvée combattante. Elle croit en l’action politique qu’elle a mené ces quatre années de législature. C’est une femme courageuse et je voulais rendre ici hommage à sa détermination. Elle a montré ce soir par son intervention toute l’amplitude de sa personnalité. Isabel Rochat, permettez-moi de vous dire ceci: vous pourrez quitter vos fonctions début décembre la tête haute. Parce que dans une telle situation, vous avez été une femme d’exception.

 

Grégoire Barbey

 

09/11/2013

L'expérience Blocher: paradoxe d'un homme

Chronique, 09.11.13

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Jean-Stéphane Bron & Christoph Blocher. L'œuvre ne surprend aucunement. Ce n'est
pas là qu'il faut en saisir l'originalité et la réussite. Elles se situent dans le non-verbal.

 

L'expérience Blocher est un film intéressant. Je me demande si c'est le portrait d'un tribun ou le tableau du malaise d'un pays. Une nation qui s'imagine si petite et si fragile face au concert des grandes puissances internationales. Certes, on y voit Christoph Blocher dans toute sa splendeur. Beau parleur, orateur de talent et grand lecteur de l'Art d'avoir toujours raison d'Arthur Schopenhauer.

 

Mais c'est avant tout le porte-parole d'une catégorie de la population suisse. Celle qui se sent impuissante devant la mondialisation. Qui rejette l'immigration. C'est son droit. Et Jean-Stéphane Bron nous transmet dans son œuvre tout ce qui accompagne la vie d'un homme politique. Il y a d'un côté la mise en scène, de l'autre l'authenticité. A chacun de faire la part des choses. Les doutes, les rires, les certitudes et les moments de gloire. Les échecs aussi.

 

La solitude de l'humain face à son destin. C'est ça, L'expérience Blocher. Oui, on y voit un tribun sous un jour plutôt favorable. Le réalisateur se défend dès le début du film de ne pas être en accord avec les idées de l'homme dont il tire le portrait. Soit. Cette justification n'a pas lieu d'être à mon sens et tout l'intérêt de ce film n'est pas dans les commentaires de l'auteur ou dans les paroles de Christoph Blocher. Il se situe largement dans les images, qui sont, elles, muettes. Mais qui nous parlent, toujours.

 

L'expérience Blocher, ce n'est pas une surprise. On ne doit pas l'appréhender comme un portrait qui va nous révéler des informations inconnues jusqu'ici sur le personnage. On le connait trop bien pour l'imaginer se faire avoir par Jean-Stéphane Bron. Cette œuvre est plutôt une photographie d'une époque. D'un moment charnière. Le monde change, et Christoph Blocher porte en lui tout ce qui symbolise ce changement.

 

Comme l'auteur le dit très bien dans son film, le politicien a le corps d'un agriculteur et l'esprit d'un dirigeant d'entreprises. CEO d'EMS-Chemie, il a largement bénéficié de l'ouverture des frontières, du marché unique. Ses acquisitions, restructurations/démantèlements puis cessions de groupes ne portent pas la marque de fabrication de la Suisse. Cela provient d'une culture différente. Anglo-saxonne. Et ça, c'est le paradoxe Blocher, plus que l'expérience.

 

Le scandale de la subvention fédérale pour ce film n'a pas lieu d'être. J'ai lu de nombreuses critiques. D'un côté comme de l'autre. Aucune ne m'est apparue en visionnant le résultat final. Ce n'est ni l'encensement de Christoph Blocher, ni son assassinat cinématographique. Le produit se rapproche de la réalité. Et ce n'est pas tant la part d'ombre du personnage qu'il fallait saisir. Celle-ci se cache. Non, il valait mieux démontrer toute l'antithèse des différents aspects du tribun. Et sur ce point, Jean-Stéphane Bron a réalisé un sans-faute. Chapeau à lui.

 

Grégoire Barbey

20:39 Publié dans Air du temps, Humeur, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |