Gregoire Barbey

03/09/2013

Les Verts ont plagié la cravate de Brélaz

Chronique 03.09.13

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Les Verts. La section genevoise s'est servie du concept des yeux verts du chat présent
sur la cravate du syndic de Lausanne Daniel Brélaz. Le chat affirme qu'ils ne l'ont pas averti.

 

Les campagnes visuelles des partis politiques à Genève ont fait beaucoup de bruit. Notamment celle des socialistes, accusée d’être la copie d’une publicité de la marque automobile Mercedes. Pourtant, les Verts ont également plagié un concept déjà existant (voir ci-dessus): les yeux verts du chat sur la cravate du syndic de Lausanne, Daniel Brélaz! Contacté, le chat sur la cravate se dit «indigné» et se réserve le droit d’engager des poursuites contre la section genevoise des Verts. «C’est tout simplement scandaleux. Depuis des années que j’exerce le rôle de chat de cravate, personne n’avait eu l’outrecuidance de nous copier», a-t-il confié, visiblement sur les nerfs.

 

Daniel Brélaz n’a pas souhaité commenter l’affaire. Et la présidence des Verts n’était pas joignable ce mardi matin. Peut-être s’agit-il d’un plagiat par négligence (formule consacrée aujourd’hui par la conseillère d’Etat neuchâteloise Monika Maire-Hefti). Quoi qu’il arrive, des suites seront probablement données pour faire la lumière sur cette étrange coïncidence!

 

Grégoire Barbey

12:51 Publié dans Elections du 6 octobre, Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |

01/09/2013

Du creux des estomacs au vide des idées

Chronique, 01.09.13


Photo: Jérôme Courtesy Rastorfer ©

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Elections cantonales à Genève. Les candidats au Grand Conseil sont vraiment partout.
A tel point qu'il est difficile de les voir. Et leur stratégie semble bien dénuée de... stratégie.

 

Ils sont partout. Contrairement à Jésus qui multipliait les pains, eux ne peuvent pas se démultiplier. Ils choisissent donc. Souvent, ils se laissent emportés par le vent. La bise des événements. On les voit surtout courir, parfois sourire – quand il y a une photo à faire. La nervosité est palpable, eux voudraient être papables. Ils rêvent tous du même but, ils ne sont pas faits du même bois, hormis leur langue qui est pleine d'échardes. On les entend. On préférerait qu'ils se taisent. Eux pensent révolutionner la vie des gens qui n'ont comme désir que d'être laissés tranquille. Ils sont partout, vous dis-je. Ils se mêlent de ce qui ne les regarde pas. Ils pensent satisfaire des besoins. Ils satisfont les leurs: l'égocentrisme et le pouvoir. Mais peuvent-ils convaincre? Ils en sont pourtant convaincus. Vaincus, pas encore. Cons, je ne saurais être aussi péremptoire.


Mais force est de constater qu'ils sont vraiment partout. A tous les cocktails. Surtout lorsque ceux-ci sont dînatoires. Ils viennent, ou plutôt s'invitent, munis de leurs grands discours. Le creux des estomacs semble bien rempli par rapport au vide de leurs idées. Qu'importe: il ne faut pas être intelligent. Il suffit d'être convainquant. De faire semblant d'y croire. Et de trouver les bons pigeons. Bon, ces volatiles, il en faut quand même beaucoup pour passer la rampe des vainqueurs et se profiler sur le podium. Alors tout soudain, ces aspirants parlementaires se muent en ornithologues. Et chassent. Chassent chaque jour. Chaque week-end. Nul ne leur dit tout le ridicule qu'ils inspirent. L'absurde dont traite Albert Camus dans son Mythe de Sisyphe paraît encore savoureux, quand le néant profond qui habite toutes ces personnes se transforme en désir d'être au pouvoir.


Ils sont semblables à des passagers d'un bateau qui coule. Tous se précipitent sans réfléchir aux portes qui mènent à la sortie. Mais eux veulent faire leur entrée. Et fracassante, parce qu'il ne suffit pas d'être plébiscité, encore faut-il être adulé! Alors ils crient, scandent et dégueulent leurs slogans – tout droit sortis d'une publicité Ikea – ad nauseam. Eux croient intéresser la population. A chaque stand, à chaque événement festif, ce sont toujours les mêmes. Ils font partie du microcosme. Ils ont leur carte de membre, et tous pensent à peu près la même chose. Cela varie seulement en fonction d'une variable: la couleur de leur logo. Et la grandeur de leur ego. Mais ça, ne le dites pas. Parce qu'ils ne comprendront semble-t-il jamais qu'il y a ici un petit village de quelques milliers de personnes qui s'auto-congratulent. C'est le syndrome bien connu du serpent qui se mord la queue. Eux font ça pour le bien du peuple. Des citoyens.


Certains sont d'ailleurs experts en la matière et parlent volontiers en lieu et place de ladite population. Qui elle, si elle n'acquiesce guère, change de chaîne, ou tourne la page. Ce ne sont finalement pour le commun des mortels que des démagogues et leur prêter un semblant d'intérêt serait déjà leur faire honneur. Ils sont partout, absolument partout. Sur les vitres des transports publics. En photo sur les réseaux sociaux. Dans les boîtes aux lettres. Ils sont tellement sociables qu'ils en deviennent proprement infréquentables. Aux journalistes, ils passent la pommade. Aux citoyens, ils promettent monts et merveilles. Ils jouent au père Noël, et comme si le peuple était fait que d'enfants, ils se dotent d'une hôte pleine de cadeaux. Ils courent, ils courent. Et ils sont tellement partout qu'on en arrive à ne plus les voir. C'est comme ça, et ça va durer jusqu'au 6 octobre. Ils courent, les candidats au Grand Conseil.

 

Grégoire Barbey

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28/08/2013

Petit arrangement entre amis au Grand Conseil

A chaud, 28.08.13

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Bertrand Buchs. Le député démocrate-chrétien est l'un des rares à s'être opposé
à l'augmentation des émoluments du Grand Conseil. Il proposait 10% au lieu de 25%.

 

Le Bureau du Grand Conseil a accepté une hausse de 25% des émoluments des députés. Depuis plusieurs mois, des parlementaires m’avaient parlé de ce projet. La raison principale, c’est la refiscalisation de leurs jetons de présence en 2014. A l’heure où l’on a coupé dans le budget de l’Etat pour réduire le déficit et proposer des comptes à l’équilibre, la classe politique s’octroie des privilèges sur le dos des contribuables. Si je comprends bien qu’un engagement politique est chronophage et représente un investissement sur le plan personnel et salarial, il n’empêche qu’il y a quelques règles à respecter. Quand on taille dans les dépenses publiques (j’y étais favorable), on montre l’exemple. Et l’on n’en profite pas pour s’offrir des montants plus élevés à la vue de tous.

 

Cette attitude est tout simplement inadmissible. Quelques semaines avant les élections, c’est véritablement donner l’impression aux citoyens qu’on les prend pour des cons. Des vaches à lait dont on supprime volontiers certaines prestations par souci idéologique lors de la présentation du budget. Mais derrière, on fait tout le contraire, alors qu’on représente les autorités publiques, et qu’il conviendrait de se montrer irréprochable. Et surtout solidaires, bon sang! Seuls les démocrate-chrétiens, et notamment Bertrand Buchs, ont eu la décence de s’opposer à une telle hausse. Ce dernier proposait 10%. Est-ce que les citoyens voient souvent leurs revenus bondir de 25% dans leur vie? Même indexés sur l’inflation, leurs salaires ne progressent jamais autant.

 

Je pensais voir quelques députés PLR s’offusquer d’une telle décision. Ils ont activement participé à la baisse des prestations pour alléger le budget. Par cohérence politique, le parti aurait pu prendre position contre cette augmentation. Et proposer, comme le PDC, qu’elle soit revue à la baisse. Mesdames et Messieurs les politiques, jouer à ce jeu-là à l’approche des élections cantonales, c’est se tirer une balle dans le pied. C’est donner un fort mauvais signal aux citoyens qui, pour la plupart, se saignent aux quatre veines pour nourrir leur famille. Et baisser les prestations qu’ils paient avec leurs impôts tout en augmentant les montants touchés par les députés, c’est une schizophrénie qui ne manquera pas d’en énerver plus d’un. Agir ainsi en pleine période électorale, c’est donner des arguments aux partis non-gouvernementaux. Et du même coup, prendre le risque de ne jamais voir ses émoluments augmentés, faute d’être élu le 6 octobre. Il n’y a pas de quoi féliciter la députation.

 

Grégoire Barbey

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22/08/2013

Là où cesse l'Etat commence l'Homme

Chronique, 22.08.13

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Administrés. L'Etat, le plus froid des monstres froids. Il est froid même lorsqu'il ment.
Et son abominable mensonge, le voici: «moi l’Etat, je suis le peuple».

 

L’Etat, le plus froid des monstres froids. Il est froid même lorsqu’il ment. Et son mensonge, le voici: «moi l’Etat, je suis le peuple». Ces mots sortent de la bouche de Zarathoustra, le personnage prophétique du philosophe Friedrich Nietzsche. Plus d’un siècle avant nous. A cette époque, les Etats ne possédaient pas encore les moyens qu’ont aujourd’hui ceux qui nous gouvernent. Les technologies n’existaient pas. Les possibilités répressives étaient moins développées, parce que moins intrusives. Mais Friedrich Nietzsche savait quelque chose que certains, encore aujourd’hui, veulent ignorer: l’Etat, c’est la mort de l’Homme. L’Histoire le démontre: tout Etat s’est créé dans la violence, la spoliation, la destruction et l’appropriation. Au mépris des principes les plus fondamentaux des droits humains.

 

La propriété privée? Lorsque cela lui chante, l’Etat n’en a cure. Il peut exproprier. Son pouvoir est sans limite. Il est ainsi fait qu’il peut pourvoir à ses besoins sans être véritablement remis en question. Les impôts, les taxes, les prélèvements de toute sorte sont connus dès la naissance. Nous venons au monde et l’Etat le sait avant même que nous n’ayons pu voir la lumière du jour pour la première fois. L’Homme naît enchaîné et il consent à le rester. Il accepte que d’autres – des individus qu’il ne verra probablement jamais – puissent décider à sa place. Se substituer à ses propres choix. Et dès ses premières lueurs, on s’obstine à l’y habituer. C’est mieux ainsi, disent-ils en chœur. Pour le bien commun. Et lui – parce que l’Homme est faillible –, lui il y croit. Dur comme fer. Sans s’interroger: et si mon bien commun n’était pas le leur?

 

Tous, nous naissons dans une même réalité: partout des Etats. Nulle part une quelconque liberté. L’Etat ponctionne l’énergie des individus. Il se nourrit du labeur des Hommes. Pour son propre fonctionnement. Et il a ses subordonnés. Ceux qui non-content d’être soumis à un pouvoir centralisé veulent augmenter ses prérogatives. Lui donner une marge de manœuvre plus importante. Là où progresse l’Etat, l’Homme s’éteint. Enfin, je dis Homme, les suppôts de l’Etat disent administrés. Un mot d’une rare violence. Sa mesure est telle qu’il en devient grotesque, absurde. Administrés, parce qu’incapables de se gérer eux-mêmes. Voilà à quoi sont réduits les êtres humains. Un jugement fatal et péremptoire. Une seule opportunité pour s’émanciper: la solitude. Contre vents et marées. Rares sont ceux qui ont franchi le pas. Et ils l’ont payé très cher.

 

La sécurité prévaut sur les libertés individuelles: ainsi les administrés qui sortent du cadre décidé par l’Etat – tant son imperfection est totale – deviennent les ennemis. Il faut punir. Sévir et montrer du doigt. L’Etat est le plus grand pourvoyeur de criminels. Mais chut, ne le dites pas trop fort, il est mal aisé de le crier à voix haute dans une époque où même vos propres possessions peuvent servir à vous écouter. A vous espionner. Vous n’êtes pas à l’abri chez vous, ni chez vos amis: vous ne l’êtes nulle part. Ce ne sont pas les criminels qui vous menacent. Ne vous y trompez pas. C’est l’Etat, et toutes ses prérogatives pour pénétrer votre sphère privée. Vos données devraient vous appartenir, mais l’Etat se les approprie, que vous soyez d’accord ou non, c’est pour le bien commun. Ah voilà! La divine justification. L’idole sort son atout. Et le manie avec brio. Le bien commun, opposé au chaos.

 

Parce qu’émancipés, les Hommes sont condamnés à la nuit. Ecoutez-les vous le susurrer à l’oreille: vous n’avez pas été fait pour vivre libre. Heureusement, l’Etat est là pour pallier à votre imperfection. Vous n’avez rien à craindre, la transfusion n’est douloureuse qu’une fois. Lorsque l’aiguille est plantée, vous ne sentez plus rien. C’est l’anesthésiant de l’enseignement étatique. Ceux-là même qui vous enchaînent vont vous donner des cours qu’ils auront choisis. Soyez rassurés: c’est pour votre culture. C’est important d’apprendre. Mais n’essayez pas trop par vous-même, vous pourriez devenir dangereux. Une anomalie dans une grande équation particulièrement bien ficelée. Une anomalie récurrente, impossible à éliminer parce qu’il y a trop d’inconnues et de variables. Mais une anomalie quand même.

 

Et les anomalies doivent être éliminées. Pour le bien du système. Pour le bien commun. Ainsi revient toujours la même justification: l’Etat garantit vos droits. Et votre liberté. Vos noms sont dans ses registres. Il sait où vous vivez. Où vous mangez. Et il peut en savoir plus encore s’il le souhaite. N’essayez pas de vous échapper, vous seriez bien malavisé. Ses griffes sont acérées et rien ne saurait l’empêcher de vous réduire à néant. Il peut tout vous prendre. Jusqu’à votre dignité. L’Etat, c’est la création ultime de l’Homme croyant. C’est un pouvoir suprême – suprahumain – qui peut décider pour vous. Et contre vous s’il en ressent la nécessité. L’Etat, c’est Dieu. Inerte, certes, mais pourtant présent partout où vous vous rendez. Vous commencez à vous sentir oppressez? Ne vous inquiétez pas. Je vous prédis qu’en ayant terminé cette lecture, vous oublierez tout ça et retournerez à vos occupations. Celles qui n’ont pas été proscrites par l’Etat. Et vous continuerez tranquillement. Mais d’autres n’oublieront jamais que là où cesse l’Etat commence l’Homme. Et ils lutteront pour garantir vos libertés. Les vraies, celles qui comptent. L’éphémère enfin retrouvera sa place: le néant.

 

Grégoire Barbey

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21/08/2013

La jalousie élevée au rang de vertu cardinale

Chronique, 21.08.13

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Christian Levrat. Les socialistes mettent à l'index les dirigeants des entreprises. Ils oublient
qu'ils sont ceux qui créent de la richesse et de la valeur ajoutée pour l'ensemble de la société.

 

L’initiative «1:12 – pour des salaires équitables» propose d’introduire dans la Constitution fédérale un article de Politique salariale qui permettrait à l’Etat, à travers la volonté populaire, d’interférer dans les affaires courantes des entreprises privées. Il ne serait ainsi plus possible d’obtenir une rémunération douze fois supérieure au plus bas de la chaîne salariale d’une société. Pour les initiants, la jeunesse socialiste (qui est plus proche d’un ultra-soviétisme que d’un socialisme pragmatique, soyons honnête), il s’agit d’interdire à un dirigeant de gagner en un mois ce qu’un employé obtient en une année. Si l’idée peut paraître alléchante parce qu’éthiquement compatible et défendable, elle n’en est pas moins dangereuse et fait fi de toutes les réalités les plus élémentaires en matière d’économie.

 

Il convient de rappeler ici qu’habituellement, ce sont les socialistes qui veulent toujours plus de recettes fiscales. Or, par ce projet de loi inique, les initiants ne réalisent pas qu’en nivelant les salaires par le bas, ce sont les caisses de l’Etat qui vont se vider en proportion des baisses effectuées. Mais soyons de bonne foi: aucun manager ne verra son salaire baisser si l’initiative devait être plébiscitée par les urnes. Les méthodes pour contourner cette interdiction sont légion. Il suffit de scinder l’entreprise en plusieurs entités autonomes pour casser la chaîne salariale et permettre aux plus hauts salaires de continuer à toucher leurs rémunérations. La gauche, toujours aussi déconnectée de la réalité humaine, argumente différemment. Pour elle, c’est l’occasion d’augmenter les salaires des employés les moins bien rémunérés. Ce postulat est justifié par la volonté des plus hauts revenus à conserver leurs privilèges. Dès lors, ils décideraient de leur verser des salaires plus élevés pour conserver les leurs à des niveaux très élevés. C’est bien évidemment peu probable et les faits qui précèdent tendent à le démontrer. Le président du Parti socialiste, Christian Levrat, parle d’une «utopie nécessaire». Le mot est bien choisi: étymologiquement, utopie signifie «nulle part». Mais il ne s’agit pas uniquement des rémunérations contractuelles livrées mensuellement. Les primes sont comprises, et les versements en nature également.

 

Les initiants méconnaissent visiblement le fonctionnement des entreprises. La plupart des sociétés où des dirigeants s’octroient des rémunérations douze fois plus élevées que le plus bas salaire de l’entreprise sont cotées en Bourse. Les petites et moyennes entreprises sont rarement touchées par ce type de politique salariale. Parce qu’en général, les dirigeants de PME préfèrent réinvestir une grande part des bénéfices dans l’entreprise elle-même pour en améliorer l’efficacité et la compétitivité. Pour les sociétés cotées au Swiss Stock Exchange, le principe est différent. Si les actionnaires acceptent qu’un manager soit rémunéré de façon démesurée (quoi qu’encore ici, l’appréciation soit totalement subjective et donc soumise à interprétation), c’est leur affaire et ne concerne en rien l’Etat. Et encore moins la population. D’autant plus que l’initiative Minder a été acceptée par le Souverain, et que les rémunérations du board sont désormais votées en assemblée générale.

 

«L’Etat n’a pas à intervenir dans les affaires courantes d’une entreprise»

 

Mettant de côté des principes essentiels de l’économie, comme l’autorégulation et la propriété privée, cette initiative remet en question bon nombre d’acquis fondamentaux. En plus de menacer le fonctionnement d’un modèle ayant fait ses preuves, les initiants élèvent en vertu cardinale la jalousie. Qui donc a le droit de se mêler des affaires privées d’une entreprise? Surtout pas l’Etat, qui n’a strictement rien à faire dans la gestion des affaires courantes. La rémunération en est une, et ne regarde que les individus concernés. L’Etat doit s’occuper de sa propre gestion, ce qui n’est déjà pas une mince affaire. Si en plus de cela, il crée un armada de policiers salariaux (la police rouge) chargés de veiller au respect des contraintes socialisantes, où va-t-on? Oui, il s’agit de jalousie car la plupart des Suisses travaillant dans des entreprises où il existe un important écart salarial sont bien rémunérés. Et qu’ils n’ont généralement pas à se plaindre.

 

Cette tendance s’accroit de plus en plus. Comme si nous avions quelque chose à dire sur ce que nos voisins mettent dans leur assiette pour le déjeuner et le dîner. Comme si, en fin de compte, nous devions tous être soumis à la même fatalité: le nivellement par le bas. L’incapacité de s’extraire de la masse. D’entreprendre librement, de pourvoir aux besoins de dizaines, de centaines voire de milliers d’êtres humains. L’innovation reléguée au rang d’antiquité, c’est le but de cette initiative? Faire de la création d’entreprises un bagne plutôt qu’une volonté de créer de la richesse, qu’elle soit quantifiable en termes de liquidités ou d’innovations sociétales? Oui, c’est de la jalousie. Parce que ceux qui s’en plaignent ne sont généralement pas aux commandes d’une entreprise. Parce que leur téléphone est coupé le week-end et qu’ils n’accourent pas en cas de problème. Eux, ils font leurs heures (pas tous, évidemment, ne caricaturons pas à l’extrême non plus). Les dirigeants, eux, assurent les salaires. Certains, dans les petites et moyennes entreprises, les versent au mépris du leur.

 

Parce que l'entrepreneuriat n’est pas seulement une affaire de rémunérations, ce que beaucoup ont tendance à oublier de nos jours. Les entreprises, ce sont un lien essentiel dans la cohésion sociale. Et s’il y a des dysfonctionnements évidents, ceux-ci ne se règlent pas par des législations soviétiques mettant la jalousie comme arbitre et l’Etat comme juge. Le désir de vouloir aplanir les inégalités sans penser à la liberté, voilà un idéal qui ne me correspond pas. Les hommes ne naissent pas égaux, et l’Etat ne pourra jamais intervenir de façon suffisamment efficace pour réguler ce que le hasard réalise. Son rôle n’est pas de contraindre par la violence ceux qui peuvent se démarquer de la majorité en leur interdisant de faire ce pourquoi ils sont justement doués. En agissant ainsi, c’est une société encore plus malade que nous allons créer. Basée sur la jalousie et un nivellement par le bas des plus infâmes, une telle civilisation ne saurait perdurer dans la durée. Et c’est tout le modèle suisse de l’excellence entrepreneuriale qui s’effondrerait. Avec des conséquences beaucoup plus désastreuses qu’un écart salarial produisant des jalousies disproportionnées aux jeunes socialistes encore en études.

 

Grégoire Barbey

00:24 Publié dans Economie, Humeur, Politique, Votations du 24 novembre | Lien permanent | Commentaires (11) |  Facebook | | | |

19/08/2013

Provocation à outrance et vacuité du message

Chronique, 19.08.13

 

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Initiative du GSsA. Les Jeunes UDC ont multiplié les visuels provocants pour inciter les
citoyens à voter contre l'abrogation de l'obligation de servir. Mais les messages sont critiquables.

 

La campagne des Jeunes UDC contre l’initiative pour l’abrogation de l’obligation de servir est si caricaturale et ridicule qu’elle me donne envie de voter en faveur des initiants. Entre une affiche qui assimile ceux qui y sont favorables à des drogués fumeurs de joint, roux, communistes et pacifistes et une autre qui invite à «gicler» ceux qui sont contre l’armée, les amalgames sont légion. Est-ce qu’il est nécessaire d’en arriver à stigmatiser l’ensemble des opposants à l’obligation de servir en des termes qui sont franchement limites? Il ne faut pas oublier qu’il s’agit également d’un débat idéologique. Beaucoup de libéraux sont favorables à cette abolition. Moi-même, j’hésite encore. Il ne s’agit pas seulement de dire non à l’armée, mais de refuser un système qui force les individus à être enrôlés sans qu’ils ne puissent donner leur avis. Et ça, effectivement, c’est contraire à l’idéologie libérale. L’Etat ne devrait pas pouvoir intervenir aussi férocement dans l’existence d’un citoyen.

 

Il s’agit donc de débattre concrètement, sans réduire son adversaire à un paquet de clichés réducteurs. Parce qu’on peut également caricaturer les tenants absolus d’un système de milice, et d’une armée. Ils ont également leurs côtés pour le moins singuliers. Mais à titre personnel, je ne trouve pas cela pertinent et je ne pense pas qu’un citoyen lambda ait envie de se voir ainsi montré du doigt à travers un visuel de campagne. Chacun a ses raisons de voter pour ou contre. La démocratie, c’est accepter le choix des gens, de s’y plier, et de vivre avec. En se moquant de ses adversaires avant le même le résultat de la votation, on prend un risque considérable. Celui d’énerver tout un pan de l’électorat qui pourrait se sentir insulté alors qu’ils étaient encore hésitant. Comme moi, qui ne vois pas très bien quel est le but de cette affiche, sinon de créer une polémique stérile et d’inciter les gens à envoyer un camouflet à des Jeunes UDC un peu trop sûrs de leurs valeurs patriotiques…

 

Grégoire Barbey

01:17 Publié dans Air du temps, Economie, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook | | | |

17/08/2013

La haine des uns et l'ignorance des autres

Chronique, 17.08.13

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Adolf Hitler. Le dictateur le plus meurtrier de notre histoire récente
l'avait malheureusement compris: il suffit de se servir des émotions du peuple...

 

J’étais hier soir à la vogue de Bardonnex avec mon ami Sébastien Kaech qui distribuait des flyers pour sa campagne au Grand Conseil. Et j’ai été surpris des réactions des gens. Choqué serait même plus adapté. A l’une des personnes à qui il a distribué son tract, il a reçu la réponse: «je ne vote pour lui que s’il veut foutre dehors tous les étrangers». J’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’une blague un peu maladroite. En discutant davantage, j’ai vite compris qu’il était convaincu par ce qu’il venait de dire. Pour lui, les frontaliers et les immigrés volent les emplois des Suisses. Une croyance qui se répand de plus en plus à cause du MCG et de l’UDC qui favorisent volontairement cet amalgame.

 

Comme le disait Talleyrand il y a quelques siècles, «la politique a toujours été et sera toujours une certaine façon d’agiter les hommes avant de s’en servir». C’est exactement la stratégie de ces partis qui jouent aux funambules sur une corde si mince qu’un faux mouvement peut suffire à les faire tomber d’un côté ou de l’autre. Malheureusement cet exercice d’équilibriste est dangereux et a des répercussions particulièrement néfastes sur une certaine frange de la population. Il est facile en situation de crise – ce qui peut d’ailleurs être observé à chaque période de l’Histoire – de flirter avec des discours politiques polarisants. A Genève, ville internationale, le chômage est en comparaison nationale bien plus élevé. Divers facteurs micro et macroéconomiques peuvent en expliquer la cause.

 

Mais tout un chacun comprendra qu’il n’est pas très vendeur en politique de se concentrer sur des explications intellectuelles, concrètes et précises. Ce que le Peuple veut depuis toujours, c’est une victime expiatoire, un bouc émissaire sur lequel passer sa colère liée à son impuissance. Ces partis-là, c’est justement leur fonds de commerce. On prend une catégorie de la population et on l’assimile à tous les maux vécus par la majorité. Adolf Hitler avait très bien compris ce principe en son temps et l’avait même exploité avec un talent cauchemaresque. En s’en prenant à la population juive, qui ne représente même pas 1% de l’humanité, et en l’accusant d’être à la base de toutes les souffrances des citoyens allemands, il a réussi à transformer la raison en émotion.

 

Les gens ne sont pas toujours raisonnables. Ils le sont même plutôt rarement. Surtout lorsqu’il s’agit de politique, chose à laquelle ils ne s’intéressent que très moyennement. Ils ont donc des réponses tout aussi moyennes, qui s’apparentent à une méconnaissance des sujets. Croire que le chômage est uniquement lié aux étrangers – il l’est probablement un peu –, c’est faire montre de bien peu d’érudition dans le domaine. Mais c’est également un danger à prendre très au sérieux. Plus la population est ignorante, plus le risque de manipulation de masse est élevé. Je ne dis pas ça avec une position élitiste. Au contraire. Le but est justement d’éduquer les citoyens. De leur inculquer les notions essentielles à leur bonne compréhension des enjeux sociétaux. Or, ici, nous avons des partis qui attirent leurs adhérents en se servant de leur manque de connaissance. Et font de leur sentiment d’injustice une haine farouche. Il va falloir prendre des mesures, et celles-ci passent peut-être par une réforme de l’enseignement. En proposant notamment des cours où les jeunes citoyens peuvent apprendre à se renseigner sur un sujet. Des possibilités, il y en a plein. Il faut juste les saisir avant qu’il ne soit trop tard. Pour que la gangrène qui ronge une certaine frange des Genevois ne nécessite pas l’amputation.

 

Grégoire Barbey

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Mme Gautier et la compréhension de texte

A chaud, 17.08.13

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Malentendu. Fabienne Gautier (PLR) m'accuse sur son blog de ne pas être précis
concernant un article paru sur mon blog. Elle ne l'a manifestement pas lu en entier.

 

Dans un blog paru hier et cité dans la revue de Jean-François Mabut, la libérale-radicale Fabienne Gautier s’en prend nommément à moi ainsi qu’à mon confrère du Temps Marc Moulin. Le titre est éloquent: «Aux journalistes qui savent tout ou croient tout savoir». Cette brave dame nous invite à nous renseigner. Si Monsieur Moulin s’est effectivement trompé dans son article, j’ai moi-même précisé que le document auquel je faisais allusion (voir mon article sur la communication du PLR) avait été abandonné.

 

Bien évidemment il est question ici de compréhension de texte et non de polémiquer davantage. Mme Gautier n’a visiblement pas lu correctement mon article sur mon blog et s’est contentée de la citation parue dans la version papier de la Tribune de Genève. N’étant pas responsable du découpage des articles dans le quotidien genevois, m’attaquer ad hominem en m’accusant de désinformer est plutôt culotté. L’intéressée aura donc l’amabilité de prendre connaissance de mon article dans sa totalité et non pas se contenter d’un passage qui l’arrange.

 

Grégoire Barbey

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16/08/2013

Les candidats doivent se profiler davantage

Chronique, 16.08.13

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Mauro Poggia. Force est de constater que le parti de l'avocat genevois bat beaucoup
le terrain et se montre très offensif dans sa campagne. Sera-t-il élu au Conseil d'Etat?

 

Genève aborde les élections avec une certaine pudeur. Eté oblige, la politique est beaucoup moins présente à la fois dans les médias et dans la tête des citoyens, plutôt occupés à s’aérer l’esprit. Pourtant, il n’en reste pas moins que la date fatidique se rapproche à grands pas. Nous sommes déjà mi-août, et les élections se tiennent le 6 octobre. Dans moins de deux mois donc, les candidats sauront s’ils ont été plébiscités par le Peuple. Fin août, les véritables festivités devraient débuter et les partis vont probablement lancer leurs machines de guerre électorales.

 

Un constat néanmoins, l’invraisemblable présence continuelle du MCG. Tous mes lecteurs savent Ô combien je ne me sens pas proche de ce parti. Il faut néanmoins lui concéder en toute bonne foi cet engagement sur le terrain qui, malheureusement pour les partis gouvernementaux, séduit bon nombre de citoyens qui se sentent de facto valorisés et écoutés. Un bon point donc pour cette formation politique qui n’a pas profité de l’été pour cesser ses activités. Et un danger pour les partis traditionnels qui, eux, n’ont pas souhaité s’afficher de façon ostentatoire.

 

Ce qui manque toutefois à cette campagne, ce sont de véritables projets. Je lis de-ci de-là quelques esquisses bien timides. Surtout de la communication lissée et rompue. Mais rien de concret. Est-ce qu’il y a beaucoup de candidats qui ont proposé des projets de loi pour lesquels ils vont s’engager durant la législature? Très peu. Et il faut une fois de plus remarquer qu’un de ceux-là est un MCG, l’avocat Ronald Zacharias, qui a présenté dans la Tribune de Genève son idée. Bien sûr, je ne dis pas qu’il faut faire comme le Mouvement citoyen genevois. Au contraire. Seulement, les candidats doivent oser s’engager. Prendre des risques. Quitte à décevoir. Quitte à ne pas rentrer dans le politiquement correct.

 

La politique c’est ça: se mettre à découvert, recevoir des balles, et se relever plus fort encore. Pour l’heure, je ne vois guère cette attitude. J’espère que cet état d’esprit va gagner en visibilité d’ici au 6 octobre, car Genève est dans un blocage politique pour le moins inquiétant, et il serait temps de prendre des décisions qui vont dans le bon sens. De mon côté, je continuerai à suivre de très près tous les événements qui se produiront d’ici aux élections et ne manquerai pas de revenir régulièrement sur ceux qui m’auront marqué ou nécessiteront quelques précisions. Ma grande inconnue étant au Conseil d’Etat: est-ce que Mauro Poggia réussira à obtenir un siège au gouvernement? Comme je l’ai précédemment dit, je pense que cela est possible. Et cela risque d’en surprendre plus d’un.

 

Grégoire Barbey

16:56 Publié dans Elections du 6 octobre, Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | | |

14/08/2013

Jeunes d'apparence mais vieux dans l'esprit

Chronique, 13.08.13

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 Xavier Schwitzguebel. Le fondateur des Jeunes UDC dit vouloir s'engager pour limiter
la population genevoise à 500'000 habitants. Et une proportion maximale de 40% d'étrangers.


Le jeune UDC genevois Xavier Schwitzguebel a publié son nouveau site internet à l’adresse milice.ch. Si le nom de domaine en dit déjà long sur l’esprit philosophique qui anime les jeunes représentés dans ce parti, la lecture des «engagements en cas d’élection» du fondateur de la section JUDC a de quoi faire frémir. En effet, celui-ci garantit à ses électeurs (si tant est qu’il y en aura suffisamment) qu’il s’engera pour «limiter la population genevoise à 500'000 habitants» qui ne pourra contenir qu’«un maximum de 40% d’étrangers pour rester chez nous». Evidemment, l’aspirant député se garde bien d’expliciter les mesures qui nécessiteraient une telle contrainte pour la croissance démographique et l’immigration. Faudra-t-il déporter tout individu qui naîtrait au-delà de la limite autorisée? Ou créer d’importantes campagnes publicitaires pour inciter les résidents à s’expatrier en-dehors du canton?

 

Les interrogations demeureront pour l’heure. Ce qui est sûr, c’est qu’un tel programme sera difficile à concrétiser dans les faits. Déjà, on voit mal comment un député pourrait apporter de tels changements. Si la capacité de destruction du Parlement est connue, ce n’est pas pour autant que des initiatives aussi extrémistes trouveront des intéressés. D’autant plus qu’avec des propositions aussi saugrenues, un référendum verrait obligatoirement le jour. S’engager donc pour de vagues propositions idéologiques en l’absence de projets de loi concrets, dûment documentés et réalisables semble à tout point vain. Et c’est même une bien triste façon de manipuler les citoyens en leur laissant croire qu’il est possible d’intervenir à ce point au sein d’un organe qui comprend 99 autres personnes.

 

Néanmoins, les internautes qui ont visité le site dédié aux Jeunes UDC ne sont pas dupes: plus de 75% des participants au sondage proposé par la plateforme (qui demande «allez-vous soutenir les candidats JUDC?») ont voté pour la section «Non, et je ne veux pas en entendre parler». Par ailleurs, les autres candidats tiennent à peu près le même discours. Leurs objectifs ne semblent pas varier, puisqu’ils veulent tous une société beaucoup plus sécuritaire, et moins tolérante envers l’immigration. C’est clairement le discours corporate de l’UDC, et c’est en cela que ces jeunes ne se démarquent pas du tout de leurs ainés, ce qui est plutôt dommage pour une nouvelle génération qui veut s’engager en politique. C’est même le contraire, leurs idées semblent beaucoup plus radicales et encore moins fondées sur des réalités structurelles. En matière de démographie, vouloir imposer une limite est totalement aberrant. C’est une proposition malthusienne qui fait frémir. Pour le reste, le peuple tranchera au soir du 6 octobre, et nous saurons si de telles idéologies retiennent l’attention du Souverain. D’ici-là, patience!

 

Grégoire Barbey

09:22 Publié dans Elections du 6 octobre, Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook | | | |